Film documentaire de Philippe Kohly sur la vie et l'oeuvre de Jean Ferrat

Le film documentaire réalisé par Philippe Kohly sur la vie et l'oeuvre de Jean Ferrat, diffusé sur France 3 à 21h le vendredi 26 octobre 2018, porte davantage sur la vie intime et les amours du chanteur, que sur son parcours artistique dont seuls quelques titres emblématiques dont « La Montagne » ont été entendus (avec « Ma môme » et « Nuits et brouillard » entre autres)…

La plupart des titres interprétés que l'on a entendus, sont des poèmes d'Aragon ; alors que Jean Ferrat a non seulement une voix propre et a mis beaucoup en musique lui-même ces textes d'Aragon et d'autres, mais a aussi produit et mis en musique ses propres textes tels que, par exemple « Mourir au soleil », « Ce qu'on est bien mon amour », « Pauvres petits cons », « Ma môme »…

Philippe Kohly dans ce film documentaire présente l'engagement de Jean Ferrat auprès du Parti Communiste, et le voyage qu'il fit à Cuba en décembre 1967, dans un contexte politique économique social actuel qui est loin d'être favorable au Communisme (et donc pouvant passer aux yeux de bon nombre de gens aujourd'hui, comme étant « une erreur de parcours »…

De 1961 à 1972 il fut l'un des chanteurs les plus populaires et plus écoutés dans la France de cette époque et il faisait venir dans de nombreuses salles de spectacles à Paris et dans les villes de province, des milliers de spectateurs, de gens du peuple en majorité à vrai dire…

Tous ces gens de cette époque là, 1961-1972, âgés alors de 16/20 ans jusqu'à 80/90 ans, sont de ces générations qui ont connu le monde tel qu'il était avant 1990 ; ils ont aujourd'hui, ces gens, pour les « plus jeunes » on va dire, en 2018, pour ceux d'entre eux qui ont vu ce film documentaire vendredi 26 octobre, dans les 70/80 ans…

Soit dit en passant il y avait aussi ce soir 26 octobre, à la même heure, sur TF1 « The voice Kids » un divertissement dans son épisode 3, dans une « nouvelle saison qui bat son plein » ; et un téléfilm sur France 2 qui « mêlait habilement » drame et suspense. (notez les guillemets pour mêlait habilement -rire)… Sans compter les autres offres de programme sur les nombreuses chaînes de la TNT… Passons…

Après 1972, une fois retiré à Antraigues en Ardèche, Jean Ferrat afin de ne pas rompre la relation qu'il avait avec son public, tous les cinq ans se produisait en scène, le temps d'une saison…

Il a vu -comme il l'a évoqué lui-même- le monde changer à partir de la fin des années 1980, en ce sens, selon lui, que l'argent, que la culture du paraître, du résultat immédiat avec le moindre effort possible, prenait beaucoup plus d'importance dans une accélération accrue, que la reconnaissance du talent et du mérite par l'intelligence et le travail, et du principe de « l'ascenseur social »… Un monde qui se délitait, qui n'avait plus rien à voir avec ce qu'il était avant et cela l'attristait…

Et il est mort en mars 2010… Il n'a donc pas été témoin de ce qui s'est passé depuis 2010… En France, et dans le monde…

Certes, dans le monde d'avant 1990, il y avait des riches et des pauvres, de l'injustice, des guerres, il y avait ceux qui réussissaient et ceux qui ne réussissaient pas, il y avait de l'esbroufe, du paraître, déjà la société de consommation depuis 1a fin des années 60… Mais le monde alors « ressemblait à quelque chose » (à ce qu'il avait toujours été en dépit des évolutions technologiques et des évolutions sociales) et cela pour une raison essentielle : l'immense majorité des gens n'avait pas accès comme de nos jours, à tout ce qui peut les rendre plus visibles, plus présents sur les scènes publiques (en particulier sur Internet), plus consommateurs dans la culture du paraître, plus à même (avec plus de facilités et de moyens entre autres technologiques) de mettre en avant leurs performances, leur « égo »… De telle sorte qu'aujourd'hui les talents sont « noyés dans la masse » et que trop de visibilité rend finalement invisible…

Les « esprits éclairés », libres et indépendants, témoins objectifs dans une réflexion approfondie, qu'ils soient des artistes, des écrivains, des penseurs, des humanistes, des intellectuels engagés dans une action de communication ou sur le terrain… Ont à présent une visibilité brouillée, d'une part par la présence sur la scène publique de personnages médiatisés faisant la pluie et le beau temps et influençant l'opinion des gens qui « ne voient qu'eux » ; et d'autre part par tout ce que la culture de la consommation et de la facilité d'accès à cette culture, fait entrer dans la vie quotidienne des gens en nivelant leur sensibilité, formatant leurs émotions afin qu'ils soient le moins possible une « clientèle » pour les « esprits éclairés » qui cependant existent et résistent à la « marchandisation de la culture », utilisant eux aussi, ce que la technologie de la communication produit pour les rendre visibles…

Mais la « visibilité brouillée » tend à ne rendre circulables et accessibles pour le plus grand nombre, que des voies proclamées et officialisées comme étant « royales » et c'est bien là tout le « sens » du « non sens » du monde présent.

Dans le monde « ancien », celui d'avant 1990, c'était « moins brouillé » même si c'était aussi dur, inégal et inconfortable sinon plus, qu'aujourd'hui…

 

 

 

Jean Ferrat

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