Le grand corps d'une Terre vivante

 

     Il est de ces chagrins, de ces vrais chagrins, qui sont comme des chagrins d'enfant, de très jeunes enfants... Et ces chagrins là, ils laissent quelque part sur le grand corps d'une Terre vivante, une blessure... Une longue blessure fissurée, craquelée, bourrelée, et qui de temps à autre explose et se soulève contre ce que les hommes ont fait...

Mais cette blessure elle se fait aussi, du fond du grand corps de la Terre, à dire vrai du coeur de la Terre... Ecriture. Alors les bourrelets se couvrent de verdure, le temps d'une saison...

C'est dans la démesure, dans toute sa violence et sans aucune réserve que la blessure explose... et efface le vert de part et d'autre du bourrelet.

Le chagrin est devenu cette colère qui ne voit plus les petites bêtes ni les petites herbes qui elles, émerveillent toujours le regard et ne font jamais pleurer...

Le chagrin est devenu cette colère venue du fond du grand corps de la Terre et coulant sur la surface de la Terre car à la surface de la Terre l'on s'y moque de la vie, l'on s'y livre aux plus absurdes des pantomines et l'on y butine et y pond comme des mouches dans la chair vivante...

L'écriture peut tuer cette colère, l'écriture peut taire le chagrin... Même si l'écriture demeure encore ce chagrin, cette colère...

 

Je pense à tous ces rêves qui sont comme des rêves d'enfant, de ces rêves que l'on est tout près , enfin, de réaliser : un voyage, une rencontre, une vie autre que celle que l'on vit... Je pense, oui, à tous ces rêves qui sont vraiment des rêves et qui font bouger nos vies... Et que toutes les colères des hommes, d' un homme, de la nature... Dans leur démesure et leur indistinction, emportent dans un même flot, avec toutes ces autres choses des hommes qui elles ne sont pas des rêves mais des désirs, de l'orgueil, de la violence, de l'absurde...

Je pense, oui, à ce grand corps d'une Terre vivante qui, parcouru de toutes ses blessures anciennes et nouvelles, peut soudain mourir ou disparaître tant il est fragile et comme une chrysalide toute légère et toute habitée, suspendue dans l'espace... Un espace dont on ne sait rien ou presque en vérité, et en particulier de ces champs, de ces courants, de ces forces, de ses mouvements, de ses mécaniques dont il est fait...

Je pense à cette urgence qu'il y a, à réaliser certains rêves plutôt que d'autres... À cette urgence qu'il y a, à faire bouger nos vies dans le sens et dans la dynamique de certains de ces rêves...

 

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