L'écriture du pirate, 2ème tirade

                        UN REVE BIZARRE, NUIT DU 31 JUILLET 2003

            C’était dans le cadre d’une réunion publique au cinéma de Contis, organisée par le groupe ATTAC. Une réunion d’information au sujet du statut des intermittents du spectacle…

La réunion étant publique et non limitée aux membres de l’association ATTAC, des personnes de sensibilités diverses étaient présentes dans le grand hall d’accueil du cinéma. Nous étions tous assis sur les chaises du cinéma, en cercles concentriques, la salle était pleine comme un œuf, Betty préparait les boissons fraîches et Marie bricolait sur Internet.

Outre les responsables départementaux d’ATTAC, les membres de l’association venus en force, et quelques élus locaux dont le Maire de Saint Julien en Born, il y avait aussi des anarchistes, des Zuhèmepés, des Socialobonteint, des rouge – délavé, et des rose – foncé.

A un certain moment, alors que les débats fusaient et que de grosses tonitruantes voix tonnaient, je me risquai à quelques réflexions salées à propos du Système et des Médias. « Tous des pourris », pour résumer… Mais je ne déversai ma diatribe incendiaire qu’en tout petit comité, avec deux ou trois jeunes femmes charmantes, et madame Ransinangue, la bibliothécaire de Saint Julien en Born, qui avait acheté mon livre.

C’est alors qu’un petit mec avec du matériel d’audiovisuel, m’ayant entendu, me pria de prendre le micro, et la parole, devant l’assistance.

« Voyons, monsieur, dites nous donc tout haut ce que vous marmonnez tout bas en si charmant petit comité »…

N’ayant guère l’habitude de m’exprimer en public, je ne trouvai que ces mots à prononcer : « Je trouve que les grands journaux régionaux, et en particulier Sud Ouest, ont tendance à encenser la culture bêta ».

Un journaliste de Sud Ouest, présent dans la salle, fut très mécontent de ma réflexion : « Monsieur, vous allez regretter ce que vous venez de dire, il va vous arriver des bricoles ».

Effectivement, trois jours après, chez moi à Tartas, je reçois une lettre du grand rédacteur en chef, Yves Harté, du journal Sud Ouest. Ce dernier me priait de passer dans son bureau dans les plus brefs délais…

J’arrive au siège de la rédaction de Sud Ouest, l’on me fait patienter quelques instants, et hop ! me voilà dans le bureau du grand chef.

« Monsieur Sembic, votre commentaire ne m’a pas plu du tout. Vous allez me faire cent pompes, là, tout de suite, sur le balcon, en criant très fort : Sud Ouest est un grand journal. Et chaque fois que vous ne crierez pas assez fort, vous me ferez dix pompes supplémentaires ».

Ce jour là devait avoir lieu sous le balcon un grand meeting sur la Communication, en présence de personnalités de marque telles qu’Alain Juppé, Raffarin et Sarkozy. Il m’avait donc fallu, devant les Huiles, les Sous Huiles, les prédateurs et les aide prédateurs, les coincés, les branchés, les calotins, les rombières à petit toutou, les messeux, les as de la queue, de la carambole et de la magouille, les autosatisfaits, les intoxiqués, les fanas du RMA, les séides de Mégret, les Humanuscules perclus de certitudes béates, effectuer mon numéro de pompes et user ma voix… « Sud Ouest est un grand journal ! Sud Ouest est un grand journal ! Sud Ouest est un grand journal ! »

C’est tout en sueur que je m’éveillai enfin… Et moulu comme après cent pompes ! Et en plus j’étais enroué !

 

 

     DOCUMENT  'SUPER  PIRATE', écrit en septembre 2003, à la Poste de Magescq dans les Landes...

 

            J’ai écrit ce texte en septembre 2003 alors que je travaillais à la Poste de Magesq dans les Landes.

Au regard des évènements qui, depuis 3 semaines ( novembre 2005 ) font la Une de l’actualité, ce texte me semble refléter dans une certaine mesure ce que des jeunes de nos villes peuvent ressentir.

Je ne dis pas cependant que les violences, les destructions de véhicules, d’écoles et de locaux ainsi que le comportement de ces jeunes ne puissent être analysés uniquement en fonction d’exclusions, de chômage, et de grande précarité, car la réalité est parfois brutale, abjecte, sans rapport direct avec les maux ou les carences de notre temps, de nos systèmes éducatifs et de nos structures familiales ou sociales.

En temps « normal », rappelons que la violence est quotidienne et que les médias ne couvrent pas « à la Une » en permanence des faits et méfaits aussi nombreux et fréquents que les accidents de la route, les sirènes des ambulances ou les disfonctionnements de nos services publics…

Cette violence des jeunes lors de ces dernières semaines, n’exprime-t-elle pas parfois… Un autre langage ? Un ressenti très profond, des aspirations confuses que le monde dans ses repères ou absences de repères, rejette ou ignore ?

Et si, dans l’envers de ces paroles de haine, de ces comportements et de ces actes qui, à priori, relèveraient de la barbarie à l’état pur… Il y avait… De l’amour ? Un amour si désespéré et si privé d’avenir qu’il en viendrait à se saborder ?

Mais ne soyons pas, cependant, leurrés par le regard que nous pourrions porter sur ces jeunes… et un peu moins jeunes : la violence, la cruauté, la bêtise, l’inconscience, la volonté de détruire, et, il faut le dire aussi, quelque chose d’indéfinissable, d’irrationnel et d’inquiétant en l’être humain, et qui n’est pas forcément lié à la nécessité de survivre, à l’éducation reçue, à la misère et aux problèmes de société ; tout cela entre dans la réalité du monde comme tout ce qui compose cette réalité et en est inséparable.

 

            Introduction :

Ne vous méprenez pas sur ce terme de « gouine » que j’emploie dans la première phrase de ce texte…

Pour ce qu’il a d’injurieux et de choquant dans le sens que l’on lui prête, désignant avec brutalité et discrimination une femme qui a des rapports sexuels avec une autre femme.

Dans mon esprit, je reprends ce terme pour exprimer à ma manière que, selon les goûts et les couleurs de chacun, une « gouine » en l’occurrence, n’a que faire de la bite d’un mec…

Autant dire que ce langage qui est celui du fonds de mes tripes est, pour les « branchés » de ce qui prévaut, s’achète, se vend et court si bien les rues… Comme la bite d’un mec, pour une femme amoureuse des femmes, comme du poulet ou de l’entrecôte Bordelaise pour un végétarien. Et je n’ai jamais rêvé de convaincre les végétariens à bouffer de la viande pas plus que je n’ai rêvé de faire goûter ma bite à une gouine… Quoique, au risque d’en interpeller pas mal d’entre vous, du temps de ma vie de garçon, je me serais bien volontiers blotti dans les draps entre deux « copines »… Pour un tour de chenille à cent à l’heure avec, à chaque « tunnel » vertigineux, une volée de bises tendres dans les petites jointures et petits creux…

Ah oui ! Je peux bien faire le procès de la pornographie ! Mais il n’y a plus de pornographie lorsque des tonnes de gentillesse et d’amour écrasent les hypocrisies, les leçons de morale, les préjugés, et le gris souris des lundis matins dans le bureau du grand boss pour le « breafing » hebdomadaire et une analyse serrée des résultats commerciaux !

 

            Le texte :

Pour une gouine, ma queue c’est pas du poulet ni du rumsteak. Ce serait plutôt du vieux coq qui a fait du stop.

Dans les interstices des méandres de ton esprit Kafkaïen, j’ai capté toutes les noirceurs de trou de bale du monde que les mondialistes veulent nous bailler à la raie du cul, j’ai compris pourquoi les Sommets capotaient, et les Altermondialistes devenaient légions.

Mais aucun Larzac n’est encore assez haut, et les aigles récalcitrants ne s’embrassent pas encore dans le fond du bec.

Si ma queue était vraiment du poulet, j’en ferais profiter les vendeuses de serpillères au marché de Grosny sous les bombes Russes.

Je voulais me suicider dans le ventre de Maman avant de venir au monde… Et je suis venu, sans avoir été commandé : « l’enfant du péché » comme on dit chez les Intégristes, les Cathos et les puritains dur dur… On m’a aimé quand même ! Ma mère était une femme très belle, et mon père, beau comme un Dieu, aux dires de ma mère. Et en plus, mon père et ma mère étaient des purs, des idéalistes, des gens qui avaient le cœur dans les tripes, plein d’imagination et du soleil dans les mains. L’ennui, c’est qu’ils sont pas restés ensemble et qu’on s’est quitté quand j’avais 14 ans… Mais ça, c’est une autre histoire…

Quand j’ai vu ce que c’était, une fois « lancé » dans la « si drôle d’expérience », je ne pouvais plus me suicider : c’était foutu, il fallait assumer, assumer et prendre des coups de tatane que tu savais pas d’où ça venait.

Ce sont certains visages qui m’ont empêché de me suicider. Un jour, au Lycée de Mont de Marsan, en 1965, l’année de « Poupée de cire poupée de son », un copain m’ a dit : « Si t’as quelque chose à exprimer, si t’as envie de faire le con pour rire, si vraiment t’as des trucs à dire, alors restes pas tout seul dans un coin, dis le leur, fous le leur dans la gueule, n’aies pas peur qu’on se moque de toi ou qu’on te foute des coups de pied au cul, vas y, balances la purée… Sur cent qui se foutront de ta gueule ou seront complètement indifférents, y’en a sûrement un qui a besoin d’entendre ce que tu as à dire, rien que pour celui là, exprimes le… » C’était après que j’ai eu fait une « grosse bêtise ». J’avais 17 ans… J’ai promis que je ne recommencerai jamais.   Mais à cet âge là, on est encore très loin de cette extrême vieillesse où l’on croupit sur un pieu à caca sans pouvoir chasser les mouches, sous les regards des jeunes femmes en robe chic, des belles filles, des petites filles ou des nièces qui te regardent crever à petit feu en te tendant un gobelet de flotte avec un sourire angélique.

Quand t’es tout petit bambin, tout le monde s’extasie : « Oh qu’il est mignon, oh qu’il est gentil ! »… Et autres sucreries pour faire plaisir au plantin bien placé dans la hiérarchie, plantin qui d’ailleurs a pourfendu sa plantine d’où le môme là…

A cet âge béni du Système, les joujoux gadgets, les bonbons à la con pleins de colorants, les émissions de télé débile avec des putains de goldoraks qui crachent le feu et tournoient dans le ciel avec des épées flamboyantes, ces jeux imbéciles qui bouffent la tête du môme et occupent ses doigts à longueur de journée pendant que les parents se niquent, s’enfilent des joints, se scotchent à Star Académy ; à cet âge béni, donc, tout est permis, tout est bon pour que le moutard adhère à la société de consommation… Qui le considère d’ailleurs comme un petit Dieu… Et il le sait, le moutard, qu’il est un petit Dieu, il en profite, il en redemande, des gadgets de merde, des bonbons colorés, des goldoraks et des nouvelles séries de guignols articulés que déjà tous les copains s’arrachent à la récré de la maternelle.

Quand il grandit, le môme, et qu’il va au bahut en 6ème, il faut que son père ou sa mère se fendent de tous les derniers trucs à la mode : fringues, tee-shorts, cartables, trousses… tout des marques hyper dans le vent pour en foutre plein la vue… Et même si le môme y mordait pas au Système, soit parce que les parents sont trop pauvres, ou parce qu’il y a quand même des gosses altermondialistes, alors c’est la ruée de tout le collège contre ce « petit con » qui veut pas faire comme tout le monde.

Merde au Système ! Merde aux marques ! Merde à la société de consommation !

Là où ça commence vraiment à se gâter, c’est quand le môme devient ado, qu’il fait partie d’une bande, qu’il écrit sur les murs, qu’il vend de l’herbe, qu’il se shoote à la bière et à la vodka, qu’il sort son couteau au Lycée, qu’il crame des bagnoles au bas de l’HLM de ses parents… Alors là, ça va plus ! Le môme devient un délinquant, les vieilles à cheveux en chou fleur et tous les bourges à belle bagnole leur tombent dessus et voudraient que Le Pen gagne aux élections…

Et puis il y en a, des mômes, qui vont en fac, entrent dans la vie active avec un boulot qu’ils n’ont pas choisi parce qu’on fait ce qu’on peut en définitive, alors ils tombent dans le Système : loyer à payer, crédits, impôts, allocs, chômage, des horaires à la con, une putain de bagnole à payer, des échéances, des vacances pourries au Camping des Flots Bleus aussi cher qu’une location en HLM, de la bouffe aseptisée achetée en grande surface le samedi jour des courses avec bousculade à la caisse, des Star Académy et des thrillers de Tom Cruise à la télé…

Enculatory Lavatory WC cireur… T’es niqué jusqu’à l’os, mon pote ! Mais ça fait du bien par où ça passe en attendant que le ciel nous tombe sur la tête avec tous ces petits Chinois qui bossent 15 h par jour dans les usines autour de Pékin pour un salaire de 300 euro par mois. Tu respireras comment, toi, quand tous ces petits Chinois auront une bagnole, et tu feras quoi dans la vie quand il n’y aura plus qu’eux qui bosseront ? Ouais, ça va encore continuer longtemps cette merde ?

Un autre monde possible ? Tu rigoles ! Est-ce que 100 milliards d’euro et des centaines de lois et dispositions pour que ce soit mieux et surtout plus juste, est-ce que toutes les plus ferventes résolutions pour que les vieux crèvent plus tout seul, que les gosses soient pas laissés en vadrouille, est-ce que des sommets, des re-sommets et des forums, des consciences toujours plus éveillées encore, oui, est-ce que tout cela mis bout à bout et jusqu’en haut du ciel, pourra vraiment changer la face du monde ? Si l’on ne comble pas dès aujourd’hui la plus énorme lacune non seulement de notre époque mais de tous les temps : l’absence d’amour.

Est-ce que la charité, c’est de l’amour ? Est-ce que aimer les gens qui font quelque chose pour les autres, c’est de l’amour ? Est-ce que tendre un gobelet d’eau à un vieux décharné et fatigué qui sent même plus sa soif, c’est de l’amour ? Est-ce que faire une méga – fête entre amis c’est de l’amour ? Est-ce que triquer comme un âne en face d’une jolie fille bien habillée, c’est de l’amour ?

Non ! Rien de tout cela n’est de l’amour ! Je crois que pour savoir ce que c’est l’amour, il faudrait aller encore plus loin que tout ce que dit le Nouveau Testament, Jésus, les prophètes, le Coran et tout le cinéma… Ou alors, tout simplement, être comme un tout petit enfant, mais vraiment tout petit, à peine sorti du ventre de sa maman… ou de la couveuse après transplantation et manipulation génétique. Ou encore, tiens, comme ce chien abandonné sur le bord d’une route et qui attend que ses bons maîtres qui l’aiment tant reviennent, surtout ce petit garçon avec lequel il dormait hier.

Là où il y a de l’innocence blessée, il y a de l’amour. Mais l’innocence blessée ne compte pas dans le monde des références, de la politesse obséquieuse, des « Monsieur Ducon » long comme le bras et des feux de l’amour…

Ah ! j’oubliais… Pour l’amour : il y a aussi les trisomiques !  Ces gens là d’ailleurs ne vivent pas vieux. J’en ai connu un, un seul, ayant atteint l’âge de 53 ans. Il était sur un fauteuil roulant, comme un bébé, il fallait le faire manger à la petite cuillère, lui mettre des couches, il ne savait dire que son nom, enfin, son prénom plutôt, il articulait en prononçant de petits sons aigus, il avait un regard d’ange. Sa mère, qui le promenait et ne le quittait jamais, me disait : «  Qui est-ce qui va s’occuper de lui quand je serai morte ? J’ai bientôt 80 ans, heureusement je suis en bonne santé. Mais je ne serai pas éternelle. C’est mon petit, il est tellement gentil, et quand il voit une mouche qui se promène sur sa main, il rit aux anges et voudrait lui caresser les ailes. Il va aller où, quand je serai morte ? Dans une maison de dingues où on va l’attacher, le laisser tout seul, le bourrer de médicaments ? Il ne survivra pas. »

Ces gens là, les trisomiques, ce sont pas des dingues. Loin s’en faut… Ils sont seulement différents de nous parce qu’ils n’ont pas les mêmes repères de sensibilité, une autre perception des liens relationnels. Ils ont une autre intelligence que la nôtre. Ils ne sont jamais des vedettes ni des stars, n’écrivent pas des livres, n’ont pas été à l’école, on les voit jamais à la Télé sauf quand on se sert d’eux pour les « montrer » en spectacle… émouvant et drôle si possible… J’en ai vu une fois dans un supermarché, sous l’œil d’un éducateur : ils poussaient un chariot et s’échangeaient dans leur langage à eux des impressions sur tout ce qu’ils voyaient et touchaient ou comparaient.

Alors moi, tu vois, si je crève, c’est aussi au paradis des trisomiques que je veux aller, avec celui des minous, des filles pas belles que personne ne fait danser le 14 juillet, le paradis de l’idiot du village qui fait des ronds dans l’eau, retrouver le pauvre vieux retraité des PTT qui, en 1970, bouffait à la cantine du Louvre à Paris, seul à une table de 4 à l’heure d’affluence, atteint d’une putain de danse de St Guy qui faisait qu’il s’en foutait partout, de la sauce et des pâtes et du yaourt à tel point que personne ne venait s’asseoir à sa table malgré le monde qu’il y avait… Et aussi le pauvre Lovisat qui montrait son cul devant tout le monde, monté sur le bar de la cantine des PTT à Paris PLM en 1968, un pupille de la Nation, un gars qui vivait tout seul, un paumé. La Poste l’avait bombardé liftier, il s’occupait de l’ascenseur, dépoussiérait les sacs, balayait la cantine… Une fois, j’ai discuté avec lui, je me suis aperçu qu’il était pas si con que ça, qu’il avait même fait des études tout seul, et qu’il lisait des livres. Il m’a dit : « Tu comprends, moi, ça m’amuse de les faire rire. Je le fais exprès : je pousse des cris terribles, je hurle, je montre mon cul, je fais des grimaces, je raconte des conneries, je sais qu’ils se foutent de ma gueule mais ça me fait plaisir de les voir rire et c’est ma façon de leur dire que je les aime. Au moins comme ça, je sais que j’ai rien à attendre d’eux, ça leur fait du spectacle gratuit »…

Dans le paradis des minous, des paumés, des filles laides, des trisomiques et des briseurs de vase sacré, et des toutous cagneux… Là au moins je suis sûr qu’il y en a, de l’amour ! C’est pas comme chez certains conseillers financiers de la Poste qui ont encore de belles perspectives de carrière et qui se font « mousser » pour percer chef d’établissement dans des villes touristiques hyper côtées : ceux là font partie des « aide prédateurs », encensent le Système en s’arrangeant aussi pour passer pour des branchés, sont toujours dans le sillage des Huiles et on les voit dans les bouffes gastronomiques de la Boîte, se pavaner comme des dindons dans les cocktails du « plan stratégique » de la Poste.

Cela ne me suffit pas que les riches soient moins riches, que les pauvres soient moins pauvres, qu’il n’y ait plus de prédateurs ni d’aide prédateurs, qu’il y ait moins d’injustice etc… Je voudrais avant tout qu’il n’y ait plus d’ennemour. L’ennemour c’est peut-être pire que la haine, la violence ou l’indifférence. L’ennemour, c’est de l’indifférence déguisée, un mauvais carnaval de masques caramélisés, des visages fétiches peinturlurés, le sourire commercial et obséquieux de l’hôtesse d’accueil d’un grand hôtel pour touriste lambda, avec un rouge à lèvres pétant, une bouche en anus de pigeon barbouillé de jus de cerise. Ou encore, le gobelet en plastique à moitié plein de flotte tendu par Raffarin à un vieux de maison de retraite médicalisée. L’ennemour on en crève bien plus que de la dureté du monde.

Y ‘a des tas de pauvres mecs et de pauvres nanas, moches comme des poux selon ce putain de système assujetti aux références et aux valeurs d’apparence, quelquefois handicapés, vivant seuls, sans le sou, traînant leur ennui dans les halls de gare ou dans les squares, avec une vie intérieure grande comme un cosmos en voie de développement, qui passent leur vie à crever d’envie de se régaler avec quelqu’un de chic et gentil. Et ça va de 7 à 77 ans et même plus, parce que ça, ça s’arrête jamais, même sur un pieu à caca.

Tu vas pas en crever parce que tu te seras fendu d’un petit geste d’affection pour une gonzesse paumée qui a une bosse dans le dos ou un œil pas tourné du bon côté…

Y’en a plein le cul, de cet orgueil de merde, de ces affèteries, de cet esprit de branché pour faire bien, de ces cocktails et de ces forums d’entreprise où l’on pue du bec après s’être enfilé des petits fours salés et des drinks musclés, où l’on pérore sur le dernier modèle qui va faire un putain de tabac…

Y’en a plein le cul, des meneurs, des prédateurs et aide prédateurs, mais aussi des intellos humanistes sortis de Science Po et des « locomotives » d’un autre monde possible qui ont tous plus ou moins lu les bouquins contre le sens du monde. Tous ces gens là sont certainement animés des meilleures intentions du monde, sauf les prédateurs bien sûr, mais ils sont comme des oiseaux à grande envergure : ils gîtent en des nids inaccessibles ou bien protégés et étendent leurs ailes, parcourent de grandes distances, font entendre leur cri mais ne s’embrassent jamais dans le fond du bec…

Ceux d’en bas, ceux des nids bousculés, ceux qui se font prendre et encager ne seront jamais à la Une de l’actualité, ne passeront jamais à la Télé, ne feront ni livres ni chansons.

Qu’il y ait des meneurs, pour vraiment faire avancer le Schmilblic, ou des gueuleurs… et jusqu’à même des incendiaires pour dénoncer ce putain d’Ordre du Monde, je le conçois ! Mais, à un certain moment, il faut passer le flambeau aux anonymes, aux copains, aux gosses qui feront le monde de demain… Il faut savoir en toute humilité, dire qu’on ne peut pas, tout seul, même avec des tonnes d’amour et tout le feu de son esprit et de son cœur, inventer un autre monde possible. Sinon, si l’on continue à encenser les meneurs, à les faire passer tout le temps à la Télé, à faire de leurs actions des articles de journaux bien pétants avec des commentaires percutants, on retombera toujours dans le sens du monde et rien jamais ne changera.

Il n’y aura jamais d’amour sans humilité. A quoi servirait le meilleur levier du monde si l’on ne le laissait qu’entre les mains des élus ?

 

                        DIALOGUE

            --Renierais-tu ton cul pour un pet, Yugcib ?

--Oui, je le renierais… Même s’il n’y avait autour de la table, que des mecs ! Mais je n’aurais pas besoin de le renier, ce cul « pollueur de relationnel » : avant qu’il ne trompette, je le boucherais…

--Et avec quoi le boucherais-tu, ton cul ?

--Avec mon âme, sacrebleu !

--Crois-tu que le souffle de ton âme ne te gonflerait pas les joues, ne ferait pas de ton cou un ballon de basket, et ne te serrerait pas les yeux et la tête dans un étau venu de tes entrailles comprimées ?

--Non ! Le souffle de mon âme est plus obstructeur de gaz délétères qu’un suppositoire de béton ! Et j’ose gager qu’aucun étau n’enserrerait mon regard !

--Outragé de ne point trompeter, je te prédis, Yugcib, que le Pet fusera en silence… Et qu’il sentira… Alors qu’il y aura des filles autour de la table…

--Ce ne sera point ma mort, mais ma résurrection ! Parce que mon âme aura été la plus forte dans ce pugilat entre l’œuvre de mon cul et l’œuvre de mon visage… D’ailleurs les filles ne sentiront rien :  elles ont des nez si délicats !

 

                        LE  PERNOHEL

 

Une bordée de flèches sur le renne de tête pour dégommer le Pernohel !

Le convoi part à la dérive dans les cieux glacés.

La hotte du Pernohel dégringole avec sa tonne de joujoux pour gosses de riches sur la cité des SDF, des gitans et des Kurdes…

Le Pernohel ouvre son parachute…

Il descend lentement.

L’on ne voit que son gros cul tout barbouillé de chocolat intestinal, sans slip, la raie toute rouge…

Ficelé au pied d’un platane, un gosse d’riche la tête en l’air tient encore à la main une boîte d’allumettes vide :

Les bostryches capturés sur un sapin malade du petit bois de papa se sont envolés.

Bostryche, gosse d’riche, même ravage !

Le gosse de riche va se prendre le cul du Pernohel sur la tête…

Ça va lui puer le nez.

Lorsqu’il embrassera sa jolie cousine, il aura l’air de quoi avec ses deux hublots maculés de chocolat ?

 

Un gros crachat véreux, bien gras bien vert, sur la motte de beurre d’escargot qui déborde d’un grand plat ovale au rayon charcuterie de Super U !

Une mouche crevée sur le canard à l’orange en vitrine chez Madame la bouchère !

 

Les crevettes qui puent le sexe sale dans leurs barquettes au rayon poissonnerie de Shopi…

Les fromages démoniaques qui tremblotent sous leur cloche sur le buffet de tati…

Le gâteau affaissé dont la crème coule sur la nappe souillée, au réfectoire de la Maison de Retraite…

… Et une voiturette sans permis pour Madame la Présidente de la Chorale !

La bulle du monde avec ses fientes civilisées, ses visages caramélisés, ses Grands Immortels,

Ses peigne – culs, son beurre d’escargot et ses vérités éternelles, aspirée entre les lèvres de méthane, d’azote et d’hydrogène d’une géante gazeuse, disparut sans laisser de trace dans la Galaxie…

Adieu, Monsieur le Pernohel…

 

                                                                                              --Décembre 2004 –

 

  

                        LA  PUNAISE

 

            Gaspardino, le rat de 50 centimètres de Patrick Rambaud dans son livre « COMME DES  RATS », lorsqu’il baise Sophie, sa rate préférée, il met 3 secondes pour injecter sa purée dans le croupion de Sophie.

Dix heures durant, toutes les 10 minutes, Gaspardino tressaute cent fois pendant les 3 secondes… Sans compter Paulin et les autres qui crapahutent Sophie en même temps, parfois. Gaspardino n’a cependant pas battu le record du monde en matière de baise…

Ce record là, c’est la punaise qui le détient ! Et de loin !

La punaise passe toute sa vie à baiser.

Baiser, pour une punaise, c’est plus important que bouffer.

Toute la vie intérieure de la punaise est une gélatine blanc - verdâtre à la température constante de 22degrés celsius.

22 degrés, ce n’est certes pas le feu, mais la punaise phéromone sa vie intérieure en petits points de feu que l’œil humain ne discerne qu’à la loupe.

Des petits points de feu sur 4 millimètres carrés de tissu, que ce soit du coton, du tergal, de la soie…

La punaise baise partout où elle se pose.

La punaise, outre le dos de ses congénères mâles ou femelles, ignore l’homosexualité, l’inceste, la pédophilie ou la zoophilie.

La punaise a une vie intérieure comme une naissance perpétuelle de cosmos, mais elle baise immobile, dans le silence, sans râle de régal, des heures durant, sur une robe de mariée naphtalinisée, sous le bouton de manche d’un imper Yves Saint Laurent, entre les plis d’un rideau de salon, sous la soucoupe d’une tasse de thé…

Pour la déloger, la punaise, il faudrait d’abord l’apercevoir.

La punaise baise en toute impunité.

La punaise survivra à la fourmi et à l’homme.

La punaise baisera encore dans le feu.

 

 

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