enfance
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Les plus anciens souvenirs d'enfance
- Par guy sembic
- Le 10/03/2026
- Dans Souvenirs, anecdotes, choses vécues
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… Agé en automne 1950 de 2 ans et 10 mois, je me souviens très précisément du trajet que faisait ma grand-mère maternelle Suzanne Abadie, à Rion des Landes, sur son vélo de dame pour m’amener à l’école maternelle de Rion, située au quartier de la gare par la rue principale, très longue, du village, depuis la Poste où résidaient en logement de foncion mes grands parents, « Papé » ayant été à cette époque depuis octobre 1948, receveur des Postes à Rion des Landes… Jusqu’en décembre 1959…
« Mamy » m’installait pour ce trajet, sur le porte bagage du vélo – un vélo vert, de dame, « monovitesse »- sur un siège en osier avec les petits repose-pieds de chaque côté de la roue arrière du vélo…
J’étais à cette école maternelle en 1ère année, avec les enfants de mon âge de 2 ans révolus avant la rentrée d’octobre : j’y avais pour copains les deux jumeaux Ducournau de nos voisins entrepreneurs de maçonnerie, et une petite fille Sylvie dont la maison en pierre de taille grise toit à deux pentes se trouvait juste de l’autre côté de la rue en face de l’école, proche du garage automobile Ducasse… Mamy, quand elle allait au garage pour la peugeot 203, me laissait jouer avec Sylvie dans la « maison de Sylvie »…
Dans la classe de maternelle on nous faisait empiler des cubes en bois en couleurs et en dessins, et c’était pour moi une fête de me trouver avec ces autres enfants de mon âge dont les petites filles…
En février ou mars 1951, je venais de passer 3 ans le 9 janvier, un matin « Mamy » descend au ruisseau derrière le jardin de la Poste pour la lessive : une grande et lourde planche inclinée et trempant dans le ruisseau et autour une plateforme en bois et le grand panier de linge, des draps notamment… Tout en battant le drap sur la planche, « Mamy » jetait un œil » sur le gamin que j’étais, en barboteuse, assis à côté du panier…
Et voilà-t-il pas que me penchant je tombe dans le ruisseau ! « Mamy » me récupérant illico et m’entourant d’une couverture, plus question de continuer à laver le linge, il a fallu dare dare remonter au « chai » (une bâtisse qui servait de débarras et de cuisine) et me réchauffer au feu de la cuisimière en fonte… (Et ni rhume ni bronchite et encore moins de pneumonie après cette épreuve – l’eau du ruisseau en février étant à 10/12 degrés celsius!)…
Cette même année 1951 mais début octobre je rejoignais mes parents qui venaient de s’intaller à Cahors dans le Lot, au 5 rue Wilson, dans un appartement du 1er étage d’un immeuble, avec balcon donnant sur la rue. Mon père venait d’être nommé – en mutation- au Central Téléphonique de Cahors pour y exercer la fonction d’inspecteur chargé de l’automatique rural – installation du téléphnone, entretien des lignes et dépannages sur un secteur couvrant une moitié du département.
L’appartement comportait un grand couloir central sur lequel s’ouvraient d’un côté 2 chambres, et de l’autre côté le salon et la cuisine (l’on se lavait à l’évier de la cuisine et pour les bains douches on se rendait au bâtiment public une fois ou deux la semaine)…
Il n’y avait pas 3 jours que j’étais avec mes parents, qu’un matin, me trouvant sur le balcon, je vois passer dans la rue une dame qui ressemblait à Mamy, j’agrippai les barreaux, me penchai entre deux barreaux, et criai en voyant cette dame : « Mamy, Mamy !... »
Pour le noël de cette année là 1951, mon père avait décidé de m’acheter une auto à pédales, toute rouge, qu’il avait suspendue à un crochet dans le couloir ; en regardant cette auto si grande, plus grande que moi, je pris peur et pleurai, je ne voulus jamais jouer avec cette auto et d’ailleurs le gosse que j’étais n’aimait que les crayons de couleur et la pâte à modeler et absolument rien d’autre surtout pas les jouets qu’affectionnaient tous les autres enfants… Je revois encore ma mère ramenant dans son filet à provisions, rentrant de courses, des pains de pâte à modeler…
En automne 1951 mes parents me mirent à l’école maternelle de Cahors où l’environnement de cette école n’avait plus rien à voir avec ce que j’avais connu à Rion des Landes : les mômes de mon âge étaient brutaux, j’étais souvent en bagarre, la maîtresse « faisait les gros yeux » tout le temps et je me souviens à la suite d’une bagarre, avoir eu le dessus d’un doigt à la jointure coupé d’un coup de ciseau donné par un « dur » à côté de moi. Il fallait sans cesse se défendre, faire attention à ne pas se laisser voler son goûter ou ses crayons… Un jour à la sortie de l’école, je vois une maman qui tirait son gamin par la main, et qui avait plein de caca qui lui coulait le long de la jambe… Horrible cette école maternelle à Cahors, avant que je n’intègre le 20 septembre 1954 le cours préparatoire (la classe de 12ème) au « Petit Lycée » du Lycée Gambetta.
Un autre jour, atteint d’ une angine et d’ une bronchite, maman m’amène chez la Soeur infirmière pour la piqûre à la fesse : une piqûre par jour pendant 8 jours ! La vache, elle avait « la main lourde » la Soeur ! Le pire pour moi c’était de devoir me déculotter devant une dame qui n’était pas ma maman (et qui, vieille et moche qu’elle était, n’avait pas « un joli visage »!)…
J’adorais aller au marché avec maman, très curieux de ce qu’il y avait sur les étalages, les poules et les lapins dans leurs cages, la poissonnerie, les fruits, les légumes, les énormes citrouilles… Et surtout, surtout, j’étais fier, à 3 ans – et encore plus à 4, à 5 et à 6 par la suite- de ma si jolie maman si bien habillée de belles robes et avec un visage de fée absolument charmant, son regard, son sourire, toute sa manière d’être… D’autant plus que maman ne me grondait jamais et ne me disait que du vrai… Quand je faisais une bêtise elle le disait jamais à papa…
On n’est pas restés très longtemps à la rue Wilson : en 1952 en automne on a déménagé pour aller 2 rue Emile Zola quartier des remparts à l’autre bout de Cahors, une maison avec un jardin …
Ce quartier des Remparts, à l’époque, et qui jouxtait le cimetière situé derrière, était au dire des gens du coin « un lieu de perdition » rendez vous de tous les voyous…
Dans cette maison 2 rue Emile Zola (en l’an 2000 le 2 était 52 et la maison existait encore en son premier état) il y avait aussi un grand couloir central dans lequel je faisais des cabrioles pour épater ma cousine Dany, de mon âge, 3 ans…
On faisait la toilette a l’évier de la cuisine, et pour les WC c’était dehors en bas d’un escalier… Je me souviens de l’horticulteur maraîcher notre voisin, monsieur Pouzergues, qui venait avec sa citerne « pompe à merde » vider périodiquement la fosse sceptique…
Ce monsieur Pouzergues avait 2 fils jumeaux, un peu plus âgés que moi, avec lesquels j’étais toujours en bagarre ; un jour que je m’apprêtais à leur lancer une grosse pierre, ma mère était intervenue juste à temps avant que je ne leur fracasse le crâne…
Un autre souvenir – mais celui là j’avais 6 ans et j’étais en 12 ème au « Petit Lycée » Gambetta…
Mon père à l’époque, se rendait au bureau en vélo et me calait assis sur le cadre pour en même temps me conduire à l’école.
J’avais de grosses difficultés en calcul et mon père d’une voix grave et sévère me questionnait , à peine partis que nous étions, de la maison à 8h le matin : « alors 2 plus 2 ça fait combien ? » … A chaque fois j’étais sidéré, pétrifié, totalement incapable de répondre que ça faisat 4 – je le savais tout de même – et, en colère de mon silence, mon père disait : « ah quel crétin tu es » !
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Le premier homme, d'Albert Camus
- Par guy sembic
- Le 19/09/2018
- Dans Livres et littérature
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" Mais il s'était évadé, il respirait, sur le grand dos de la mer, il respirait par vagues, sous le grand balancier du soleil, il pouvait enfin dormir et revenir à l'enfance dont il n'avait jamais guéri, à ce secret de lumière, de pauvreté chaleureuse qui l'avait aidé à vivre et à tout vaincre."
[ Albert Camus, dans "Le premier homme", page 53 collection Folio ]
... Il y a chez les pauvres qui ne trépignent pas et n'enragent pas, dans le regard qu'ils portent autour d'eux et dans tout ce qui émane d'eux au quotidien, une dignité et une sobriété dans l'expression qui sont bien là une vraie résistance à la violence, au mépris et à l'indifférence des possédants ... C'est sans doute cela, le "secret de lumière"... Et, la pauvreté qui ne trépigne pas et n'enrage pas est chaleureuse parce qu'elle rapproche des êtres qui souffrent, dans le peu qu'il y a à partager... Ce que ne fait jamais la pauvreté qui trépigne et enrage...
Il y a aussi chez les pauvres qui ne trépignent pas et n'enragent pas, ce qui reste de leur enfance : cette sorte de connaissance des êtres et des choses qu'ils avaient, autant intuitive que dans un imaginaire à eux, et qu'ils ont gardée...
... Ces pauvres qui trépignent et enragent, s'ils devenaient riches ils seraient sans doute plus vaches que les riches qui nous volent, nous bousculent et nous oppressent... Déjà, dès que ces pauvres là, qui trépignent et enragent, et auxquels tu donnais deux sous ou sortais de l'ornière, le jour où tu n'as plus deux sous à leur donner et que tu ne peux sortir de l'ornière où tu es toi-même... Ils te piétinent, quand ils ne t'enfoncent pas la tête dans l'ornière où tu te débats...
... Et à la page 163, dans "Le premier homme" d'Albert Camus, ce passage :
"Seule l'école donnait à Jacques et à Pierre ces joies. Et sans doute ce qu'ils aimaient si passionnément en elle, c'est ce qu'ils ne trouvaient pas chez eux, où la pauvreté et l'ignorance rendaient la vie plus dure, plus morne, comme refermée sur elle-même ; la misère est une forteresse sans pont-levis."
... C'est ce livre "Le premier homme" le dernier ouvrage d'Albert Camus, écrit avant sa mort le 4 janvier 1960, dont le texte était encore en feuillets dans la sacoche qui se trouvait dans la voiture accidentée, à côté de lui... Il avait cessé de vivre, il avait 47 ans...
En 1960 en France tout comme à Belcourt un quartier d'Alger en 1922, à l'école, du moins à l'école primaire, l'on franchissait une sorte de "pont-levis" qui menait à l'intérieur d'une "forteresse" du savoir élémentaire où la pauvreté avait droit de cité, alors qu'au dehors dans la ville et dans le monde, la pauvreté n'avait que le droit de "fermer sa gueule", de "courber l'échine" et de demeurer plus encore que dans l'ignorance, dans un obscurantisme organisé par ceux qui détenaient le pouvoir et l'argent...
En 2018 le "pont levis" est une étroite passerelle branlante... Quand il n'existe parfois plus du tout... Et dans la forteresse du savoir élémentaire, la pauvreté y a un droit de cité plus affiché que réel ; l'ignorance au dehors s'est coiffée de toutes sortes de casquettes aux marques imprimées au dessus de leur visière ; l'obscurantisme organisé par ceux qui détiennent le pouvoir et l'argent s'est revêtu de culture consommable pour tous et de jeux, et d'internet où l'on peut tout être et tout faire au vu et au su de tout le monde comme sur un mur infini où chacun tague sa vie et ses coliques...
... En 4ème de couverture à la fin :
"Après avoir lu ces pages, on voit apparaître les racines de ce qui fera la personnalité de Camus, sa sensibilité, la genèse de sa pensée, les raisons de son engagement. Pourquoi, toute sa vie, il aura voulu parler au nom de ceux à qui la parole est refusée."
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L'enfance, territoire de lumière et de clarté
- Par guy sembic
- Le 07/08/2018
- Dans Pensée, réflexions, notes, tags
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… « Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent ». ( Antoine de Saint Exupéry )…
… A vrai dire -c'est ce que je crois et qui m'empêche de sombrer dans le désespoir et m'incite à témoigner en déroulant le fil et en essayant de défaire un à un les nœuds du moins le plus loin possible vers une extrémité indéfinie du fil que je n'atteindrai jamais… C'est que l'enfance est ce territoire d'origine qui n'était un terrain de jeux qu'en apparence, dont le paysage et le ciel tout entier, étaient emplis de lumière et de clarté…
Et que si nous ne nous souvenons pas de ce territoire qui était celui de notre enfance, c'est parce que les feux de la scène, les feux de la Cité, les feux du monde en somme, se sont substitués à la lumière et à la clarté d'origine… qui n'ont pas pour autant disparues, enfouies qu'elles sont et prêtes à s'élever…
Il faut juste cette étincelle qui ne vient pas du frottement des allumettes des marchands d'allumettes…
… Cela dit, l'innocence blessée dans le fracas des guerres, l'innocence broyée par la misère, le territoire d'enfance saccagé et violenté par des hommes de par le monde… Tout cela ne témoigne pas en faveur de la civilisation et des sociétés humaines…