Le p'tit coin de Yugcib

P1000015 1Bienvenue dans mon petit coin : ici c'est l'entrée et vous accrochez vos manteaux, vos vestes, vos impers... Ensuite je vous convie à la découverte de ces billets qui viennent les uns à la suite des autres depuis mai 2009... 

NOTE : les billets sont classés par catégories qui figurent dans le menu à gauche : faire défiler jusqu'à BLOG où apparaissent les noms des catégories du blog, puis la liste des derniers billets publiés. 

  • L'astronef imaginaire

     

    L'astronef imaginaire

     

         C'est un astronef imaginaire. Il vient de se poser là devant moi. Je ne l'attendais pas...

    Une sorte de lessiveuse avec des trous carrés et un couvercle en béton surmonté d'un périscope de sous-marin...

    Cet astronef imaginaire « branle » drôlement... Comme une lessiveuse jouant à la machine à laver en phase d'essorage... Je ne sais rien des éventuels « cosmonautes » qui pourraient venir d’un autre monde, à bord de cet « autobus de l’espace ».

    Seraient-ils, ces « gens », porteurs de quelque message? Viendraient-ils d’un monde meilleur que la Terre ? Je n’en sais rien.

    Le jour que j'ai devant moi est une boule de verre en deux moitiés séparées par une pellicule intérieure qui semble faite de poussière...

    Ainsi est ce jour, d'une moitié de la boule, où j’ ai envie de vous dire d'une voix à peine plus audible que le cri d'un oiseau : «  continuez sans moi, j'en ai assez de vos indifférences, de vos mépris, de vos clameurs, de vos rumeurs, de vos humeurs et de vos agitations, je n'ai plus rien à vous dire ; je monte dans l’ astronef, je viens d’ apercevoir une sorte d’ échelle de corde jaillie d’un trou carré »... Et ce jour là je fonce droit vers l’ astronef de tout mon être tendu vers un « ailleurs » inconnu. Et peu m’importe la destination.

    De là où je serais parvenu, très peu de personnes sur la Terre recevraient un message de moi...

    Ainsi est ce jour, de l'autre moitié de la boule, où je regarde l’ astronef et me dis : « Non, je ne monte pas aujourd’hui dans l'astronef... Peut-être parce qu’un regard, un sourire, un visage ce jour-là, est tombé du ciel... Et non pas du « trou carré de la lessiveuse »...

    Alternance entre ces jours où j’ai envie de partir dans la lessiveuse des étoiles... Et ces jours où visages et regards bouillonnant dans l'astronef de terre, me mettent des étoiles dans les yeux...

     

  • Le vécu peut être plus beau que l'écrit

     

         Plus nombreux que nous sommes lors de certaines rencontres qui nous réunissent, une heure, un jour... À peine plus nombreux à dire vrai... Vivons nous entre nous dans une même communion de pensée et de rêves, et de projets peut-être ?

    J'ai dit que le “vécu” parfois, était plus beau que l'écrit... C'est la raison pour laquelle dans les jours heureux d'une rencontre entre proches ou amis ou connaissances, je n'écris jamais rien, alors...

    Dans le temps de l'évènement heureux, du partage, de la relation... Les mots qui seront plus tard écrits, existent déjà avant qu'ils ne soient nés. Les mots que nous nous disons dans ce temps de l'évènement heureux, et que nous n'écrivons pas, sont nos plus beaux écrits.

    Nos visages, nos regards, nos complicités, nos voix et nos mains lors de telles rencontres, se touchent. Nous sommes comme des enfants et la brutalité du monde avec ses égoïsmes, ses mystifications et ses obscurités, ne peuvent plus nous atteindre... Nous devenons “voyants et émerveillés” parce que nos pensées sont pures et vraies, et nos esprits préparés... Et les émotions les plus souveraines si elles peuvent et doivent être exprimées, ne nous aveuglent pas cependant, ne nous enferment pas dans une sorte de “bulle de roche”...

    Il y a ces “piqûres d'héroïne” qui valent vingt fois l'acte d'amour mais dont les effets secondaires sont si dévastateurs!

    Serait-on éprouvés à la mesure de ce que nous sommes capables de surmonter? Serait-on heureux à la mesure de notre capacité à ressentir le bonheur? Je le crois...

    Nous avons tous, auteurs, artistes, écrivains en particulier – et cependant êtres ordinaires par ailleurs et d'entre tous les humains- des “parcours de vie”assez chaotiques, des expériences souvent difficiles, des souvenirs brûlants ; de la gravité, de l'émotion, du drôle et du tragique en nous... Mais aussi des aspirations, des besoins fondamentaux, des obscurités, des motivations tout à fait personnelles, une part d'ingérable en nous-mêmes... Tout cela constituant et “existant” cet être que nous sommes, cet être “à nul autre pareil”... Et c'est avec tout cela aussi, que nous disparaissons un jour, dont il ne demeure qu'une chrysalide desséchée, transparente et légère suspendue sur l'un des innombrables fils d'une immense “toile de souvenirs”...

    Nous pouvons, ensemble, aussi différents que nous sommes les uns des autres, trouver ce “passage aussi rêvé et cherché qu'impossible”, que les glaces et les brumes nous cachent, ou que des feux le long des rivages nous suggèrent afin de nous naufrager...

    La porte du bonheur est une porte étroite”nous chante Jean Ferrat...

    Il y a aussi tous ces feux qui courent tels des feux de brousse, les feux de la rumeur, de l'opinion, nourris de tout ce que l'on y jette dedans... Et dont les cicatrices noires sur un paysage brûlé ne s'effacent jamais.

    Il y a encore des feux que l'on alimente et perpétue autour d'un même foyer, dans un même campement, entre les mêmes visages, les mêmes espérances, rêves et complicités... Ces feux là ne courent pas dans la brousse mais peuvent nous retrancher du monde alors que ce monde parfois, nous tendrait bien une “petite menotte au bout de son grand bras blessé”... Il ne faut donc pas faire de ces feux un refuge, ou une forteresse de lumière pour des “seuls élus” que nous serions tentés d'espérer être mais que nous ne sommes en vérité jamais...

    Il y a déjà cette “transparence”... si belle, encore si embryonnaire, si fragile, si fugitive, dans le regard d'un être vivant...

     

  • L'enfant géant et son souffle d'amoureux

     

    ... Il serre entre ses doigts la petite silhouette aux os qui craquotent. Mais la silhouette ne se rompt point, son battement de coeur d'oiseau emplit le géant... Et le géant rit et pleure.

    Il n' y a plus cette fragilité de l'être dans la petite silhouette... Rien qu'une grande force toute droite, souveraine, inépuisable... Que l'enfant géant vient de soulever entre ses doigts.

    Lorsque transparaît la fragilité de l'être dans sa voix, dans son regard, dans son visage, dans ses gestes maladroits et dans ses hésitations... Le “Kador”, cette espèce d'humain qui court les rues, les publics, les marchés et toutes les petites affaires selon les arrangements ou les plaisirs qu'il cherche... Se pourlèche, ses flancs vibrent de la faim qu'il sent en lui, de cet être dont il va se régaler ou qu'il va écarteler ou salir de ses baves...

    Mais il ne “sévit” point que des “Kadors” en ce monde... Il y a aussi ces enfants géants au souffle d'amoureux, conscients ou non de ces étranges forces qui les habitent ; ces enfants géants qui d'une autre manière “sévissent” (mais ne sévissent qu'aux yeux des Kadors et des Hememènes)... Ces enfants géants vibrant de toute leur âme d'une faim différente de celle des Kadors, d'une faim qui ne “prédate” pas, d'une faim qui se soulève comme une respiration d'amoureux. Alors ce qui est ressenti, ce qui émeut à la vue de cet être fragile devenu soudain si proche, fait vibrer le grand corps du géant tout entier.

    Et il n'ose, l'enfant géant, approcher et encore moins toucher ce qui l'émeut autant...

    Il va donc la chérir, cette fragilité apparente de l'être, la chérir d'un amour de géant, chercher à la protéger de toutes ces lèvres brûlantes qui rôdent en pleine lumière ou dans les plis mouvants de l'ombre.

    Nous avons tous, parfois, de ces fragilités qui sont comme de petites plaies ouvertes sur notre peau...

    Les lèvres de l'enfant géant au grand souffle d'amoureux, ne sont jamais putrides, suceuses ou buveuses... Elles se posent doucement sur la plaie qu'elles cicatrisent.

    Ainsi est la faim de l'enfant géant au souffle d'amoureux : une faim qu'il communique et partage de tout son être avec l'être dont la fragilité l'émeut...

    ... Les plus belles joies du monde sont celles qui nous viennent mouillées comme des oisillons heureux d'être nés, alors même qu'elles demeurent par nature, dures et tendues comme des bouts de bois...

     

  • Le caractère exceptionnel de certaines rencontres

    ... Qui ne sont pas des rencontres virtuelles comme sur le Net, mais des rencontres réelles qui auparavant, étaient virtuelles...

    Soit dit en passant, “Web Cam” (bientôt en 3D), MSN and Cie et autres prouesses de la technologie en matière de “rapprochement des êtres”... Tout cela n'est à mon sens qu'un “pis aller” ou une sorte de “meilleur des mondes possible”...

    Je pense à cette chanson de Mouloudji (qui jamais ne prendra la moindre ride autant que durera la Terre et les hommes) : “un jour tu verras on se rencontrera”...

    Imaginons un couple d'oiseaux qui, après avoir construit un nid et “fait ce qu'il fallait” pour assurer sa descendance, veille sur deux ou trois petites coquilles ovales d'un vert presque transparent taché de brun... “L'oiselle” va, durant quinze jours demeurer couchée sur ces si fragiles coquilles.

    Alors viendra l'éclosion... De petits êtres mouillés vont apparaître et ouvrir leur bec...

    Je dis qu'une rencontre entre des visages qui ne sont pas encore vus – ou seulement vus sur un écran d'ordinateur – je dis qu'une rencontre entre des mots qui furent tout un temps écrits et ces mêmes mots qui sont enfin échangés de vive voix... Peut être aussi belle, aussi émouvante, aussi simple et aussi vraie... Mais aussi aléatoire que la naissance de ces oisillons.

    Ce sont les orages et les intempéries, les fils ténus de la vie qui se rompent, la ronde sombre des prédateurs à l'affût et prêts à fondre ; toutes ces incandescences endormies toutes prêtes à se réveiller, et ces accidents de la vie... Qui rendent aussi aléatoire la naissance des oisillons... et les plus belles histoires d'amour.

     

  • Une très belle définition de l'écrivain

     

         Sur la page d'accueil du forum de Nota Bene (forum littéraire) je lis ce matin du 3 mai 2010 ceci :

     

         “Pour André Pieyre de Mandiargues : l'écrivain est une sorte de voyant émerveillé”...

     

    C'est la plus belle définition (et de loin) que je n'ai jamais pu lire de ma vie, de l'écrivain...

    D'ailleurs à mon sens, l'écrivain ne devrait être QUE (et uniquement) cela, cette sorte de “voyant émerveillé”.

    Un “voyant” donc... Pas un sorcier.

    Emerveillé” oui! Et il doit écrire son (et ses) émerveillement(s) tel un enfant devenu adulte sans s'en apercevoir et sans jamais tout au long de sa vie, faire ces “cabrioles” imbéciles et prétentieuses devant une assistance médusée ou inféodée au jeu des lumières, des sons et des images-cultes...

    Ecrire ses émerveillements, oui... Mais aussi écrire ses colères, ses révoltes et laisser parler son coeur et ses tripes...

    ... Si je dis “l'écrivain ne devrait être que cela( un voyant émerveillé)”... Je dois aussi préciser qu'un écrivain romancier ou (et) essayiste essentiellement et globalement dans son oeuvre... S'il n'est pas ou s'il est peu, un “voyant émerveillé”, il est tout de même un écrivain... Un écrivain de roman policier, de roman d'aventure, par exemple... Il n'est donc pas “nécessaire” (et primordial) pour un écrivain, de chercher à n'être que ce “voyant émerveillé” (quoique l'écrivain “voyant et émerveillé” s'il l'est vraiment et essentiellement, doit l'être très nettement)...

    Toutefois il existe une “catégorie” d'écrivains que je définirais “artisans plutôt qu'artistes” : ce sont les écrivains de “littérature de gare”, littérature sentimentale ou mélodramatique, dans le genre de tous ces romans “grand public” que tout le monde achète dans les maisons de presse, tous ces romans que l'on lit en fonction de ses affinités ou prédilections en matière de lecture de détente et de loisirs... Et dans ce domaine là, on peut dire (et même affirmer) qu'il existe de “très/très bons artisans-écrivains”... qui d'ailleurs savent émerveiller et se révèlent “voyants” à l'occasion, dans une fiction qui anticiperait certains évènements probables devant survenir un jour...

     

     

     

  • Le journal des années noires, de Jean Guéhenno

          Voici ce qu'écrivait le 17 janvier 1941, Jean Guéhenno dans son journal des années noires... Journal qu'il tînt, d'ailleurs “sans tambours ni trompettes” et comme “pétrifié” par cet esprit du temps, par cette pensée dominante et par cette atmosphère “empoisonnée” de l'époque... “pétrifié” à tel point qu'il pensait qu'un écrivain (et certainement l'écrivain qu'il était) ne pouvait en aucun cas se “mettre en avant”, ou “pérorer” ou continuer de produire dans un environnement intellectuel aussi “prostitué” aux “idées de ce temps de honte et de collaboration du nouveau régime de Vichy.

    Jean Guéhenno disait que les intellectuels, les artistes et les écrivains alors, se donnaient tous comme justification le fait de “perpétuer” la culture et la littérature Française “envers et contre tout”. Ainsi certains acceptaient de collaborer, et donc de se faire reconnaître par les autorités occupantes et le régime de “l'état français”... D'autres bon gré mal gré, parvenaient à se maintenir, à se faire publier, à jouer sur scène, à chanter, à se produire devant le public... “Pourvu que leur nom paraisse dans les journaux, dans les chroniques littéraires” : ainsi continuaient-ils d'exister! (il est évident que tous ces intellectuels, artistes, écrivains là... “ne se sont guère mouillés”, du moins ceux qui sans jamais collaborer, ont simplement risqué quelques “bons mots” de temps à autre)... Et les occupants, les hommes de Vichy, n'étaient point dupes : ils “laissaient faire” dans la mesure où tout cela passait pour être de “l'amusement”...

     

    Écoutons donc Jean Guéhenno :

     

    Jamais tant d'hommes en Europe ne surent lire, et jamais cependant il n'y eut tant de bêtes de troupeau, tant de moutons. Un homme d'autrefois qui ne savait pas lire se sauvait par la méfiance. Il se savait ignorant, aussi bien qu'un Descartes, et était en garde contre quiconque parlait trop bien. Il pensait seul, ce qui est l'unique manière de penser. Un homme d'aujourd'hui qui a appris à lire, écrire et compter, n'est par rien protégé contre sa vanité. Un diplôme certifie son savoir. Il y croit, il en est fier. Il lit le journal, il écoute la radio, comme les autres, avec les autres. Il ne pense plus jamais seul. Il croit ce que lui disent le journal, la radio, comme les autres, avec les autres. Il est livré à la publicité, aux propagandes. Une chose est vraie dès qu'il l'a lue. La vérité n'est-elle pas dans les livres? Il ne pense pas que le mensonge y est aussi.

    Je le vérifie tous les jours. Notre enseignement est beaucoup trop un enseignement des résultats. Il n'entretient trop souvent qu'une faculté pédante et une mémoire docile. Cent jeunes gens à qui je parle sont bien plus savants en géométrie que ne l'était Euclide, mais peu d'entre eux sont capables de faire réflexion qu'Euclide est un grand géomètre et eux, rien. Plus que les résultats des sciences, il faudrait enseigner leur histoire, révéler aux esprits ce qu'est une intelligence dans son action et son mouvement, communiquer le sens profond de la science, faire comprendre qu'un savant n'est pas un homme qui sait mais un homme qui cherche, accablé et exalté tout ensemble par l'idée de ce qu'il ne sait pas. Ainsi ferait-on des hommes indépendants et forts et non des bêtes vaniteuses et serviles.”

     

    En mai 2010 alors que 69 ans se sont écoulés depuis et qu'une transition s'est opérée entre deux “mondes” (de 1990 à 2010), le monde “ancien” d'avant la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 et le monde “nouveau” dans lequel nous sommes à présent de “plein pied” depuis cette année même 2010... Cette réflexion de Jean Guéhenno “n'a pas pris une ride”. Elle est même d'une réalité tout à fait actuelle. Il n'y a jamais eu en effet en Europe (et dans le monde de la civilisation dite “occidentale à économie de marché et développée”) autant de gens non seulement sachant lire et écrire mais surtout issus de toutes sortes de formations scolaires, universitaires et de surcroît “surinformés” de tout et dans l'instant même de l'actualité... Et il n'y a jamais eu tout comme en 1941 dans l'Europe occupée par les nazis, autant de “moutons”(pour ne pas dire comme le Général de Gaulle dans les années 60 “des veaux”)... La différence sans doute est que l'on ne croit plus trop aux diplômes et qu'en plus des livres et des journaux et de la radio, il y a surtout la Télé et Internet...

    Les gens, et les jeunes en particulier (je veux dire ceux que l'on ne voit jamais dans les manifestations ni dans aucune action de résistance aux puissances d'argent) se sentent bien plus savants (et le font savoir) qu'un Euclide, qu'un Aristote, qu'un Léonard de Vinci, qu'un Pascal ou qu'un Einstein... ou que les professeurs de classe de terminale de leurs enfants... Et effectivement, vu ce qu'ils ont étudié, vu les sources d'information dont ils disposent, vu la formation universitaire qu'ils ont reçue, vu tout ce qu'ils ont lu et vu sur “tout archi tout”, et même dans des disciplines telles que la médecine, l'aéronautique, les sciences et les techniques nouvelles, l'économie de marché, etc. ... on peut dire qu'ils sont des “savants” à tel point qu'il leur semble permis de se demander s'ils “n'en savent pas plus encore” que les savants de jadis...

    Mais ce sont tous là, tant qu'ils sont... “des bêtes vaniteuses et serviles”...

    Si Jean Guéhenno pouvait en janvier 1941, être “pétrifié” en face de cette pensée unique et dominante du temps, et renoncer à se “mettre en avant”, renoncer à écrire et diffuser et à ce que son nom paraisse... L'être que je suis au plus profond de moi ne peut que comprendre d'autant mieux ce que Jean Guéhenno devait éprouver en ces “années noires”...

    Faut-il, pour assurer la sauvegarde et la pérennité de la littérature, des arts et de la poésie... Accepter de se compromettre en “collaborant” à une forme (ou à diverses formes) de pensée unique de notre temps... Faut-il, si l'on ne “collabore” que mollement (ou pas du tout), se résoudre à “jouer le jeu du chat et de la souris” (où c'est le Minou qui est souvent ridiculisé, ce qui fait rire tout le monde) ?

    Je le disais plus haut, la différence entre 1941 et 2010 c'est que, outre les livres que l'on écrit et fait publier, outre la radio (et de nos jours la Télé) où l'on peut “causer et se faire voir”, outre la presse écrite où l'on peut s'exprimer dans les pages d'opinions... Outre tout cela oui, où il faut nécessairement être “introduit”, invité, sélectionné entre tant et tant d'autres “contributeurs”... Il y a Internet et là nous sommes bien dans un univers, un espace qui nous appartient à tous et dans lequel la question de la sauvegarde et de la pérennité de la littérature et de la poésie (et de la pensée) ne se pose plus du tout de la même manière que dans un environnement où il faut, soit “collaborer”, soit être reconnu pour un “trublion amuseur”...

    En somme, en 2010 (nous y sommes vraiment à présent dans le 21ème siècle), je me sens tout de même “un peu moins pétrifié” (ou désespéré) que Jean Guéhenno en janvier 1941... Parce qu'il y a Internet, et que sur Internet c'est davantage ta pensée, ton coeur et tes tripes... Que ton nom et que ce que tu gagnes... qui vole, qui court, qui porte, qui voyage...

     

  • Tout dire, tout écrire...

         Il est une réalité qui me paraît absolument fondamentale (et qui ne doit pas être remise en cause) : la liberté d'expression, la liberté dans les propos et dans les écrits, dans ce que l'on publie en particulier sur le Net...

    La liberté d'expression n'est pas un “domaine réservé” aux seuls autorisés ou aux seules personnes “pouvant se permettre de dire et d'écrire”, mais un domaine universel qui est autant celui des intellectuels, écrivains, poètes et penseurs, que celui de toutes les personnes ne pouvant s'exprimer qu'en fonction de leurs émotions, de leur ressenti, avec les seuls mots qu'elles connaissent, sans fioritures, sans belles phrases, parfois avec brutalité et vulgarité.

    Le seul et véritable problème avec la liberté d'expression, c'est que ce qui est dit ou écrit peut faire du mal, répandre de la souffrance, de la haine, de la peur, du mensonge, du leurre, de la calomnie... Mais tout cela, le mal, la souffrance, la haine, le mensonge, le leurre, la calomnie, la séduction et la prédation (je pense aux maniaques sexuels, aux escrocs et à tous les malveillants qui s'expriment sur le Net)... Tout cela est comme la nature tout entière qui nous entoure, une nature sauvage, inclémente, hostile, emplie de dangers, de pièges, de cruauté, d'animaux et d'insectes prédateurs mais aussi de beauté, d'émouvante beauté... Et que serait le monde, ce monde, notre monde, sans nature ?

    Par la poésie, par le roman, par la littérature, l'on peut transposer dans la fiction, par l'image, la manière de dire, tout ce qui d'ordinaire dans la relation entre les êtres, est brutalement et directement exprimé... Mais il demeure cependant entre les êtres que nous sommes dans nos vies ordinaires, cette relation à l'état brut, et donc cette liberté d'expression aussi réelle que l'existence indéniable d'une nature sauvage, inclémente, hostile... et parfois très belle...

    ... Il y a aussi ce que la loi interdit. La loi du monde reposant sur le socle des valeurs “éthiques et morales” d'une part, et d'autres valeurs telles que la propriété, l'argent, l'économie de marché d'autre part. Et la loi du pays dans lequel on vit, qui peut être un pays de dictature... La loi donc, restreint la liberté d'expression et expose les contrevenants à la loi, à des poursuites judiciaires et pénales...

    ... Je défendrai toujours la liberté d'expression, de l'écrit, de la parole, de l'image, et cela quelque forme que prenne cette liberté, de toute sensibilité, de toute culture ou “inculture” ; je défendrai toujours cette possibilité que l'on a de dire et d'écrire ce qui fait mal, tout le mal que l'on dit et écrit (et que cependant je combats avec acharnement et violence)...

    Je n'accepte de reconnaître, de toutes les dispositions qui limitent la liberté d'expression... Que celles de ces dispositions prises afin d'assurer une protection contre toutes les perversions et abus des maniaques et prédateurs sexuels.

     

    ... D'ailleurs à ce sujet, voici ce que j'ai imaginé (cela pourrait même être le scénario d'un film sur le modèle de LA RAFLE) :

    Une opération policère de grande envergure, bien organisée et bien préparée, visant à interpeller le matin très tôt, à leur domicile, et cela dans toutes les villes de France, les gens qui à plusieurs reprises ont consulté sur internet des sites de pédophilie ou se sont rendus sur des forums ou des blogs de jeunes adolescents pour “draguer” et proposer des rendez-vous à ces jeunes adolescents ou enfants...

    Dans la perspective de cette opération policière d'envergure, une enquête approfondie avait permis de dresser une liste, dans chaque ville de France, de toutes les personnes qui ont consulté ces sites, ces blogs et ces forums, et sont intervenues par messages et photos ou images adressés à des enfants.

    La date fut décidée, les rues où les gens demeuraient furent barrées, des quartiers entiers furent bouclés...

    Les contrevenants furent réveillés en sursaut, leurs portes enfoncées, priés de s'habiller rapidement et de se munir d'une petite valise contenant leurs effets de toilette et linge de rechange. Rassemblés dans un premier temps en petits groupes dans la rue ou sur une place, ils furent conduits en voitures de police vers des stades ou des salles de sport désaffectés auparavant aménagés pour un “séjour” forcé dans des conditions d'hygiène assez “sommaires”...

    Et l'on imagine tous ces vicieux qui menaient une existence bourgeoise et vivaient dans le confort, regroupés dans ces lieux, avec peu d'eau (froide) et ne disposant que d'un WC à la turque perpétuellement bouché, sans aucune nourriture autre qu'un sandwich par jour, un méchant sandwich au pâté de foie (certains gardiens avaient même fait les sandwichs avec du “pâté de toutou”)...

    Le “traitement” infligé à ces personnes était “assez spartiate et assez brutal” : en règle générale les “raflés” étaient pour l'essentiel des hommes (les plus de 50 ans étaient les plus nombreux) et ils recevaient, pour un oui pour un non, de manière tout à fait arbitraire, des coups de matraque sur le bas ventre...

    Les populations inévitablement, furent informées de cette opération, mais seulement le jour où elle eut lieu. Il y eut de nombreux curieux, de visiteurs, de voisins de palier ou d'immeubles, qui assistèrent aux arrestations, mais personne, absolument personne n'éleva la voix, ne manifesta la moindre opposition ou résistance à la vue de ces arrestations qui, il faut le dire, furent “assez musclées”... D'ailleurs, il n'y eut non plus aucune action de résistance par quelque association que ce soit, humanitaire ou autre...

    L'on en “avait fait autant” avec les Juifs en 1942, l'on en “fait presque autant” de nos jours avec les clandestins que l'on enferme dans des centres de rétention (aux conditions d'hygiène désastreuses)... Alors vous pensez, des pédophiles, des violeurs de mômes, des pervers qui donnent des rendez vous à des petites filles et des petits garçons!

    Et que devinrent ces gens à l'issue d'un séjour d'une semaine environ en ces lieux de “rétention”?

    Ils furent “triés” selon des critères “psychologiques”, les uns conduits dans des hôpitaux afin d'y subir une opération de castration chimique et définitive... Et les autres, jugés non seulement irrécupérables mais dangereux, “euthanasiés” par injection létale...

    ... Quelques mois passèrent... Il était commun de dire, au comptoir du bistrot du coin, lorsque l'on évoquait cette “affaire” : “ C'était un détail de l'histoire”... Parce que l'on “avait le droit” désormais, de dire cela... sans risquer la moindre poursuite, le moindre jugement de réprobation...

    “Avaient-ils une âme ces gens là, ces vieux (et moins vieux) cons?” disait-on aussi. “Non, ils n'avaient pas d'âme, juste un barreau de chaise huilé à la place du cerveau”...

    Je maintiens “ juste un barreau de chaise huilé à la place du cerveau”... C'est ça, aussi, la liberté d'expression...

    ... Je ne pense pas que mon “histoire” soit “bien vue” par Gabriel Matzneff (un auteur, un écrivain que cependant il m'arrive de lire mais dont je ne partage pas les émotions qu'il éprouve en ce qui concerne les jeunes adolescents)... Je dis seulement à propos de Gabriel Matzneff... “qu'il a un peu autre chose qu'un simple barreau de chaise huilé à la place du cerveau”... Vous me direz “on peut en dire autant des autres”... Mais bon... De toute manière à certains moments de l'Histoire, en fonction des rejets, des oppressions, des modes, de la pensée unique du temps, selon l'idée qu'on se fait d'une morale ou d'une éthique... Il y a (et il y aura) toujours... des “boucs puants” à occire!

    Alors... autant “choisir à bon escient” (et si possible selon les plus “cardinales” -ou plus sensibles- de toutes les vertus)... les “boucs à occire”!

    Pour conclure... N'oublions pas que le monde sans la nature(y compris humaine) telle qu'elle est... Ne serait plus le monde... Et que... Puisque je prends la liberté d'écrire tout ce que j'écris, pourquoi les autres ne pourraient-ils en dire ou en écrire autant sinon plus et mieux encore?

     

     

  • Hememène

     

         C'est un contradicteur sévère et brutal, une personne retranchée dans ses valeurs, ses repères et ses certitudes mais aussi dans ses croyances, et pour qui l'être et le paraître ont une grande importance. Une personne souvent malveillante dont les propos acerbes, critiques et désobligeants sont destructeurs ou déstabilisants... Ainsi “hememène”manifeste à ton égard insolence, mépris et condescendance ; insulte et braille, infirme ou invalide tes propos, ta pensée et ta sensibilité... “Hememène” ne te “construit” jamais, ne t'apporte rien d'autre qu'un coup de bâton dans le dos...

    Toutefois “Hememène” a un autre sens :

    “Hememène” peut être ce personnage fictif qui est en fait un espèce de “double de toi-même”, une sorte de “fantôme” ou de “petit diablotin” venant te sussurer à l'oreille quelques “vérités-coups-de-bâton” (des “vérités” qui te concernent personnellement)... Ainsi ce “Hememène” là se révèle-t-il parfois ton “meilleur ennemi”, car “mine de rien” il va te faire réfléchir... et en définitive il te “construit”... Mais ce n'est pas sans conflit, sans hargne à son égard (il est tenace, coriace et toujours sans la moindre complaisance)...

    Et plus tu avances dans la vie, dans le vécu, dans l'expérience de la relation, au gré des évènements et des situations... Et plus “Hememène” insiste et houspille, alors même que tu te construis et que ta pensée évolue, que tu te “blindes” et te renforces dans tes convictions intimes... Et plus tu voudrais que ce “hememène” te foute enfin la paix, qu'il disparaisse de ton paysage, de ton ciel... Car tu sens venir peu à peu ce moment où tu n'aura plus besoin de lui!