Rodolphe, le SDF :

 

     "Les braves gens de cette ville dont j'arpente les trottoirs, ces braves gens qui ont maisons et voitures et dont les enfants vont à la Fac...

Tous ces gens d'ici et d'ailleurs qui m'ont vu passer dans la rue principale, étaler mes cartons là où dorment les chats aussi SDF que moi, disent presque tous que je suis un SDF très ordinaire... Et c'est vrai que l'on sait à peine si j'existe puisque je ne demande jamais rien, vivant jour après jour de tout ce que je trouve dans les poubelles ou ramasse à la fin des marchés...

Tout de même, quelques uns de ces braves gens, me trouvent d'un commerce agréable...

Quand je serai mort et que je ne laisserai à mes héritiers rien d'autre que de vagues et lointains souvenirs d'une réunion ou d'une fête de famille ayant mal tourné... Je vous demande, messieurs dames bien intentionnés, indifférents ou pourfendeurs de ces "indésirables paresseux et crasseux"... De ne pas enfin m'aimer et de dire entre vous que dans le fond j'étais un "bon SDF"... Car il sera trop tard, bien trop tard alors. Je serai parti et ne reviendrai plus...

Ce que vous n'avez jamais vu ou su de moi de mon vivant, ou ce que vous avez cru voir parce que ça vous arrangeait bien de croire ça... Comment pourriez vous parce que je suis mort, le voir, le savoir enfin ?

Allez! Ne m'aimez pas, passez votre chemin, messieurs dames bien intentionnés, indifférents ou pourfendeurs, bien maisonnés, bien voiturés, bien boutonnés, bien pensants, bien bardés de certitudes, de religion, d'idées politiques et étagérisés en vos bibliothèques de salon de tous ces bouquins bien aseptisés bien de saison bien "qu'il faut avoir lu"...

 

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