Livres et littérature

Le démon de minuit

Demon minuit bazin

... Dans ce roman -mais à mon avis c'est plus un récit qu'un roman- Hervé Bazin aborde un sujet grave et difficile, celui de cet âge de la vie où, homme ou femme l'on atteint les 70 ans et au delà...

 

Cet âge où l'on est à la merci -quoiqu'à 50 ou à 40 voire plus tôt cela arrive aussi- de quelque "accident cardio vasculaire" pouvant survenir et ainsi "changer la vie au quotidien" jusqu'à la fin de ses jours... Sans compter les autres affections du genre cancer, diabète et diverses "vacheries" lourdement handicapantes...

 

Septuagénaire, homme ou femme, à une époque, celle de ces années du premier quart du 21 ème siècle, où l'espérance de vie continue d'augmenter (mais soit dit en passant, qu'en sera-t-il après 2050 vu ce que l'on observe déjà, une diminution, aux Etats Unis d'Amérique et en Russie)... Où 70 ans d'aujourd'hui correspond à peu près à 50/55 il y a un demi siècle et à plus forte raison au 19 ème siècle, le "démon de minuit" est un phénomène de société, d'autant plus que par ce terme de "démon de minuit" l'on pense à la sexualité, à la virilité pour les hommes, à la capacité d' "atteindre le septième ciel", au pouvoir de séduction (autant pour l'homme que pour la femme ayant passé l'âge de 60 ans)...

 

L'on parle d'égalité de l'homme et de la femme... Mais -et c'est encore là, au sujet de la sexualité et du fait de "refaire sa vie" avec quelqu'un d'autre- aussi, un fait de société... Il n'est pas "si bien vu" du moins " pas vu de la même manière" qu'une femme de plus de soixante ans se "remette en vie de couple avec un homme de vingt ans plus jeune qu'elle, ou comme on dit "ait une aventure" avec un homme beaucoup plus jeune... En quoi et au nom de quoi serait-ce moins bien vu et plus "sujet à critique" qu'un homme de 70 ans vivant en couple ou se remariant avec une jeune femme de 30, 40 ans voire de 25 ans ? Si la société a évolué -on ne peut le nier- vers une égalité totale/vraiment totale entre l'homme et la femme, il y a encore des progrès à faire ! (les préjugés, les jugements, les parti-pris, la tradition, la religion, les principes moraux, tout cela n'est pas prêt à disparaître)...

 

Gérard Laguenière, le personnage central du livre, à 70 ans, refuse les tabous, les usures, les humiliations de l'âge, de la vieillesse. Il entend mourir debout et heureux si possible. Bafoué, trompé à maintes reprises par sa deuxième femme Solange, il finit à force "d'avaler des couleuvres" par divorcer et se remarier avec Yveline, une jeune femme de 33 ans avec laquelle il a un enfant Noël... Yveline était une amie de longue date avant que Gérard n'envisage avec elle une relation plus intime...

 

Hervé Bazin dans "Le démon de minuit", traite à l'acide, en force, en noirceur, et avec un réalisme "pur et dur", mais aussi en des pages sombrement comiques, ce sujet grave et difficile, à sa manière, qui est celui de cet "âge venant" qui n'est pas encore la vieillesse, la "grande vieillesse"... Mais il le traite dans un style "baroque" à souhait, avec force métaphores, effets de style, phrases parfois longues et façonnées telles ces gargouilles drôles et surréalistes, démoniaques, tarabiscotées, que l'on peut apercevoir sur les cathédrales... Ce qui ralentit la lecture si l'on veut prendre la mesure de certains passages du texte, ou même par moments rend la lecture difficile...

 

... Quelques extraits :

 

"Mais l'ondée se déclenche et, comme s'il se souvenait d'avoir été sous-lieutenant, M. Séverin qui rentre tous les soirs à Paris porte la main à sa tempe et se hâte vers sa voiture. Yveline,machinalement,ouvre son parapluie. Les pieds serrés, les bras repliés, elle se rétrécit sous le dôme de soie verte qui crépite et dont chaque bout de baleine devient une mini-gargouille."

 

"Il se tourna vers cette carte postale mouvante qu'est une vitre de wagon. N'aimant guère l'auto, encore moins l'avion qui, s'il fait beau, vole sur une carte d'état-major et, s'il pleut, sur une océan de coton hydrophile, d'ordinaire il appréciait le train, proprement nourri de volts par les caténaires : le train, procession rapide, fête-lieu, lissant du fer entre ces temples de l'exactitude que sont les gares."

 

"Une mouche posée sur un étron et suçant la chose avec ardeur connaît la félicité et des basses oeuvres de ses fesses Solange tirait d'aussi fleurantes gloires.Jusqu'où pouvait aller la rage de triompher de la ménopause dont ceci devenait une complication infectieuse méritant les imprécations dédiées à Lynote.../..."

 

 

 

Diderot le génie débraillé, de Sophie Chauveau

Diderot

Résumé quatrième de couverture :

 

Diderot l’écrivain, le philosophe, l’Encyclopédiste nous est ici révélé sous un autre jour.
Voici un adolescent, fuyant son père avec la complicité de sa soeur, qui plonge avec délices dans le Quartier Latin. Voici un bon vivant, gastronome et séducteur, navigant d’amour en amour. 
Surveillé par les censeurs sous le règne du Roi Soleil, il se passionne pour toutes les causes, entraîne d’Alembert, La Condamine dans l’aventure de l’Encyclopédie. 
Avant de quitter la France pour la Russie et de rejoindre à Saint-Pétersbourg la cour de la Grande Catherine… 

 

Denis Diderot, encore aujourd'hui, n'est pas reconnu… Ou s'il l'est, il n'occupe que la troisième place après Voltaire et Rousseau, voire la quatrième après D'Alembert…

La place qui lui revient et qu'il mérite, est la première de ce XVIII ème siècle que l'on dit „des lumières“…

Athée et anticlérical, Diderot n'a jamais été pour autant un fanatique de l'athéisme. Passionné, épris de liberté, voyant et témoin de son temps, résolu, ennemi des rois et des prêtres, des salons et des coteries ; remettant en cause l'ordre social de l'époque, anti esclavagiste… Son indépendance d'esprit et sa liberté de pensée le situent très au-delà, très en marge de tout ce qui au XVIII ème siècle, était certitudes, fanatismes, exacerbations , crispations, et modèles… Et condamnations de mode exprimées dans la violence et l'ostentation…

Déjà, de tout son vivant, il n'a jamais appelé à la mort de personne une seule fois ! Génie débraillé, il fut un être bon (mais inassimilable, atypique, et d'une dimension humaine hors normes…

La France d'aujourd'hui ne possède pas dans sa bibliothèque nationale, dans les archives de tout ce qui constitue son patrimoine littéraire, scientifique, artistique, historique ; une édition intégrale des écrits de Diderot…

Diderot par son œuvre tout entière, aussi diverse, aussi prolixe ; mais aussi par la vie qu'il a menée bien plus souvent auprès des gens du peuple que dans les coteries et dans les salons, est non seulement un auteur moderne, en avance sur son temps et sur les époques qui lui ont succédé jusqu'à nos jours, mais un auteur intemporel…

Dénigré et combattu, il le fut, de son vivant, y compris de quelques uns de ses amis qui l'ont lâché ou trahi… Cependant, Barbey d'Aurevilly, qui ne l'aimait pas, disait de lui qu'il était suprêmement artiste par l'enthousiasme et par l'expression ; que c'était par l'art, la forme spontanée, la chaleur de l'accent, que Diderot a devancé son siècle…

Voltaire et Rousseau s'épanouissent sous les ors de la République, Mais Diderot demeure encore dans les vestiaires des parc-expos de la République, en pièces détachées et incomplètes…

 

Eloigné du monde dès ma jeunesse, je n'en ai jamais contracté l'aisance. Et j'ai en horreur la pantomine exigée par toute société… (page 270)

 

Nous ressemblons à de vrais instruments dont les passions sont des cordes. Un homme sans passion est un instrument dont on a coupé les cordes ou qui n'en eut jamais. (page 70)

 

Une université est une école dont la porte est ouverte indistinctement à tous les enfants d'une nation, et où des maîtres stipendiés par l’État les incitent à la connaissance élémentaire de toutes les sciences… Une aristocratie de l'éducation doit se dégager d'une démocratie des chances. (…) L'enseignement est ce qu'il y a de plus important pour l'avenir d'un pays. Primordial. (Page 534).

 

 

Jojo, le Gilet jaune, de Danièle Sallenave

Jojo le gilet jaune

... 48 pages, sortie de ce petit ouvrage en avril 2019, de Danièle Sallenave, membre de l'Académie Française depuis 2011, née le 28 octobre 1940 à Angers...

Etudes secondaires au lycée d'Angers, reçue en 1961 au concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure, et à l'agrégation de Lettres Classiques en 1964... Tel est son parcours -ou sa formation...

Autrement dit -comme on dit/comme aussi je dis- "une intellectuelle" (avec tout ce que peut comporter de "juste et clair" mais aussi de "sous-entendus") ce terme d' "intellectuel"... Je vous laisse "méditer" quelques instants...

 

Une intellectuelle, Danièle Sallenave, cependant, qui a pu bénéficier en ces années 1960 -il y a donc bientôt 60 ans- (comme on dit aussi "une autre époque")... de ce que l'on appelle "l'ascenseur social" ; les parents de Danièle ayant été des instituteurs...

Elle a publié son premier récit "Paysage de ruines avec personnages" en 1975, et a reçu en 1980, le Prix Renaudot, pour "Les portes de Gubbio" ; puis en 2005 le Grand Prix de l'Académie pour l'ensemble de son oeuvre...

 

... "Il y a ce que disent les Gilets jaunes. Il y a surtout ce qu’ils révèlent. Cette manière de parler d’eux, dans la presse, les médias, les milieux politiques, sur les réseaux sociaux! Une distance, une condescendance, un mépris. "
 

 

 

 

Danièle Sallenave 

 

... Danièle Sallenave ou pas, enfin quelque femme ou homme d'écriture, auteur, journaliste, écrivain, philosophe, sociologue que ce soit... (je ne parle pas des "politiques")... le terme de "France d'en bas", ou de "gens d'en bas" -par opposition à "France d'en haut" ou "gens d'en haut"... Me gêne quelque peu sinon beaucoup, me met "mal à l'aise"... Et d'ailleurs je n'use point de ce terme...

 

Danièle Sallenave dans son ouvrage "Jojo le gilet jaune" emploie souvent ce terme (c'est ce qui m'a un peu gêné à la lecture de cet ouvrage que j'ai pourtant trouvé très juste et très pertinent dans son contenu, de bout en bout)...

 

Soit dit en passant, si mes souvenirs sont exacts, c'est Jean Pierre Raffarin en 2002,

qui avait lancé ce terme de "France d'en bas"... Repris, "universellement repris" par l'ensemble des corps sociaux, des médias, des politiques, des gens communs que nous sommes...

 

... Danièle Sallenave écrit que le monde des gilets jaunes et apparentés, reste largement inconnu du monde de l'art, du journalisme, de la littérature, et qui se dit de gauche, où l'on se représente la France des ronds-points, son mode de vie, ses loisirs sur un ton de commisération. C'est la France de TF1 et de Jean-Pierre Pernaut, un peuple livré sans distance et sans recours à une sous-culture médiatique, abonnée aux réseaux sociaux bas de gamme, à une musique à la chaîne, à des loisirs coupés d'apéro au pastis.

 

J'ai eu moi-même je le reconnais et le déplore, et désormais m'en défends... ce genre de "discours" -et je ne suis pas le seul à l'avoir ou l'avoir eu ! ... Même si c'est "un peu vrai", c'est tout de même réducteur et frise la condescendance, cette condescendance que pour ma part je dénonce dans quelques uns de mes écrits...

 

Ce qu'il y a "de vrai" de cette "France de TF1 des loisirs coupés d'apéro au pastis, de ce mode de vie consumériste et standardisé et de cette sous-culture... N'est "vrai" QUE parce que nous sommes poussés à le voir ainsi (influencés, conditionnés, et dans une adhésion tacite à ce genre de discours) d'une part ; mais surtout pour l'essentiel, au fait que la vie quotidienne des gens (travail, déplacement en voiture, courses, diverses contraintes, difficultés et revenus trop faibles) ne favorise nullement l'accès à la culture, à une vie comme celle des citadins aisés qui vont au théâtre, au concert, et consomment en terrasses de café le soir, d'autre part...

 

... Et il y a aussi -ce qui rend encore plus complexe et difficile à analyser la situation sociale dans notre pays- ; les contradictions, dont la principale est celle d'un côté, des 16 000 lieux de lecture publique, des 500 librairies labellisées, des 1200 musées de France, des 2000 cinémas, des 440 lieux de spectacle labellisés etc... Et d'un autre côté, des chiffres consternants de pratique culturelle avec seulement 16% de Français inscrits dans une bibliothèque, et 764000 spectateurs dans l'un des cinq théâtres nationaux...

 

... Selon une constatation que j'ai pu faire à maintes reprises (et "cela ne date pas d'hier"')... Autour de moi un peu partout là où je suis passé quelque part dans ce pays, en ville comme à la campagne, à la terrasse d'un café en compagnie, ou bien en me promenant avec des personnes de ma connaissance ; dans une certaine intimité relative -ce qui n'est plus le cas dans une foule ou même dans un groupe de plus de dix personnes- à partir du moment où l'on arrive à sortir des "à priori", des apparences et où l'on parvient à s'affranchir de ce que l'on croit de l'autre (parce qu'on le croit différent et qu'on pense qu'on ne va pas pouvoir communiquer avec lui)... L'on s'aperçoit finalement que le "courant de communication" passe, que ce que l'on transmet, que ce que l'on exprime, est accueilli... Et c'est alors que l'on réalise que l'autre est, non seulement réceptif, mais porte en lui une culture qui lui est propre, une pensée, une capacité de réflexion...

 

Cela je le dis parce qu'il faut le dire et que cela -dans une certaine mesure- "met par terre" ce genre de discours style "France de TF1 Jean Pierre Pernaut/loisirs apéro/réseaux sociaux bas de gamme/séries de télévision...

 

 

Un testament Espagnol, d'Arthur Koestler

Un testament espagnolRESUME :

 

... Arthur Koestler, journaliste anglais d'origine hongroise, est à Malaga en 1937 lorsque les troupes nationalistes prennent la ville. Sympathisant déclaré des républicains, il était alors correspondant pour le journal anglais News Chronicle. Il est arrêté et incarcéré par le général Bolin notamment à cause d'un article peu flatteur consacré au général Queipo de Llano, un des principaux instigateurs du coup d'État de 1936, à la tête des troupes combattant dans le Sud de l'Espagne. Le général en question avait promis la mort à tous les « rouges » ; quatre mille partisans du Front populaire furent exécutés suite à la prise de Malaga. Arthur Koestler va attendre son exécution près de quatre mois avant d’être libéré en mai 1937.

 

... Un livre bouleversant, très bien écrit, différent de la plupart des ouvrages sur la guerre d'Espagne 1936-1939.

 

Ces pages ont été pour la plupart écrites dans l'attente d'une mort quasi certaine, par l'auteur lui-même, emprisonné tout d'abord à Malaga, puis à Séville, du 9 février au 10 mai 1937, après sa condamnation par un tribunal militaire sous l'accusation de "aide à une insurrection armée" ( Auxilio del Rebellion Militar )...

Durant son séjour en prison, Arthur Koestler voyait souvent dans le milieu de la nuit entre minuit et 2 heures, venir le gardien et le prêtre qui entraient dans la cellule du prisonnier pour l'emmener contre un mur avec d'autres prisonniers. Entre le moment où la porte de la cellule s'ouvrait et l'éclatement de la salve, il ne s'écoulait que quelques minutes...

Dans la profondeur des pensées, dans la capacité et dans la lucidité de l'auteur durant ces trois mois passés en prison, cela même dans des circonstances aussi dramatiques... Bien que cela se soit passé en 1937 en Espagne, il y a dirais-je, une "intemporalité" dans la mesure où l'Histoire se répète, où les guerres, les prisons, les dictatures, les oppressions, sont toujours les mêmes... Et où il existe encore et toujours des gens, dans le combat comme dans l'ordinaire des jours et dans ce qui est vécu en face du danger, de la peur, de la violence ; pas forcément des héros médiatisés et célébrés, pas forcément des intellectuels ou des écrivains ou des correspondants de guerre... Mais des anonymes, des hommes et des femmes d'une grande profondeur de pensée, d'un grand courage, d'une grande lucidité, d'une grande capacité de réflexion, dont les noms ne seront pas inscrits sur des monuments, dont les historiens du 21 ème, du 22 ème siècle ou de d'en mille ans, feront des figurants dans leurs ouvrages comme il y a des figurants par dizaines dans les films d'histoire à grand spectacle...

 

 

EXTRAITS :

 

- Page 23 :

 

"Nous arrivons à Malaga à la nuit tombée. Première impression : une ville après un tremblement de terre. Pénombre, des rues entières en ruine, celles où les maisons sont demeurées debout sont désertes et jonchées également de ruines ; silence de mort, et, dans l'air, ce goût spécial que nous connaissons tous depuis Madrid : une poussière de craie mêlée de fumée, et aussi, -est-ce une imagination?- l'odeur répugnante de la chair brûlée."

 

-Page 32 :

 

"Sir Peter m'a expliqué qu'il tient les anarchistes pour des gens raisonnables, les communistes et les socialistes n'étant que des espèces de bureaucrates réactionnaires."

 

Page 272 :

 

"Au fond de leur coeur, criait le caballero en chemise noire, tous les Espagnols sont de notre côté. Quans les rouges fusillaient les nôtres, leur cri final était notre cri "Viva Espana" . J'ai vu fusiller quelques rouges, eux aussi criaient au dernier moment "Viva Espana". A l'heure de mourir, on dit la vérité."

Note personnelle :

 

... Les anarchistes sont des gens "raisonnables" dans la mesure où ils fondent leur réflexion, leurs choix et leur liberté, sur le seul principe intemporel et naturel de la relation humaine, sans ces supports que sont la morale, la religion, les lois et les formes de gouvernement, l'armée et la police. Ce qu'il y a de "raisonnable" en eux, tient à la liberté qu'ils se donnent, une liberté indissociablement liée à la responsabilité qu'ils ont, d'eux-mêmes et des autres, de leurs actes et de tout ce qu'ils expriment...

Dans l'"échelle" ou, si l'on veut, dans le nombre des barreaux de l'échelle, des mouvements anarchistes -l'échelle n'étant pas verticale et posée contre un mur mais horizontale et posée sur un sol instable (ou mieux, entre les bords d'un ravin)- ... Peut-être -c'est ce que je pense- que le mouvement anarchiste Espagnol des années 1930 -1939, dans ses composantes reliées ensemble, était "l'un des plus solides barreaux d'échelle qui ait pu exister"...

Mais bien sûr -c'est ce que je pense aussi- le plus solide de tous les barreaux ce sera, ce ne pourra être que celui d'acier trempé, inoxydable, incorruptible... qui n'a encore jamais été produit...

 

... Si les socialistes, les communistes, le gouvernement républicain en Espagne, en 1937, avaient pu s'entendre avec les anarchistes, et si les uns et les autres ne s'étaient pas entre-tués, pourpres et rouges et roses qu'ils étaient dans l'arène, alors que tombaient sous la force armée franquiste, les villes peu à peu depuis le sud de l'Espagne... Même avec l'appui des Italiens de Mussolini et des Allemands du 3 ème Reich d'Hitler, Franco "aurait eu fort à faire" et n'aurait peut-être pas gagné la guerre...

 

 

 

 

Le cousin Pons, d'Honoré de Balzac

Cousin pons

... Roman paru en feuilleton en 1847 dans Le Constitutionnel , et publié en livre la même année, qui fait partie de la Comédie humaine dans Scènes de la vie parisienne.

C'est sans doute, de Balzac, l'un des romans les plus noirs dans cette Comédie humaine, que l'histoire de ce cousin Pons, une histoire centrée sur un problème d'héritage, où l'on voit évoluer dans un univers cruel et hideux, des personnages sordides, criminels, obsédés par l'appât du gain et par l'accession aux bonnes places, aux honneurs ; égoïstes, hypocrites et mensongers...

 

Au milieu du 19 ème siècle vers la fin du règne de Louis Philippe roi des Français dans un régime de monarchie constitutionnelle, le personnage principal Syvain Pons est le type même de ces martyrs ignorés dont la Comédie humaine met en scène les souffrances, la misère, qu'une société inégalitaire inflige aux humbles, aux purs, aux pauvres...

 

Ce sont, dans cette société du milieu du 19 ème siècle, les personnages aux âmes dures, tant dans la bourgeoisie que dans le peuple des petits métiers, des ouvriers, des portiers et des concierges et des fonctionnaires sans grade, qui dominent, qui écrasent, qui volent les "gens de peu" ou ayant quelque bien durement acquis par le travail et par la probité, souvent même le sacrifice tant ils font passer l'intérêt de ceux qu'ils chérissent au détriment de leurs propres intérêts, de leur vie, de leur santé...

 

Cependant, ce cousin Pons est un esthète angélique et un gourmand ; son histoire, ses déboires, le personnage qu'il est par ses comportements, sa mise, ses opiniâtretés, ses lubies, ses peurs, ses fantasmes... Tout cela tourne à la farce...

 

... Quatrième de couverture

 

Deux mots suffisent à tout éclairer, madame, dit Fraisier. Monsieur le Président est le seul héritier au 3 ème degré de monsieur Pons.

Monsieur Pons est est très malade, il va tester, s'il ne l'a déjà fait, en faveur d'un allemand, son ami nommé Scmucke, et l'importance de sa succession sera de plus de 700 mille francs... Si cela est, se dit à elle-même la présidente, foudroyée par la possibilité de ce chiffre, j'ai fait une faute en me brouillant avec lui, en l'accablant.

Non, madame, sans cette rupture, il serait gai comme un pinson et vivrait plus longtemps que vous, que monsieur le Président et que moi... La Providence a ses lois, ne les sondons pas.

 

... Il y a une analogie manifeste et réelle entre ce monde et cette société du 19 ème siècle décrits par Honoré de Balzac dans la Comédie humaine, puis par Emile Zola dans les Rougon Macquart, d'une part... Et le monde et la société de ce début de 21 ème siècle dans leur réalité, d'autre part... En particulier pour ces questions d'héritage et de discorde dans les familles qui sont plus que jamais dans l'actualité, tout cela avec pour "fond du tableau" la morale, la religion, les droits de l'homme, la légalité, la justice, le bien-fondé et la bien-pensance, mis en avant, haut et fort et avec crispations, parti-pris et préjugés...

 

Pour résumer si je puis dire -et je le dis- ce monde du 21 ème siècle est à l'image d'un plateau de crevettes à Intermarché, ça sent la mer, le frais, l'air du grand large en apparence lorsqu'on s'approche de l'étal... Mais dans l'assiette, à la maison – ou même au restaurant- ça sent l'ammoniaque -pour ne pas dire le sexe malpropre...

 

 

Un été dans l'Ouest, de Philippe Labro

Un ete dans l ouest

... "Rien ne vous prépare à l'Ouest", nous dit cet étudiant étranger que fut Philippe Labro vers la fin des années 1950, parti travailler tout un été dans les montagnes du Colorado, un territoire sauvage, d'immenses forêts...

L'étudiant venu de Virginie, pour arriver jusque dans le Colorado, est confronté au peuple de la route, chauffeurs de camions et d'autocars, ouvriers d'un lieu de travail à un autre, vagabonds, filles perdues, toutes sortes de gens au parcours de vie accidenté, de pauvres bougres, de personnages étranges et atypiques...

Avancer, toujours avancer, plus loin, d'un lieu à un autre, dans la solitude, l'horreur, la laideur, la vérole et la lâcheté... Tout cela devant être laissé derrière soi, mais finissant quand même par trouver la beauté et la lumière, l'amitié, l'amour... C'est la Loi de la Route...

Dans les années 1950/1960 du Grand Ouest Américain...

Et la loi de la route au fond, c'est aussi celle de la vie dans la confrontation -souvent brutale- dans un rapport de forces autant physique que moral entre les humains, entre tous les êtres vivants... Un rapport de relation, de symbiose, d'une complexité extrême, et d'un ordre intemporel, où l'on réalise que l'intelligence, que tout ce qui nous est appris par le raisonnement, que tout cela, acquis et même maîtrisé... N'est pas pour autant le meilleur instrument, le plus subtil, le plus puissant, le mieux approprié, pour saisir, comprendre le Vrai... Si le Vrai existe... (En fait le Vrai existe mais il est insaisissable, situé au delà de l'entendement humain... Et seulement parfois, se laissant entrevoir telle une lueur fugitive, une "déchirure de lumière" comme au travers de l'enveloppe d'une bulle, enfermés que nous sommes tous, chacun, dans la bulle...

... Page 199 :

"Avec sa guitare sur le dos et son énorme baluchon au bout du bras, elle semblait transporter un avenir indécis de nomadisme, d'amours transitoires, d'auditions ratées ou réussies dans des salles enfumées et vides, des nuits et des nuits sur les bancs des gares routières, pour aboutir à quoi ?

Cependant, elle vivait d'espoir et de mouvement, elle était animée par une foi sans limite dans son étoile, qui commandait l'admiration, et même jusqu'à un certain respect."

... Page 200 :

"Au début de la nuit, le silence de la forêt m'avait frappé. Maintenant, je savais qu'il y avait tout un choeur derrière ce silence.

C'est le choeur des bêtes, des rongeurs, des prédateurs, des animaux à fourrure, de la gent ailée et à mesure que le soleil bat en retraite, il prend possession de la prairie.../... Puis des sous bois, clairières, pâturages, torrents et ruisseaux, puis il finit par imposer sa musique avec la nuit tombée, à la forêt subalpine et au haut pays."

... Ayant lu cela, je me suis dit que de nos jours, le soir, la nuit dans nos campagnes, dans nos forêts, dans nos champs, dans nos jardins... Nous n'entendons plus ces bruits des bêtes, ces bruits de la vie... Et que nous voyons des cours d'eau sans poissons, un ciel parfois sans oiseaux, que nous remuons de la terre sans vers dans nos jardins où les soirs de juillet on n'entend plus chanter de crapauds...


 

 

Gainsbourg ou la provocation permanente, de Yves Salgues

... Une biographie de Serge Gainsbourg, dans laquelle Yves Salgues nous livre les images d'un destin hors du commun de cet artiste, auteur compositeur mais aussi peintre , fils d'un immigré russe et juif, à l'enfance à l'étoile jaune, jusqu'à l'âge de 30 ans peintre méconnu et pianiste de "musique de complaisance" dans un cabaret, et devenu célèbre en quelques semaines en 1958 avec "le poinçonneur des Lilas" première chanson d'un album "Chant à la Une" au Milord l'Arsouille...

... Page 424, nous dit Yves Salgues : "Serge-bon an mal an- cherche à élever son auditoire à une sorte de dignité intellectuelle. Son audace, son ambition et sa vaillance sont ici indécourageables. Elles sont justement récompensées puisque plus Serge élève la barre, plus le succès l'encourage à l'élever plus haut. Plus son oeuvre nous paraît vouée à l'impopularité par sa haute facture, plus elle est populaire par le tirage."


 

... Au cimetière Montparnasse à Paris le 9 mars 1991 se pressaient à l'enterrement de Serge Gainsbourg (Lucien Ginzburg né le 2 avril 1928 décédé le 2 mars 1991), de nombreux jeunes de la génération 15-25 ans...

Nés de 1966 à 1976, les plus jeunes en mai 1968 étaient alors des bambins et ont vécu leur enfance du temps où -comme disaient leurs parents à l'époque- "l'on baisait à couilles rabattues"... Cependant, adolescents devenus dans les années 1980, les nés en 1966, 1967, 1968, ont vécu leur jeunesse collégienne et lycéenne dans ces "années sida" de la gauche mitterrandienne et de la rigueur rocardienne (1983/1984) où "il ne fallait plus baiser qu'avec des capotes" et où Game-Boys et consoles de jeux et autres gadgets électroniques, avec la société de consommation en dépit de la rigueur et du premier million de chômeurs... Donnaient le "ton" de l'époque... C'était aussi le temps de la grande provocation gainsbourienne, qui, soit dit en passant, "passait au dessus de la tête" de toute une jeunesse défavorisée et méprisée autant par les élites que par la "moyenne bourgeoisie" française, parisienne, mitterrandienne...

Aujourd'hui en 2019, cette génération des nés entre 1966 et 1976, est devenue celle des décideurs, des cadres d'entreprise, des salariés à 2500 euro mensuels, des "quadra/quinqua" avec maison et voiture cossues, multi-connectés, modernité ambiante... Mais aussi celle d'autant de "quadra/quinqua" accidentés de la vie, qui n'ont pas réussi à l'école, chômeurs ou en emplois précaires, moins de mille euro par mois de revenus, SDF même pour quelques uns, et tout aussi méprisés sinon encore plus, par les élites et par la bourgeoisie aisée des grandes villes...

La provocation Gainsbourienne des années 1980 s'est diluée dans un courant élargi de toutes sortes de provocations aux multiples effets dévastateurs, dont certaines ne sont que des contestations aussi brutales que sommaires, et d'autres, de revendications exacerbées de minorités arrogantes exhibitionnistes, tout cela dans un bouillon de culture planétaire ; la plus grande provocation étant celle de la violence et de l'arrogance des possédants et dominants... Et les talents des provocateurs "anti-système", "bêtes de scène", petites et grandes célébrités du moment ; ne sont autres le plus souvent, que ceux octroyés, fabriqués et véhiculés dans une économie de marché qui "récupère" les provocateurs en tant que "produits culturels avec un prix sur l'étiquette"...

Et c'est vrai qu'à l'époque, entre 1980 et 1990, l'on achetait bien plus de Gainsbourg à Saint Germain des Prés plutôt que lotissement Les Alouettes à Sainte Tarte de la Midoue... Mais il y avait le talent, la musique, la facture, de Gainsbourg...

Et aujourd'hui il y a les "geeks" ... Et les casseurs en godaces à 300 euro...

La vocation d'un artiste, outre celle qui consiste à parfaire sa facture et à se produire devant un public, c'est d'être en même temps un témoin de son temps... Un témoin, pas un moralisateur, pas un juge, pas un nostalgique d'un autre temps... Un curieux de ce qui a été comme de ce qui est et qui demain sera, un questionneur, un provocateur oui aussi parfois, un engagé pour une cause mais sans fanatisme, et un résistant à toutes les formes d'obscurantisme, de pensée consensuelle, de conformisme ambiant, de renoncements et d'opportunismes...


 

A propos de la Shoah...

Dans la dernière partie (les 200 dernières pages) de son livre Le lièvre de Patagonie, Claude Lanzmann nous fait part de son travail de réalisation de son film documentaire la Shoah, d’une durée de 9h 30, qui l’a occupé pendant douze ans, de 1973 à 1985 année de sa sortie... Et des difficultés qui furent les siennes durant les années de ce travail de réalisation, recherchant des témoins...

Combien de fois dans la recherche de témoins y compris de Nazis sortis de prison, d’images et de séquences filmées, dans ses démarches auprès de divers gouvernements (Pologne, Allemagne d’après guerre, notamment) ; a-t-il risqué sa vie, été attaqué ou empêché? …

Nul autre que Claude Lanzmann n' aurait pu réaliser un tel document film de mémoire, de témoignages, quand bien même existent des réalisations, des oeuvres de littérature, de peinture, de photographies, d’autres films sur ce que fut l’holocauste de six millions de Juifs...

Cette page d’histoire qui fut celle, de 1942 à 1945, de l’extermination de six millions d’êtres humains dans des conditions d'horreur absolue, de cruauté, de barbarie et de gigantisme avec des chambres à gaz pouvant contenir jusqu’à 3000 personnes, des fosses où l’on enfouissait et brûlait les cadavres, cette puanteur permanente autour des lieux d’incinération dans les villages proches des camps...

Cette page d’Histoire est une horreur sans nom, et il n’y a pas d’ailleurs dans toute l’histoire de l’humanité, de génocide et d’extermination d’une telle dimension d’horreur, même lorsqu’on pense à la guerre de 30 ans 1618-1648, même au génocide des Arméniens en 1915 et à celui du Rwanda en 1994 ou encore à celui des amérindiens en Amérique pendant 4 siècles et qui lui a pourtant fait beaucoup plus que six millions de victimes... Auquel on peut ajouter les millions de morts de l’esclavage des Noirs d’Afrique dans les plantations de coton d’Amérique du Nord et partout dans les empires coloniaux du 15ème au 19 ème siècles... Sans oublier non plus les millions de morts dans les goulags en Russie du temps des soviets...

Une horreur sans nom qui n’a en égale horreur que l’antisémitisme... L’antisémitisme bien sûr, celui des années 1930-1945 mais aussi celui des années présentes d’aujourd’hui, au 21 ème siècle...

L’antisémitisme que l’on peut -soit disant- “différencier” de l’antisionisme à cause des colonies implantées en territoire palestinien)...

L'antisionisme est une face cachée (ou soft) de l'antisémitisme... Parce que, par ricochet, quand on déclare être antisioniste à cause des colons qui occupent des territoires palestiniens (ce sur quoi beaucoup sont d'accord), on verse insidieusement dans l'antisémitisme...

Ce film documentaire La Shoah, de Claude Lanzmann, par ce qu'il a de vrai, de tragiquement et surtout d'horriblement vrai, et qui se fonde sur les témoignages bouleversants de survivants et de gens qui ont vu de près ce qui se passait dans les camps, l'arrivée des trains, le tri en deux colonnes dont l'une de gens destinés à être exterminés par asphyxie dans les chambres à gaz... Et aussi sur les témoignages d'anciens nazis, gardiens, fossoyeurs, trieurs et récupérateurs... Ce film, donc, est „tellement vrai“ que l'on en arrive -du moins certains- à „remettre en cause ce qui s'est passé et dont les traces cependant, ne peuvent être effacées en dépit de tout ce qui a été fait pour les effacer...

Plus jamais ça“ que l'on dit... On voudrait bien le croire... Mais il faut une constance dans la détermination à ce que cela ne soit plus jamais... Un travail d'éducation et d'information...

 

 

 

Le lièvre de Patagonie, de Claude Lanzmann

Lievre patagonie

... Claude Lanzmann né le 27 novembre 1925 et mort le 5 juillet 2018 (il a donc vécu jusqu'à l'âge de 93 ans) a été journaliste, cinéaste, et réalisateur du film documentaire La Shoah, un film d'une durée de 9 h 30...

Jacques, son frère est né le 4 mai 1927 et mort le 21 juin 2006, auteur de Café crime, Rue des mamours, le septième ciel, la baleine blanche... Il a été aussi un passionné de la marche, auteur de 150 chansons dont de nombreux titres pour Jacques Dutronc, et un peintre abstrait...

Evelyne Rey, sa soeur, a été une actrice française née le 9 juillet 1930 et morte le 18 novembre 1966.

 

L'on suit, dans "Le lièvre de Patagonie", 757 pages collection Folio, les aventures de Claude comme on lirait un roman de Jack London, d'Ernest Hemingway ou de Joseph Kessel... Notamment de nombreuses pages dans lesquelles il évoque, raconte, la relation qui fut la sienne avec Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir, lors d'épiques pérégrinations dans le midi de la France, la Suisse, l'Italie, les Balkans, l'Espagne... Et sa vie parisienne, de ses rencontres avec d'autres écrivains, cinéastes, comédiens, au lendemain de la seconde guerre mondiale et durant les années 50...

 

Pourquoi ce titre "Le lièvre de Patagonie" ?

Tout simplement parce qu'un jour, lors d'un voyage en Amérique du Sud, il vit devant les phares du véhicule qu'il conduisait, de nuit, sur une route de Patagonie, un grand lièvre élancé qui sautait, et que ce lièvre était d'une taille largement supérieure à celle d'un lièvre d'une campagne française...

 

A la lecture que j'ai faite (deux fois), de ce livre, je mets juste un bémol : tout au long des 757 pages, se succèdent de longues phrases avec des digressions tout aussi longues, et des réflexions, de telle sorte qu'on perd le fil... C'est un texte d'une écriture dense que bon nombre de lecteurs d'aujourd'hui trouveraient "fatigant à lire... (Date de publication originale, cependant, en 2009)...

 

Ce qui m'a le plus intéressé, ce sont les nombreuses pages dans lesquelles Claude Lanzmann évoque sa relation avec Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir (née le 9 janvier 1908 et morte le 14 avril 1986)...

Jean Paul Sartre né le 21 juin 1905 et mort le 15 avril 1980, était de 1950 à sa mort, l'intellectuel Français par excellence, présent sur tous les fronts... Mais de nos jours, il semble avoir disparu du paysage littéraire ; au delà de la nouvelle donne idéologique (ou de sa vacuité), le style de Sartre a "pris un coup de vieux", ses gabardines marron, ses longues tirades imprégnées de marxisme, ses appartements de location sommairement meublés (Sartre ne possédait rien et n'était propriétaire de rien et de surcroît il était avec ses proches amis et connaissances d'une générosité hors du commun) en font un dinosaure dans la France actuelle du buzz permanent où tous les débats se cristallisent autour d'un tweet... On lit très peu Sartre en 2019, et seuls deux ouvrages "Huit clos", sa pièce de théâtre, et son bref essai sur l'existentialisme sont évoqués dans les programmes scolaires et universitaires.

 

Il faut dire aussi que le monde de la littérature, du théâtre, du cinéma, de la culture en général, qui fut celui tout d'abord de l'après guerre, puis des années 1950/1960 et de la "guerre froide" et des "deux blocs Est/Ouest"... Appartient à un passé révolu, de nos jours où les nés en 1930, 1940, 1950 en dépit des transformations, des modes de vie et de consommation loisirs, culture et surtout depuis internet et les réseaux sociaux, sont encore sous l'influence de ce qu'il ont vécu durant la première moitié de leur vie...

 

 

 

Meurtre sur le Grandvaux, de Bernard Clavel

Meuetre sur le grandvaux

... Bernard Clavel, encore une fois dans ce beau et pathétique roman, comme d'ailleurs dans toute son oeuvre, ne "fait pas dans la dentelle"...

Aucun "effet de style", un texte "brut de brut" d'une précision et d'une clarté remarquables... Des phrases courtes mais chargées de sens, d' "atmosphère"...

Peu de personnages, une histoire simple, tragique.

C'est que la vie, celle que vivaient les gens en 1844 sur le Granvaux en Franche Comté, et, d'une autre façon celle que bien des gens vivent aujourd'hui en ville comme à la campagne en France et ailleurs (et surtout dans les pays pauvres)... C'est que la vie "ne fait pas dans la dentelle"...

Nous ne sommes point là, avec ce roman "Meurtre sur le Grandvaux", de Bernard Clavel ; dans le genre "gentil et émouvant roman de terroir" où "tout finit assez bien" voire comme dans un conte de fées...

Des mots simples et forts, des images précises qui impactent, une histoire qui claque comme un coup de fouet... Des femmes et des hommes dans la réalité de leur quotidien, dans ce qu'il a d'authentique, d'émouvant en eux ; des vies en somme, quasiment toutes dans les romans de Bernard Clavel, chaotiques, difficiles... Et à chaque fois, un drame poignant... Une histoire qui finit mal...

Les paysages, la géographie, en général du Jura, jouent un rôle déterminant dans les romans de Bernard Clavel, notamment lorsque les gens vivent isolés dans la montagne, murés dans leurs secrets, dignes, humbles et sauvages...

Les personnages principaux des romans de Bernard Clavel incarnent tous chacun à leur façon, ce qu'il y a de meilleur et de pire en l'être humain... Mais ce qui est -à mon sens- "curieux" et qui en définitive finit par dominer, c'est que c'est le meilleur que l'on retient... Ce meilleur qui lui, en général, ne gagne jamais la bataille, meurt au combat en face de l'injustice, de l'arrogance des riches et des puissants, de la violence, de la cruauté, de la brutalité, de l'hypocrisie, de l'égoïsme, omni présents partout d'un bout à l'autre de la société... Ce que n'a jamais cessé de dénoncer dans son oeuvre, Bernard Clavel...

 

... Mon texte sur l'oeuvre de Bernard Clavel :

http://yugcib.forumactif.org/t43-a-propos-de-l-oeuvre-de-bernard-clavel

 

Le mal d'Algérie, de Jacques Duquesne

Mal d algerie

... C'est l'histoire d'un jeune professeur qui veut savoir comment son père, cultivateur, a combattu en Algérie.

Et qui va de découverte en découverte.

C'est aussi l'histoire d'un poste de soldats français presque isolé dans une zone montagneuse.

Et c'est encore l'occasion d'une réflexion sur la violence et le mal.

Mais c'est d'abord un roman. ( Quatrième de couverture, résumé ).

 

... Sur la guerre d'Algérie, nombreux sont les livres et les films qui ont été produits.

L'Histoire et la mémoire nationale (ouvrages, documents, témoignages, récits) se sont emparés -selon diverses versions- de la guerre d'Algérie (1954 – 1962) et de la guerre d'Indochine (1947 – 1954)...

... Mais la triste et dramatique aventure du soulèvement malgache en 1947, a été rayée de la mémoire nationale...

Seuls, quelques historiens, dont entre autres Michel Mourre qui n'appartenait pas à l'Université, parlent aussi, de tortures, de répression féroce, de massacres de populations, en 1947 à Madagascar, tout comme en Indochine de 1947 à 1954 et en Algérie de 1954 à 1962.

Dans une petite encyclopédie publiée en 1993 chez Larousse, "Mémo", l'on n'y trouve pas une seule ligne sur le soulèvement de 1947 et sa répression, à Madagascar.

La Grande encyclopédie Larousse évoque tout de même une rébellion sanglante lors de laquelle furent tués des fonctionnaires, des soldats dans des garnisons isolées, de quelque 11 000 morts...

Michel Mourre lui, un historien autodidacte qui a réussi à force de travail, à produire son Dictionnaire encyclopédique d'histoire, parle d'une vague de violence en de nombreux endroits de l' île (Madagascar qui, soit dit en passant, par sa dimension, est en fait un "petit continent")...

La 4 ème République de 1947 à 1958, a procédé, avec un corps expéditionnaire en 1947 fort de 18 000 hommes, à une répression, un véritable massacre de populations, ayant fait 89000 victimes selon les estimations militaires (dont la mort de 550 européens et de 1900 Malgaches imputable cette mort d'européens et de Malgaches, aux insurgés).

Il existe, pour confirmer ce qu'évoque Michel Mourre, une chronologie de plus de 2000 pages "Journal de la France et des Français" (Gallimard collection Quarto, 2001), qui fait état de cette répression sanglante à Madagascar en 1947 (Michel Mourre parle de 80 000 morts)... Mais personne n'en parle, et nombreux sont les Français d'aujourd'hui qui connaissent ce que furent la guerre d'Indochine, la guerre d'Algérie ; les tortures, les camps de la mort, la cruauté des Nazis durant la seconde guerre mondiale... Et ignorent ce qui s'est passé en 1947 à Madagascar...

 

... "S'il faut payer le bien par l'existence du mal, c'est un peu cher!" (page 167)...

Et, à la même page : "à propos de la liberté laissée à l'homme par Dieu. La réponse est simple : s'il n'y a pas de liberté, il n'y a pas d'amour. Sinon, on vivrait dans un monde de robots"...

Si la question du Bien et du Mal se pose depuis toujours, et si le Bien est payé par le Mal...Que dire d'un monde de robots ?

 

... En 2019, en dépit de tout ce que l'on voit, de violences, de haines, de crispations, de difficultés de vivre au quotidien notamment si l'on est pauvre... L'on vit tout de même (un plus grand nombre d'humains) mieux qu'en 1430 ou qu'en 1850... Et nous devons ce mieux, à des hommes et à des femmes qui ont fait le bien (par exemple le côté positif – ce qui a amélioré le quotidien de vie des gens- des découvertes scientifiques, des technologies ; les progrès de la médecine)...

Le bien, aussi, par la pensée agissante, par la Culture, par l'Art, la poésie, la philosophie, l'évolution des esprits...

L'Histoire en somme, peut être imagée par une succession de strates de paysages s'étendant en paliers plus ou moins longs chacun, et de palier en palier le ciel devient de plus en plus proche, même si des fossés, des fractures, des enfoncements, des gouffres surgissent de ci de là sur le même palier, laissant croire que la pente est plutôt descendante qu'ascendante...

Mais les paliers cependant, ne sont jamais séparés par une ligne de crête ou par un rebord ou encore un rehaussement, net et rectiligne...

L'Histoire, qui parviendrait à "dessiner" ou à représenter cette ligne de changement de niveau entre un palier et un autre, ne s'est pas encore faite, elle n'a raconté -au plus vrai quand elle était indépendante des visions des uns ou des autres- que ce qu'elle a vu sur les paliers qui se sont succédé...

 

 

La petite fille et la cigarette, de Benoît Duteurtre

Petite fille cigarette duteurtre

... L'auteur, Benoît Duteurtre, porte, avec ce livre, un regard sarcastique sur un monde, celui du 21 ème siècle, où de nouvelles inquisitions apparaissent et rendent la vie, la relation humaine difficiles et dont les protagonistes de ces nouvelles formes d'inquisition sont le plus souvent l'homme de la rue, tout un chacun, nos voisins, nos connaissances ; sous une pression médiatique s'exerçant par le biais d'associations et de mouvements engagés dans un "combat", au nom d'une "morale", d'un soit-disant "bien public", tout cela avec statistiques enquêtes et études établies afin d'appuyer le "bien fondé" de leurs actions percutantes souvent relayées par une partie plus ou moins importante de l'opinion publique...

Ces inquisitions nouvelles sont une menace ou constituent un frein à un certain nombre de libertés individuelles, et celui ou celle d'entre nous qui contrevient à tel ou tel "ordre moral", à telle interdiction de ceci ou de cela, est stigmatisé, devient un "paria"...

Ainsi l'être humain, pris dans un environnement sociétal (famille, travail) qui ressemble à ce décrivaient dans leurs oeuvres, Swift et Kafka, est une créature menacée, de plus en plus isolée lorsqu'elle est traquée à tout instant de sa vie par les nouveaux inquisiteurs... Et elle a, de fait, peu de chances d'échapper au "coup de filet" qui la happe...

L'auteur, dans ce livre, prend la défense de cette créature menacée qu'est l'homme d'aujourd'hui...

 

Page 69 :

 

"Vous me faites penser aux anciens communistes. On dirait que le nombre de cigarettes que vous avez fumées jadis vous rend spécialement intolérants!"

 

Page 88 :

 

"Cent fois, dans la presse, j'avais observé la facilité qu'ont les enfants d'accuser les adultes des pires forfaits, sans aucune possibilité de démenti."

 

... Dans la rue, dans l'espace public qu'est par exemple la galerie marchande d'un hyper marché, il devient de plus en plus "problématique" et à vrai dire de plus en plus malvenu ou inconvenant, de sourire à un enfant, ou même de seulement porter un regard sur lui, comme on le ferait (mais en vérité on ne le fait pour ainsi dire jamais) en souriant à une personne ou en la regardant...

... Et pour "fumer une clope" c'est tout juste si, même dans la rue, on n'attend pas de se trouver dans un coin reculé, isolé...

 

Page 132 :

 

"Pour une personne dans ma situation, s'appuyer sur une personnalité forte, incontestée dans la communauté, constitue une garantie d'intégrité physique et mentale. On retrouve la même loi dans la plupart des carrières politiques ou administratives qui exigent de rencontrer le bon protecteur au bon moment... "

 

 

Histoire d'un paysan, de Erckmann Chatrian, la révolution française

Histoire d un paysan

De tous les livres que j'ai pu lire, de grands auteurs ou même d'Historiens « sérieux et fiables  sur le plan de la « vérité historique », qui traitent de la période de la Révolution Française depuis avant 1789 (la fin de l'Ancien Régime) jusqu'au Consulat en 1799… Il en est un de ces livres, que je viens de lire, et qui me semble être l'un des meilleurs, l'un des plus vrais qui aient jamais été écrits sur cette période de l'Histoire ; c'est « Histoire d'un paysan », d'Erckmann Chatrian, en deux volumes de chacun 500 pages…

Dans le premier tome, 250 pages (la moitié du livre) décrivent dans le détail jour après jour entre le 3 mai et le 20 juin 1789, tous les travaux, discussions et événements, des Etats Généraux, sous la forme de lettres envoyées par un député du Tiers Etat, Chauvel, d'une ville de Lorraine, à un jeune paysan à Phalsbourg…

Le récit de ces Etats Généraux est précédé de ce qui est dit des dernières années de l'Ancien Régime, par ce jeune paysan de Lorraine (ce qu'il faut savoir au sujet de la vie quotidienne dans toute sa réalité, dans les villes, dans les campagnes, dans la société telle qu'elle était alors, sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI)…

Dans le deuxième tome, la première moitié du livre parle de l'an I de la République (automne 1793- été 1794), et la deuxième moitié (de 1795 à 1799) du « citoyen Bonaparte »…

C'est « un autre regard » qui nous vient alors, à la lecture de ce récit, sur la Terreur (celle de la Convention et du comité de Salut Public et aussi celle que l'on a appelé « terreur blanche » et dans laquelle il y a eu autant de morts et d'atrocités commises que sous la terreur avec Robespierre, Couthon et Saint Just), la guerre de Vendée, le Directoire, et « l'épopée Bonaparte » (qui préfigure l'épopée Napoléonienne)… Un regard qui « balaye » -dans un sens comme dans l'autre d'ailleurs- la plupart des idées reçues et des préjugés… Surtout lorsqu'on lit, dans la dernière partie du deuxième tome, tout ce que dit Chauvel, l'un des personnages centraux du livre, un esprit éclairé, un « sage » mais en même temps un vrai révolutionnaire, et l'analyse qu'il fait des événements de cette période de 1795 à 1799…

Certes, il faut le reconnaître, certaines pages sont un peu difficiles voire « indigestes » à lire, dans lesquelles sont décrites des récits de campagnes militaires, avec de nombreux détails de lieux, de villes, de noms de généraux, soldats, lieutenants, capitaines etc. (impossible à retenir tout cela tellement il y en a) … Il faudrait certainement avoir à côté de soi en lisant tout cela, des cartes de pays afin de pouvoir situer tous ces lieux…

Bon c'est vrai, ce Chauvel, personnage central avec Michel Bastien le jeune paysan, je me suis senti « proche de lui » (de sa vision, de son regard, de son analyse, que ce soit pendant les travaux des Etats Généraux, lors de la prise de la Bastille, puis de la prise des Tuileries, les débuts de la République, la Convention, la Terreur, le Directoire, et l'arrivée du « citoyen Bonaparte »)…

« Une vision éclairée » de la Révolution Française dans son évolution entre 1789 et 1799, par cet ouvrage d'Erckmann Chatrian, à travers l'histoire de ce paysan Michel Bastien, de Phalsbourg en Lorraine… Et un regard que je partage, tel celui de Chauvel, sur ce que fut « l'épopée Bonaparte », le personnage de Bonaparte dont on dit qu'il a « sauvé la Révolution » … Mais… En mettant en place, en fait, un « nouveau régime » avec des barons, des comtes, des ducs, une nouvelle aristocratie qu'il a créée et instituée avec toutes sortes de distinctions et de privilèges, comme du temps de l'Ancien Régime avec l'aval de la grande bourgeoisie et de tout un peuple fasciné par ses victoires militaires -jusqu'en 1812…

 

 

Boulots de merde, de Julien Brygo et Olivier Cyran

Cvt boulots de merde 1430

... Du cireur au trader, enquête sur l'utilité et la nuisance sociales des métiers...

 

... Je vous mets au défi de trouver ce livre en Maison de la Presse ou dans un rayon de Grande Surface genre Leclerc Culturel...

A la limite peut-être le trouve-t-on dans quelques librairies "spécialisées"... Ce qu'il y a de sûr, c'est -qu'à ma connaissance- ce livre ne fait pas l'objet de la part des Médias, d'une "grande campagne publicitaire" (et pour cause ! -vous voyez la cause)...

Je l'ai trouvé, ce livre, au salon du livre du festival international de géographie, à Saint Dié des Vosges... Son prix est de 10,50 euro, 240 pages... Pas de quoi grever un budget même modeste !

C'est pourtant un livre qu'il faut lire ! (Enfin, que beaucoup d'entre nous, de la France dite "d'en bas" devraient lire -je déteste ce vocable de "France d'en bas" qui date du temps où "papa Raffarin" était premier ministre sous Jacques Chirac en 2002 )...

L'on y apprend ce que les Médias, le Gouvernement, nos députés d'En Marche et bien d'autres des "sphères politiques" ne disent pas au sujet de ce qu'est vraiment un "emploi à temps partiel" (soit disant 20 h par semaine minimum) et un "emploi à temps complet"...

Ce qu' "ils" appellent "temps complet", les recruteurs pour ces "jobs" de manutention, de services, de vendeurs, de télé-opérateurs, de "techniciens de surface" ou même de "jobs" nécessitant quelque qualification, n'est autre que du "temps plein à 70%"... On joue sur les mots... Avec des salaires de 843 euro par mois...

Des millions de gens en France, où le SMIG net est de 1188 euro/mois en 2018 pour 35 heures par semaine temps complet (durée légale), à commencer par les plus "fragiles" (ceux qui ne savent pas se défendre, ne connaissent pas leurs droits et sont dans des situations personnelles de souffrance et donc particulièrement exposés à la violence et aux abus exercés par les employeurs), du fait qu'ils ne travaillent pas 35 heures mais souvent 30 ou moins (à "temps plein à tant pour cent")... Vivent donc avec moins de 900 euro/mois (alors que selon l'INSEE, le seuil monétaire de pauvreté en France en 2018 est de 1026 euro/mois)... Ce qui fait 8,8 millions de pauvres en France ! (avec une partie importante des retraités, des chômeurs, des allocataires de revenus d'assistance)...

... Soit dit en passant, la proportion des pauvres (en dessous du seuil de pauvreté) par rapport à l'ensemble de la population, est encore plus forte en Allemagne et en Angleterre (sans compter les pays du centre et de l'est européen où les salaires sont nettement inférieurs à ceux de France)...

... En bleu et blanc ou en noir et blanc les cheveux courts une cravate et ou le logo de la boîte sur la casquette, un contrat de travail envoyé sur smartphone, des gants un balai des tenailles des ciseaux un téléphone un ordinateur une perçeuse un mètre une truelle un chariot une brouette une élagueuse une pelle de quoi gratter poncer cirer... Et... "ça te donne une dignité/ça te remet dans le bain de la réinsertion sociale/ça t'obliges à te bouger le cul" ... Dixit les donneurs de leçons de morale des ceu's zé celles d'un ainsi va le monde on peut pas faire autrement merci patron encore heureux d'avoir un boulot ! ... Merde !

 

Le premier homme, d'Albert Camus

Le premier homme

 

" Mais il s'était évadé, il respirait, sur le grand dos de la mer, il respirait par vagues, sous le grand balancier du soleil, il pouvait enfin dormir et revenir à l'enfance dont il n'avait jamais guéri, à ce secret de lumière, de pauvreté chaleureuse qui l'avait aidé à vivre et à tout vaincre."

 

[ Albert Camus, dans "Le premier homme", page 53 collection Folio ]

 

... Il y a chez les pauvres qui ne trépignent pas et n'enragent pas, dans le regard qu'ils portent autour d'eux et dans tout ce qui émane d'eux au quotidien, une dignité et une sobriété dans l'expression qui sont bien là une vraie résistance à la violence, au mépris et à l'indifférence des possédants ... C'est sans doute cela, le "secret de lumière"... Et, la pauvreté qui ne trépigne pas et n'enrage pas est chaleureuse parce qu'elle rapproche des êtres qui souffrent, dans le peu qu'il y a à partager... Ce que ne fait jamais la pauvreté qui trépigne et enrage...

Il y a aussi chez les pauvres qui ne trépignent pas et n'enragent pas, ce qui reste de leur enfance : cette sorte de connaissance des êtres et des choses qu'ils avaient, autant intuitive que dans un imaginaire à eux, et qu'ils ont gardée...

 

... Ces pauvres qui trépignent et enragent, s'ils devenaient riches ils seraient sans doute plus vaches que les riches qui nous volent, nous bousculent et nous oppressent... Déjà, dès que ces pauvres là, qui trépignent et enragent, et auxquels tu donnais deux sous ou sortais de l'ornière, le jour où tu n'as plus deux sous à leur donner et que tu ne peux sortir de l'ornière où tu es toi-même... Ils te piétinent, quand ils ne t'enfoncent pas la tête dans l'ornière où tu te débats...

 

... Et à la page 163, dans "Le premier homme" d'Albert Camus, ce passage :

 

"Seule l'école donnait à Jacques et à Pierre ces joies. Et sans doute ce qu'ils aimaient si passionnément en elle, c'est ce qu'ils ne trouvaient pas chez eux, où la pauvreté et l'ignorance rendaient la vie plus dure, plus morne, comme refermée sur elle-même ; la misère est une forteresse sans pont-levis."

 

... C'est ce livre "Le premier homme" le dernier ouvrage d'Albert Camus, écrit avant sa mort le 4 janvier 1960, dont le texte était encore en feuillets dans la sacoche qui se trouvait dans la voiture accidentée, à côté de lui... Il avait cessé de vivre, il avait 47 ans...

 

En 1960 en France tout comme à Belcourt un quartier d'Alger en 1922, à l'école, du moins à l'école primaire, l'on franchissait une sorte de "pont-levis" qui menait à l'intérieur d'une "forteresse" du savoir élémentaire où la pauvreté avait droit de cité, alors qu'au dehors dans la ville et dans le monde, la pauvreté n'avait que le droit de "fermer sa gueule", de "courber l'échine" et de demeurer plus encore que dans l'ignorance, dans un obscurantisme organisé par ceux qui détenaient le pouvoir et l'argent...

 

En 2018 le "pont levis" est une étroite passerelle branlante... Quand il n'existe parfois plus du tout... Et dans la forteresse du savoir élémentaire, la pauvreté y a un droit de cité plus affiché que réel ; l'ignorance au dehors s'est coiffée de toutes sortes de casquettes aux marques imprimées au dessus de leur visière ; l'obscurantisme organisé par ceux qui détiennent le pouvoir et l'argent s'est revêtu de culture consommable pour tous et de jeux, et d'internet où l'on peut tout être et tout faire au vu et au su de tout le monde comme sur un mur infini où chacun tague sa vie et ses coliques...

 

... En 4ème de couverture à la fin :

 

"Après avoir lu ces pages, on voit apparaître les racines de ce qui fera la personnalité de Camus, sa sensibilité, la genèse de sa pensée, les raisons de son engagement. Pourquoi, toute sa vie, il aura voulu parler au nom de ceux à qui la parole est refusée."

 

 

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