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  • Le style, n'est-ce pas ce qui différencie l'artiste de l'artisan ?

    … Les écrivains, romanciers, auteurs, qui écrivent pour distraire, ne sont-ils pas des “artisans de l’écriture” ? Tout comme des ébénistes, des cordonniers, des tonneliers ? Quand bien même ils peuvent être de bons artisans ?

    S’ils ont un style, ils sont alors des artistes.

    Le style, n’est-ce pas ce qui différencie l’artisan, de l’artiste ?

    Et peut-être, plus que le style, la “patte” ?

    Pour un bon thriller, un bon roman d’aventure, un bon roman policier, par exemple, dans quelle mesure un style, et qui plus est, une “patte”, peut vraiment apparaître ? Et s’avère-t-elle nécessaire ?

    Écrire pour distraire me semble peu compatible avec l’affirmation d’un style, du fait qu’un style, en ce qu’il a de personnel et parfois d’atypique, n’est pas ce que le lecteur attend, surtout désireux qu’il est de trouver un intérêt à l’histoire, au récit, à une intrigue, enfin quelque chose qui le passionne, le captive…

    De plus, un style lorsqu’il apparaît tout au long du livre ou d’une œuvre, dans la formulation, dans sa grammaire, dans ce qu’il a de singulier, implique de la part du lecteur, un effort, une attention…

    Dans un roman d’aventures, dans un thriller ou dans un roman policier, l’effort réside dans la capacité qu’il y a, à bien suivre, à bien se laisser pénétrer de l’intrigue dans ses déroulements, ses rebondissements… Ce qui exclue l’effort de l’attention à porter à un style, en plus…

    Et si le style y est quand même – pourquoi pas? - dans un roman policier, d’aventure, dans un thriller – comme par exemple dans les romans de Georges Simenon ; et si le lecteur alors, est sensible au style, c’est tout de même l’intérêt suscité, de l’histoire, de l’intrigue, qui retient en premier lieu, le lecteur…

    Un roman d’aventures, un thriller ou un roman policier dans lequel, en plus de la complexité de l’intrigue et de l’intérêt suscité, il y a du style ; n’est plus alors, tout à fait un “livre pour distraire”…

     

  • Définir le lien

    … Définir ce qui nous relie aux êtres et aux choses qui nous entourent, par ce que l’on perçoit, par ce que l’on regarde avec une certaine attention et dans une réflexion particulière… Sans forcément que cela implique une relation… Peut nous aider à comprendre le monde et apprendre à accepter le monde pour ce qu’il est…

    Mais comment définir le lien, autrement qu’en se projetant hors de nous-même, et en même temps, demeurer en nous-mêmes ?

     

    Établi, pour autant qu’il peut l’être, le lien, une fois défini ; nous aidant à comprendre le monde dans son ensemble et dans tout ce qui le fait, le monde, à savoir les êtres et les choses… En somme, comprendre le fonctionnement de la “mécanique” dans ses rouages et dans ses engrenages…

    Établi, le lien, il reste cependant le plus difficile, après être parvenu à comprendre le monde : accepter le monde pour ce qu’il est, enclins que nous sommes à le juger, à le faire selon ce que l’on voudrait qu’il soit…

    Car à faire le monde comme l’on voudrait qu’il soit, on le défait. Et le lien se relâche, le lien se rompt ; c’est le heurt qui se substitue au lien…

     

    Certes, accepter la violence, l’injustice, la prédation, par fatalisme, par démission, ou par complaisance, n’est pas la forme qu’il convient, de l’acceptation du monde pour ce qu’il est…

    La forme d’acceptation du monde pour ce qu’il est, c’est celle qui nous met en face du monde tel qu’il est, en tant qu’ “interlocuteurs” du monde, et de tout ce qui fait le monde, les êtres, les choses, dans une relation évolutive aussi complexe que diverse… Une relation se fondant sur les forces naturelles d’opposition, d’association, de symbiose, d’interdépendance, de combat pour la vie…

     

  • Littérature, musique, dessin

    … Je fais cette constatation – à vrai dire je la faisais, inconsciemment, sans y penser, depuis toujours – et c’est peut-être la première fois de ma vie que je la fais en y pensant, y réfléchissant vraiment, consciemment…

    … Que la musique et que le dessin sont d’un langage (d’une forme d’expression) “universel”… C’est à dire que, par exemple, un paysage de bord de mer, le portrait réalisé au crayon ou au pinceau, d’un personnage ; une scène de chasse à courre dans une forêt, ou même un dessin en peinture de Pablo Picasso… Est reconnu comme tel, vu, perçu, aussi bien par un Africain du Nigeria que par un Russe de Saint Petersbourg, un américain du Texas, un Iranien de Téhéran, un Chinois de Beijing/Pékin…

    Avec bien sûr, la sensibilité qui est celle de cet homme ou de cette femme de n’importe où dans le monde au moment où l’image est perçue…

    Ainsi l’œil reconnait tout de suite…

    Et il en est de même pour la musique : l’oreille reconnait tout de suite ; un air de jazz, un morceau de musique joué d’un instrument, violon, guitare, piano… Est reconnu, entendu, perçu comme tel, par tout humain n’importe où dans le monde…

    Avec là encore bien sûr, la sensibilité qui est celle de cet homme ou de cette femme de n’importe où dans le monde, au moment où le son, où la musique est perçu…

    En revanche la littérature, par la parole, par l’écrit, n’a – ou ne peut avoir – un caractère “universel”, que prise dans son ensemble en tant que forme d’expression englobant toutes les manières de transcrire, de dire et d’écrire, sans distinction de langage, de vocabulaire, de grammaire, d’alphabet ou de signes d’écriture…

    Dès lors qu’en littérature, l’œuvre (le texte) apparaît dans le langage et dans l’écriture de l’auteur, que cet auteur soit Russe, Français, Chinois, Iranien, Tchèque, Polonais, Italien, Espagnol, Anglais etc. … L’œuvre (le texte) alors, vu écrit ou entendu par une personne d’une autre langue parlée et écrite, n’est pas reconnu dans ce qu’il contient et est illisible, incompréhensible… À moins d’être traduit…

    En littérature de surcroît, outre la langue parlée et écrite, avec sa grammaire, son vocabulaire, sa syntaxe, son alphabet, ses barbarismes ou formulations particulières identifiés reconnus… Il y a le langage personnel même de l’auteur, avec ses formulations, les mots qu’il invente ou crée … Et dans le “dire”, dans le parler”, il y a l’intonation tout aussi personnelle, dans la voix, dans le rythme, dans les sonorités des mots… Tout cela, bien sûr, ne pouvant être traduit par aucun traducteur de métier, aussi exercé soit-il…

    … À supposer qu’il puisse exister dans notre civilisation mondialisée du 21 ème siècle, un langage et une écriture universels – comme ce fut le cas avec l’Akkadien dans le monde Égéen de -3000 à -1200 AV.JC… (Un monde mondialisé aussi)… Si un texte pouvait être perçu, compris, dans ce qu’il contient, d’un bout à l’autre du monde ou de la civilisation mondialisée… Il n’en demeurerait pas moins que ce texte devrait, pour être “universellement” perçu, reconnu, compris, ne rien contenir de ce qui serait “de son propre langage personnel”… Ce qui, d’un côté il faut dire, avec la personnalisation du dire et de l’écrire, limite l’impact, réduit le rayonnement de l’auteur autour de lui, dans un espace où seuls les proches – de culture, d’âme, de sensibilité, de vécu commun – peuvent partager…

    D’où la nécessité pour la littérature, plus que pour le dessin ou que pour la musique, afin de gagner en rayonnement et en impact, de se “rapprocher” de l’universel, donc d’une logique, d’une sorte de grammaire commune “faisant lien”, et d’un vocabulaire partout reconnu et identifiable, tout cela dans une écriture commune “faisant lien”…

    C’est ce qui avait existé avec l’Akkadien, dans le monde Égéen de -3000 à -1200 AV.JC, un monde “mondialisé” formé de cinq ensembles économiques politiques culturels : Grèce continentale et cyclades, empires Hittite, Egyptien, Mittanien et Babylonien, chacun ayant ses dialectes propres…

    C’est aussi ce qui avait été fait avec l’Arabe, à partir du 8 ème siècle, mais il faut dire que c’est l’Islam et le Coran, qui ont été les vecteurs principaux de la diffusion de langue écrite et parlée (L’Arabe dit “régulier”) utilisée du Maroc jusqu’en Asie centrale, dans toute l’Afrique du Nord , dans le bassin oriental méditerranéen et au Moyen Orient…

    C’est encore ce qui a été réalisé en Chine, avec le Mandarin, dès 1909 du temps de la dynastie Qing, le parler de Pékin, qui a évolué à partir de 1949 en mandarin moderne…

     

    Mais… Gagner en impact et en rayonnement, réellement, par le rapprochement de l’universel, par la venue peu à peu d’un langage et d’une écriture intelligibles par tous… Est-ce justement gagner en impact, en rayonnement ? Je n’en suis pas si sûr…

    Parce que… De quel impact, de quel rayonnement s’agit-il ? Est-ce que l’impact et le rayonnement sont mesurables, identifiables, quantifiables, définissables ?

    Et s’ils sont mesurables, pouvant être définis comme étant “grand ou très grand ou même incommensurable”, est-ce que c’est important, essentiel pour la vie, dans la vie des êtres et des choses ? …

     

     

  • Le système éducatif

    … J’invite tous les enseignants, du primaire, du collège, du lycée et de l’université ; ainsi d’ailleurs que tous les parents soucieux de l’avenir de leurs enfants, à lire attentivement ce texte de Jacques Lamagnère, directeur d’un collège dans la région parisienne, texte posté le 15 décembre 2020 sur Facebook…

     

    Voici le texte :

     

    J’ai peu à peu acquis la certitude que notre système éducatif a atteint un point de non-retour et qu’il va falloir désormais vivre avec l’idée que la France perdra son rayonnement prépondérant dans les lettres, la culture, les arts et les sciences. C’est même déjà le cas. Sa récente place de dernière européenne sur des évaluations en mathématiques est tout simplement dramatique. L’École ne répond plus à sa mission première de construction d’une société éclairée de citoyens détenant des savoirs indispensables à leur émancipation. La responsabilité des politiques éducatives depuis Giscard est immense. En prônant l’égalitarisme et l’inclusion au travers d’une idéologie pédagogiste délétère, menée au pas de charge et calquée sur le modèle américain, on en est arrivé exactement au même résultat qu’outre atlantique, c’est-à-dire une école à 2 vitesses où seuls s’en sortent ceux dont les familles peuvent compenser les manques. Et même eux s’en sortent avec un niveau académique très insuffisant.

     

    Dans beaucoup d’écoles en REP, nous n’avons même plus conscience de ce que peut être un bon élève. On crie souvent au génie quand on a à faire à un élève qui arrive à maîtriser facilement les éléments du programme, mais qui est souvent un élève qui ne fait qu’émerger du marasme général.

    Ce marasme, personne ne veut le voir ni l’admettre, puisque d’un côté, on continue à distiller les mêmes recettes pédagogistes frisant l’absurde et le contresens et de l’autre, on se cache derrière la revendication du manque de moyens alors que des moyens, il n’y en a jamais eu autant.

     

    C’est, je crois, Caroline Fourest qui, la première, a parlé d’Autruches pour désigner ceux qui ne veulent pas voir le danger de l’entrisme islamiste. Je reprends cette métaphore pour l’Éducation Nationale. On ne veut ni voir ni admettre la faillite de l’École qui aura, à plus ou moins long terme, des conséquences très lourdes. Ce ne seront pas forcément des conséquences économiques car nous maintiendrons, en bonne société néo libérale, le tissu de formations privées et chères permettant de former nos dirigeants mais ce seront des conséquences sociétales aboutissant à un peuple acculturé.

     

    J’ai longtemps vécu aux États-Unis avec une année dans le Midwest pour comprendre ce qu’induit un système éducatif où la condition sociale détermine à la fois votre parcours et le niveau de votre parcours. C’est un système idéologique très insidieux qui ne dit pas son nom et qui repose sur une baisse des exigences académiques censée ménager l’enfant. On passera alors plus de temps à gérer ses émotions, à être à son écoute, à prendre pour argent comptant toute réflexion de sa part en mettant au même niveau sa parole et celle du maître. On noiera les programmes dans des activités sociétales sur les discriminations, l’anti racisme, l’égalité des sexes, le vivre ensemble qui ne sont pas forcément inutiles mais qui prennent le dessus sur les matières académiques jugées trop contraignantes et sources d’échec et de conflits. En parallèle, on déconstruit tout pour que s’aplanissent les difficultés, pour que l’enfant ait l’impression permanente de produire et de réussir. C’est à lui, dit-on, de construire ses propres savoirs, incongruité qui fait qu’il n’ira jamais au-delà d’une certaine dose d’efforts et qu’on le maintient dans l’illusion d’une réussite.

     

    Aux États Unis, cela se traduit par une langue anglaise très appauvrie et une culture générale, littéraire, historique, géographique… d’une grande indigence avec l’idée, d’ailleurs, qu’il est inutile d’avoir une culture générale, l’essentiel étant d’être performant dans le domaine auquel on se destine. Je me rappelle avoir rencontré à l’Université Ann Harbor près de Détroit des étudiants chercheurs très en pointe sur la fibre optique dans les années 80, incapables de situer correctement la France en Europe.

     

    À cette époque, notre système scolaire, au travers des lycées français qui maintenaient un semblant de mythe à son sujet en gardant son aspect traditionnel et rigoureux, permettait aux élèves qui y décrochaient le bac, d’entrer directement en 2ème année d’université américaine tant le niveau académique était considéré comme supérieur à celui des élèves américains issus des high schools.

     

    Ayant travaillé dans une école publique américaine,j’ai découvert ce principe de bienveillance que l’on nous impose désormais, principe qui implique de valoriser toute parole ou production d’un élève pour ne pas heurter sa sensibilité. C’est un système qui, en l’apparence, est attirant car il donne l’illusion de privilégier l’autonomie et l’intelligence, mais, on se rend compte vite, au final, qu’il laisse sur le carreau une majorité dépourvue du cadre nécessaire pour se prendre en charge. Appliquer cela de manière indifférenciée creuse inéluctablement les écarts entre élèves.

     

    Depuis très longtemps et désormais avec une accélération plus qu’inquiétante, nous sommes dans une déconstruction ayant pour modèle tout ce qui se passe outre atlantique. Le problème est que, vouloir appliquer ces principes anglo-saxons américains à notre société est un contresens total et une insulte à notre histoire et notre langue. Il n’y a bien entendu pas que le système éducatif qui est touché. On peut également parler de tout ce qu’induit le racialisme et le décolonialisme. Nous avons à faire à une véritable colonisation culturelle et, les garde fous tombent un par un, surtout le principal qui est l’École. Nous en sortirons laminés car, contrairement aux États Unis, nous n’avons pas la puissance économique qui peut donner le change.

     

    On sait que la bataille de l’École est le nerf de la guerre et lorsque cette bataille sera définitivement perdue, nous basculerons dans un autre monde où toutes les lumières de notre passé se seront éteintes.

     

     

    … Je partage tout ce qui est écrit, toute l’analyse qui est faite, dans ce texte ; surtout en ce qui concerne le système éducatif calqué sur une approche anglo saxonne (plus précisément américaine) des principes éducatifs applicables à notre société française dont l’Histoire s’est faite dans une expérience, dans des “vécus” différents de l’Histoire des pays d’Amérique du Nord…

    En fait – et de fait – au delà de cette approche anglo saxonne, c’est à l’époque actuelle, dans le monde de 2020 et des années qui viennent, une généralisation d’un modèle “universaliste” qui s’opère, fondé, non plus sur la transmission des savoirs et des connaissances, mais sur le développement personnel, individualiste, visant à produire les futurs décideurs, “managers”, élites, en somme les “chiens de garde” de la Doxa dominante… Qui, soit dit en passant, n’ont et n’auront rien de comparable, tous autant qu’ils sont et seront, ces “chiens de garde”, aux élites (savants et intellectuels) du 13 ème siècle Européen, par exemple, qui étaient formés dans des universités où les maîtres de l’époque transmettaient réellement des savoirs, des connaissances, certes seulement accessibles aux privilégiés de la société…

    De nos jours nous avons des techniciens, des scientifiques, des spécialistes, des praticiens, des ingénieurs, qui tous, exercent dans les domaines particuliers qui sont les leurs – et même assez souvent excellent en leur domaine, nous avons aussi des chercheurs, des découvreurs certes… Mais nous n’avons plus comme par le passé, de ces grands savants et penseurs tous domaines confondus avec une vision à la fois globale et détaillée, analytique et réfléchie, de l’état du monde, de l’évolution du monde… Et, s’il en apparaissent de ci de là quelques uns, ils se voient suspectés, voire empêchés, contestés, et sont considérés dérangeants…

    Je donne ici deux images qui sont celles correspondant à deux faits symptomatiques de l’état de notre société actuelle, et par là même de ce que produit notre système éducatif dans une échelle hélas non négligeable :

    - La première, celle de l’américain moyen, par exemple un Texan mais cela pourrait tout aussi bien être un habitant de l’Ohio ; buvant une bière dans un bar en compagnie d’autres gens de même condition sociale, en conversation sur les “potins du bled” (l’on imagine des propos échangés, aussi vulgaires et réducteurs que racistes)… Et totalement incapable de situer la France, Israël et l’Iran sur une carte de géographie…

    -La deuxième, celle d’un professeur d’histoire et de géographie dans un collège, en face des 25 élèves de sa classe, qui parle des dinosaures et de néandertal… Y’en a un qui lève le doigt ( parce qu’il est tout de même poli et que ses parents lui ont transmis tout de même quelques “valeurs essentielles”) et s’adresse au professeur : “mais, m’sieur, c’est dieu qu’a créé l’monde” ! … Bien haut bien fort bien convaincu…

     

    … Soit dit en passant, juste une idée qui me vient : la “création” du monde, de l’univers, peut-être qu’il faut l’aller chercher dans ce que les scientifiques appellent “l’ère de Planck” soit ce temps non mesurable, indéfini ou infini si l’on veut, compris entre un point zéro ne pouvant jamais être atteint et un instant T déterminé appelé “Big Bang” à partir duquel commence l’histoire de l’univers et de son évolution… Juste une idée…

     

    … L’on peut aussi se demander si un certain nombre de nos concitoyens, Français -reste à évaluer combien- peuvent situer l'Ohio aux USA ! (Pour le Texas et la Californie, en général, peu de Français ne savent situer, ce qui est déjà "pas si mal que ça")... Le pire étant -mais je n'ose y croire- que des américains "moyens" ou "aculturés" ou même que des Français croient la Terre plate! Quoi qu'il en soit, on est bien forcé, hélas, de constater, de par le monde, dans toutes les sociétés, un défaut de culture, généralisé en bien de domaines dont l'Histoire, la géographie entre autres...

     

     

  • Inglourious Basterds, film de Quentin Tarantino

    Inglourious

    … Je salue France Télévision pour la diffusion de ce film Inglourious Basterds, jeudi 19 novembre 2020 à 21h 05… D’une durée de 2h 30, quatre étoiles – ce qui n’est pas rien -

    Étant “fondamentalement et philosophiquement” contre la haine et la violence, il n’en demeure pas moins que je “reconnais” la violence (jusqu’à celle à laquelle on assiste dans ce film) en tant, dis – je “qu’étape nécessaire”… Je dis bien “étape” c’est à dire “passage obligé par la force des choses”…

    Une “étape” donc… Seulement une étape…

    J’ai pensé en regardant ce film, à ces groupes de néo nazis en Allemagne (l’Allemagne d’Angela Merkel)… En Allemagne ET ailleurs (donc, en France, la France d’Emmanuel Macron)…

    J’ai pensé, oui, à ce qui pourrait arriver de nos jours, dans un contexte de violence internationale, de violences de groupes “extrémistes” (mais de groupes “vengeurs” et déterminés), à ce qui pourrait arriver à ces gens, les “néo nazis”, ces “ennemis de l’espèce humaine”, cette “racaille” abjecte à “faire disparaître de la surface du globe…

    À un certain niveau de cruauté, de barbarie, de tortures infligées ; il n’y a qu’une “réponse” – provisoirement possible en tant qu’étape ou passage – à savoir le même niveau de cruauté, de barbarie, de tortures infligées…

    La réflexion, la philosophie, une conception du pardon à la Nelson Mandela… D’accord mais Après, une fois le “passage” refermé “aussi longtemps que possible” …

    J’ai pensé en voyant ce film, à notre chant national La Marseillaise, dont “certains” de nos concitoyens “un peu troublés pour ne pas dire choqués” par le caractère “guerrier” qui le qualifie, vitupèrent ces paroles “qu’un sang impur abreuve nos sillons” …

    Précisément… Je le dis et je l’assume : ce “sang impur versé dans les sillons de nos champs – ou dans des caves, des catacombes ou en pleine rue à Paris, Lyon, Bordeaux, Lille… Ce sang impur pourrait être celui des barbares néo nazis et autres (vous voyez lesquels)”…

    Avec ce film, on est loin, très loin de ces westerns où, certes “ça pète de tous les côtés mais où on voit pas une goutte de sang” … Très loin aussi de ces films moraux et lénifiants où ce sont les méchants qui perdent, se repentent pour quelques uns d’entre eux, et qui de toute manière, meurent d’une mort rapide et “propre”…

    Autant dire avec Inglourious Basterds, “on ne fait pas dans la dentelle” (par exemple avec cette scène d’écrabouillement à coups de batte de base ball d’un officier SS refusant de désigner l’endroit où se planquent les types de son unité)…

    “Interdit” (pour ne pas dire plutôt “non recommandé”) aux moins de 12 ans -en salle …

    En fait, et “à mon avis”, ce film, on devrait le présenter aux jeunes, dans les classes primaires et les collèges…

    Fichtre, “ça marquerait” les esprits !

    Néo nazis, et autres barbares et ennemis du genre humain, tremblez! Faites dans votre froc! Il se pourrait bien que vous soyez les prochaines cibles, les prochaines victimes !

  • Autofiction et exofiction

    Ce qui me gêne avec l’exofiction, c’est lorsqu’elle sort du cadre purement littéraire (forme, style, sens, contenu, portée ou impact sur le lecteur) et qu’elle déborde dans le récit historique, dans le récit des faits et des événements, en donnant aux faits, aux événements – en particulier historiques – une interprétation non seulement discutable – ce qui est encore à mon sens “concevable” – mais une vision dénaturée, arrangée dans un sens voulu, voire carrément perverse parfois, ou mensongère et à effet recherché…

    Cela, dans l’exofiction me gêne beaucoup et je le dénonce.

    S’il y a “cet effet là”, dans l’exofiction, même avec la qualité de l’écriture, même avec le talent réel de l’auteur… Dans ce cas l’œuvre d’exofiction est une “imposture”…

    Brouiller la frontière entre fiction et réalité : oui mais à condition que cela ne dénature pas ou ne contredise pas la “vérité historique” (ou événementielle dans les faits)…

    Bien sûr, sous cette condition c’est difficile parce que cela demande du travail, de la recherche, de la réflexion, de l’analyse, de la précision, de la chronologie (avec la datation, la situation dans le temps), du témoignage (le sien pour les choses vues de son vivant, celui des gens de l’époque sur la base de documents, de lettres, d’écrits)…

     

    Dans l’autofiction ce qui me gêne, c’est lorsqu’elle se confond avec le récit purement biographique (l’écriture de sa vie), de telle manière qu’elle “arrange” ou “avantage” l’auteur…

    Ou encore quand l’autofiction consiste à mettre sur le devant de la scène, davantage ce personnage fictif central qui ressemble au personnage réel (l’auteur lui-même), que les autres personnages eux aussi fictifs…

    Une telle autofiction ? Non, plutôt alors, carrément une biographie réelle, genre “journal” …

     

    S’il y a de l’imposture – Il y a en a bel et bien “par les temps qui courent” – je pense que l’imposture est autant du côté du talent, de la manière d’exprimer, de témoigner, de raconter… Que du côté de la médiocrité et du “tout venant” dans une pléthore de productions des uns et des autres en particulier sur internet…

     

    Pour moi (ma “façon de voir les choses”) , le talent c’est le talent SANS IMPOSTURE…

    Quant à la médiocrité et au tout venant, SANS IMPOSTURE, cela peut se “pardonner”, se “laisser courir”…

    Mais il faut dire aussi que la médiocrité et le tout venant sans imposture, ce n’est guère très courant…

    Le talent sans imposture, aussi, ce n’est guère très courant…

     

    Bien sûr il y a “l’imposture dans ce que l’on produit, dont on ne se rend pas compte soi même” … Que l’on ait du talent ou pas…

     

    Une vie ne suffit pas, de toute manière… Tout demeure inachevé, en particulier les œuvres littéraires et artistiques… Avec les questions qui se posent et leurs réponses qui ne sont pas forcément les “vraies” réponses …

     

    … “Bonjour le travail d’investigation des futurs chercheurs, biographes ! Dans une “géographie du 21ème siècle” qui n’a plus rien à voir avec la “géographie du temps de Charles Augustin Sainte Beuve”…

     

  • Le territoire de la liberté d'expression

    Les réseaux sociaux, dont le plus utilisé d’entre tous, Facebook pour ses proses – et son “homologue” Twitter pour ses 140 caractères par message - doivent devenir le territoire d’expression exclusif de celles et de ceux qui, dans notre pays la France et partout dans le monde, pensent, réfléchissent, combattent la haine et la violence, évoquent et mettent en avant tout ce qui fait du bien à entendre et à voir, ne “font pas dans la dentelle avec ce qui plombe le monde et la société et fige dans les crispations et les raccourcis de pensée”, et, pour “couronner le tout”, le font tout cela, en y mettant de l’humour et de la caricature, et si possible, de l’art et de la littérature !

    En revanche ces mêmes réseaux sociaux doivent faire l’objet d’une traque permanente et organisée à grande échelle et dans le détail, partout dans le monde, d’une élimination pure et simple, d’une éradication et d’une “mise au pilori”, de tout ce qui encore aujourd’hui et depuis que le Web existe, occupe le territoire de la liberté d’expression au détriment des gens “de bonne volonté”, qui eux hélas, ne sont guère écoutés, vus et lus comme il conviendrait! …

    La tolérance telle que l’a enseignée, expliquée et présentée dans ses écrits, Voltaire ; ne doit plus être pervertie, confondue avec un torchon servant à essuyer des saletés et que l’on néglige de laver et qu’ensuite on agite comme un étendard derrière le lequel il faut se mettre bien en rang !

     

     

    La liberté d’expression n’est une valeur, n’est louable et respectable, que si elle se fonde sur la responsabilité de chacun en particulier et de tous en général, que si elle se fonde également, sur une culture de la relation humaine…

    Sinon, elle n’est, la liberté d’expression, qu’un “trou noir” du quel ne s’échappe aucune matière, aucune lumière…

     

    La responsabilité, dans la liberté d’expression, consiste en la conscience en soi de l’impact de ce que l’on dit et écrit, en particulier lorsque ce qui est écrit et dit dans une formulation pouvant surprendre ou déranger, implicitement ou indirectement, “expurge” l’inacceptable…

    Tellement impensable qu’on ne le ferait pas!”… Mais “ça interpelle, porte à rire et à dérision” , s’assimile à une dénonciation de l’inacceptable (comme par exemple une tête coupée en carton et chiffons au bout d’une perche faisant office de pique )…

    Sans perdre de vue cependant, l’effet contraire qui consiste, au lieu d’expurger l’inacceptable, de l’inciter, de le provoquer, de sorte qu’il ait lieu réellement…

    C’est pourquoi la liberté d’expression se fonde aussi sur le risque pris, de dire, d’écrire, de dessiner, de caricaturer…

    Mais le risque (ou l’aléatoire) est inhérent à la “mécanique” (à la “grande horlogerie”) du monde, de la vie, de l’univers…

     

  • Souvenir d'Algérie, avril 1962

    Âgé de 14 ans à l’époque, c’était un soir d’avril en 1962, je demeurais avec mes parents à Blida, cité Montpensier Bâtiment R au 9 ème et dernier étage, appartement 57…

    Avec devant la coursive commune aux 6 logements de l’étage, une vue sur la plaine de la Mitidja avec au loin sur la gauche les monts de Cherchell, au milieu à l’horizon nord, une petite échancrure triangulaire dans un bourrelet de collines laissant voir un bout de Médirerranée, et vers la droite les collines du Sahel avec Bouzaréah, une banlieue d’Alger… Et la grande route reliant Blida à Alger, 52 km, traversant Béni Mered à 6 km de Blida puis Boufarik à 14 km…

    Et avec, derrière, du côté des loggias (balcons attenants à chaque appartement) une vue sur toute la ville de Blida adossée aux premières pentes abruptes de l’Atlas Tellien, une vue donnant sur cette montagne de plus de 1500 mètres d’altitude moyenne formant une chaîne avant l’autre chaîne de l’Atlas Saharien situé elle, plus loin au delà des hauts plateaux centraux au Sud de la région Alger Blida. Au sommet de cette montagne au dessus de Blida l’on apercevait, culminant à 1800 mètres, entouré d’une forêt de cèdres, le village de Chréa (que l’on devinait, en fait, plus que l’on ne le voyait)…

    À Chréa où nous nous rendions avec mes parents et des amis, parfois le dimanche, pour “prendre l’air toute la journée là haut”, en convoi militaire par la route en lacets de 18 km (les voitures se trouvaient intercalées entre les camions et les automitrailleuses, et l’on ne pouvait se rendre là haut, qu’ainsi, en convoi, celui du matin pour l’aller, celui du retour le soir… Il fallait une heure pour effectuer ce trajet, autant à l’aller qu’au retour.)

    Mais là haut, quelle beauté de paysage! Quel émerveillement! Et ces dimanches que nous passions ensemble avec des amis…

    Voilà pour le “cadre”…

    J’en viens à présent à cette soirée d’un jour d’avril de 1962…

    Nous avions invité ce soir là, Marinette, secrétaire de mairie de Blida, que ma mère connaissait et avait pour amie entre autres connaissances ; une jeune femme “très chic/très classe” dotée d’un visage qui eût pu inspirer un sculpteur, sobrement vêtue mais d’une élégance hors du commun, une élégance qui lui “collait à sa peau comme à son esprit”…

    Cette jeune femme avait un regard à nul autre pareil sur les “événements d’Algérie” de l’époque, elle était d’une sensibilité, d’une culture, d’une puissance et d’une justesse de pensée et de réflexion “à couper le souffle”. Elle me faisait penser, de par sa personnalité, de par l’enfance qui avait été la sienne, issue d’un “milieu modeste”, à Albert Camus… “Un Albert Camus en femme”…

    Me trouvant placé, à table, juste en face de Marinette, je n’avais d’yeux pour ainsi dire, que pour son visage, et me sentais aussi à l’aise – et même davantage encore – dans la conversation, dans les échanges que nous avions elle et moi, qu’avec mon copain Ould Ruis du collège (Lycée Duveyrier de Blida, à l’époque), mon copain avec lequel nous nous partagions lui et moi, la place de premier en composition française, et avec qui au cours des récréations nous échangions nos vues sur toutes sortes de sujets d’actualité, d’Histoire, de livres lus, de thèmes de réflexion… Au lieu de nous mêler aux jeux brutaux et aux bagarres incessantes entre factions rivales…

    Ma mère s’était surpassée, mettant comme on dit “les petits plats dans les grands”, nous avions sorti la dernière bouteille de “Château Romain” qui nous restait encore en réserve, avec de beaux couverts, de belles assiettes et une nappe blanche en tissu…

    Cela avait été d’autant plus difficile d’organiser cette réception entre nous et Marinette, que dans le quartier où nous habitions, notre boucher avait été plastiqué par l’OAS, ainsi que notre épicier, que des tirs de roquette et d’armes automatiques, sans cesse jour et nuit, se succédaient (le cessez le feu du 19 mars 1962 n’était que “théorique”), que des bâtiments dont une école avaient sauté récemment, que l’insécurité régnait en permanence lors de nos déplacements (une balle perdue, une agression…)

    Quelque temps après avoir chez nous, reçu Marinette, nous apprîmes qu’elle avait eu la tête tranchée par des fellagas…

    À cette nouvelle nous fûmes atterrés, jamais nous n’aurions pensé que cette jeune femme si intelligente, d’une telle sensibilité, d’une telle culture, d’une telle justesse de réflexion et de pensée, avec le regard qu’elle portait sur les événements et les comportements, un regard si hors du commun par rapport à la “pensée générale dominante” ; eût pu être assassinée de cette manière, décapitée en pleine rue par un fanatique…

    Cela s’est passé peu de jours avant que nous quittions Blida pour nous embarquer sur le “Ville d’Alger” l’un des paquebots transportant vers Marseille des milliers de gens, avec juste 2 valises pour bagages et une attente de trois jours pour l’embarquement le lundi 21 mai 1962 à 11h du matin le départ, arrivée vers 7h le lendemain matin mardi 22 mai, le jour où j’ai le plus pleuré de ma vie, me souvenant de Marinette dont la tête avait été tranchée… Je n’en dormais plus de la nuit entière, des nuits comme en demi sommeil avec des cauchemars horribles…

     

    Quand j’ai appris la décapitation en pleine rue, de Samuel Paty, j’ai pensé à Marinette, cette jeune femme si chic/si classe, un “Albert Camus en femme”… Et les cauchemars qu’il m’arrive de faire d’ordinaire ont cru en intensité…

     

    Personne, absolument personne, aucun être humain au monde, femme ou homme, quelle que soit sa culture, sa sensibilité, ses croyances, le milieu dont il est issu, ce qu’il fait dans la vie, en somme quel que soit ce que l’on dit être son “profil”… N’a le “profil” d’une victime désignée en fonction de ce que cette personne, victime d’un attentat, a pu exprimer notamment dans une communication, un échange avec d’autres gens autour d’elle…

    Il n’y a pas de “profil”… Il n’y a qu’un être humain, son semblable, appartenant à son espèce (Sapiens)… Mais avec sa singularité, son “à nul autre pareil” que son visage traduit et représente, visage ne ressemblant à aucun autre visage… Et comme dit le Coran, “la personne humaine est sacrée, tu ne la tueras pas”, comme la Bible des Chrétiens dit “tu ne tueras point”…

     

    Cour de la Sorbonne, 21 octobre 2020

     

    J’espère, oui j’espère… Que cette cérémonie souvenir commémoration dédiée à Samuel Paty dans la cour de la Sorbonne, le mercredi 21 octobre 2020 à 19h 30 ; qui sans doute a été suivie à la Télévision (pour une fois je mets une majuscule à télévision) par une grande partie de la population française (et dans d’autres pays Européens et du monde), aura un impact durable désormais en nos vies…

    Toutes générations confondues dont bien sûr les plus jeunes d’entre elles, celles des nés au début du 21 ème siècle, des nés juste un plus tard qui sont nos enfants de l’École d’aujourd’hui…

    Au delà de l’émotion, au delà de ce que chacun d’entre nous a ressenti dans la solennité et dans l’environnement particulier de l’événement que fut cette commémoration, avec la lecture de la lettre d’Albert Camus à son instituteur Louis Germain lors de la remise du Prix Nobel de Littérature lui ayant été attribué… (le 19 novembre 1957)…

    Au delà de tout cela, il y avait cette “dimension” qui ne pouvait être, par sa grandeur, sa gravité, son immensité, en ce lieu, la Sorbonne ; que celle que l’on eût pu attendre, du Gouvernement de la France, des personnalités en présence et de la société française tout entière…

    Pas moins, sûrement pas moins ! Pour un homme, Samuel Paty, qui en somme, est un proche, un très proche de nous, de chaque citoyen de notre pays… Dont l’enseignement qui fut le sien depuis qu’il est professeur d’Histoire et de Géographie, se fonde sur les valeurs de notre République une et indivisible mais “plurielle et diverse” dans ses sensibilités, ses croyances… Notre République avec sur le fronton de nos mairies “Liberté Égalité Fraternité”…

    C’est la raison pour laquelle j’espère que cette cérémonie en souvenir de Samuel Paty ce mercredi 21 octobre 2020, aura un impact durable dans nos vies désormais, dans les visions qui sont les nôtres de la relation humaine, de la liberté d’expression, dans nos comportements au quotidien…

    Il n’en demeure pas moins, douloureusement, tragiquement et mille fois hélas, que Samuel Paty n’est plus parmi nous, parmi ses proches, en face de ses élèves, le Vivant qu’il fut, né en 1973, disparu en 2020 à l’âge de 47 ans… Le même âge qu’avait Albert Camus quand il est mort le 4 janvier 1960…

     

  • La littérature et la vie

    … La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas ( Fernando Pessoa, écrivain et poète Portugais né le 13 juin 1888 décédé le 30 novembre 1935, Lisbonne )…

     

    Bien sûr, sans la littérature et sans l’art, il resterait la vie, la vie avec le travail, les activités humaines pour l’essentiel pragmatiques c’est à dire liées à ce qui est purement matériel et utilitaire , la relation avec les autres tout aussi pragmatique, tous les événements des plus banals aux plus marquants dans leur réalité brute, oui…

    Et ce qui fait la littérature donnant la preuve que la vie ne suffit pas telle que l’on la vit et la voit en l’absence des livres et des œuvres d’art … C’est le regard que l’on porte sur les activités humaines, sur le travail, sur la relation avec les autres, sur tous les événements des plus banals aux plus marquants ; ce regard que l’on porte et qui nous fait exprimer ce qui va être lu et vu par les autres … Et avec le regard, ce que l’on apprend et la manière dont on l’apprend et qui va constituer une base de connaissances…

    Néanmoins ce regard que l’on porte n’est pas forcément la preuve qui fait la littérature – ou l’art…

    À dire vrai ce regard que l’on porte n’a peut-être pas encore fait la littérature ou l’art dans sa “version” la plus achevée… Juste une “version” somme toute, qui a mis “un peu plus de vie à la vie”, ce qui est un début… Dût-ce le début durer “une éternité”…

     

     

  • Le récit et la réalité qui en découle

    Cette vie qui est la nôtre, celle que nous vivons chacun d’entre nous, en n’importe quel endroit de la Terre, de notre naissance jusqu’à notre mort, peut faire l’objet d’un récit, que d’ailleurs certains écrivent ou racontent dans des blogs, sur des forums du Net, sur leur page de Facebook…

    Mais le récit – peut-être – n’a vraiment d’intérêt pour les autres, que dans la mesure où les personnages évoqués, rencontrés et nous ayant un temps accompagnés dans notre vie, ont tenu le rôle principal, plus souvent que le narrateur que l’on a été…

    Et, dans la mesure également, où nous n’avons pas été entièrement dépendants de la réalité qui découle du récit, des événements qui se sont succédés, et surtout de ce que ces événements ont impliqué dans notre « vision du monde »…

    Certes, certains de ces événements, nous les avons subis, lorsqu’ils ont exercé une pression difficile à supporter ; certains comportements des autres nous ont désolés, et nous avons fait des choix en fonction d’empathies ou d’antipathies, en fonction aussi d’une « culture en nous » ou de la pesanteur des habitudes, des intérêts que nous pouvions avoir, du fait même de nous exister plus que d’exister les autres…

    Mais ce qui fait le récit, qui le fait vraiment -enfin « devrait le faire » - c’est ce fond de liberté dans le « tableau », comme un ensemble de tons mêlés, avec au premier plan tout ce qui apparaît indépendamment de tout « angle de vue »… (Mais avec cependant, une « perspective »)…

     

     

  • Ordre, Dieux et modèles

    L’incohérence et le désordre dans un hasard du n’importe quoi n’importe comment, ce n’est pas ainsi que fonctionne l’univers, le cosmos, la nature…

    L’anarchie non plus…

    En revanche, l’ordre des Hommes et des Dieux, c’est un ordre tragique, générateur de désordres, d’incohérences, de violences, et à plus forte raison, ce qui est une parodie de l’anarchie, une parodie de la liberté…

    C’est bien curieux – et déconcertant- ce que les surréalistes dans leurs œuvres de dessin, de peinture ou de littérature, omettent d’ordre et de cohérence dans ce qu’ils réalisent, négligent de se fonder sur la “mécanique” créative, infiniment diversifiée de l’univers, s’octroyant ainsi une liberté qui ne sera jamais celle dans laquelle tout se crée et se diversifie dans l’univers…

    Et c’est encore plus déconcertant, ces dieux, ces ordres, ces modèles que les Hommes ont inventés, et qui font du monde et de la vie ce qu’ils sont : une citadelle fortifiée avec des portes d’accès bardées de ferrures et de gardes en armes… Ou de boitiers à code…

     

  • La force gravitationnelle

    Les artistes, les poètes, les créateurs, les penseurs, les novateurs… Dans leurs œuvres, inspirés qu’ils sont de l’idée qu’ils se font du monde selon leur sensibilité propre, selon -si on les compare à des arbres – le bois dont ils sont faits jusqu’au cœur même de l’arbre ; peuvent par leur talent, par la facture de leurs œuvres, et pour autant qu’ils parviennent à être connus, reconnus autour d’eux, d’un certain nombre de leurs semblables… Entrer après leur disparition du monde des vivants, dans ce que j’appelle “une sorte d’éternité provisoire”…

    Cependant, ces mêmes artistes, poètes, créateurs, penseurs, novateurs ; dépendants qu’ils sont de leur sensibilité propre, de ce dont ils sont faits -comme le bois de l’arbre ; ne peuvent échapper à la “force gravitationnelle” qui les anime et les fait évoluer dans un même ciel aussi haut qu’ils peuvent se tenir…

    Les artistes, les poètes, les créateurs, les penseurs, les novateurs, qui parviennent à se libérer de la “force gravitationnelle” – tout en étant “faits comme s’ils sont faits” et donc sans se défaire, dans la liberté ainsi trouvée et échappant à la force gravitationnelle, de ce dont ils sont faits ; sont rares…D’autant plus rares encore, aujourd’hui où les humains n’ayant jamais été aussi nombreux sur la Terre, ont en conséquence parmi eux, davantage que jadis, d’artistes, de poètes, de créateurs, de penseurs, de novateurs…

    Ceux là, qui parviennent à se libérer de cette force gravitationnelle, de cette “pesanteur” exercée par une vision personnelle du monde, par une sensibilité et par une culture tout aussi personnelles , tout cela impliquant du jugement, de l’opinion partisane et engagée… Déjà dans leur quotidien de vie et de relation avec les autres, ils posent des questions essentielles qui ne viennent jamais à l’esprit de tout un chacun, des questions venant à propos, le plus souvent, de “petits riens” qui “en disent long”, des questions n’étant jamais évoquées ou très peu, et ne faisant pas l’objet de grandes discussions…

    Il y a également en ceux là, une gravité dans le langage, une attention portée aux autres, une intégrité, une pureté, une absence d’hypocrisie, une absence de compromission, et une sorte de bienveillance qui loin de tout accepter, est faite de compréhension, de réflexion… Et c’est, tout cela, ce qui libère de la “force gravitationnelle”…

     

     

  • La littérature et le monde comme il va ...

    Tout ce que la littérature a produit…

    De plus beau, de plus vrai, tant dans la forme que dans le contenu…

    D’au plus près de la réalité, par tout ce dont elle a témoigné de la vie des gens partout dans le monde, par la plume ou par le crayon des écrivains qui ont fait la littérature…

    Dans les livres où les auteurs ont osé tout exprimer jusqu’à l’inacceptable, avec l’idée, peut-être, qu’en exprimant l’inacceptable il pouvait être possible d’expurger l’inacceptable…

    Tout ce que la littérature a dénoncé, démasqué.. Ou donné à ses lecteurs, de raisons de ne pas désespérer…

    N’a pas changé le monde, n’a pas rendu le monde meilleur, n’a pas changé les comportements… Et donc, seulement ému, interpellé, parfois renforcé dans ses convictions, au mieux…

    En ce sens, l’impuissance de la littérature, ce drame dont souffre la civilisation, me fait penser à l’impuissance de l’amour, ce drame dont souffre l’humanité depuis avant même l’apparition de l’écriture…

    Ainsi tous les grands maîtres dont on étudie encore les œuvres, passé deux millénaires et demi, passé deux ou trois siècles ou passé seulement quelques années… Éléments épars de squelettes qu’ils sont dans la terre… Si, de ce qu’il reste d’eux enfoui dans la terre il devait s’élever dans l’air comme un nuage, ce nuage ne serait pas blanc de lumière mais de poussière mouillée de larmes…

    Impuissance de la littérature…

    Impuissance de l’amour…

    Mais faut-il pour autant désespérer ? …

    La certitude venant, que tout n’est pas joué…

     

  • Ça commence aujourd'hui, film de Bertrand Tavernier

    Sur Arte, le lundi 7 septembre 2020 à 20h 55…

     

    Avec Philippe Torreton dans le rôle de Daniel Lefebvre un directeur d’école maternelle, fils d’un ancien mineur…

    Dans une région du Nord de la France, près de Valenciennes, qui, à la fin des années 1990, était déjà très impactée par la désindustrialisation, les fermetures des mines et des usines…

    Et donc où sévissait un chômage endémique sur fond de misère sociale, de précarité, de problèmes liés à l’alcoolisme, à la violence, à la délinquance…

    Qu’en est-il aujourd’hui, un peu plus de vingt ans plus tard ? Dans une actualité dramatique et brûlante sur fond de crise sanitaire pandémie covid ?

    La plupart des grandes régions de notre pays, la France, en particulier le Nord Pas de Calais et la Lorraine plus encore qu’ailleurs, étant affectées par la désindustrialisation…

    Dans ce film très réaliste (du “Zola” en pire, actualisé 21 ème siècle), la scène de l’inspecteur d’académie qui vient contrôler et noter le travail de Daniel Lefebvre directeur de l’école maternelle d’ Hernaing, n’a – à mon avis – absolument rien de caricatural : c’est “la pure vérité” ! C’est ainsi que cela se passe dans la réalité, lorsque les professeurs des écoles (anciennement instituteurs), sont “appréciés” dans leur travail, par les inspecteurs… Même “discours” pompeux, convenus, de ces gens, ces inspecteurs qui sont à mille lieues de la réalité vécue au quotidien par les enseignants, à mille lieues de ce que vivent les parents des enfants, et des enfants eux mêmes, dans les souffrances, les situations difficiles de chômage, de misère, de violences qui sont les leurs…

    C’est bien là, ce film, un témoignage brut et poignant !

     

     

  • La vocation de l'art et de l'écriture

    La vocation de l’art et de l’écriture c’est de dénoncer ce qu’il y a de clarteux à s’y méprendre, dans l’obscurité… Peut-être…

     

     

    L’ écriture dans sa pureté, dans l’inventivité et dans l’originalité de sa forme, dépouillée de tous les effets et artifices dont on l’habille afin de la rendre brillante ; ainsi que toutes les formes d’art dans leur facture, dans leur authenticité… Ne peut-on les situer, autant l’écriture que l’art, dans leur seule forme, dans leur seule facture, au delà de la pensée, au delà de la réflexion, au delà de tout ce que peuvent contenir, se transmettre, s’exprimer, la pensée et la réflexion ?

    Par l’essence même qui se dégage de l’écriture et de l’art, dans la forme, dans la facture ?

     

    Tout ce que peut contenir de “meilleur”, apporter de bénéfique, de solide et de durable, tout ce qui peut contribuer à l’évolution d’une société, d’une civilisation ; par la pensée, par la réflexion, ne peut “sauver le monde”… L’Histoire en effet, le démontre… Et comme on dit ,les grands disparus dont les œuvres ont traversé les siècles, se retourneraient dans leur tombe s’ils voyaient ce que nous avons fait du monde, que de leur temps ils ont illuminé autour d’eux, par ce qu’ils ont exprimé et réalisé…

    Sauver le le monde” est une véritable gageure… Déjà par ce qu’il y a d’irréaliste, d’utopique et de naïf, dans cette expression “sauver le monde”…

    Changer le monde” est peut-être “un peu moins” une gageure… Et en ce sens, la forme et la facture seules, dans l’écriture et dans l’art, par l’essence qui s’en dégage, contribuent mieux à “changer le monde”… Certainement “mieux” que ne peuvent le faire, la pensée, la réflexion… Mais ce n’est là qu’une supposition, une sorte d’espérance…

    Globalement, sur cette planète, du moins sur un bon tiers de sa surface, depuis les Huns qui ont déferlé sur l’Europe au 5 ème siècle, depuis Philippe Le Bel au début du 14 ème siècle, il y a eu des progrès notoires, de grandes avancées technologiques, scientifiques, médicales… Mais pour autant, le monde n’est pas “meilleur”, il est différent… Comme sera différent et pas meilleur le monde de demain par rapport au monde d’aujourd’hui…

    Ce n’est pas que les femmes et les hommes de bonne volonté soient moins nombreux de nos jours – en fait ils le sont, nombreux - mais c’est ce qu’il y a d’humain (la part d’humanité) en chacun de nous, qui est occultée par le côté obscur de l’être humain… Surtout lorsque le côté obscur se fait clarteux à s’y méprendre…