Livres et littérature

Mon chien stupide, de John Fante

Mon chien stupide

... Le livre de John Fante est un roman dans la pure tradition autobiographique, style, écriture, de l'auteur, où sont abordés entre autres thèmes privilégiés de l'auteur ; les relations familiales et la place de l'artiste dans la société.

Déjanté, débridé, irrévérencieux, brut d'émotion et d'humour, sur un fond d'amertume, de cette amertume dont John Fante dit qu'elle est la pire chose qui puisse arriver aux gens...

... Le film dont le titre est le même "Mon chien stupide", réalisé par Yvan Attal lui-même dans le rôle de Henri Mohen le personnage principal, avec Charlotte Gainsbourg dans le rôle de Cécile la femme d'Henri, et de Ben Attal le fils du réalisateur dans le rôle de Raphaël le fils d'Henri, est une adaptation proche du roman de John Fante, un écrivain américain du 20ème siècle fils d'immigrants italiens qui a grandi dans une famille croyante et conservatrice dans un environnement qui lui fut hostile et dans lequel il a été incompris...

Pour reprendre une expression de Frantz Kafka, le film "Mon chien stupide" et surtout le livre de John Fante, est, par son style, par son écriture, et dans tout ce que le livre évoque, un "coup de hache sur la mer gelée"...

Mon sentiment est que, dans l'époque où l'on vit en ces années d'autour de 2020, bien plus encore que la pesanteur des croyances et des habitudes avec tout ce que les croyances véhiculent de crispations et de violences ; bien plus que l'absence de repères dans les relations familiales et que la place incertaine et aléatoire de l'artiste dans la société ; bien plus aussi, que l'indifférence, que l'incompréhension, que le renoncement -ou que le radicalisme dans un engagement politique ou religieux... C'est le recul -ou le repli- de l'intelligence dans la relation humaine, sur fond de ce qui imite l'amour à s'y méprendre (ce que j'appelle "l'ennemour") ; c'est le recul de la réflexion, le remplacement de la bienveillance par la complaisance, la substitution de l'affirmation par l'outrance, la domination de l'apparence et de l'effet immédiat sur l'authenticité et la réalité vraie... De telle sorte que le "coup de hache sur la mer gelée" devient un "coup d'épée dans l'eau"... Et qu'en tant qu'artiste, écrivain, poète ; en tant qu'être de réflexion et de pensée, en tant qu'être "ordinaire" -mais purement humain... Ça devient, comme pour le petit renard des sables vivant et se déplaçant dans un désert de rocailles de ci de là habillé d'un peu de verdure... De plus en plus difficile, de plus en plus aléatoire... Avec le difficile qui pèse plus que l'aléatoire...

 

http://yugcib.forumactif.org/t74-john-fante

 

 

 

L'Atlantide, de Pierre Benoît

L atlantide

... Lors d'une mission d'exploration au Sahara dans le massif du Hoggar, deux officiers Français, André de Saint Avit et François Morhange, se retrouvent prisonniers d'Antinéa, descendante des Atlantes, la souveraine de ce petit paradis merveilleux situé dans ces montagnes du Hoggar, un territoire en fait, qui, dans le récit de Pierre Benoît, serait un "reste" de ce que fut l'Atlantide, ce continent mythique évoqué par Platon dans le Critias et le Timée, entre la fin du 5 ème et le début du 4 ème siècle AV-JC.

 

... L'intérêt véritable, dis-je, de ce livre, réside tout d'abord dans sa forme littéraire, dans la beauté de l'écriture...

Ensuite sur ce qu'il y a de crédible, historiquement et scientifiquement parlant... À savoir que les Grecs du temps des Mycéniens et des Minoens (le monde Egéen de 1700 à 1200 AV-JC) et les Grecs du temps de Platon au 5 ème siècle AV-JC ; avaient mené des expéditions d'exploration jusqu'au fin fond du Sahara, dans le massif du Hoggar, et étaient même allés jusqu'au cœur de l'Afrique subsaharienne... Et de même ont fait les Égyptiens anciens de l'âge du Bronze, qui sont allés jusqu'en Ethiopie actuelle, jusqu'à l'extrémité de la mer rouge, et aussi vers l'Afrique subsaharienne (le Soudan actuel)... Et encore les Romains dès les 2ème et 3 ème siècles AV-JC, eux aussi jusqu'en Afrique subsaharienne...

Les deux officiers Français en mission font la découverte d'une insciption en forme de croix, d'un dessin très régulier, avec des caractères entaillés dans la roche (du Grec traduit dans une langue locale d'un peuple qui vivait là, dans cette région du Sahara il y a plus de 2500 ans)...

Mais là où s'arrête la science commence la légende et le mythe... Déjà, première constatation : autant du côté des Grecs anciens que des Égyptiens anciens, la présence dans cette région (le Hoggar), des uns et des autres, datent de l'âge du bronze c'est à dire, en gros, entre 3000 et 1200 AV-JC ; et ensuite de l'âge du fer après 800 AV-JC...

L'Atlantide étant située dans le temps à plus de 9000 ans avant notre ère, il est absolument impossible qu'une civilisation méditerranéenne proche orientale comparable à celle qui a existé après 1700 AV-JC, ait pu s'épanouir à cette époque là vers 10/9000 AV-JC... Et donc, entrer en contact avec cette civilisation Atlantide... L'on sortait à peine du Néolithique au proche orient vers 9000 AV-JC...

En supposant que cette civilisation Atlantide ait encore existé au delà de 9000 AV-JC, reste à savoir comment et quand elle aurait disparue, aurait été engloutie ou détruite ou étant tombée en décadence...

Il me semble difficile d'imaginer une "jonction" entre "ce qui resterait encore d'une civilisation Atlantide" et la civilisation Egéenne par exemple vers 1500 AV-JC.

Autant dans ce livre de Pierre Benoît j'ai été intéressé par le début, jusqu'au récit de la découverte des inscriptions, autant par la suite je n'ai plus du tout adhéré au récit faisant état d'un "paradis" au cœur du désert saharien, avec ce personnage d'Antinéa descendante de Neptune, un dieu des Atlantes, ni à cette description d'un paysage merveilleux avec sur les cimes des montagnes environnantes, de la neige! ... Même si parfois -cela peut arriver- à plus de 2000 mètres dans le Hoggar, en hiver, des passages de fronts et des dépressions peuvent provoquer des chutes de neige sur les sommets...

 

 

 

1177 AV-JC, le jour où la civilisation s'est effondrée, de Eric H. Cline

9782707185938

... Un texte d'une rigueur scientifique notable, qui repose en grande partie sur des découvertes de milliers de tablettes d'argile recouvertes d'écriture, dont l'une d'elles était une langue commune pratiquée dans le monde méditerranéen et moyen-oriental dans les échanges entre empires et états : l'Akkadien...

 

Ce texte retrace une période qui se situe entre le 14 ème et le 12 ème siècle avant JC, en gros sur trois siècles, à la fin de l'âge du bronze... Mais comme on peut le lire au début du livre, est évoquée une période précédente, de 1700 à 1550 AV-JC...

 

Lorsque commence le 12 ème siècle AV-JC, dans les années -1190/-1180, toutes les civilisations (en fait LA civilisation) de méditerranée grecque et orientale, se sont rapidement effondrées, le point culminant dans la conjonction de plusieurs causes (invasion de peuples, destructions de villes et de cités, changement climatique/sécheresse, guerres, conflits, révoltes, rupture des échanges commerciaux) ayant été l'année -1177... Causes auxquelles s'ajoute une importante activité sismique due à la faille en profondeur du bassin méditérranéen, entre les plaques africaine et eurasienne, une activité sismique qui, durant plusieurs dizaines d'années autour de -1200, a provoqué une série de séismes dévastateurs en Grèce, Anatolie, moyen orient)...

 

Le monde "globalisé" (politique, économique, culturel, échanges internationaux, routes terrestres et maritimes) était ainsi constitué, à cette époque entre -1400 et -1200, comprenant :

 

-À l'ouest, la Grèce continentale avec Mycènes, Tirynthe et Pylos ; une partie des îles de la mer Egée et la Crète, les minoens, avec Cnossos

 

-L'empire Hittite avec sa capitale Hattusa au nord de l'Anatolie, qui s'étendait cet empire Hittite sur une grande partie de la Turquie actuelle

 

-Le voisin, à l'est de l'empire Hittite, le royaume de Mitanni avec pour capitale Assur, une région comprise autour du cours nord du Tigre (nord de l'Irak actuel)

 

-Au sud du royaume de Mitanni, la Babylonie des rois et des princes Kassites, située entre le Tigre et l'Euphrate dans la partie sud de ces deux fleuves, et jusqu'au Golfe persique

 

-L'empire Égyptien, de basse et haute Égypte, tout le long du Nil, et s'étendant au nord au delà du Sinaï, dans ce qui est aujourd'hui Israel et le Liban, avec Memphis et Thèbes (Égypte) et Megiddo, Tyr, Biblos (côte méditerranéenne).

 

Tous ces empires, royaumes, sociétés, à cette époque, étaient connectés, avaient une langue commune (l'Akkadien), échangeaient de nombreux biens tels que des céréales, des tissus, de l'or, du cuivre, de l'étain, et les artistes, les marchands, circulaient librement d'un bout à l'autre de ce monde "globalisé" où la diplomatie, les traités, les codes, les correspondances par messages sur des tablettes d'argile ou par des cadeaux offerts, les alliances entre états, était la règle commune plutôt que le rapport conflictuel (quoi qu'il y eût, il faut dire, quelques guerres notamment entre Égyptiens et Hittites, Hittites et Mitanniens)...

 

En dehors ou en deçà de ce monde "globalisé", il y avait aussi d'autres peuples, mais qui étaient moins reliés entre eux et peu reliés au monde méditerranéen et moyen oriental : Ibères, Celtes (ouest Européen), Etrusques (nord de l'Italie) et plus loin en Asie orientale, les peuples de Chine et d'Inde ... Sans oublier les peuples d'Afrique, d'Amérique, d'Océanie Pacifique...

 

... L'âge du bronze couvre une période qui va de -3000 environ jusque vers -1200/-1100.

En gros l'âge du bronze (alliage cuivre et étain) intéresse un territoire qui part du sud de la péninsule ibérique, traverse la partie Est de la France, puis l'Europe jusqu'à la mer Noire avec l'Italie et la Grèce, ensuite l'Anatolie jusqu'à la mer Caspienne et le moyen orient et l'Égypte.

 

... L'âge du fer se situe entre -800 et la fin du 1er siècle après JC, mais la technologie utilisée pour le fer (plus difficile que pour le bronze) était déjà connue entre -1500 et -1000, dans un espace qui va de l'Anatolie à l'Iran, et les Philistins, les Phéniciens et les Égyptiens connaissaient aussi le fer entre -1100 et -800...

C'est autour de -800/-700, que l'usage du fer s'est répandu en Europe, à partir du sud de l'Allemagne et l'Autriche...

 

... La période obscure qui s'étend entre -1200 et -800/-700 après l'effondrement de la civilisation méditérranéenne et moyen orientale de la fin de l'âge du bronze, peut être comparable à la période qui, entre les 4ème et 7ème siècle après JC, a suivi la chute et le déclin de l'Empire Romain (Empire qui avait duré de -200 environ à 450 après JC, du moins pour sa partie occidentale)...

 

Cependant, après l'effondrement des empires et royaumes Grec mycénien Hittite Mittanien Babylonien Égyptien ; du 12 ème au 9ème siècle avant JC, la civilisation n'a pas complètement disparue et des états, des royaumes se sont constitués, avec beaucoup moins de liens entre eux ; le monde méditérranéen et moyen oriental étant alors devenu une mosaïque de pays, où le commerce, l'artisanat, les échanges, se faisaient non plus à grande échelle mais par des entrepreneurs privés, indépendants et sur des distances moins longues, et sans règles communes...

 

Il a fallu attendre l'arrivée du monde Grec que nous connaissons (l'antiquité grecque que l'on enseigne à l'école aujourd'hui, qui débute vers -700); puis l'Empire Perse, et ensuite l'Empire Romain à partir de la chute de Carthage, pour retrouver de grandes civilisations généralisées sur une vaste étendue territoriale...

 

... Il y a quelques correspondances dans le monde globalisé (en gros, la civilisation dite "occidentalisée") que nous connaissons aujourd'hui (depuis les années 1990) avec ses traités de libre échange, sa mondialisation de l'économie marchande, ses alliances entre grandes puissances telles que celles de l'OTAN, la dominance des lobbies de l'industrie, de l'agriculture et du commerce, les transports sur de grandes distances... Avec le monde de la fin de l'âge du bronze tel qu'il était alors entre -1400 et -1200... En ce sens que les "problématiques" sont à peu près les mêmes : celles d'un changement climatique (qui cette fois, est davantage lié à l'activité humaine sur la planète, donc plus que par cause de phénomèmes naturels plus ou moins "cycliques" ou liés à des conjonctures d'ordre naturel), de désordres, de conflits, de mouvements migratoires consécutifs à des guerres et à de la misère dans des pays appauvris, de rupture ou de modification de traités d'échange, d'insécurité politique, de constitution de blocs de grandes puissances qui s'opposent, déstabilisant ce monde globalisé qui commence à se fragmenter, pour ne pas dire à voler en éclats...

 

Un autre point commun entre notre monde et celui de la fin de l'âge du bronze, et peut-être le plus déterminant aussi combiné qu'il soit avec une série de causes multiples telles que celles citées plus haut ; c'est le niveau de complexité atteint, dans l'un et l'autre monde, pourtant séparés par 3200 ans d'histoire...

 

En effet le monde de la fin de l'âge du bronze, de ces sociétés, états, empires royaumes, dans la civilisation grecque égéenne hittite mitannienne babylonienne égyptienne, avait atteint vers -1200 un niveau de complexité tel, que le moindre "rouage" défectueux dans le "système", par effet de domino, pouvait faire s'écrouler le système...

Nous sommes de nos jours, avec notre civilisation mondialisée et ses technologies, dans une complexité encore plus grande...

 

Autrement dit, plus une civilisation, plus une société est complexe, et plus elle devient fragile et donc exposée lorsque l'un des "rouages" du système se "grippe" entraînant toute sortes de dysfonctionnements...

 

... La différence qu'il y a -la plus manifeste à mon avis- entre le monde globalisé du début du 21ème siècle après JC et le monde globalisé de la fin de l'âge du bronze (3200 ans d'écart)... C'est qu'aujourd'hui... Les tablettes d'argile sur lesquelles on écrivait tout (y compris ce qui se passait au niveau de la vie quotidienne des gens) ont été remplacées par des documents texte image numérique, tout cela stocké dans des "data center" ou sur des supports informatiques ou espaces de stockage internet, sur des blogs, des sites, sur Facebook, sur Twitter... Enfin sur des supports qui sont dématérialisés... Et dont les futurs archéologues du 4 ème millénaire (s'il y en a encore) ne retrouveront rien, rien de rien... Tout aura disparu depuis longtemps, et notre civilisation avec...

 

Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas, au 4 ème millénaire, une autre civilisation dont on a pas idée, aujourd'hui, de ce qu'elle sera ni comment et quand elle aura commencé...

 

 

A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Marcel Proust

Jeunes filles en fleur

... Première parution de cet ouvrage en 1918, édition et préface de Pierre-Louis Rey.

 

Gallimard 11 mai 1988.

 

Marcel Proust, lauréat du Prix Goncourt en 1919, avec "A l'ombre des jeunes filles en fleurs"...

 

... Ce qui m'a surpris et interpellé, à la lecture de cet ouvrage de Marcel Proust, c'est la complexité dans la structure et dans le déroulé, dans la longueur, dans le rythme des phrases, tout cela, associé en même temps à une grande fluidité du texte.

Une telle complexité dans la structure de la phrase, et une telle fluidité, en même temps, dans un texte littéraire, dans le genre roman et récit en l'occurrence, et dans toute l'oeuvre de Marcel Proust avec "A la recherche du temps perdu", c'est inédit, unique, dans l'histoire de la littérature française ; ce qui fait de Marcel Proust un auteur, un écrivain, inimitable...

Il faut assurément faire un effort de lecture, et avec une volonté déterminée et constante, sans faille, pour lire jusqu'à la dernière ligne, ce texte de 514 pages (en collection poche Folio) d'une écriture aussi dense...

 

... Je reproduis ici ce passage (page 280 et 281) :

 

"... D'abord l'impossibilité de s'arrêter auprès d'une femme, le risque de ne pas la retrouver un autre jour lui donnent brusquement le même charme qu'à un pays la maladie ou la pauvreté qui nous empêchent de le visiter, ou qu'aux jours si ternes qui nous restaient à vivre le combat où nous succomberons sans doute. De sorte que s'il n'y avait pas l'habitude, la vie devrait paraître délicieuse à des êtres qui seraient à chaque heure menacés de mourir, -c'est à dire à tous les hommes. Puis si l'imagination est entraînée par le désir de ce que nous ne pouvons posséder, son essor n'est pas limité par une réalité complètement perçue dans ces rencontres où les charmes de la passante sont généralement en relation directe avec la rapidité du passage. Pour peu que la nuit tombe et que la voiture aille vite, à la campagne, dans une ville, il n'y a pas un torse féminin, mutilé comme un marbre antique par la vitesse qui nous entaîne et le crépuscule qui le noie, qui ne tire sur notre coeur, à chaque coin de route, du fond de chaque boutique, les flèches de la Beauté, de la Beauté dont on serait parfois tenté de se demander si elle est en ce monde autre chose que la partie de complément qu'ajoute à une passante fragmentaire et fugitive notre imagination surexcitée par le regret."

 

... La question de l'unité (dans le récit, dans l'histoire, avec un début, une fin, une intrigue, un déroulement par épisodes) ; non seulement dans "A l'ombre des jeunes filles en fleur" mais aussi dans les autres ouvrages de l'oeuvre de Marcel Proust... Est-elle pertinente et (ou) essentielle ?

N'est-ce point le caractère composite de l'oeuvre -et en quelque sorte, comme inachevé, qui fait l'originalité, l'unicité de l'oeuvre?

Les circonvolutions, les détours, les métaphores, de la phrase Proustienne, expriment un attrait pour l'inconnu, une interrogation en face de l'inconnu ; et les fréquentes comparaisons auxquelles se livre l'auteur, relient les lois qui régissent l'individu en ce qui concerne sa personnalité, sa psychologie, la manière dont il fonctionne, avec les lois qui gouvernent le monde. Et il y a encore cette recherche d'une vérité, par laquelle une mémoire et un instinct naturels, une intemporalité de l'Etre au delà des limites de son existence (naissance et disparition), qui convient mieux à l'esprit, qui fonde et organise davantage la pensée et le regard porté sur les êtres, sur le monde, que tout ce que l'intelligence méthodique peut apporter avec sa logistique, ses démarches, ses démonstrations, son argumentation, ses principes...

 

 

 

Mort à crédit, Louis Ferdinand Céline

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... Mais bon, on dit Céline tout court...

C'est peut-être la 3ème ou 4ème fois que je lis ce livre Mort à Crédit... J'avais commencé par Voyage au bout de la nuit, plus tard je me suis risqué à Guignol's Band...

C'est sûr que quand on lit Céline, ça ressemble à rien, à rien de rien de tout ce qui a été écrit comme livres sur cette planète...

J'imagine Céline naître en 1977 au lieu de 1894... Et à 42 ans il écrit Mort à crédit qui paraît en 2019... Je pense pas que ça s'appellerait Mort à crédit... Mais ça reviendrait au même...

Le Louis Ferdinand y'a des chances qu'il soit sur Facebook, sa page facebook longue comme le chemin de fer Lisbonne Vladivostok, ça n'arrêterait pas les points de suspension, le mots inventés pour désigner les choses, ses formulations, son vocabulaire... Oui j'imagine tout ça, son écriture à nulle autre pareille, dans l'environnement du monde d'aujourd'hui avec les smartphones, l'internet, les technologies nouvelles, toutes les couleurs du temps d'aujourd'hui, tout ce qu'il en dirait, en écrirait, de ce monde qui marche sur la tête avec tous les enfoirés, les vendus, les pourris qui font crever la planète... Délirant mais version premier quart du 21ème siècle...

Je sais pas s'il serait sur Twitter... Peut-être... Sans doute... Peu importe... De toute façon je le vois pas, le Louis Ferdinand, en 140 caractères, faire des raccourcis... En effet, pas mal de formules langagières sont pas très compatibles, telles quelles, brutes et isolées, expurgées de tout le contexte qui va avec...

Et qui le lirait ? Il serait peut-être noyé dans la masse, on le zapperait, c'est pas sûr qu'il fasse un tabac comme le Céline de 1932 avec son Voyage au bout de la nuit... Et encore moins avec son Mort à crédit de 1936 au moment du Front Popu, ou avec son Guignol's Band de 1944...

C'est que les temps ont changé... En fait, y'a juste que l'internet facebook twitter les smartphones en plus ; on se fringue pas tout à fait pareil, et y'a un peu plus de monde sur terre, et surtout tout le monde écrit poste diffuse publie produit et ça va jusqu'à la vidéo de Yohan le bébé qui fait sa première dent et au "bourricot-à-versaire" de Jennifer en ensemble pantalonant qui se fout du gâteau sur le chemisier après avoir soufflé pas assez fort sur les bougies...

Il est plus là Céline pour nous causer du Grand Merdier Général et occire de sa verve tous ces enfoirés, ces emplumés, qui tous ou presque se la pètent leur culture leur Ego avec leurs lecons d'morale et pour certains leur athéïsme qu'est pire que la religion, leurs putains d'bouquins qui font la Une des étalages Leclerc Culturel, leurs coucheries, les salons du livre où ils se pavanent comme des dindons et font de la dédicace au kilomètre...

C'est que Mort à crédit, ça c'est d'l'autobiographie ! D'la vraie! Du foisonnant, du délirant, du littératoque inimitable, ça pue, ça sexe, ça se torticole dans tous les sens... Tellement que, trois phrases avec deux séries de points de suspension plus tard, tu te souviens plus, il te faut relire et encore t'es pas plus avancé dans la mémorisation, du coup le livre tu le lis 4 fois mais seulement si tu ressens en toi cette écriture comme de regarder sans pouvoir la quitter des yeux une fille laide d'apparence mais dont le chien t'accroche par son visage, son habillement, ses gestes, sa voix, tout son tra-la-la... C'est ça Céline... Et ça n'a rien à voir avec "Cé-Cé-Cé- Célimène..." qu'on recyclait dans les bals de mariage à 4h du matin à la soupe à l'oignon dans les années 90...

L'anarchie dans l'écriture... à défaut d'être dans le monde la vie qui court la société... ça la fait exister l'anarchie sans exister au vrai... C'est déjà pas mal !

C'est pas la dentelle avec 2/3 accrocs volontaires bien étudiés, des romans d'terroir avec des amours ratés et des belles baraques et des intrigues tarabiscotées... C'est pas la fulozofu de tous ces granpenseurs qu'en sont à leur 4ème, 5ème essai sur un truc d'l'état du monde !

 

... "J'en ai bien marre des égrotants... En voici trente emmerdeurs que je rafistole depuis tantôt... J'en peux plus... Qu'ils toussent! Qu'ils crachent! Qu'ils se désossent! Qu'ils s'empédèrent! Qu'ils s'envolent avec trente mille gaz dans le croupion!... Je m'en tartine!... "(Page 15, collection Folio)...

... Y'en a des comme ça tout le bouquin, et le comédien (ou la comédienne) qui serait capable de réciter tout ça sur scène, appris par coeur... Il est pas encore né ! Il faudrait déjà s'il existait, ce comédien ou cette comédienne, qu'il déclame tout ça, pas comme le font, bien théâtral et consensuel de la récitation, les liseurs de textes sur scène !

 

 

Le démon de minuit

Demon minuit bazin

... Dans ce roman -mais à mon avis c'est plus un récit qu'un roman- Hervé Bazin aborde un sujet grave et difficile, celui de cet âge de la vie où, homme ou femme l'on atteint les 70 ans et au delà...

 

Cet âge où l'on est à la merci -quoiqu'à 50 ou à 40 voire plus tôt cela arrive aussi- de quelque "accident cardio vasculaire" pouvant survenir et ainsi "changer la vie au quotidien" jusqu'à la fin de ses jours... Sans compter les autres affections du genre cancer, diabète et diverses "vacheries" lourdement handicapantes...

 

Septuagénaire, homme ou femme, à une époque, celle de ces années du premier quart du 21 ème siècle, où l'espérance de vie continue d'augmenter (mais soit dit en passant, qu'en sera-t-il après 2050 vu ce que l'on observe déjà, une diminution, aux Etats Unis d'Amérique et en Russie)... Où 70 ans d'aujourd'hui correspond à peu près à 50/55 il y a un demi siècle et à plus forte raison au 19 ème siècle, le "démon de minuit" est un phénomène de société, d'autant plus que par ce terme de "démon de minuit" l'on pense à la sexualité, à la virilité pour les hommes, à la capacité d' "atteindre le septième ciel", au pouvoir de séduction (autant pour l'homme que pour la femme ayant passé l'âge de 60 ans)...

 

L'on parle d'égalité de l'homme et de la femme... Mais -et c'est encore là, au sujet de la sexualité et du fait de "refaire sa vie" avec quelqu'un d'autre- aussi, un fait de société... Il n'est pas "si bien vu" du moins " pas vu de la même manière" qu'une femme de plus de soixante ans se "remette en vie de couple avec un homme de vingt ans plus jeune qu'elle, ou comme on dit "ait une aventure" avec un homme beaucoup plus jeune... En quoi et au nom de quoi serait-ce moins bien vu et plus "sujet à critique" qu'un homme de 70 ans vivant en couple ou se remariant avec une jeune femme de 30, 40 ans voire de 25 ans ? Si la société a évolué -on ne peut le nier- vers une égalité totale/vraiment totale entre l'homme et la femme, il y a encore des progrès à faire ! (les préjugés, les jugements, les parti-pris, la tradition, la religion, les principes moraux, tout cela n'est pas prêt à disparaître)...

 

Gérard Laguenière, le personnage central du livre, à 70 ans, refuse les tabous, les usures, les humiliations de l'âge, de la vieillesse. Il entend mourir debout et heureux si possible. Bafoué, trompé à maintes reprises par sa deuxième femme Solange, il finit à force "d'avaler des couleuvres" par divorcer et se remarier avec Yveline, une jeune femme de 33 ans avec laquelle il a un enfant Noël... Yveline était une amie de longue date avant que Gérard n'envisage avec elle une relation plus intime...

 

Hervé Bazin dans "Le démon de minuit", traite à l'acide, en force, en noirceur, et avec un réalisme "pur et dur", mais aussi en des pages sombrement comiques, ce sujet grave et difficile, à sa manière, qui est celui de cet "âge venant" qui n'est pas encore la vieillesse, la "grande vieillesse"... Mais il le traite dans un style "baroque" à souhait, avec force métaphores, effets de style, phrases parfois longues et façonnées telles ces gargouilles drôles et surréalistes, démoniaques, tarabiscotées, que l'on peut apercevoir sur les cathédrales... Ce qui ralentit la lecture si l'on veut prendre la mesure de certains passages du texte, ou même par moments rend la lecture difficile...

 

... Quelques extraits :

 

"Mais l'ondée se déclenche et, comme s'il se souvenait d'avoir été sous-lieutenant, M. Séverin qui rentre tous les soirs à Paris porte la main à sa tempe et se hâte vers sa voiture. Yveline,machinalement,ouvre son parapluie. Les pieds serrés, les bras repliés, elle se rétrécit sous le dôme de soie verte qui crépite et dont chaque bout de baleine devient une mini-gargouille."

 

"Il se tourna vers cette carte postale mouvante qu'est une vitre de wagon. N'aimant guère l'auto, encore moins l'avion qui, s'il fait beau, vole sur une carte d'état-major et, s'il pleut, sur une océan de coton hydrophile, d'ordinaire il appréciait le train, proprement nourri de volts par les caténaires : le train, procession rapide, fête-lieu, lissant du fer entre ces temples de l'exactitude que sont les gares."

 

"Une mouche posée sur un étron et suçant la chose avec ardeur connaît la félicité et des basses oeuvres de ses fesses Solange tirait d'aussi fleurantes gloires.Jusqu'où pouvait aller la rage de triompher de la ménopause dont ceci devenait une complication infectieuse méritant les imprécations dédiées à Lynote.../..."

 

 

 

Diderot le génie débraillé, de Sophie Chauveau

Diderot

Résumé quatrième de couverture :

 

Diderot l’écrivain, le philosophe, l’Encyclopédiste nous est ici révélé sous un autre jour.
Voici un adolescent, fuyant son père avec la complicité de sa soeur, qui plonge avec délices dans le Quartier Latin. Voici un bon vivant, gastronome et séducteur, navigant d’amour en amour. 
Surveillé par les censeurs sous le règne du Roi Soleil, il se passionne pour toutes les causes, entraîne d’Alembert, La Condamine dans l’aventure de l’Encyclopédie. 
Avant de quitter la France pour la Russie et de rejoindre à Saint-Pétersbourg la cour de la Grande Catherine… 

 

Denis Diderot, encore aujourd'hui, n'est pas reconnu… Ou s'il l'est, il n'occupe que la troisième place après Voltaire et Rousseau, voire la quatrième après D'Alembert…

La place qui lui revient et qu'il mérite, est la première de ce XVIII ème siècle que l'on dit „des lumières“…

Athée et anticlérical, Diderot n'a jamais été pour autant un fanatique de l'athéisme. Passionné, épris de liberté, voyant et témoin de son temps, résolu, ennemi des rois et des prêtres, des salons et des coteries ; remettant en cause l'ordre social de l'époque, anti esclavagiste… Son indépendance d'esprit et sa liberté de pensée le situent très au-delà, très en marge de tout ce qui au XVIII ème siècle, était certitudes, fanatismes, exacerbations , crispations, et modèles… Et condamnations de mode exprimées dans la violence et l'ostentation…

Déjà, de tout son vivant, il n'a jamais appelé à la mort de personne une seule fois ! Génie débraillé, il fut un être bon (mais inassimilable, atypique, et d'une dimension humaine hors normes…

La France d'aujourd'hui ne possède pas dans sa bibliothèque nationale, dans les archives de tout ce qui constitue son patrimoine littéraire, scientifique, artistique, historique ; une édition intégrale des écrits de Diderot…

Diderot par son œuvre tout entière, aussi diverse, aussi prolixe ; mais aussi par la vie qu'il a menée bien plus souvent auprès des gens du peuple que dans les coteries et dans les salons, est non seulement un auteur moderne, en avance sur son temps et sur les époques qui lui ont succédé jusqu'à nos jours, mais un auteur intemporel…

Dénigré et combattu, il le fut, de son vivant, y compris de quelques uns de ses amis qui l'ont lâché ou trahi… Cependant, Barbey d'Aurevilly, qui ne l'aimait pas, disait de lui qu'il était suprêmement artiste par l'enthousiasme et par l'expression ; que c'était par l'art, la forme spontanée, la chaleur de l'accent, que Diderot a devancé son siècle…

Voltaire et Rousseau s'épanouissent sous les ors de la République, Mais Diderot demeure encore dans les vestiaires des parc-expos de la République, en pièces détachées et incomplètes…

 

Eloigné du monde dès ma jeunesse, je n'en ai jamais contracté l'aisance. Et j'ai en horreur la pantomine exigée par toute société… (page 270)

 

Nous ressemblons à de vrais instruments dont les passions sont des cordes. Un homme sans passion est un instrument dont on a coupé les cordes ou qui n'en eut jamais. (page 70)

 

Une université est une école dont la porte est ouverte indistinctement à tous les enfants d'une nation, et où des maîtres stipendiés par l’État les incitent à la connaissance élémentaire de toutes les sciences… Une aristocratie de l'éducation doit se dégager d'une démocratie des chances. (…) L'enseignement est ce qu'il y a de plus important pour l'avenir d'un pays. Primordial. (Page 534).

 

 

Jojo, le Gilet jaune, de Danièle Sallenave

Jojo le gilet jaune

... 48 pages, sortie de ce petit ouvrage en avril 2019, de Danièle Sallenave, membre de l'Académie Française depuis 2011, née le 28 octobre 1940 à Angers...

Etudes secondaires au lycée d'Angers, reçue en 1961 au concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure, et à l'agrégation de Lettres Classiques en 1964... Tel est son parcours -ou sa formation...

Autrement dit -comme on dit/comme aussi je dis- "une intellectuelle" (avec tout ce que peut comporter de "juste et clair" mais aussi de "sous-entendus") ce terme d' "intellectuel"... Je vous laisse "méditer" quelques instants...

 

Une intellectuelle, Danièle Sallenave, cependant, qui a pu bénéficier en ces années 1960 -il y a donc bientôt 60 ans- (comme on dit aussi "une autre époque")... de ce que l'on appelle "l'ascenseur social" ; les parents de Danièle ayant été des instituteurs...

Elle a publié son premier récit "Paysage de ruines avec personnages" en 1975, et a reçu en 1980, le Prix Renaudot, pour "Les portes de Gubbio" ; puis en 2005 le Grand Prix de l'Académie pour l'ensemble de son oeuvre...

 

... "Il y a ce que disent les Gilets jaunes. Il y a surtout ce qu’ils révèlent. Cette manière de parler d’eux, dans la presse, les médias, les milieux politiques, sur les réseaux sociaux! Une distance, une condescendance, un mépris. "
 

 

 

 

Danièle Sallenave 

 

... Danièle Sallenave ou pas, enfin quelque femme ou homme d'écriture, auteur, journaliste, écrivain, philosophe, sociologue que ce soit... (je ne parle pas des "politiques")... le terme de "France d'en bas", ou de "gens d'en bas" -par opposition à "France d'en haut" ou "gens d'en haut"... Me gêne quelque peu sinon beaucoup, me met "mal à l'aise"... Et d'ailleurs je n'use point de ce terme...

 

Danièle Sallenave dans son ouvrage "Jojo le gilet jaune" emploie souvent ce terme (c'est ce qui m'a un peu gêné à la lecture de cet ouvrage que j'ai pourtant trouvé très juste et très pertinent dans son contenu, de bout en bout)...

 

Soit dit en passant, si mes souvenirs sont exacts, c'est Jean Pierre Raffarin en 2002,

qui avait lancé ce terme de "France d'en bas"... Repris, "universellement repris" par l'ensemble des corps sociaux, des médias, des politiques, des gens communs que nous sommes...

 

... Danièle Sallenave écrit que le monde des gilets jaunes et apparentés, reste largement inconnu du monde de l'art, du journalisme, de la littérature, et qui se dit de gauche, où l'on se représente la France des ronds-points, son mode de vie, ses loisirs sur un ton de commisération. C'est la France de TF1 et de Jean-Pierre Pernaut, un peuple livré sans distance et sans recours à une sous-culture médiatique, abonnée aux réseaux sociaux bas de gamme, à une musique à la chaîne, à des loisirs coupés d'apéro au pastis.

 

J'ai eu moi-même je le reconnais et le déplore, et désormais m'en défends... ce genre de "discours" -et je ne suis pas le seul à l'avoir ou l'avoir eu ! ... Même si c'est "un peu vrai", c'est tout de même réducteur et frise la condescendance, cette condescendance que pour ma part je dénonce dans quelques uns de mes écrits...

 

Ce qu'il y a "de vrai" de cette "France de TF1 des loisirs coupés d'apéro au pastis, de ce mode de vie consumériste et standardisé et de cette sous-culture... N'est "vrai" QUE parce que nous sommes poussés à le voir ainsi (influencés, conditionnés, et dans une adhésion tacite à ce genre de discours) d'une part ; mais surtout pour l'essentiel, au fait que la vie quotidienne des gens (travail, déplacement en voiture, courses, diverses contraintes, difficultés et revenus trop faibles) ne favorise nullement l'accès à la culture, à une vie comme celle des citadins aisés qui vont au théâtre, au concert, et consomment en terrasses de café le soir, d'autre part...

 

... Et il y a aussi -ce qui rend encore plus complexe et difficile à analyser la situation sociale dans notre pays- ; les contradictions, dont la principale est celle d'un côté, des 16 000 lieux de lecture publique, des 500 librairies labellisées, des 1200 musées de France, des 2000 cinémas, des 440 lieux de spectacle labellisés etc... Et d'un autre côté, des chiffres consternants de pratique culturelle avec seulement 16% de Français inscrits dans une bibliothèque, et 764000 spectateurs dans l'un des cinq théâtres nationaux...

 

... Selon une constatation que j'ai pu faire à maintes reprises (et "cela ne date pas d'hier"')... Autour de moi un peu partout là où je suis passé quelque part dans ce pays, en ville comme à la campagne, à la terrasse d'un café en compagnie, ou bien en me promenant avec des personnes de ma connaissance ; dans une certaine intimité relative -ce qui n'est plus le cas dans une foule ou même dans un groupe de plus de dix personnes- à partir du moment où l'on arrive à sortir des "à priori", des apparences et où l'on parvient à s'affranchir de ce que l'on croit de l'autre (parce qu'on le croit différent et qu'on pense qu'on ne va pas pouvoir communiquer avec lui)... L'on s'aperçoit finalement que le "courant de communication" passe, que ce que l'on transmet, que ce que l'on exprime, est accueilli... Et c'est alors que l'on réalise que l'autre est, non seulement réceptif, mais porte en lui une culture qui lui est propre, une pensée, une capacité de réflexion...

 

Cela je le dis parce qu'il faut le dire et que cela -dans une certaine mesure- "met par terre" ce genre de discours style "France de TF1 Jean Pierre Pernaut/loisirs apéro/réseaux sociaux bas de gamme/séries de télévision...

 

 

Un testament Espagnol, d'Arthur Koestler

Un testament espagnolRESUME :

 

... Arthur Koestler, journaliste anglais d'origine hongroise, est à Malaga en 1937 lorsque les troupes nationalistes prennent la ville. Sympathisant déclaré des républicains, il était alors correspondant pour le journal anglais News Chronicle. Il est arrêté et incarcéré par le général Bolin notamment à cause d'un article peu flatteur consacré au général Queipo de Llano, un des principaux instigateurs du coup d'État de 1936, à la tête des troupes combattant dans le Sud de l'Espagne. Le général en question avait promis la mort à tous les « rouges » ; quatre mille partisans du Front populaire furent exécutés suite à la prise de Malaga. Arthur Koestler va attendre son exécution près de quatre mois avant d’être libéré en mai 1937.

 

... Un livre bouleversant, très bien écrit, différent de la plupart des ouvrages sur la guerre d'Espagne 1936-1939.

 

Ces pages ont été pour la plupart écrites dans l'attente d'une mort quasi certaine, par l'auteur lui-même, emprisonné tout d'abord à Malaga, puis à Séville, du 9 février au 10 mai 1937, après sa condamnation par un tribunal militaire sous l'accusation de "aide à une insurrection armée" ( Auxilio del Rebellion Militar )...

Durant son séjour en prison, Arthur Koestler voyait souvent dans le milieu de la nuit entre minuit et 2 heures, venir le gardien et le prêtre qui entraient dans la cellule du prisonnier pour l'emmener contre un mur avec d'autres prisonniers. Entre le moment où la porte de la cellule s'ouvrait et l'éclatement de la salve, il ne s'écoulait que quelques minutes...

Dans la profondeur des pensées, dans la capacité et dans la lucidité de l'auteur durant ces trois mois passés en prison, cela même dans des circonstances aussi dramatiques... Bien que cela se soit passé en 1937 en Espagne, il y a dirais-je, une "intemporalité" dans la mesure où l'Histoire se répète, où les guerres, les prisons, les dictatures, les oppressions, sont toujours les mêmes... Et où il existe encore et toujours des gens, dans le combat comme dans l'ordinaire des jours et dans ce qui est vécu en face du danger, de la peur, de la violence ; pas forcément des héros médiatisés et célébrés, pas forcément des intellectuels ou des écrivains ou des correspondants de guerre... Mais des anonymes, des hommes et des femmes d'une grande profondeur de pensée, d'un grand courage, d'une grande lucidité, d'une grande capacité de réflexion, dont les noms ne seront pas inscrits sur des monuments, dont les historiens du 21 ème, du 22 ème siècle ou de d'en mille ans, feront des figurants dans leurs ouvrages comme il y a des figurants par dizaines dans les films d'histoire à grand spectacle...

 

 

EXTRAITS :

 

- Page 23 :

 

"Nous arrivons à Malaga à la nuit tombée. Première impression : une ville après un tremblement de terre. Pénombre, des rues entières en ruine, celles où les maisons sont demeurées debout sont désertes et jonchées également de ruines ; silence de mort, et, dans l'air, ce goût spécial que nous connaissons tous depuis Madrid : une poussière de craie mêlée de fumée, et aussi, -est-ce une imagination?- l'odeur répugnante de la chair brûlée."

 

-Page 32 :

 

"Sir Peter m'a expliqué qu'il tient les anarchistes pour des gens raisonnables, les communistes et les socialistes n'étant que des espèces de bureaucrates réactionnaires."

 

Page 272 :

 

"Au fond de leur coeur, criait le caballero en chemise noire, tous les Espagnols sont de notre côté. Quans les rouges fusillaient les nôtres, leur cri final était notre cri "Viva Espana" . J'ai vu fusiller quelques rouges, eux aussi criaient au dernier moment "Viva Espana". A l'heure de mourir, on dit la vérité."

Note personnelle :

 

... Les anarchistes sont des gens "raisonnables" dans la mesure où ils fondent leur réflexion, leurs choix et leur liberté, sur le seul principe intemporel et naturel de la relation humaine, sans ces supports que sont la morale, la religion, les lois et les formes de gouvernement, l'armée et la police. Ce qu'il y a de "raisonnable" en eux, tient à la liberté qu'ils se donnent, une liberté indissociablement liée à la responsabilité qu'ils ont, d'eux-mêmes et des autres, de leurs actes et de tout ce qu'ils expriment...

Dans l'"échelle" ou, si l'on veut, dans le nombre des barreaux de l'échelle, des mouvements anarchistes -l'échelle n'étant pas verticale et posée contre un mur mais horizontale et posée sur un sol instable (ou mieux, entre les bords d'un ravin)- ... Peut-être -c'est ce que je pense- que le mouvement anarchiste Espagnol des années 1930 -1939, dans ses composantes reliées ensemble, était "l'un des plus solides barreaux d'échelle qui ait pu exister"...

Mais bien sûr -c'est ce que je pense aussi- le plus solide de tous les barreaux ce sera, ce ne pourra être que celui d'acier trempé, inoxydable, incorruptible... qui n'a encore jamais été produit...

 

... Si les socialistes, les communistes, le gouvernement républicain en Espagne, en 1937, avaient pu s'entendre avec les anarchistes, et si les uns et les autres ne s'étaient pas entre-tués, pourpres et rouges et roses qu'ils étaient dans l'arène, alors que tombaient sous la force armée franquiste, les villes peu à peu depuis le sud de l'Espagne... Même avec l'appui des Italiens de Mussolini et des Allemands du 3 ème Reich d'Hitler, Franco "aurait eu fort à faire" et n'aurait peut-être pas gagné la guerre...

 

 

 

 

Le cousin Pons, d'Honoré de Balzac

Cousin pons

... Roman paru en feuilleton en 1847 dans Le Constitutionnel , et publié en livre la même année, qui fait partie de la Comédie humaine dans Scènes de la vie parisienne.

C'est sans doute, de Balzac, l'un des romans les plus noirs dans cette Comédie humaine, que l'histoire de ce cousin Pons, une histoire centrée sur un problème d'héritage, où l'on voit évoluer dans un univers cruel et hideux, des personnages sordides, criminels, obsédés par l'appât du gain et par l'accession aux bonnes places, aux honneurs ; égoïstes, hypocrites et mensongers...

 

Au milieu du 19 ème siècle vers la fin du règne de Louis Philippe roi des Français dans un régime de monarchie constitutionnelle, le personnage principal Syvain Pons est le type même de ces martyrs ignorés dont la Comédie humaine met en scène les souffrances, la misère, qu'une société inégalitaire inflige aux humbles, aux purs, aux pauvres...

 

Ce sont, dans cette société du milieu du 19 ème siècle, les personnages aux âmes dures, tant dans la bourgeoisie que dans le peuple des petits métiers, des ouvriers, des portiers et des concierges et des fonctionnaires sans grade, qui dominent, qui écrasent, qui volent les "gens de peu" ou ayant quelque bien durement acquis par le travail et par la probité, souvent même le sacrifice tant ils font passer l'intérêt de ceux qu'ils chérissent au détriment de leurs propres intérêts, de leur vie, de leur santé...

 

Cependant, ce cousin Pons est un esthète angélique et un gourmand ; son histoire, ses déboires, le personnage qu'il est par ses comportements, sa mise, ses opiniâtretés, ses lubies, ses peurs, ses fantasmes... Tout cela tourne à la farce...

 

... Quatrième de couverture

 

Deux mots suffisent à tout éclairer, madame, dit Fraisier. Monsieur le Président est le seul héritier au 3 ème degré de monsieur Pons.

Monsieur Pons est est très malade, il va tester, s'il ne l'a déjà fait, en faveur d'un allemand, son ami nommé Scmucke, et l'importance de sa succession sera de plus de 700 mille francs... Si cela est, se dit à elle-même la présidente, foudroyée par la possibilité de ce chiffre, j'ai fait une faute en me brouillant avec lui, en l'accablant.

Non, madame, sans cette rupture, il serait gai comme un pinson et vivrait plus longtemps que vous, que monsieur le Président et que moi... La Providence a ses lois, ne les sondons pas.

 

... Il y a une analogie manifeste et réelle entre ce monde et cette société du 19 ème siècle décrits par Honoré de Balzac dans la Comédie humaine, puis par Emile Zola dans les Rougon Macquart, d'une part... Et le monde et la société de ce début de 21 ème siècle dans leur réalité, d'autre part... En particulier pour ces questions d'héritage et de discorde dans les familles qui sont plus que jamais dans l'actualité, tout cela avec pour "fond du tableau" la morale, la religion, les droits de l'homme, la légalité, la justice, le bien-fondé et la bien-pensance, mis en avant, haut et fort et avec crispations, parti-pris et préjugés...

 

Pour résumer si je puis dire -et je le dis- ce monde du 21 ème siècle est à l'image d'un plateau de crevettes à Intermarché, ça sent la mer, le frais, l'air du grand large en apparence lorsqu'on s'approche de l'étal... Mais dans l'assiette, à la maison – ou même au restaurant- ça sent l'ammoniaque -pour ne pas dire le sexe malpropre...

 

 

Un été dans l'Ouest, de Philippe Labro

Un ete dans l ouest

... "Rien ne vous prépare à l'Ouest", nous dit cet étudiant étranger que fut Philippe Labro vers la fin des années 1950, parti travailler tout un été dans les montagnes du Colorado, un territoire sauvage, d'immenses forêts...

L'étudiant venu de Virginie, pour arriver jusque dans le Colorado, est confronté au peuple de la route, chauffeurs de camions et d'autocars, ouvriers d'un lieu de travail à un autre, vagabonds, filles perdues, toutes sortes de gens au parcours de vie accidenté, de pauvres bougres, de personnages étranges et atypiques...

Avancer, toujours avancer, plus loin, d'un lieu à un autre, dans la solitude, l'horreur, la laideur, la vérole et la lâcheté... Tout cela devant être laissé derrière soi, mais finissant quand même par trouver la beauté et la lumière, l'amitié, l'amour... C'est la Loi de la Route...

Dans les années 1950/1960 du Grand Ouest Américain...

Et la loi de la route au fond, c'est aussi celle de la vie dans la confrontation -souvent brutale- dans un rapport de forces autant physique que moral entre les humains, entre tous les êtres vivants... Un rapport de relation, de symbiose, d'une complexité extrême, et d'un ordre intemporel, où l'on réalise que l'intelligence, que tout ce qui nous est appris par le raisonnement, que tout cela, acquis et même maîtrisé... N'est pas pour autant le meilleur instrument, le plus subtil, le plus puissant, le mieux approprié, pour saisir, comprendre le Vrai... Si le Vrai existe... (En fait le Vrai existe mais il est insaisissable, situé au delà de l'entendement humain... Et seulement parfois, se laissant entrevoir telle une lueur fugitive, une "déchirure de lumière" comme au travers de l'enveloppe d'une bulle, enfermés que nous sommes tous, chacun, dans la bulle...

... Page 199 :

"Avec sa guitare sur le dos et son énorme baluchon au bout du bras, elle semblait transporter un avenir indécis de nomadisme, d'amours transitoires, d'auditions ratées ou réussies dans des salles enfumées et vides, des nuits et des nuits sur les bancs des gares routières, pour aboutir à quoi ?

Cependant, elle vivait d'espoir et de mouvement, elle était animée par une foi sans limite dans son étoile, qui commandait l'admiration, et même jusqu'à un certain respect."

... Page 200 :

"Au début de la nuit, le silence de la forêt m'avait frappé. Maintenant, je savais qu'il y avait tout un choeur derrière ce silence.

C'est le choeur des bêtes, des rongeurs, des prédateurs, des animaux à fourrure, de la gent ailée et à mesure que le soleil bat en retraite, il prend possession de la prairie.../... Puis des sous bois, clairières, pâturages, torrents et ruisseaux, puis il finit par imposer sa musique avec la nuit tombée, à la forêt subalpine et au haut pays."

... Ayant lu cela, je me suis dit que de nos jours, le soir, la nuit dans nos campagnes, dans nos forêts, dans nos champs, dans nos jardins... Nous n'entendons plus ces bruits des bêtes, ces bruits de la vie... Et que nous voyons des cours d'eau sans poissons, un ciel parfois sans oiseaux, que nous remuons de la terre sans vers dans nos jardins où les soirs de juillet on n'entend plus chanter de crapauds...


 

 

Gainsbourg ou la provocation permanente, de Yves Salgues

... Une biographie de Serge Gainsbourg, dans laquelle Yves Salgues nous livre les images d'un destin hors du commun de cet artiste, auteur compositeur mais aussi peintre , fils d'un immigré russe et juif, à l'enfance à l'étoile jaune, jusqu'à l'âge de 30 ans peintre méconnu et pianiste de "musique de complaisance" dans un cabaret, et devenu célèbre en quelques semaines en 1958 avec "le poinçonneur des Lilas" première chanson d'un album "Chant à la Une" au Milord l'Arsouille...

... Page 424, nous dit Yves Salgues : "Serge-bon an mal an- cherche à élever son auditoire à une sorte de dignité intellectuelle. Son audace, son ambition et sa vaillance sont ici indécourageables. Elles sont justement récompensées puisque plus Serge élève la barre, plus le succès l'encourage à l'élever plus haut. Plus son oeuvre nous paraît vouée à l'impopularité par sa haute facture, plus elle est populaire par le tirage."


 

... Au cimetière Montparnasse à Paris le 9 mars 1991 se pressaient à l'enterrement de Serge Gainsbourg (Lucien Ginzburg né le 2 avril 1928 décédé le 2 mars 1991), de nombreux jeunes de la génération 15-25 ans...

Nés de 1966 à 1976, les plus jeunes en mai 1968 étaient alors des bambins et ont vécu leur enfance du temps où -comme disaient leurs parents à l'époque- "l'on baisait à couilles rabattues"... Cependant, adolescents devenus dans les années 1980, les nés en 1966, 1967, 1968, ont vécu leur jeunesse collégienne et lycéenne dans ces "années sida" de la gauche mitterrandienne et de la rigueur rocardienne (1983/1984) où "il ne fallait plus baiser qu'avec des capotes" et où Game-Boys et consoles de jeux et autres gadgets électroniques, avec la société de consommation en dépit de la rigueur et du premier million de chômeurs... Donnaient le "ton" de l'époque... C'était aussi le temps de la grande provocation gainsbourienne, qui, soit dit en passant, "passait au dessus de la tête" de toute une jeunesse défavorisée et méprisée autant par les élites que par la "moyenne bourgeoisie" française, parisienne, mitterrandienne...

Aujourd'hui en 2019, cette génération des nés entre 1966 et 1976, est devenue celle des décideurs, des cadres d'entreprise, des salariés à 2500 euro mensuels, des "quadra/quinqua" avec maison et voiture cossues, multi-connectés, modernité ambiante... Mais aussi celle d'autant de "quadra/quinqua" accidentés de la vie, qui n'ont pas réussi à l'école, chômeurs ou en emplois précaires, moins de mille euro par mois de revenus, SDF même pour quelques uns, et tout aussi méprisés sinon encore plus, par les élites et par la bourgeoisie aisée des grandes villes...

La provocation Gainsbourienne des années 1980 s'est diluée dans un courant élargi de toutes sortes de provocations aux multiples effets dévastateurs, dont certaines ne sont que des contestations aussi brutales que sommaires, et d'autres, de revendications exacerbées de minorités arrogantes exhibitionnistes, tout cela dans un bouillon de culture planétaire ; la plus grande provocation étant celle de la violence et de l'arrogance des possédants et dominants... Et les talents des provocateurs "anti-système", "bêtes de scène", petites et grandes célébrités du moment ; ne sont autres le plus souvent, que ceux octroyés, fabriqués et véhiculés dans une économie de marché qui "récupère" les provocateurs en tant que "produits culturels avec un prix sur l'étiquette"...

Et c'est vrai qu'à l'époque, entre 1980 et 1990, l'on achetait bien plus de Gainsbourg à Saint Germain des Prés plutôt que lotissement Les Alouettes à Sainte Tarte de la Midoue... Mais il y avait le talent, la musique, la facture, de Gainsbourg...

Et aujourd'hui il y a les "geeks" ... Et les casseurs en godaces à 300 euro...

La vocation d'un artiste, outre celle qui consiste à parfaire sa facture et à se produire devant un public, c'est d'être en même temps un témoin de son temps... Un témoin, pas un moralisateur, pas un juge, pas un nostalgique d'un autre temps... Un curieux de ce qui a été comme de ce qui est et qui demain sera, un questionneur, un provocateur oui aussi parfois, un engagé pour une cause mais sans fanatisme, et un résistant à toutes les formes d'obscurantisme, de pensée consensuelle, de conformisme ambiant, de renoncements et d'opportunismes...


 

A propos de la Shoah...

Dans la dernière partie (les 200 dernières pages) de son livre Le lièvre de Patagonie, Claude Lanzmann nous fait part de son travail de réalisation de son film documentaire la Shoah, d’une durée de 9h 30, qui l’a occupé pendant douze ans, de 1973 à 1985 année de sa sortie... Et des difficultés qui furent les siennes durant les années de ce travail de réalisation, recherchant des témoins...

Combien de fois dans la recherche de témoins y compris de Nazis sortis de prison, d’images et de séquences filmées, dans ses démarches auprès de divers gouvernements (Pologne, Allemagne d’après guerre, notamment) ; a-t-il risqué sa vie, été attaqué ou empêché? …

Nul autre que Claude Lanzmann n' aurait pu réaliser un tel document film de mémoire, de témoignages, quand bien même existent des réalisations, des oeuvres de littérature, de peinture, de photographies, d’autres films sur ce que fut l’holocauste de six millions de Juifs...

Cette page d’histoire qui fut celle, de 1942 à 1945, de l’extermination de six millions d’êtres humains dans des conditions d'horreur absolue, de cruauté, de barbarie et de gigantisme avec des chambres à gaz pouvant contenir jusqu’à 3000 personnes, des fosses où l’on enfouissait et brûlait les cadavres, cette puanteur permanente autour des lieux d’incinération dans les villages proches des camps...

Cette page d’Histoire est une horreur sans nom, et il n’y a pas d’ailleurs dans toute l’histoire de l’humanité, de génocide et d’extermination d’une telle dimension d’horreur, même lorsqu’on pense à la guerre de 30 ans 1618-1648, même au génocide des Arméniens en 1915 et à celui du Rwanda en 1994 ou encore à celui des amérindiens en Amérique pendant 4 siècles et qui lui a pourtant fait beaucoup plus que six millions de victimes... Auquel on peut ajouter les millions de morts de l’esclavage des Noirs d’Afrique dans les plantations de coton d’Amérique du Nord et partout dans les empires coloniaux du 15ème au 19 ème siècles... Sans oublier non plus les millions de morts dans les goulags en Russie du temps des soviets...

Une horreur sans nom qui n’a en égale horreur que l’antisémitisme... L’antisémitisme bien sûr, celui des années 1930-1945 mais aussi celui des années présentes d’aujourd’hui, au 21 ème siècle...

L’antisémitisme que l’on peut -soit disant- “différencier” de l’antisionisme à cause des colonies implantées en territoire palestinien)...

L'antisionisme est une face cachée (ou soft) de l'antisémitisme... Parce que, par ricochet, quand on déclare être antisioniste à cause des colons qui occupent des territoires palestiniens (ce sur quoi beaucoup sont d'accord), on verse insidieusement dans l'antisémitisme...

Ce film documentaire La Shoah, de Claude Lanzmann, par ce qu'il a de vrai, de tragiquement et surtout d'horriblement vrai, et qui se fonde sur les témoignages bouleversants de survivants et de gens qui ont vu de près ce qui se passait dans les camps, l'arrivée des trains, le tri en deux colonnes dont l'une de gens destinés à être exterminés par asphyxie dans les chambres à gaz... Et aussi sur les témoignages d'anciens nazis, gardiens, fossoyeurs, trieurs et récupérateurs... Ce film, donc, est „tellement vrai“ que l'on en arrive -du moins certains- à „remettre en cause ce qui s'est passé et dont les traces cependant, ne peuvent être effacées en dépit de tout ce qui a été fait pour les effacer...

Plus jamais ça“ que l'on dit... On voudrait bien le croire... Mais il faut une constance dans la détermination à ce que cela ne soit plus jamais... Un travail d'éducation et d'information...

 

 

 

Le lièvre de Patagonie, de Claude Lanzmann

Lievre patagonie

... Claude Lanzmann né le 27 novembre 1925 et mort le 5 juillet 2018 (il a donc vécu jusqu'à l'âge de 93 ans) a été journaliste, cinéaste, et réalisateur du film documentaire La Shoah, un film d'une durée de 9 h 30...

Jacques, son frère est né le 4 mai 1927 et mort le 21 juin 2006, auteur de Café crime, Rue des mamours, le septième ciel, la baleine blanche... Il a été aussi un passionné de la marche, auteur de 150 chansons dont de nombreux titres pour Jacques Dutronc, et un peintre abstrait...

Evelyne Rey, sa soeur, a été une actrice française née le 9 juillet 1930 et morte le 18 novembre 1966.

 

L'on suit, dans "Le lièvre de Patagonie", 757 pages collection Folio, les aventures de Claude comme on lirait un roman de Jack London, d'Ernest Hemingway ou de Joseph Kessel... Notamment de nombreuses pages dans lesquelles il évoque, raconte, la relation qui fut la sienne avec Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir, lors d'épiques pérégrinations dans le midi de la France, la Suisse, l'Italie, les Balkans, l'Espagne... Et sa vie parisienne, de ses rencontres avec d'autres écrivains, cinéastes, comédiens, au lendemain de la seconde guerre mondiale et durant les années 50...

 

Pourquoi ce titre "Le lièvre de Patagonie" ?

Tout simplement parce qu'un jour, lors d'un voyage en Amérique du Sud, il vit devant les phares du véhicule qu'il conduisait, de nuit, sur une route de Patagonie, un grand lièvre élancé qui sautait, et que ce lièvre était d'une taille largement supérieure à celle d'un lièvre d'une campagne française...

 

A la lecture que j'ai faite (deux fois), de ce livre, je mets juste un bémol : tout au long des 757 pages, se succèdent de longues phrases avec des digressions tout aussi longues, et des réflexions, de telle sorte qu'on perd le fil... C'est un texte d'une écriture dense que bon nombre de lecteurs d'aujourd'hui trouveraient "fatigant à lire... (Date de publication originale, cependant, en 2009)...

 

Ce qui m'a le plus intéressé, ce sont les nombreuses pages dans lesquelles Claude Lanzmann évoque sa relation avec Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir (née le 9 janvier 1908 et morte le 14 avril 1986)...

Jean Paul Sartre né le 21 juin 1905 et mort le 15 avril 1980, était de 1950 à sa mort, l'intellectuel Français par excellence, présent sur tous les fronts... Mais de nos jours, il semble avoir disparu du paysage littéraire ; au delà de la nouvelle donne idéologique (ou de sa vacuité), le style de Sartre a "pris un coup de vieux", ses gabardines marron, ses longues tirades imprégnées de marxisme, ses appartements de location sommairement meublés (Sartre ne possédait rien et n'était propriétaire de rien et de surcroît il était avec ses proches amis et connaissances d'une générosité hors du commun) en font un dinosaure dans la France actuelle du buzz permanent où tous les débats se cristallisent autour d'un tweet... On lit très peu Sartre en 2019, et seuls deux ouvrages "Huit clos", sa pièce de théâtre, et son bref essai sur l'existentialisme sont évoqués dans les programmes scolaires et universitaires.

 

Il faut dire aussi que le monde de la littérature, du théâtre, du cinéma, de la culture en général, qui fut celui tout d'abord de l'après guerre, puis des années 1950/1960 et de la "guerre froide" et des "deux blocs Est/Ouest"... Appartient à un passé révolu, de nos jours où les nés en 1930, 1940, 1950 en dépit des transformations, des modes de vie et de consommation loisirs, culture et surtout depuis internet et les réseaux sociaux, sont encore sous l'influence de ce qu'il ont vécu durant la première moitié de leur vie...

 

 

 

Meurtre sur le Grandvaux, de Bernard Clavel

Meuetre sur le grandvaux

... Bernard Clavel, encore une fois dans ce beau et pathétique roman, comme d'ailleurs dans toute son oeuvre, ne "fait pas dans la dentelle"...

Aucun "effet de style", un texte "brut de brut" d'une précision et d'une clarté remarquables... Des phrases courtes mais chargées de sens, d' "atmosphère"...

Peu de personnages, une histoire simple, tragique.

C'est que la vie, celle que vivaient les gens en 1844 sur le Granvaux en Franche Comté, et, d'une autre façon celle que bien des gens vivent aujourd'hui en ville comme à la campagne en France et ailleurs (et surtout dans les pays pauvres)... C'est que la vie "ne fait pas dans la dentelle"...

Nous ne sommes point là, avec ce roman "Meurtre sur le Grandvaux", de Bernard Clavel ; dans le genre "gentil et émouvant roman de terroir" où "tout finit assez bien" voire comme dans un conte de fées...

Des mots simples et forts, des images précises qui impactent, une histoire qui claque comme un coup de fouet... Des femmes et des hommes dans la réalité de leur quotidien, dans ce qu'il a d'authentique, d'émouvant en eux ; des vies en somme, quasiment toutes dans les romans de Bernard Clavel, chaotiques, difficiles... Et à chaque fois, un drame poignant... Une histoire qui finit mal...

Les paysages, la géographie, en général du Jura, jouent un rôle déterminant dans les romans de Bernard Clavel, notamment lorsque les gens vivent isolés dans la montagne, murés dans leurs secrets, dignes, humbles et sauvages...

Les personnages principaux des romans de Bernard Clavel incarnent tous chacun à leur façon, ce qu'il y a de meilleur et de pire en l'être humain... Mais ce qui est -à mon sens- "curieux" et qui en définitive finit par dominer, c'est que c'est le meilleur que l'on retient... Ce meilleur qui lui, en général, ne gagne jamais la bataille, meurt au combat en face de l'injustice, de l'arrogance des riches et des puissants, de la violence, de la cruauté, de la brutalité, de l'hypocrisie, de l'égoïsme, omni présents partout d'un bout à l'autre de la société... Ce que n'a jamais cessé de dénoncer dans son oeuvre, Bernard Clavel...

 

... Mon texte sur l'oeuvre de Bernard Clavel :

http://yugcib.forumactif.org/t43-a-propos-de-l-oeuvre-de-bernard-clavel

 

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