Le p'tit coin de Yugcib
Bienvenue dans mon petit coin : ici c'est l'entrée et vous accrochez vos manteaux, vos vestes, vos impers... Ensuite je vous convie à la découverte de ces billets qui viennent les uns à la suite des autres depuis mai 2009...
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Amour noir, de Dominique Noguez
- Par guy sembic
- Le 16/10/2010
- Dans Anecdotes et divers
Nous sommes loin, très loin, dans « Amour noir », ce roman de Dominique Noguez, des sirupeuses ou parfois même insipides histoires d'amour raté produites par des auteurs auto-édités du Net, et aussi – il faut le dire- par des auteurs connus du « grand public » dont les livres sont lus sur la plage ou dans le train...
L'on ne peut pas dire – c'est du moins ce que j'ai ressenti tout au long du livre – que cet amour fut « raté » au sens où l'un des deux « aime plus que l'autre » et où l'on voit se déchirer deux êtres qui tout de même en dépit de situations explosives ou dramatiques, se voient et se revoient, vivent ensemble épisodiquement durant deux ans... Pas « raté », donc... Mais « noir », oui, cet amour !
Page 20 : « Quand j'étais revenu, elle était nue sur le lit, dont elle n'avait pas ôté le dessus »...
Banalité de la situation, qui me surprend, après les premières pages qui précèdent et dans lesquelles l'auteur évoque dans le détail et dans une dimension littéraire peu commune, toutes ces phases d'approche de la femme aperçue : « Elle n'avait d'abord été qu'une silhouette blanche surmontée d'un buisson de boucles sombres, dans la pénombre de la promenade du casino de Biarritz un soir de juin »...
Page 21,22 et 23 : Eric revoit la cassette du Cheval Bleu, de Laeticia... Une cassette « odieuse » que l'auteur nous décrit en quelques phrases d'une dimension d'écriture tout autre que celle , par exemple, de la prose « innocente » d'un Yugcib faisant le procès de la pornographie...
Page 34 et 35 : « Je faisais ainsi grande consommation d'épigrammes grecques ou de « lettres » de samouraïs. Les poèmes d'amour arabes me retenaient aussi beaucoup, avec leurs « joues de rose » et leurs « yeux de gazelle ». (De toute façon, c'est cela ou les mots crus. La littérature amoureuse navigue toujours entre la métaphore un peu trop riche et le con-cul-bite ; je préférais la métaphore.)
… Je dis aussi pour ma part, que je préfère la métaphore bien que je soupçonne cette dernière de barder de fine dentelle une approche puis un « choc d'intimités » bien baveux, bien cracheux et bien « contondants »...
… Dans l'ensemble (et j'ai lu aussi quelques unes des historiettes de « Oeufs de Pâques au poivre vert ») j'aime l'écriture de Dominique Noguez dans laquelle je découvre dimension littéraire, vocabulaire riche et imagé, poésie, réflexion... Certaines de ses phrases assez longues sont néanmoins fort bien construites, bien articulées et rythmées, et « coulent comme des ruisseaux de montagne qui chantent »...
Par comparaison -si je puis dire- j'ai commencé à lire, de John Michael Coetzee, « Scènes de la vie d'un jeune garçon »... et j'ai trouvé que l'écriture de cet auteur était plus « épurée » (moins imagée, moins « poétique ») avec des phrases courtes, sans effets inutiles... des phrases cependant, d'une « grande et nette correction de ton et de langage »...(et aussi d'une grande sobriété).
Personnellement, j'ai une préférence pour l'écriture de Dominique Noguez... Mais ce que j'appelle « dimension littéraire » ( poétique, imagée – au risque d'effets purement émotionnels - au vocabulaire riche et aux longues phrases rythmées... Est-ce une nécessité ? Est-ce vraiment « de notre temps »? Est-ce que cela peut avoir une « portée »? … Je pense par exemple au sujet de cette « dimension littéraire » à laquelle je suis personnellement attaché et dont je me sens proche d'esprit et de sensibilité, à des auteurs tels que Dominique Noguez que je découvre dans « Amour noir », ou tels encore que Jean Marie Le Clézio ou Alice Ferney dans leurs ouvrages...
Je pense à ces « jeunes générations » de lecteurs et à celles qui vont suivre durant ce 21ème siècle et au delà ...Comment s'établira la relation entre la littérature et les « nouvelles générations »?
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Les vivants et les morts
- Par guy sembic
- Le 14/10/2010
- Dans Chroniques et Marmelades diverses
“Les vivants et les morts”, de Gérard Mordillat... Voilà un livre que toute personne salariée d'une entreprise privée ou publique, devrait lire.
L'auteur ne “fait pas dans la dentelle” par ce livre de huit cents pages pouvant se lire en trois jours ou même moins...
Nous sommes là dans une réalité crue et nue, du monde du travail. Il me paraît bien difficile de contester, ou de ne pas être d'accord avec ce que présente Gérard Mordillat dans ce récit, tant la vérité s'impose d'elle même.
Nous savons tous, en fonction de notre expérience personnelle ce qu'est le monde du travail, de l'entreprise, des affaires... Mais en lisant “les vivants et les morts” de Gérard Mordillat, c'est comme si l'on pénétrait dans la salle des machines de ce “bateau-planète” qui emporte femmes, hommes et enfants dans ses flancs et sur ses ponts, puis finit par rejeter les êtres tels des ballots dont les capitaines n'ont que faire, le long de rivages nus et rocheux d'îles perdues...
Absolument effrayant... Et vrai, ce qui se passe dans la salle des machines! Et les commandes n'y sont pas! Les commandes sont ailleurs, très loin des ballots déchirés ou crevés abandonnés sur les rivages rocheux des îles perdues! Les commandes sont sur d'autres îles, des îles-forteresses bâties de résidences somptueuses, de casinos et de palaces, creusées d'abris coffres-forts...
Comme nous sommes loin, avec “les vivants et les morts”, des productions mélodramatiques et sirupeuses de toutes ces “collections de littérature de gare”, ou même de ces auteurs “amusants, gentillets et émouvants” de romans de terroir!... Qui eux, ne parlent jamais de ce monde de finance obscène et de prédation à grande échelle!
Le temps des seigneurs du moyen âge, le temps des aristocrates et des prélats possédant d'immenses domaines, le temps des « deux-cents familles », le temps des grands patrons d'industrie des 19ème et 20ème siècles... Est désormais dépassé : ce sont les fonds de pension américains, les banques et les géants de la finance mondiale, qui gèrent, achètent et vendent les usines, les bureaux, les groupes d'entreprises industrielles, commerciales ou immobilières... L'on achète « tout le lot » ou tout le groupe... et l'on « fait le ménage » afin de dégager le plus de rentabilité et de bénéfices possible, au seul profit des actionnaires... Ainsi s'écroulent des pans entiers de l'industrie d'un pays, ainsi « survivent » en situation de surchauffe et de pression accrue, de licenciements de salariés et de « restructurations », de déménagements de machines et de personnes, d'aménagements de temps de travail, d'objectifs à atteindre... oui ainsi « survivent » - un temps indéterminé mais forcément assez court- quelques « boîtes » de ci de là...
… Et c'est dans ce contexte là, dans cet environnement économique et financier, dans ce ballet infernal de transactions entre grands empires de banques, d'assureurs et de sociétés immobilières... Que le gouvernement de la France décide de réformer les retraites... et bientôt la sécurité sociale !
Le film de télévision en huit épisodes, sur France 2, une adaptation du livre de Gérard Mordillat « Les vivants et les morts », ouvrira peut-être les yeux de tous ceux et celles d'entre nous (en France et ailleurs) qui pensent encore qu'avec « de l'huile de coude », une ou deux heures par jour en plus, ou en venant le dimanche et en arrêtant à 62 – ou pourquoi pas 70 ans- on s'en sortira !
Les gouvernements, les syndicats, les partis politiques, les élus locaux ou régionaux... Et les « petits chefs », « jeunes loups » et autres « costard-cravate »... tout comme les salariés de diverses qualifications... Ne sont que des marionnettes ou des mouchoirs jetables en face de ces hordes anonymes de seigneurs de la finance mondiale !
… Alors que faut-il faire? Que peut-on faire ?
Ce ne sont pas seulement les manifestations de rue – quand bien même elles seraient de dix millions de gens en 300 cortèges dans un pays tel que la France – qui font les révolutions... Les révolutions se font sur les lieux même où s'exerce le pouvoir (le pouvoir politique, ou le pouvoir financier, ou le pouvoir de ceux qui possèdent et décident)... Ce sont donc ces lieux là où est barricadé le pouvoir, qu'il faut investir et prendre d'assaut !
Les révolutions ne se font pas par des bris de vitrine dans une rue commerciale ni en brûlant des voitures sur le parking d'une cité ni en arborant des drapeaux de syndicats sur le fronton d'une préfecture... Ni en menant des actions (de « casse » ou de protestation) sans envergure n'ayant d'autre effet que d'exprimer du simple mécontentement ou de la lassitude...
L'intermédiaire – si je puis dire – entre la manif « un peu musclée » et la prise d'assaut des lieux du pouvoir... C'est peut-être par exemple, le blocage des péages d'autoroutes (autour précisément des bretelles d'entrée-sortie des croisements d'axes importants), le blocage des raffineries, le blocage des dépôts des grands transporteurs routiers...
Affaiblir par des actions efficaces et déterminées, le pouvoir de la finance, réduire ces marchés insolents et toute cette surconsommation, à un champ dénudé où par la désertion, par la fuite d'une population entière, presque plus rien ne pousse... Le risque c'est que cessent les approvisionnements, que s'instaure une pénurie généralisée par laquelle nous aurions tous à souffrir dans notre vie quotidienne... Et c'est sans doute là, le prix à payer dans le présent... pour ne pas avoir à payer durant des dizaines d'années sous la forme d'une « traite » régulière, croissante et implacable, un prix plus élevé encore !
La finance, les actionnaires et le pouvoir, alors étranglés et acculés, n'auraient d'autre choix que de négocier, de céder du terrain et de se voir désormais privés en grande partie des moyens leur permettant de se « refaire » comme avant...
Les révolutions se font – en partie – sur le modèle des révolutions qui se sont faites dans l'histoire (récente ou ancienne)... Mais sans en reproduire les effets indésirables ou pervers... Une révolution c'est une expérience ancienne et nouvelle : ancienne parce qu'elle se fonde sur des principes, sur des bases et sur des agissements passés ; et nouvelle parce qu'elle se fonde aussi sur une connaissance du réel et du présent, sur des événements et sur une actualité qui n'ont pas de précédent dans le passé, du moins pas le même précédent...
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Et si affirmer c'était réfléchir ?
- Par guy sembic
- Le 12/10/2010
- Dans Chroniques et Marmelades diverses
Dans une forme de pensée, dans une idéologie et dans un modèle de société consensuel et marchand, nous sommes confrontés dans le domaine de l'information, de l'actualité et de la connaissance, et cela aussi bien dans l'espace de notre environnement immédiat, que dans l'espace du monde tout entier, à un certain nombre d'affirmations allant dans un sens ou dans un autre sens...
Et ce sont ces affirmations qui, ayant le plus souvent une apparence de vérité et de crédibilité, conditionnent nos esprits, nos relations, notre comportement, nos choix...
Or, la seule affirmation entre toutes parmi les plus « sérieuses », les plus « scientifiques », ou les plus« véridiques » ou les plus « crédibles » qui soient... Ne peut s'exprimer à mon sens, que par la réflexion... Et non pas par l'acceptation de cette affirmation. La réflexion implique interrogation, puis recherche, choix et manière de réagir, de faire...
Mais par l'habitude que nous avons d'une pensée « toute faite » (ou dirigée), cette réflexion nous ne l'avons pas, ou bien nous l'avons perdue...
L'affirmation se présente comme une sorte d'évidence que l'on n'imagine pas remettre en cause, ou qui ne soulève pas de discussion... Parce qu'elle est souvent forte de crédibilité en ce qui se voit ou se pratique habituellement, parce qu'elle semble « scientifique » par certains aspects, parce qu'elle se fonde sur des faits avérés et renouvelés dans le temps et dans les lieux, parce qu'elle nous vient de personnes influentes dont les connaissances et l'expérience nous subjuguent ou nous convainquent ... Ou même tout simplement parce qu'elle est une affaire de croyance (religieuse ou autre) profondément enracinée dans l'esprit des gens depuis des temps immémoriaux ou depuis un événement qui s'est inscrit dans la mémoire collective des gens...
S'il en est, de ces affirmations de toutes sortes, qui ne peuvent durablement s'imposer d'elles-mêmes – parce qu'elles ne résistent pas à l'épreuve de la réalité- il en est d'autres qui ont -comme on dit - « la peau dure »... Et qui cependant ne devraient pas résister à une analyse objective et scientifique. Mais ce qui leur fait « la peau si dure », c'est cet ensemble de préjugés, d'opinions arrêtées, de croyances enracinées, de pseudo-vérités, de modes et de cultures, tout cela agissant comme la force d'un aimant ou comme l'attraction gravitationnelle...
L'on peut citer sans risque de la moindre erreur cependant, au moins une affirmation vraie, vraiment vraie et ne suscitant aucune interrogation, aucun doute... et seulement une réflexion « philosophique » découlant d'une « évidence » : « la Terre est sphérique et tourne autour du soleil ».
L'on doit citer – et je cite – au moins une affirmation « douteuse » parmi tant et tant d'autres de même acabit : « la fin du monde est imminente, elle aura lieu le 21 décembre 2012 »...
A noter qu'il existe – et que court- sur Internet (ce formidable outil de communication et de diffusion de connaissances et d'informations)... L'affirmation selon laquelle la fin du monde aurait lieu le 21 décembre 2012..
Didier Jamet, journaliste scientifique et Fabrice Mottez, astrophysicien ; font le point des connaissances scientifiques actuelles sur des scénarios apocalyptiques imaginaires ou plausibles... Et démontent les tentatives manifestes de mystification au regard des connaissances scientifiques actuelles, dans leur livre intitulé « 2012, scénarios pour une fin du monde », éditions Belin.
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Faillite de l'école ou faillite d'une civilisation ?
- Par guy sembic
- Le 11/10/2010
- Dans Chroniques et Marmelades diverses
J'aborde le sujet de l'école et de l'enseignement sous un angle différent de celui de la question de la rémunération des professeurs de collège, de lycée et d'école... Quoique la rémunération des enseignants en France, comme en Belgique ou ailleurs soit un véritable problème cependant...
J'ai connu et je connais encore des enseignants (autrefois en France on disait “instituteur” pour “professeur des écoles”) tant dans le primaire que dans le secondaire... Réellement passionnés par leur métier, et donc, “ne regardant pas” à quelques heures en plus (souvent même des dimanches et des jours de vacances), et de surcroît, exerçant une autre activité d'éducation ou de formation au sein d'une association ou d'une action culturelle... Et je pense que ces gens là, aimant leur métier, aimant vraiment les jeunes (et d'ailleurs communiquant bien avec les jeunes)... N'ont pas en priorité en esprit le salaire à un euro près qu'ils vont percevoir à la fin du mois... Ni les prochaines vacances scolaires pour faire un voyage (organisé ou autre) dans un “pays de rêve”...
Personnellement, je rends hommage à ces gens là!
Je connais une fille de mes amis qui a fait des études “poussées” et qui durant un an ou deux, ayant trouvé l'emploi qui convenait à son niveau d'études, “gagnait fort bien sa vie”... Elle a préféré renoncer à une carrière “brillante” (peut-être?) afin de devenir professeur des écoles... Elle disait que dans le privé “c'était féroce”...
Cela fait maintenant plus de dix ans qu'elle exerce le métier de professeur des écoles et elle aime ce métier, même si la rémunération n'est pas du tout la même que celle de la première année où elle travaillait dans le privé... Et elle ne “regrette pas”...
… Dans une civilisation en pleine déliquescence où règne la violence, la vulgarité et où s'étend (et s'organise par la plupart des grands médias et du pouvoir en place) l'inculture généralisée), je crois que l'on peut dire de ces enseignants”passionnés et motivés” que le message qu'ils ont à transmettre, que ce qu'ils entreprennent dans des conditions et dans un environnement aussi difficile... Est encore “bien plus porteur” (et bien plus encourageant) que les mêmes enseignants d'il y a trente ou cinquante ans dans un monde “à priori” plus “humain”et “porté par des valeurs de culture et de morale”... (au dire des “vieux de dans le temps”)...
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"J'ai deux papas" ou "j'ai deux mamans"
- Par guy sembic
- Le 07/10/2010
- Dans Anecdotes et divers
« J'ai deux papas » ou « j'ai deux mamans », dit le petit garçon ou la petite fille à ses camarades d'école, à ses copains de l'immeuble ou du quartier... Lorsqu'on lui demande de parler de son papa ou de sa maman..
Mais l'enfant, de lui-même, et comme pour affirmer sa différence avec les autres enfants de sa classe, de son immeuble ou de son quartier, ne claironne pas « j'ai deux papas » ou « j'ai deux mamans »...
Je m'imagine mal, enfant de six ans, devoir annoncer à mes camarades « j'ai deux papas » ou « j'ai deux mamans ».
Dans le monde présent tel qu'il est, avec cependant « un peu plus de tolérance et de reconnaissance » à l'égard de ces familles recomposées ou plurielles, ou de ces couples d'homosexuels... Il n'en demeure pas moins que certaines valeurs et repères, que tout ce qui s'impose comme un « ordre naturel des choses »... Est encore bien enraciné dans les esprits... Et ne souffre qu'avec peine (et interrogations) que l'on « déroge »...
Ainsi « admet-on » mais ne « souscrit-on pas »...
Au 18ème siècle dans la France de Voltaire et de Montesquieu, un enfant se rendant à l'école du curé de son village (pour autant que ses parents voyaient quelque utilité à ce que leur enfant apprenne à lire et à écrire)... Aurait peut-être eu beaucoup de peine à devoir dire aux autres enfants « j'ai un papa Noir » ou « j'ai une maman Noire », et cela d'autant plus que cet enfant aurait été bien blanc de teint ou « un peu café au lait »...
La France de Voltaire et de Montesquieu était, selon Luc Ferry, philosophe et écrivain contemporain, « bien moins fraternelle et tolérante » encore, que la France du début du 21ème siècle.
Gageons que d'ici deux siècles, ou peut-être même dans quelques dizaines d'années... Un enfant pourra dire : « j'ai deux papas » ou « j'ai deux mamans »... Comme il dirait tout naturellement « j'ai deux pommes pour mon goûter »...
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L'arbre sans branches et l'oursin à la bouche-anus
- Par guy sembic
- Le 05/10/2010
- Dans Pensée, réflexions, notes, tags
Simplifier une langue vivante, une langue parlée et écrite, c'est à dire simplifier la manière dont elle s'écrit, réduire sa grammaire, sa syntaxe et son orthographe afin que cette langue ne puisse être entendue et comprise que telle comme elle serait prononcée phonétiquement et sans les subtilités, sans les nuances, précisément, de sa grammaire et de sa syntaxe... Ce serait comme vouloir planter un arbre qui n'aurait qu'un tronc et pas de branches, ou vivre dans une forêt dont les arbres seraient des poteaux tout droits ou tout tordus sous un ciel uniformément bleu ou gris ou blanc...
… Faillite de l'école, entendons nous dire...
Je dirais plutôt : faillite de la civilisation... D'une civilisation qui, de l'arbre aux branches étendues et au feuillage bruissant au vent, est passée au tronc sans racines dont le haut est la tête éclatée d'un obus face au ciel, et béant de ses deux trous, l'un devant et l'autre derrière... Un trou pour avaler, un trou pour évacuer...
Nos civilisations (l'occidentale et les autres), du tronc sans racines et sans branches avec deux trous l'un devant et l'autre derrière, passent désormais à l'oursin qui lui, n'a qu'un seul trou : la bouche et l'anus...
Faillite de la civilisation? : ce n'est pas nouveau ! Et au temps de la forêt aux poteaux tout droits ou tout tordus aux deux orifices béants, il y a -et il y aura toujours- de « vrais arbres »... Au temps de l'oursin, il y a -et il y aura toujours- des coraux et des fleurs de mer...
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L'antiphrase, une figure de style...
- Par guy sembic
- Le 04/10/2010
- Dans Chroniques et Marmelades diverses
L'antiphrase est un procédé qui consiste à exprimer une idée par son contraire... Son utilisation, ou le choix que l'on fait de recourir à ce procédé (une figure de style) s'accompagne parfois d'ironie, voire de dérision ou de provocation...
A mon avis, c'est un procédé "dangereux" et à manier en pleine connaissance de cause, uniquement quand on sait (de manière quasi certaine) "de quel bois est fait" l'interlocuteur...
Personnellement je ne recours jamais à cette figure de style... D'ailleurs, n'ayant pas de "formation universitaire (en l'occurrence intellectuelle et littéraire)", ne fréquentant jamais non plus ces milieux littéraires où l'on manie "avec brio" certaines formules, procédés, figures de style... Et demeurant somme toute cet "innocent prosateur" que je suis (qui néanmoins se révèle parfois "assez incendiaire")... Je n'ai aucune aspiration à "faire le poids" (ce poids là, bien pesant son or dur) dans quelque assemblée de gens que ce soit...
Certains mondes ou milieux littéraires, artistiques ou autres se disent (et se définissent) "éclectiques"... Et il arrive que, confronté à une antiphrase "assez vicieuse" (du genre à "tomber dans le panneau comme le dernier des crétins")... L'on se sente complètement désarmé et "innocent"...
Nous vivons dans un "drôle de monde" : d'un côté la bêtise, la banalité, les clichés, la réflexion "à l'emporte pièce", la médiocrité relationnelle, la dictature des apparences (par tout ce que l'on croit bon et bien « pétant » de porter sur soi)... Et d'un autre côté cette "intelligence" des êtres si bien aguerris, si bien formés, si bien rompus aux gymnastiques de l'esprit et de l'expression orale ou écrite... qui vous "écrase vite fait bien fait" et vous renvoie à votre monde d'innocence, de pureté, de spontanéité naturelle et d'absence d'hypocrisie...
Au diable toutes ces "figures de style" et autres procédés " à la "mord-moi l'noeud première classe" qui, j'ose le dire (sinon le proclamer) n'apportent strictement rien à la littérature... Et ne sont jamais que des "effets spéciaux" de même nature que les effets spéciaux du cinéma, des scènes de théâtre, des music-halls et des plateaux de télévision...
Par dérision ou par provocation, j'ai parfois envie de faire de « l'anti comportement »...
Mais alors, par une telle « figure de style dans la manière d'être, de faire et d'exprimer », que ce soit purement et franchement théâtral !... Afin qu'au bout du compte l'on ne se méprenne point...
L'antiphrase, je le reconnais certes... Demeure un « procédé littéraire » au même titre que toute autre technique d'écriture (personnelle, convenue ou d'usage courant dans certains milieux littéraires)... Mais l'antiphrase doit alors s'insérer dans le contexte qui lui convient, c'est à dire un contexte dans lequel l'interlocuteur ou le lecteur ne peut se méprendre, et donc réagir au « premier degré »... Encore faut-il que ce contexte soit suffisamment clair, sinon l'interlocuteur ou le lecteur devient aux yeux des autres qui eux, ont « compris »... « Un sombre crétin qui est monté sur ses grands chevaux »...
Il n'en demeure pas moins – et c'est là où je veux enfin en venir – il y a « quelque chose de vicieux » voire d'indécent et parfois aussi de « doucement hypocrite »... À manier le procédé de l'antiphrase... Pour mieux dissimuler ou réduire ce que l'on porte en soi ni vu ni connu mais réel et de « moins noble essence »... Et qui finit d'ailleurs par transparaître un jour ou l'autre...
… Précision : j'entends par « effets spéciaux » une technique qui consiste à éblouir, impressionner et conditionner – plus qu'à émerveiller ou sublimer – l'interlocuteur, le spectateur, le lecteur...
En Art et au théâtre par exemple, à la différence du cinéma ou de la littérature (où l'on a tendance à les produire davantage), certains de ces « effets spéciaux » n'en sont plus : ils deviennent jeux de scène, jeux de comédiens, style, maîtrise d'un art... Et là, ils y ont toute leur place, tout leur sens, et, dirais-je, toute la nécessité, toute la pertinence, toute la symbolique et toute la poésie de leur existence...
Il devrait en être de même en littérature ou au cinéma... Il en est parfois, et bien heureusement!
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Une image caricaturale des manifestations littéraires
- Par guy sembic
- Le 01/10/2010
- Dans Anecdotes et divers
… Sans doute est-ce là, cette image qui me vient à l'esprit, celle d'un personnage d'écriture « qui ne traîne pas ses guêtres » dans les salons du livre, dans les cocktails et les manifestations littéraires... La réalité est certainement un peu différente, plus nuancée, et cela d'autant plus que le monde littéraire d'aujourd'hui – tout comme les autres mondes d'ailleurs – évolue, et que volent en éclats certaines idées et images reçues, d'un temps qui n'est plus...
Mais le personnage d'écriture qui ne se rend jamais dans les salons, l'homme ou la femme « ordinaire » qui ne se rend pas souvent dans les réunions de toutes sortes, lui, elle... croit qu'il ne peut qu'en être ainsi et pas autrement...
... Mon image est, certes, un peu caricaturale (perruches harnachées de crêtes et de plumages, et coquelets au bec odorant...)
Cependant, à travers cette image il faut aussi voir s'ouvrir comme dans un kaléidoscope, toute une série de figures géométriques et colorées vivement, qui se superposent à l'infini, se transforment et se succèdent... La rue, la place publique, la fête locale ou le festival d'été, la scène, les gradins, les marchés artisanaux, les défilés, les manifs avec leurs représentants syndicaux, les réunions politiques, les assemblées générales d'associations, les cocktails, dîners et réunions littéraires, et même jusqu'aux réunions familiales lors de mariages, de baptêmes et d'enterrements... Sont tous des lieux de vie, de représentation et d'échange où l'on paraît, où l'on "s'existe" plutôt que l'on "reçoit et donne sans fioritures"... Et varient à l'infini, mais dans un infini qui ne cesse jamais de s'uniformiser voire de se modéliser ou de se formater... Tous ces "harnachements de crêtes et de plumages", toute cette bijouterie de la tête aux pieds, toutes ces "odorances" d'haleines, toutes ces griffes et ergots plus ou moins acérés, toutes ces "petites phrases" répétées et reprises en choeur, tout ce qui fait qu'on "s'existe pour exister à tout prix"...
... Le kaléidoscope est un "jouet" que mes mains ont trouvé car on ne peut que le trouver tant il est partout... Un "jouet" qui tour à tour m'amuse ou me désole... Un "jouet" qu'enfant polisson et désobéissant, je cabosse ou détraque...