Livres et littérature

  • Les mémoires de la comtesse de Boigne

    Née D'Osmond, récit d'une tante. Tome I, du règne de Louis XVI à 1820, édition présentée et annotée par Jean Claude Berchet, collection Mercure de France.

     

    Voici ma fiche de lecture de ce livre dont j'ai arrêté la lecture au bout d'une cinquantaine de pages :

     

    En livre de poche, cet ouvrage comporte 730 pages... Couvrant près de 70 ans, les mémoires de la comtesse de Boigne, depuis les dernières années de l'ancien régime jusqu'à la révolution de 1848, nous avons là un premier tome de 730 pages : du règne de Louis XVI à 1820...

    Il y a donc un deuxième tome pour la période 1820 à 1848, qui sans doute comporte autant de pages...

    Déjà, il faut parvenir à aller jusqu'au bout d'une longue introduction d'une vingtaine de pages...

    En règle générale, je ne suis que fort peu « partant » pour lire de ces préambules, préfaces, introductions, que je passe, afin d'entrer tout de suite dans le vif du récit, du roman ; et cela ne peut être qu' après avoir achevé la lecture du livre, que je me décide à prendre connaissance de l'introduction...

    Au début de la première partie, chapitre I, Versailles, nous devons « ingurgiter » tous les tenants et aboutissants d'une généalogie très compliquée, autant du côté maternel que paternel avec les grands et célèbres aïeux, leur place et le rôle qu'ils ont joué dans la société aristocratique et bourgeoise de l'époque... Tous ces personnages au noms composés à particules, difficiles à retenir -autant dire que ça te passe au travers de la tête d'une oreille à l'autre...

    Il va sans dire que pour un lecteur (en l'occurrence le lecteur que je suis), immergé dans son temps dont il est le témoin, pris par la vie qui est la sienne au quotidien, avec ses activités, ce qui le sensibilise, ce qui le motive... Les tenants et aboutissants d'une généalogie très compliquée de personnages dont les noms de surcroît ne sont en aucune façon mémorisables ne sont que de peu d'intérêt voire d'aucun intérêt...

    Je ne retiens de ce livre, de ces quelque 50 pages que j'ai lues, ainsi que d'autres pages entrevues (« survolées » on va dire)... Que la qualité de l'écriture, bien dans le « beau style » de ces auteurs notamment féminins de ce XVIII ème siècle des Lumières...

    En règle générale dans mes lectures, je privilégie des textes, des récits, où n'interviennent et ne sont mis en scène qu'un nombre restreint de personnages, et cela en l'absence de toute intrigue compliquée du genre « thriller » policier, psychologique, aventurier, etc. (En revanche je recherche là où il y a du sens, de la réflexion, du réalisme « pur et dur » -mais néanmoins empreint de ce qui participe à la beauté du monde et impacte-, tout cela au delà de la seule dimension émotionnelle)...

     

    À priori, du fait que je m'intéresse à l'Histoire, au récit historique, et cela de toutes les époques ; j'ai pensé en ayant vu ce livre en ma possession et se trouvant parmi d'autres livres sur une étagère, ce livre que j'avais dû sans doute trouver dans un vide grenier, et dont je n'avais point encore commencé la lecture, j'ai donc pensé qu'il pouvait m'intéresser et j'ai pris connaissance du résumé en 4 ème de couverture, puis je me suis lancé...

    Entre autres récits ou romans historiques relatifs à la période révolutionnaire 1789-1799, j'avais notamment lu, de Christian Gilles « Madame Tallien » et de Anne Couvreuse « Les mémoires de madame Roland », et Condorcet en livre de poche...

    Mais pour ces mémoires de la comtesse de Boigne j'ai déclaré forfait au bout de 50 pages... Je n'arrivais pas à « entrer vraiment dans le texte »...

     

     

  • Le Fléau, de Stephen King

    Le fleau

    Dans « Le Fléau », de Stephen King, entre 97 et 98% de la population aux USA et partout dans le monde, meurent de cette sorte de grippe très virulente qui ravage la planète et ne laisse donc survivre que 2 à 3% de gens de toutes générations...

    Il est évident qu'avec un nombre aussi réduit de survivants, à peine 20 à 30 personnes sur mille en des lieux où vivaient des centaines de milliers de personnes, dans des très grandes villes, plus rien ne peut fonctionner du fait que la plupart des activités humaines (industrie, commerce, emplois qualifiés, informatique, numérique, robotique, médecine, chirurgie, écoles, artisanat, métiers de maintenance entretien, tout ce qui nécessite du savoir faire) dépendent précisément et globalement de spécialistes, de chercheurs, d'ingénieurs, qui devenus très rares, font cruellement défaut... De telle sorte que les survivants eux-mêmes n'ont que très peu de chances de se maintenir longtemps en vie...

    C'est alors, dans le roman de Stephen King, qu'entrent en scène des sorciers, des illuminés, des imposteurs de tous bords, des empiriques, de redoutables prédateurs humains, toutes sortes de gens mal intentionnés dont les pouvoirs sont exorbitants...

    L'on pourrait imaginer une évolution de ce « virus chinois » (actualité février 2020) qui peu à peu, muterait et deviendrait aussi ravageur que celui du Fléau de Stephen King...

    En attendant, avec à peine 2% de mortalité à l'heure actuelle, toutes les places boursières affichent de fortes baisses...

    Que la Bourse capote et que la Bouse soit ! (rire)... (La bouse empuantissant les Marchés dévergondés et mettant des nuées de mouches en dividendes)...

     

  • La vie est ailleurs, de Milan Kundera

    La vie est ailleurs

    Jaromenil, un petit garçon ( futur poète et déjà poète), voit sa maman qui affiche ses premiers écrits sur de grandes feuilles de dessin et les accroche aux murs de sa chambre comme si c'étaient des tableaux...

    Tout étonné, et ravi, Jaroménil prend alors conscience de l'importance que l'on donne à ses mots... Il en est très ému, et, au delà, bien au delà de la fierté qu'il en a, il réfléchit et se dit que les mots qu'il prononce puis écrit, sont des mots qui ne vont pas disparaître, des mots que l'on retiendra...

    Beaucoup d'enfants de par le monde n'ont pas ainsi, une maman, quelqu'un de leur famille ou une autre personne dans leur entourage, qui présente, met en valeur, avec autant de sincérité et d'émotion leurs écrits, leurs dessins et tout ce qu'ils réalisent...

    Mais prendre des enfants pour de petits dieux, céder à leurs caprices, surdimensionner avec ostentation ce qui les porte à dominer, à devenir des petits héros, et cela sans jamais s'intéresser à ce qui les singularise et qui n'entre pas dans les normes, c'est aussi ce que l'on voit... Et ces enfants là, dans une société consumériste, technologiquement et économiquement développée, seront les adolescents, puis les adultes de demain, bien accordés à un système en place dans une bonne ou mauvaise conscience mais plutôt à vrai dire dans une conscience et dans une réflexion sans consistance...

    Jaroménil enfant et déjà jeune poète, ne se voit pas en un Rimbaud ou en un Mallarmé, il ne se se voit qu'en lui-même selon ce qu'il observe, selon ce dont il s'interroge, selon ce qu'il exprime, traduit, interprète avec ses mots à lui... Et ainsi en est-il de même de chacun d'entre nous, qui dès l'enfance, peut être comme on dit « un poète, un écrivain, un artiste en herbe »... Il n'y aura par la suite, que le travail, que la recherche, en lien avec le talent, le talent qui sans le travail, n'est plus que de la terre d'un jardin en friche...

    Si la maman de Jaroménil n'avait point accroché tels des tableaux sur les murs de sa chambre, ses premiers écrits, si elle avait mis à la place des dessins de grands humoristes caricaturistes que son petit garçon aurait un temps admirés... Peut-être que Jaroménil devenu adolescent puis adulte, aurait fini par ne plus considérer sa vocation de poète, aussi essentielle dans sa vie... Peut-être même aurait-il abdiqué...

    Il y aura cependant -comme il y a d'ailleurs quasiment toujours pour le poète, pour l'écrivain, pour l'artiste devenu ( Le Jaroménil du roman de Kundera ou le Jaroménil de la vie réelle en 1920 ou en 2020) n'échappant point à la « règle »)... Cette  bonne ou mauvaise conscience empruntée à l'époque, et plus ou moins accordée au système en vigueur, qui viendra se « greffer » en surface, sans que soit effacé le fond premier du tableau...

    Je ne pense pas qu'un Jaroménil d'aujourd'hui âgé de quatre ans, devienne un jour un incendiaire de voiture, de cave d'immeuble ou de forêt proche d'un village, s'il a une maman ou quelqu'un dans son entourage qui lui accroche ses mots comme des tableaux sur les murs de sa chambre...

     

  • Ma "fiche de lecture" du livre de Jean Pierre Poccioni "LUNGOMARE BELLINI" (éditions Weyrich)

    Lb

    https://www.mollat.com/livres/2376199/jean-pierre-poccioni-lungomare-bellini , pour se procurer le livre...

     

    Soit dit en passant : la librairie Mollat à Bordeaux, est la plus grande librairie de la région Nouvelle Aquitaine (il faut y avoir été pour s'en rendre compte)... C'est aussi une librairie dans le sens de ce qu'est vraiment une librairie dans le monde actuel des espaces culturels, et cela est d'autant plus « heureusement étonnant » pour une librairie de cette taille et de cette envergure !

     

     

    En lisant le livre de Jean Pierre Poccioni LUNGOMARE BELLINI, j'ai eu l'impression de plus en plus nette page après page, d'être comme en une promenade le long d'une plage immense sans vacanciers avec juste l'air du large et un grand soleil supportable aux yeux, ou dans une forêt bruissante de la vie qui la peuple, ou sur un haut plateau sans sentiers ou chemins balisés de grande randonnée d'une région de montagne ; en fait, dans un espace naturel qui aurait retrouvé sa pureté originelle...

    L'espace naturel est celui, en l'occurrence, du livre... De ce qui fait ce livre : l'écriture, le style de l'auteur ; avec, ce qui est peu commun dans la littérature d'aujourd'hui, l'auteur qui met en scène le personnage de Pierre racontant à sa nouvelle compagne, un livre « Lungomare Bellini, écrit par un « Bertrand Descombières », un livre dont se sert Pierre pour faire comprendre à sa compagne, la trahison dont il a été victime dans sa relation avec une autre femme précédemment...

    Mais bien au delà de l'histoire elle même, au delà du thème du roman (les péripéties d'une trahison dont soit dit en passant, beaucoup d'entre nous en font l'expérience douloureuse), c'est bien cet « espace naturel », celui de ce livre dans sa pureté et dans sa facture, celui de la littérature ; l'environnement de la « promenade »...

    Et durant toute la promenade, pas un seul instant je n'ai eu ces pensées, ni même ces rêves... Et encore moins ces longues et profondes réflexions qui d'ordinaire me viennent à propos de ce qui se passe dans le monde, dans l'actualité du moment, de l'époque présente...

    C'était, page après page, aussi, comme si je m'étais trouvé devant le tableau d'un artiste que j'aurais choisi d'acheter, dont chaque détail de ce tableau aurait retenu mon regard et l'aurait prolongé, revenant sur ce détail là en particulier, et sur un autre encore...

    L'artiste qui avait peint ce tableau ne me semblait appartenir à aucune de ces écoles dont on parle dans les académies, les salons, les expositions... Je n'y voulais voir, d'ailleurs, aucune école...

    Cependant, oui, mais seulement quand je n'avais plus le livre sous les yeux, parce que l'on lit une demi heure, une heure, de ci de là dans la journée... Il m'est venu cette pensée, après avoir plusieurs fois lu page 11 «  Le fait est que comprendre les autres n'est pas la règle dans la vie..../...  » de Philip Roth dans Pastorale américaine :

     

     Tant que notre culture, notre sensibilité, et par là même notre faculté à penser, à réfléchir, à juger, à témoigner de ce que l'on observe... Se fondent sur les valeurs qui nous ont été inculquées, d'une part ; et les valeurs qui nous sont personnelles et que l'on s'est forgées au fil de nos expériences et de ce que nous avons vécu, d'autre part... Et qu'avec et par tout cela l'on croit comprendre les autres, comprendre ce que les autres font ou ne font pas, comprendre le monde, comprendre l'époque en laquelle on vit, comprendre le pourquoi et le comment, comprendre l'œuvre d'un écrivain ou d'un artiste... Nous demeurons dans une dépendance qui fait de l'être vivant que nous sommes en tant qu'être humain, et précisément parce que nous sommes humains, un être vivant conscient -et imbu- de son existence, tellement conscient qu'il en perd de vue la nature même, la nudité, la pureté, le caractère intemporel de ce qui au fond, fait un être vivant à l'état brut, avant tout ce dont se fait lui-même cet être vivant, avant tout ce que les autres êtres vivants font de lui...

    La dépendance est d'autant plus déformante qu'elle se fixe sur des normes de pensée, de mode, de jugements, de préjugés, en flux et reflux de vagues déferlant sur le sable d'une plage souillée de tous les petits détritus que l'on abandonne sans se poser de questions...

    Dans la relation humaine de l'époque présente, peut-être plus encore que dans un passé relativement proche, celui d'avant Internet et des réseaux sociaux, de ce temps que l'on dit être celui des « trente glorieuses »... « L'air du temps » n'est pas, loin s'en faut, à la compréhension des autres, de ces autres même, qui sont des proches, des personnes de notre famille, des connaissances et amis... Et à plus forte raison, des gens que l'on connaît peu ou voit peu...

    L'on passe sa vie à se fourvoyer, bardés de ces certitudes que l'on s'est faites et auxquelles on croit jusqu'à les imposer aux autres, impactant ainsi les opinions, dans un sens ou dans un autre, souvent dans le sens d'une déconsidération, d'un mépris de l'autre... Ou dans le sens d'un « mieux » qui n'a de « mieux » que l'engouement, que l'attirance nous venant, ou qu'une propension à surestimer...

    « L'air du temps » n'est pas non plus, à refuser ou même à seulement douter d'avoir tort ou raison... Il faut à tout prix avoir raison et autant que possible, pas trop souvent tort ; et si d'aventure l'on se risque au refus ou au doute, alors ne chercher à avoir ni tort ni raison devient suspect, hors du sens commun...

    C'est pourtant, ne point s'attacher à avoir raison ou tort, peut-être la meilleure manière d'être témoin de ce qui se voit, se perçoit, s'entend, de l'autre …

    Témoin en somme, « comme en promenade sur le boulevard animé des gens qui passent, des musiques, des bruits environnants, du théâtre de la vie et de la cité »... Et peu importe si l'on a les mains dans ses poches ou le long du corps, sa casquette de travers ou bien droite, le regard perçant ou perdu, enfin le « genre » que l'on se donne... Peu importent ces certitudes que l'on a pu se faire... Peu importe ce que l'on nous a dit ou pas dit, d'un tel, d'une telle...

    La promenade ... Rien que la promenade...

    Et le sourire -parfois le rire- de temps à autre... Mais peut-être pas le sourire ou le rire qui « veut dire quelque chose »...

    Et le regard...

    Et dans le regard, une pensée sans jugement, sans mots, en face de tout ce qui fait la nudité, la pureté, le caractère intemporel, la réalité crue et authentique des êtres et des choses vus... En somme, face à la beauté qu'il y a dans le monde, dans un visage, un paysage, une œuvre d'art ou d'écriture... Extraite de ce tableau toujours raté des barbouilleurs fussent-ils de génie...

     

    Quelques extraits :

     

    -Page 48 et 49 : « La caricature consiste à grossir un trait pour le rendre visible à tous mais il ne faut pas oublier qu'elle sacrifie toute nuance au point qu'au bout du compte on n'obtient rien d'autre qu'une marionnette universelle destinée à faire rire plus qu'à éclairer. »

     

    -Page 69 : « Le libraire était seul et ouvrait des colis qui encombraient l'entrée. Muni d'un énorme couteau de cuisine il dépeçait les cartons dans une sorte de précipitation rageuse, les agrafes arrachées faisaient un bruit sinistre. »

     

    -Page 107 : « Pierre reportait alors son attention sur la route, seul avec ses pensées même s'il surveillait par de brefs coups d'œil une mèche de ses cheveux qu'un flux d'air silencieux agitait doucement. » ( Pierre conduit la voiture sur l'autoroute et regarde sa compagne Caro endormie à côté).

     

     

    C'est ce que j'appelle -pour très simplement dire les choses  : « de l'écriture ! »... Il n'y a absolument aucune « critique » à formuler, notamment « pharisienne »...

    Soit dit en passant, le « pharisianisme » d'aujourd'hui sonne désespérément creux lorsque l'on tape du doigt sur la surface du tableau hérissée de concrétions corrosives...

     

    Aux passionnés de littérature et d'écriture -et de travail d'écriture- je conseille la lecture de ce livre de Jean Pierre Poccioni « Lungomare Bellini »... Et je rappelle que Jean Pierre Poccioni est l'auteur de cinq autres livres :

     

    -Le beau désordre, éditions Autrement, 2000

    -La maison du faune, Phébus, 2006

    -Un garçon en ville, éditions du Rocher, 2008

    -La femme du héros, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2015

    -L'histoire du marin blond, Z4 éditions, 2018

     

     

  • Mon chien stupide, de John Fante

    Mon chien stupide

    ... Le livre de John Fante est un roman dans la pure tradition autobiographique, style, écriture, de l'auteur, où sont abordés entre autres thèmes privilégiés de l'auteur ; les relations familiales et la place de l'artiste dans la société.

    Déjanté, débridé, irrévérencieux, brut d'émotion et d'humour, sur un fond d'amertume, de cette amertume dont John Fante dit qu'elle est la pire chose qui puisse arriver aux gens...

    ... Le film dont le titre est le même "Mon chien stupide", réalisé par Yvan Attal lui-même dans le rôle de Henri Mohen le personnage principal, avec Charlotte Gainsbourg dans le rôle de Cécile la femme d'Henri, et de Ben Attal le fils du réalisateur dans le rôle de Raphaël le fils d'Henri, est une adaptation proche du roman de John Fante, un écrivain américain du 20ème siècle fils d'immigrants italiens qui a grandi dans une famille croyante et conservatrice dans un environnement qui lui fut hostile et dans lequel il a été incompris...

    Pour reprendre une expression de Frantz Kafka, le film "Mon chien stupide" et surtout le livre de John Fante, est, par son style, par son écriture, et dans tout ce que le livre évoque, un "coup de hache sur la mer gelée"...

    Mon sentiment est que, dans l'époque où l'on vit en ces années d'autour de 2020, bien plus encore que la pesanteur des croyances et des habitudes avec tout ce que les croyances véhiculent de crispations et de violences ; bien plus que l'absence de repères dans les relations familiales et que la place incertaine et aléatoire de l'artiste dans la société ; bien plus aussi, que l'indifférence, que l'incompréhension, que le renoncement -ou que le radicalisme dans un engagement politique ou religieux... C'est le recul -ou le repli- de l'intelligence dans la relation humaine, sur fond de ce qui imite l'amour à s'y méprendre (ce que j'appelle "l'ennemour") ; c'est le recul de la réflexion, le remplacement de la bienveillance par la complaisance, la substitution de l'affirmation par l'outrance, la domination de l'apparence et de l'effet immédiat sur l'authenticité et la réalité vraie... De telle sorte que le "coup de hache sur la mer gelée" devient un "coup d'épée dans l'eau"... Et qu'en tant qu'artiste, écrivain, poète ; en tant qu'être de réflexion et de pensée, en tant qu'être "ordinaire" -mais purement humain... Ça devient, comme pour le petit renard des sables vivant et se déplaçant dans un désert de rocailles de ci de là habillé d'un peu de verdure... De plus en plus difficile, de plus en plus aléatoire... Avec le difficile qui pèse plus que l'aléatoire...

     

    http://yugcib.forumactif.org/t74-john-fante

     

     

     

  • L'Atlantide, de Pierre Benoît

    L atlantide

    ... Lors d'une mission d'exploration au Sahara dans le massif du Hoggar, deux officiers Français, André de Saint Avit et François Morhange, se retrouvent prisonniers d'Antinéa, descendante des Atlantes, la souveraine de ce petit paradis merveilleux situé dans ces montagnes du Hoggar, un territoire en fait, qui, dans le récit de Pierre Benoît, serait un "reste" de ce que fut l'Atlantide, ce continent mythique évoqué par Platon dans le Critias et le Timée, entre la fin du 5 ème et le début du 4 ème siècle AV-JC.

     

    ... L'intérêt véritable, dis-je, de ce livre, réside tout d'abord dans sa forme littéraire, dans la beauté de l'écriture...

    Ensuite sur ce qu'il y a de crédible, historiquement et scientifiquement parlant... À savoir que les Grecs du temps des Mycéniens et des Minoens (le monde Egéen de 1700 à 1200 AV-JC) et les Grecs du temps de Platon au 5 ème siècle AV-JC ; avaient mené des expéditions d'exploration jusqu'au fin fond du Sahara, dans le massif du Hoggar, et étaient même allés jusqu'au cœur de l'Afrique subsaharienne... Et de même ont fait les Égyptiens anciens de l'âge du Bronze, qui sont allés jusqu'en Ethiopie actuelle, jusqu'à l'extrémité de la mer rouge, et aussi vers l'Afrique subsaharienne (le Soudan actuel)... Et encore les Romains dès les 2ème et 3 ème siècles AV-JC, eux aussi jusqu'en Afrique subsaharienne...

    Les deux officiers Français en mission font la découverte d'une insciption en forme de croix, d'un dessin très régulier, avec des caractères entaillés dans la roche (du Grec traduit dans une langue locale d'un peuple qui vivait là, dans cette région du Sahara il y a plus de 2500 ans)...

    Mais là où s'arrête la science commence la légende et le mythe... Déjà, première constatation : autant du côté des Grecs anciens que des Égyptiens anciens, la présence dans cette région (le Hoggar), des uns et des autres, datent de l'âge du bronze c'est à dire, en gros, entre 3000 et 1200 AV-JC ; et ensuite de l'âge du fer après 800 AV-JC...

    L'Atlantide étant située dans le temps à plus de 9000 ans avant notre ère, il est absolument impossible qu'une civilisation méditerranéenne proche orientale comparable à celle qui a existé après 1700 AV-JC, ait pu s'épanouir à cette époque là vers 10/9000 AV-JC... Et donc, entrer en contact avec cette civilisation Atlantide... L'on sortait à peine du Néolithique au proche orient vers 9000 AV-JC...

    En supposant que cette civilisation Atlantide ait encore existé au delà de 9000 AV-JC, reste à savoir comment et quand elle aurait disparue, aurait été engloutie ou détruite ou étant tombée en décadence...

    Il me semble difficile d'imaginer une "jonction" entre "ce qui resterait encore d'une civilisation Atlantide" et la civilisation Egéenne par exemple vers 1500 AV-JC.

    Autant dans ce livre de Pierre Benoît j'ai été intéressé par le début, jusqu'au récit de la découverte des inscriptions, autant par la suite je n'ai plus du tout adhéré au récit faisant état d'un "paradis" au cœur du désert saharien, avec ce personnage d'Antinéa descendante de Neptune, un dieu des Atlantes, ni à cette description d'un paysage merveilleux avec sur les cimes des montagnes environnantes, de la neige! ... Même si parfois -cela peut arriver- à plus de 2000 mètres dans le Hoggar, en hiver, des passages de fronts et des dépressions peuvent provoquer des chutes de neige sur les sommets...

     

     

     

  • 1177 AV-JC, le jour où la civilisation s'est effondrée, de Eric H. Cline

    9782707185938

    ... Un texte d'une rigueur scientifique notable, qui repose en grande partie sur des découvertes de milliers de tablettes d'argile recouvertes d'écriture, dont l'une d'elles était une langue commune pratiquée dans le monde méditerranéen et moyen-oriental dans les échanges entre empires et états : l'Akkadien...

     

    Ce texte retrace une période qui se situe entre le 14 ème et le 12 ème siècle avant JC, en gros sur trois siècles, à la fin de l'âge du bronze... Mais comme on peut le lire au début du livre, est évoquée une période précédente, de 1700 à 1550 AV-JC...

     

    Lorsque commence le 12 ème siècle AV-JC, dans les années -1190/-1180, toutes les civilisations (en fait LA civilisation) de méditerranée grecque et orientale, se sont rapidement effondrées, le point culminant dans la conjonction de plusieurs causes (invasion de peuples, destructions de villes et de cités, changement climatique/sécheresse, guerres, conflits, révoltes, rupture des échanges commerciaux) ayant été l'année -1177... Causes auxquelles s'ajoute une importante activité sismique due à la faille en profondeur du bassin méditérranéen, entre les plaques africaine et eurasienne, une activité sismique qui, durant plusieurs dizaines d'années autour de -1200, a provoqué une série de séismes dévastateurs en Grèce, Anatolie, moyen orient)...

     

    Le monde "globalisé" (politique, économique, culturel, échanges internationaux, routes terrestres et maritimes) était ainsi constitué, à cette époque entre -1400 et -1200, comprenant :

     

    -À l'ouest, la Grèce continentale avec Mycènes, Tirynthe et Pylos ; une partie des îles de la mer Egée et la Crète, les minoens, avec Cnossos

     

    -L'empire Hittite avec sa capitale Hattusa au nord de l'Anatolie, qui s'étendait cet empire Hittite sur une grande partie de la Turquie actuelle

     

    -Le voisin, à l'est de l'empire Hittite, le royaume de Mitanni avec pour capitale Assur, une région comprise autour du cours nord du Tigre (nord de l'Irak actuel)

     

    -Au sud du royaume de Mitanni, la Babylonie des rois et des princes Kassites, située entre le Tigre et l'Euphrate dans la partie sud de ces deux fleuves, et jusqu'au Golfe persique

     

    -L'empire Égyptien, de basse et haute Égypte, tout le long du Nil, et s'étendant au nord au delà du Sinaï, dans ce qui est aujourd'hui Israel et le Liban, avec Memphis et Thèbes (Égypte) et Megiddo, Tyr, Biblos (côte méditerranéenne).

     

    Tous ces empires, royaumes, sociétés, à cette époque, étaient connectés, avaient une langue commune (l'Akkadien), échangeaient de nombreux biens tels que des céréales, des tissus, de l'or, du cuivre, de l'étain, et les artistes, les marchands, circulaient librement d'un bout à l'autre de ce monde "globalisé" où la diplomatie, les traités, les codes, les correspondances par messages sur des tablettes d'argile ou par des cadeaux offerts, les alliances entre états, était la règle commune plutôt que le rapport conflictuel (quoi qu'il y eût, il faut dire, quelques guerres notamment entre Égyptiens et Hittites, Hittites et Mitanniens)...

     

    En dehors ou en deçà de ce monde "globalisé", il y avait aussi d'autres peuples, mais qui étaient moins reliés entre eux et peu reliés au monde méditerranéen et moyen oriental : Ibères, Celtes (ouest Européen), Etrusques (nord de l'Italie) et plus loin en Asie orientale, les peuples de Chine et d'Inde ... Sans oublier les peuples d'Afrique, d'Amérique, d'Océanie Pacifique...

     

    ... L'âge du bronze couvre une période qui va de -3000 environ jusque vers -1200/-1100.

    En gros l'âge du bronze (alliage cuivre et étain) intéresse un territoire qui part du sud de la péninsule ibérique, traverse la partie Est de la France, puis l'Europe jusqu'à la mer Noire avec l'Italie et la Grèce, ensuite l'Anatolie jusqu'à la mer Caspienne et le moyen orient et l'Égypte.

     

    ... L'âge du fer se situe entre -800 et la fin du 1er siècle après JC, mais la technologie utilisée pour le fer (plus difficile que pour le bronze) était déjà connue entre -1500 et -1000, dans un espace qui va de l'Anatolie à l'Iran, et les Philistins, les Phéniciens et les Égyptiens connaissaient aussi le fer entre -1100 et -800...

    C'est autour de -800/-700, que l'usage du fer s'est répandu en Europe, à partir du sud de l'Allemagne et l'Autriche...

     

    ... La période obscure qui s'étend entre -1200 et -800/-700 après l'effondrement de la civilisation méditérranéenne et moyen orientale de la fin de l'âge du bronze, peut être comparable à la période qui, entre les 4ème et 7ème siècle après JC, a suivi la chute et le déclin de l'Empire Romain (Empire qui avait duré de -200 environ à 450 après JC, du moins pour sa partie occidentale)...

     

    Cependant, après l'effondrement des empires et royaumes Grec mycénien Hittite Mittanien Babylonien Égyptien ; du 12 ème au 9ème siècle avant JC, la civilisation n'a pas complètement disparue et des états, des royaumes se sont constitués, avec beaucoup moins de liens entre eux ; le monde méditérranéen et moyen oriental étant alors devenu une mosaïque de pays, où le commerce, l'artisanat, les échanges, se faisaient non plus à grande échelle mais par des entrepreneurs privés, indépendants et sur des distances moins longues, et sans règles communes...

     

    Il a fallu attendre l'arrivée du monde Grec que nous connaissons (l'antiquité grecque que l'on enseigne à l'école aujourd'hui, qui débute vers -700); puis l'Empire Perse, et ensuite l'Empire Romain à partir de la chute de Carthage, pour retrouver de grandes civilisations généralisées sur une vaste étendue territoriale...

     

    ... Il y a quelques correspondances dans le monde globalisé (en gros, la civilisation dite "occidentalisée") que nous connaissons aujourd'hui (depuis les années 1990) avec ses traités de libre échange, sa mondialisation de l'économie marchande, ses alliances entre grandes puissances telles que celles de l'OTAN, la dominance des lobbies de l'industrie, de l'agriculture et du commerce, les transports sur de grandes distances... Avec le monde de la fin de l'âge du bronze tel qu'il était alors entre -1400 et -1200... En ce sens que les "problématiques" sont à peu près les mêmes : celles d'un changement climatique (qui cette fois, est davantage lié à l'activité humaine sur la planète, donc plus que par cause de phénomèmes naturels plus ou moins "cycliques" ou liés à des conjonctures d'ordre naturel), de désordres, de conflits, de mouvements migratoires consécutifs à des guerres et à de la misère dans des pays appauvris, de rupture ou de modification de traités d'échange, d'insécurité politique, de constitution de blocs de grandes puissances qui s'opposent, déstabilisant ce monde globalisé qui commence à se fragmenter, pour ne pas dire à voler en éclats...

     

    Un autre point commun entre notre monde et celui de la fin de l'âge du bronze, et peut-être le plus déterminant aussi combiné qu'il soit avec une série de causes multiples telles que celles citées plus haut ; c'est le niveau de complexité atteint, dans l'un et l'autre monde, pourtant séparés par 3200 ans d'histoire...

     

    En effet le monde de la fin de l'âge du bronze, de ces sociétés, états, empires royaumes, dans la civilisation grecque égéenne hittite mitannienne babylonienne égyptienne, avait atteint vers -1200 un niveau de complexité tel, que le moindre "rouage" défectueux dans le "système", par effet de domino, pouvait faire s'écrouler le système...

    Nous sommes de nos jours, avec notre civilisation mondialisée et ses technologies, dans une complexité encore plus grande...

     

    Autrement dit, plus une civilisation, plus une société est complexe, et plus elle devient fragile et donc exposée lorsque l'un des "rouages" du système se "grippe" entraînant toute sortes de dysfonctionnements...

     

    ... La différence qu'il y a -la plus manifeste à mon avis- entre le monde globalisé du début du 21ème siècle après JC et le monde globalisé de la fin de l'âge du bronze (3200 ans d'écart)... C'est qu'aujourd'hui... Les tablettes d'argile sur lesquelles on écrivait tout (y compris ce qui se passait au niveau de la vie quotidienne des gens) ont été remplacées par des documents texte image numérique, tout cela stocké dans des "data center" ou sur des supports informatiques ou espaces de stockage internet, sur des blogs, des sites, sur Facebook, sur Twitter... Enfin sur des supports qui sont dématérialisés... Et dont les futurs archéologues du 4 ème millénaire (s'il y en a encore) ne retrouveront rien, rien de rien... Tout aura disparu depuis longtemps, et notre civilisation avec...

     

    Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas, au 4 ème millénaire, une autre civilisation dont on a pas idée, aujourd'hui, de ce qu'elle sera ni comment et quand elle aura commencé...

     

     

  • A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Marcel Proust

    Jeunes filles en fleur

    ... Première parution de cet ouvrage en 1918, édition et préface de Pierre-Louis Rey.

     

    Gallimard 11 mai 1988.

     

    Marcel Proust, lauréat du Prix Goncourt en 1919, avec "A l'ombre des jeunes filles en fleurs"...

     

    ... Ce qui m'a surpris et interpellé, à la lecture de cet ouvrage de Marcel Proust, c'est la complexité dans la structure et dans le déroulé, dans la longueur, dans le rythme des phrases, tout cela, associé en même temps à une grande fluidité du texte.

    Une telle complexité dans la structure de la phrase, et une telle fluidité, en même temps, dans un texte littéraire, dans le genre roman et récit en l'occurrence, et dans toute l'oeuvre de Marcel Proust avec "A la recherche du temps perdu", c'est inédit, unique, dans l'histoire de la littérature française ; ce qui fait de Marcel Proust un auteur, un écrivain, inimitable...

    Il faut assurément faire un effort de lecture, et avec une volonté déterminée et constante, sans faille, pour lire jusqu'à la dernière ligne, ce texte de 514 pages (en collection poche Folio) d'une écriture aussi dense...

     

    ... Je reproduis ici ce passage (page 280 et 281) :

     

    "... D'abord l'impossibilité de s'arrêter auprès d'une femme, le risque de ne pas la retrouver un autre jour lui donnent brusquement le même charme qu'à un pays la maladie ou la pauvreté qui nous empêchent de le visiter, ou qu'aux jours si ternes qui nous restaient à vivre le combat où nous succomberons sans doute. De sorte que s'il n'y avait pas l'habitude, la vie devrait paraître délicieuse à des êtres qui seraient à chaque heure menacés de mourir, -c'est à dire à tous les hommes. Puis si l'imagination est entraînée par le désir de ce que nous ne pouvons posséder, son essor n'est pas limité par une réalité complètement perçue dans ces rencontres où les charmes de la passante sont généralement en relation directe avec la rapidité du passage. Pour peu que la nuit tombe et que la voiture aille vite, à la campagne, dans une ville, il n'y a pas un torse féminin, mutilé comme un marbre antique par la vitesse qui nous entaîne et le crépuscule qui le noie, qui ne tire sur notre coeur, à chaque coin de route, du fond de chaque boutique, les flèches de la Beauté, de la Beauté dont on serait parfois tenté de se demander si elle est en ce monde autre chose que la partie de complément qu'ajoute à une passante fragmentaire et fugitive notre imagination surexcitée par le regret."

     

    ... La question de l'unité (dans le récit, dans l'histoire, avec un début, une fin, une intrigue, un déroulement par épisodes) ; non seulement dans "A l'ombre des jeunes filles en fleur" mais aussi dans les autres ouvrages de l'oeuvre de Marcel Proust... Est-elle pertinente et (ou) essentielle ?

    N'est-ce point le caractère composite de l'oeuvre -et en quelque sorte, comme inachevé, qui fait l'originalité, l'unicité de l'oeuvre?

    Les circonvolutions, les détours, les métaphores, de la phrase Proustienne, expriment un attrait pour l'inconnu, une interrogation en face de l'inconnu ; et les fréquentes comparaisons auxquelles se livre l'auteur, relient les lois qui régissent l'individu en ce qui concerne sa personnalité, sa psychologie, la manière dont il fonctionne, avec les lois qui gouvernent le monde. Et il y a encore cette recherche d'une vérité, par laquelle une mémoire et un instinct naturels, une intemporalité de l'Etre au delà des limites de son existence (naissance et disparition), qui convient mieux à l'esprit, qui fonde et organise davantage la pensée et le regard porté sur les êtres, sur le monde, que tout ce que l'intelligence méthodique peut apporter avec sa logistique, ses démarches, ses démonstrations, son argumentation, ses principes...

     

     

     

  • Mort à crédit, Louis Ferdinand Céline

    Cvt mort a credit 7003

    ... Mais bon, on dit Céline tout court...

    C'est peut-être la 3ème ou 4ème fois que je lis ce livre Mort à Crédit... J'avais commencé par Voyage au bout de la nuit, plus tard je me suis risqué à Guignol's Band...

    C'est sûr que quand on lit Céline, ça ressemble à rien, à rien de rien de tout ce qui a été écrit comme livres sur cette planète...

    J'imagine Céline naître en 1977 au lieu de 1894... Et à 42 ans il écrit Mort à crédit qui paraît en 2019... Je pense pas que ça s'appellerait Mort à crédit... Mais ça reviendrait au même...

    Le Louis Ferdinand y'a des chances qu'il soit sur Facebook, sa page facebook longue comme le chemin de fer Lisbonne Vladivostok, ça n'arrêterait pas les points de suspension, le mots inventés pour désigner les choses, ses formulations, son vocabulaire... Oui j'imagine tout ça, son écriture à nulle autre pareille, dans l'environnement du monde d'aujourd'hui avec les smartphones, l'internet, les technologies nouvelles, toutes les couleurs du temps d'aujourd'hui, tout ce qu'il en dirait, en écrirait, de ce monde qui marche sur la tête avec tous les enfoirés, les vendus, les pourris qui font crever la planète... Délirant mais version premier quart du 21ème siècle...

    Je sais pas s'il serait sur Twitter... Peut-être... Sans doute... Peu importe... De toute façon je le vois pas, le Louis Ferdinand, en 140 caractères, faire des raccourcis... En effet, pas mal de formules langagières sont pas très compatibles, telles quelles, brutes et isolées, expurgées de tout le contexte qui va avec...

    Et qui le lirait ? Il serait peut-être noyé dans la masse, on le zapperait, c'est pas sûr qu'il fasse un tabac comme le Céline de 1932 avec son Voyage au bout de la nuit... Et encore moins avec son Mort à crédit de 1936 au moment du Front Popu, ou avec son Guignol's Band de 1944...

    C'est que les temps ont changé... En fait, y'a juste que l'internet facebook twitter les smartphones en plus ; on se fringue pas tout à fait pareil, et y'a un peu plus de monde sur terre, et surtout tout le monde écrit poste diffuse publie produit et ça va jusqu'à la vidéo de Yohan le bébé qui fait sa première dent et au "bourricot-à-versaire" de Jennifer en ensemble pantalonant qui se fout du gâteau sur le chemisier après avoir soufflé pas assez fort sur les bougies...

    Il est plus là Céline pour nous causer du Grand Merdier Général et occire de sa verve tous ces enfoirés, ces emplumés, qui tous ou presque se la pètent leur culture leur Ego avec leurs lecons d'morale et pour certains leur athéïsme qu'est pire que la religion, leurs putains d'bouquins qui font la Une des étalages Leclerc Culturel, leurs coucheries, les salons du livre où ils se pavanent comme des dindons et font de la dédicace au kilomètre...

    C'est que Mort à crédit, ça c'est d'l'autobiographie ! D'la vraie! Du foisonnant, du délirant, du littératoque inimitable, ça pue, ça sexe, ça se torticole dans tous les sens... Tellement que, trois phrases avec deux séries de points de suspension plus tard, tu te souviens plus, il te faut relire et encore t'es pas plus avancé dans la mémorisation, du coup le livre tu le lis 4 fois mais seulement si tu ressens en toi cette écriture comme de regarder sans pouvoir la quitter des yeux une fille laide d'apparence mais dont le chien t'accroche par son visage, son habillement, ses gestes, sa voix, tout son tra-la-la... C'est ça Céline... Et ça n'a rien à voir avec "Cé-Cé-Cé- Célimène..." qu'on recyclait dans les bals de mariage à 4h du matin à la soupe à l'oignon dans les années 90...

    L'anarchie dans l'écriture... à défaut d'être dans le monde la vie qui court la société... ça la fait exister l'anarchie sans exister au vrai... C'est déjà pas mal !

    C'est pas la dentelle avec 2/3 accrocs volontaires bien étudiés, des romans d'terroir avec des amours ratés et des belles baraques et des intrigues tarabiscotées... C'est pas la fulozofu de tous ces granpenseurs qu'en sont à leur 4ème, 5ème essai sur un truc d'l'état du monde !

     

    ... "J'en ai bien marre des égrotants... En voici trente emmerdeurs que je rafistole depuis tantôt... J'en peux plus... Qu'ils toussent! Qu'ils crachent! Qu'ils se désossent! Qu'ils s'empédèrent! Qu'ils s'envolent avec trente mille gaz dans le croupion!... Je m'en tartine!... "(Page 15, collection Folio)...

    ... Y'en a des comme ça tout le bouquin, et le comédien (ou la comédienne) qui serait capable de réciter tout ça sur scène, appris par coeur... Il est pas encore né ! Il faudrait déjà s'il existait, ce comédien ou cette comédienne, qu'il déclame tout ça, pas comme le font, bien théâtral et consensuel de la récitation, les liseurs de textes sur scène !

     

     

  • Le démon de minuit

    Demon minuit bazin

    ... Dans ce roman -mais à mon avis c'est plus un récit qu'un roman- Hervé Bazin aborde un sujet grave et difficile, celui de cet âge de la vie où, homme ou femme l'on atteint les 70 ans et au delà...

     

    Cet âge où l'on est à la merci -quoiqu'à 50 ou à 40 voire plus tôt cela arrive aussi- de quelque "accident cardio vasculaire" pouvant survenir et ainsi "changer la vie au quotidien" jusqu'à la fin de ses jours... Sans compter les autres affections du genre cancer, diabète et diverses "vacheries" lourdement handicapantes...

     

    Septuagénaire, homme ou femme, à une époque, celle de ces années du premier quart du 21 ème siècle, où l'espérance de vie continue d'augmenter (mais soit dit en passant, qu'en sera-t-il après 2050 vu ce que l'on observe déjà, une diminution, aux Etats Unis d'Amérique et en Russie)... Où 70 ans d'aujourd'hui correspond à peu près à 50/55 il y a un demi siècle et à plus forte raison au 19 ème siècle, le "démon de minuit" est un phénomène de société, d'autant plus que par ce terme de "démon de minuit" l'on pense à la sexualité, à la virilité pour les hommes, à la capacité d' "atteindre le septième ciel", au pouvoir de séduction (autant pour l'homme que pour la femme ayant passé l'âge de 60 ans)...

     

    L'on parle d'égalité de l'homme et de la femme... Mais -et c'est encore là, au sujet de la sexualité et du fait de "refaire sa vie" avec quelqu'un d'autre- aussi, un fait de société... Il n'est pas "si bien vu" du moins " pas vu de la même manière" qu'une femme de plus de soixante ans se "remette en vie de couple avec un homme de vingt ans plus jeune qu'elle, ou comme on dit "ait une aventure" avec un homme beaucoup plus jeune... En quoi et au nom de quoi serait-ce moins bien vu et plus "sujet à critique" qu'un homme de 70 ans vivant en couple ou se remariant avec une jeune femme de 30, 40 ans voire de 25 ans ? Si la société a évolué -on ne peut le nier- vers une égalité totale/vraiment totale entre l'homme et la femme, il y a encore des progrès à faire ! (les préjugés, les jugements, les parti-pris, la tradition, la religion, les principes moraux, tout cela n'est pas prêt à disparaître)...

     

    Gérard Laguenière, le personnage central du livre, à 70 ans, refuse les tabous, les usures, les humiliations de l'âge, de la vieillesse. Il entend mourir debout et heureux si possible. Bafoué, trompé à maintes reprises par sa deuxième femme Solange, il finit à force "d'avaler des couleuvres" par divorcer et se remarier avec Yveline, une jeune femme de 33 ans avec laquelle il a un enfant Noël... Yveline était une amie de longue date avant que Gérard n'envisage avec elle une relation plus intime...

     

    Hervé Bazin dans "Le démon de minuit", traite à l'acide, en force, en noirceur, et avec un réalisme "pur et dur", mais aussi en des pages sombrement comiques, ce sujet grave et difficile, à sa manière, qui est celui de cet "âge venant" qui n'est pas encore la vieillesse, la "grande vieillesse"... Mais il le traite dans un style "baroque" à souhait, avec force métaphores, effets de style, phrases parfois longues et façonnées telles ces gargouilles drôles et surréalistes, démoniaques, tarabiscotées, que l'on peut apercevoir sur les cathédrales... Ce qui ralentit la lecture si l'on veut prendre la mesure de certains passages du texte, ou même par moments rend la lecture difficile...

     

    ... Quelques extraits :

     

    "Mais l'ondée se déclenche et, comme s'il se souvenait d'avoir été sous-lieutenant, M. Séverin qui rentre tous les soirs à Paris porte la main à sa tempe et se hâte vers sa voiture. Yveline,machinalement,ouvre son parapluie. Les pieds serrés, les bras repliés, elle se rétrécit sous le dôme de soie verte qui crépite et dont chaque bout de baleine devient une mini-gargouille."

     

    "Il se tourna vers cette carte postale mouvante qu'est une vitre de wagon. N'aimant guère l'auto, encore moins l'avion qui, s'il fait beau, vole sur une carte d'état-major et, s'il pleut, sur une océan de coton hydrophile, d'ordinaire il appréciait le train, proprement nourri de volts par les caténaires : le train, procession rapide, fête-lieu, lissant du fer entre ces temples de l'exactitude que sont les gares."

     

    "Une mouche posée sur un étron et suçant la chose avec ardeur connaît la félicité et des basses oeuvres de ses fesses Solange tirait d'aussi fleurantes gloires.Jusqu'où pouvait aller la rage de triompher de la ménopause dont ceci devenait une complication infectieuse méritant les imprécations dédiées à Lynote.../..."

     

     

     

  • Diderot le génie débraillé, de Sophie Chauveau

    Diderot

    Résumé quatrième de couverture :

     

    Diderot l’écrivain, le philosophe, l’Encyclopédiste nous est ici révélé sous un autre jour.
    Voici un adolescent, fuyant son père avec la complicité de sa soeur, qui plonge avec délices dans le Quartier Latin. Voici un bon vivant, gastronome et séducteur, navigant d’amour en amour. 
    Surveillé par les censeurs sous le règne du Roi Soleil, il se passionne pour toutes les causes, entraîne d’Alembert, La Condamine dans l’aventure de l’Encyclopédie. 
    Avant de quitter la France pour la Russie et de rejoindre à Saint-Pétersbourg la cour de la Grande Catherine… 

     

    Denis Diderot, encore aujourd'hui, n'est pas reconnu… Ou s'il l'est, il n'occupe que la troisième place après Voltaire et Rousseau, voire la quatrième après D'Alembert…

    La place qui lui revient et qu'il mérite, est la première de ce XVIII ème siècle que l'on dit „des lumières“…

    Athée et anticlérical, Diderot n'a jamais été pour autant un fanatique de l'athéisme. Passionné, épris de liberté, voyant et témoin de son temps, résolu, ennemi des rois et des prêtres, des salons et des coteries ; remettant en cause l'ordre social de l'époque, anti esclavagiste… Son indépendance d'esprit et sa liberté de pensée le situent très au-delà, très en marge de tout ce qui au XVIII ème siècle, était certitudes, fanatismes, exacerbations , crispations, et modèles… Et condamnations de mode exprimées dans la violence et l'ostentation…

    Déjà, de tout son vivant, il n'a jamais appelé à la mort de personne une seule fois ! Génie débraillé, il fut un être bon (mais inassimilable, atypique, et d'une dimension humaine hors normes…

    La France d'aujourd'hui ne possède pas dans sa bibliothèque nationale, dans les archives de tout ce qui constitue son patrimoine littéraire, scientifique, artistique, historique ; une édition intégrale des écrits de Diderot…

    Diderot par son œuvre tout entière, aussi diverse, aussi prolixe ; mais aussi par la vie qu'il a menée bien plus souvent auprès des gens du peuple que dans les coteries et dans les salons, est non seulement un auteur moderne, en avance sur son temps et sur les époques qui lui ont succédé jusqu'à nos jours, mais un auteur intemporel…

    Dénigré et combattu, il le fut, de son vivant, y compris de quelques uns de ses amis qui l'ont lâché ou trahi… Cependant, Barbey d'Aurevilly, qui ne l'aimait pas, disait de lui qu'il était suprêmement artiste par l'enthousiasme et par l'expression ; que c'était par l'art, la forme spontanée, la chaleur de l'accent, que Diderot a devancé son siècle…

    Voltaire et Rousseau s'épanouissent sous les ors de la République, Mais Diderot demeure encore dans les vestiaires des parc-expos de la République, en pièces détachées et incomplètes…

     

    Eloigné du monde dès ma jeunesse, je n'en ai jamais contracté l'aisance. Et j'ai en horreur la pantomine exigée par toute société… (page 270)

     

    Nous ressemblons à de vrais instruments dont les passions sont des cordes. Un homme sans passion est un instrument dont on a coupé les cordes ou qui n'en eut jamais. (page 70)

     

    Une université est une école dont la porte est ouverte indistinctement à tous les enfants d'une nation, et où des maîtres stipendiés par l’État les incitent à la connaissance élémentaire de toutes les sciences… Une aristocratie de l'éducation doit se dégager d'une démocratie des chances. (…) L'enseignement est ce qu'il y a de plus important pour l'avenir d'un pays. Primordial. (Page 534).

     

     

  • Jojo, le Gilet jaune, de Danièle Sallenave

    Jojo le gilet jaune

    ... 48 pages, sortie de ce petit ouvrage en avril 2019, de Danièle Sallenave, membre de l'Académie Française depuis 2011, née le 28 octobre 1940 à Angers...

    Etudes secondaires au lycée d'Angers, reçue en 1961 au concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure, et à l'agrégation de Lettres Classiques en 1964... Tel est son parcours -ou sa formation...

    Autrement dit -comme on dit/comme aussi je dis- "une intellectuelle" (avec tout ce que peut comporter de "juste et clair" mais aussi de "sous-entendus") ce terme d' "intellectuel"... Je vous laisse "méditer" quelques instants...

     

    Une intellectuelle, Danièle Sallenave, cependant, qui a pu bénéficier en ces années 1960 -il y a donc bientôt 60 ans- (comme on dit aussi "une autre époque")... de ce que l'on appelle "l'ascenseur social" ; les parents de Danièle ayant été des instituteurs...

    Elle a publié son premier récit "Paysage de ruines avec personnages" en 1975, et a reçu en 1980, le Prix Renaudot, pour "Les portes de Gubbio" ; puis en 2005 le Grand Prix de l'Académie pour l'ensemble de son oeuvre...

     

    ... "Il y a ce que disent les Gilets jaunes. Il y a surtout ce qu’ils révèlent. Cette manière de parler d’eux, dans la presse, les médias, les milieux politiques, sur les réseaux sociaux! Une distance, une condescendance, un mépris. "
     

     

     

     

    Danièle Sallenave 

     

    ... Danièle Sallenave ou pas, enfin quelque femme ou homme d'écriture, auteur, journaliste, écrivain, philosophe, sociologue que ce soit... (je ne parle pas des "politiques")... le terme de "France d'en bas", ou de "gens d'en bas" -par opposition à "France d'en haut" ou "gens d'en haut"... Me gêne quelque peu sinon beaucoup, me met "mal à l'aise"... Et d'ailleurs je n'use point de ce terme...

     

    Danièle Sallenave dans son ouvrage "Jojo le gilet jaune" emploie souvent ce terme (c'est ce qui m'a un peu gêné à la lecture de cet ouvrage que j'ai pourtant trouvé très juste et très pertinent dans son contenu, de bout en bout)...

     

    Soit dit en passant, si mes souvenirs sont exacts, c'est Jean Pierre Raffarin en 2002,

    qui avait lancé ce terme de "France d'en bas"... Repris, "universellement repris" par l'ensemble des corps sociaux, des médias, des politiques, des gens communs que nous sommes...

     

    ... Danièle Sallenave écrit que le monde des gilets jaunes et apparentés, reste largement inconnu du monde de l'art, du journalisme, de la littérature, et qui se dit de gauche, où l'on se représente la France des ronds-points, son mode de vie, ses loisirs sur un ton de commisération. C'est la France de TF1 et de Jean-Pierre Pernaut, un peuple livré sans distance et sans recours à une sous-culture médiatique, abonnée aux réseaux sociaux bas de gamme, à une musique à la chaîne, à des loisirs coupés d'apéro au pastis.

     

    J'ai eu moi-même je le reconnais et le déplore, et désormais m'en défends... ce genre de "discours" -et je ne suis pas le seul à l'avoir ou l'avoir eu ! ... Même si c'est "un peu vrai", c'est tout de même réducteur et frise la condescendance, cette condescendance que pour ma part je dénonce dans quelques uns de mes écrits...

     

    Ce qu'il y a "de vrai" de cette "France de TF1 des loisirs coupés d'apéro au pastis, de ce mode de vie consumériste et standardisé et de cette sous-culture... N'est "vrai" QUE parce que nous sommes poussés à le voir ainsi (influencés, conditionnés, et dans une adhésion tacite à ce genre de discours) d'une part ; mais surtout pour l'essentiel, au fait que la vie quotidienne des gens (travail, déplacement en voiture, courses, diverses contraintes, difficultés et revenus trop faibles) ne favorise nullement l'accès à la culture, à une vie comme celle des citadins aisés qui vont au théâtre, au concert, et consomment en terrasses de café le soir, d'autre part...

     

    ... Et il y a aussi -ce qui rend encore plus complexe et difficile à analyser la situation sociale dans notre pays- ; les contradictions, dont la principale est celle d'un côté, des 16 000 lieux de lecture publique, des 500 librairies labellisées, des 1200 musées de France, des 2000 cinémas, des 440 lieux de spectacle labellisés etc... Et d'un autre côté, des chiffres consternants de pratique culturelle avec seulement 16% de Français inscrits dans une bibliothèque, et 764000 spectateurs dans l'un des cinq théâtres nationaux...

     

    ... Selon une constatation que j'ai pu faire à maintes reprises (et "cela ne date pas d'hier"')... Autour de moi un peu partout là où je suis passé quelque part dans ce pays, en ville comme à la campagne, à la terrasse d'un café en compagnie, ou bien en me promenant avec des personnes de ma connaissance ; dans une certaine intimité relative -ce qui n'est plus le cas dans une foule ou même dans un groupe de plus de dix personnes- à partir du moment où l'on arrive à sortir des "à priori", des apparences et où l'on parvient à s'affranchir de ce que l'on croit de l'autre (parce qu'on le croit différent et qu'on pense qu'on ne va pas pouvoir communiquer avec lui)... L'on s'aperçoit finalement que le "courant de communication" passe, que ce que l'on transmet, que ce que l'on exprime, est accueilli... Et c'est alors que l'on réalise que l'autre est, non seulement réceptif, mais porte en lui une culture qui lui est propre, une pensée, une capacité de réflexion...

     

    Cela je le dis parce qu'il faut le dire et que cela -dans une certaine mesure- "met par terre" ce genre de discours style "France de TF1 Jean Pierre Pernaut/loisirs apéro/réseaux sociaux bas de gamme/séries de télévision...

     

     

  • Un testament Espagnol, d'Arthur Koestler

    Un testament espagnolRESUME :

     

    ... Arthur Koestler, journaliste anglais d'origine hongroise, est à Malaga en 1937 lorsque les troupes nationalistes prennent la ville. Sympathisant déclaré des républicains, il était alors correspondant pour le journal anglais News Chronicle. Il est arrêté et incarcéré par le général Bolin notamment à cause d'un article peu flatteur consacré au général Queipo de Llano, un des principaux instigateurs du coup d'État de 1936, à la tête des troupes combattant dans le Sud de l'Espagne. Le général en question avait promis la mort à tous les « rouges » ; quatre mille partisans du Front populaire furent exécutés suite à la prise de Malaga. Arthur Koestler va attendre son exécution près de quatre mois avant d’être libéré en mai 1937.

     

    ... Un livre bouleversant, très bien écrit, différent de la plupart des ouvrages sur la guerre d'Espagne 1936-1939.

     

    Ces pages ont été pour la plupart écrites dans l'attente d'une mort quasi certaine, par l'auteur lui-même, emprisonné tout d'abord à Malaga, puis à Séville, du 9 février au 10 mai 1937, après sa condamnation par un tribunal militaire sous l'accusation de "aide à une insurrection armée" ( Auxilio del Rebellion Militar )...

    Durant son séjour en prison, Arthur Koestler voyait souvent dans le milieu de la nuit entre minuit et 2 heures, venir le gardien et le prêtre qui entraient dans la cellule du prisonnier pour l'emmener contre un mur avec d'autres prisonniers. Entre le moment où la porte de la cellule s'ouvrait et l'éclatement de la salve, il ne s'écoulait que quelques minutes...

    Dans la profondeur des pensées, dans la capacité et dans la lucidité de l'auteur durant ces trois mois passés en prison, cela même dans des circonstances aussi dramatiques... Bien que cela se soit passé en 1937 en Espagne, il y a dirais-je, une "intemporalité" dans la mesure où l'Histoire se répète, où les guerres, les prisons, les dictatures, les oppressions, sont toujours les mêmes... Et où il existe encore et toujours des gens, dans le combat comme dans l'ordinaire des jours et dans ce qui est vécu en face du danger, de la peur, de la violence ; pas forcément des héros médiatisés et célébrés, pas forcément des intellectuels ou des écrivains ou des correspondants de guerre... Mais des anonymes, des hommes et des femmes d'une grande profondeur de pensée, d'un grand courage, d'une grande lucidité, d'une grande capacité de réflexion, dont les noms ne seront pas inscrits sur des monuments, dont les historiens du 21 ème, du 22 ème siècle ou de d'en mille ans, feront des figurants dans leurs ouvrages comme il y a des figurants par dizaines dans les films d'histoire à grand spectacle...

     

     

    EXTRAITS :

     

    - Page 23 :

     

    "Nous arrivons à Malaga à la nuit tombée. Première impression : une ville après un tremblement de terre. Pénombre, des rues entières en ruine, celles où les maisons sont demeurées debout sont désertes et jonchées également de ruines ; silence de mort, et, dans l'air, ce goût spécial que nous connaissons tous depuis Madrid : une poussière de craie mêlée de fumée, et aussi, -est-ce une imagination?- l'odeur répugnante de la chair brûlée."

     

    -Page 32 :

     

    "Sir Peter m'a expliqué qu'il tient les anarchistes pour des gens raisonnables, les communistes et les socialistes n'étant que des espèces de bureaucrates réactionnaires."

     

    Page 272 :

     

    "Au fond de leur coeur, criait le caballero en chemise noire, tous les Espagnols sont de notre côté. Quans les rouges fusillaient les nôtres, leur cri final était notre cri "Viva Espana" . J'ai vu fusiller quelques rouges, eux aussi criaient au dernier moment "Viva Espana". A l'heure de mourir, on dit la vérité."

    Note personnelle :

     

    ... Les anarchistes sont des gens "raisonnables" dans la mesure où ils fondent leur réflexion, leurs choix et leur liberté, sur le seul principe intemporel et naturel de la relation humaine, sans ces supports que sont la morale, la religion, les lois et les formes de gouvernement, l'armée et la police. Ce qu'il y a de "raisonnable" en eux, tient à la liberté qu'ils se donnent, une liberté indissociablement liée à la responsabilité qu'ils ont, d'eux-mêmes et des autres, de leurs actes et de tout ce qu'ils expriment...

    Dans l'"échelle" ou, si l'on veut, dans le nombre des barreaux de l'échelle, des mouvements anarchistes -l'échelle n'étant pas verticale et posée contre un mur mais horizontale et posée sur un sol instable (ou mieux, entre les bords d'un ravin)- ... Peut-être -c'est ce que je pense- que le mouvement anarchiste Espagnol des années 1930 -1939, dans ses composantes reliées ensemble, était "l'un des plus solides barreaux d'échelle qui ait pu exister"...

    Mais bien sûr -c'est ce que je pense aussi- le plus solide de tous les barreaux ce sera, ce ne pourra être que celui d'acier trempé, inoxydable, incorruptible... qui n'a encore jamais été produit...

     

    ... Si les socialistes, les communistes, le gouvernement républicain en Espagne, en 1937, avaient pu s'entendre avec les anarchistes, et si les uns et les autres ne s'étaient pas entre-tués, pourpres et rouges et roses qu'ils étaient dans l'arène, alors que tombaient sous la force armée franquiste, les villes peu à peu depuis le sud de l'Espagne... Même avec l'appui des Italiens de Mussolini et des Allemands du 3 ème Reich d'Hitler, Franco "aurait eu fort à faire" et n'aurait peut-être pas gagné la guerre...

     

     

     

     

  • Le cousin Pons, d'Honoré de Balzac

    Cousin pons

    ... Roman paru en feuilleton en 1847 dans Le Constitutionnel , et publié en livre la même année, qui fait partie de la Comédie humaine dans Scènes de la vie parisienne.

    C'est sans doute, de Balzac, l'un des romans les plus noirs dans cette Comédie humaine, que l'histoire de ce cousin Pons, une histoire centrée sur un problème d'héritage, où l'on voit évoluer dans un univers cruel et hideux, des personnages sordides, criminels, obsédés par l'appât du gain et par l'accession aux bonnes places, aux honneurs ; égoïstes, hypocrites et mensongers...

     

    Au milieu du 19 ème siècle vers la fin du règne de Louis Philippe roi des Français dans un régime de monarchie constitutionnelle, le personnage principal Syvain Pons est le type même de ces martyrs ignorés dont la Comédie humaine met en scène les souffrances, la misère, qu'une société inégalitaire inflige aux humbles, aux purs, aux pauvres...

     

    Ce sont, dans cette société du milieu du 19 ème siècle, les personnages aux âmes dures, tant dans la bourgeoisie que dans le peuple des petits métiers, des ouvriers, des portiers et des concierges et des fonctionnaires sans grade, qui dominent, qui écrasent, qui volent les "gens de peu" ou ayant quelque bien durement acquis par le travail et par la probité, souvent même le sacrifice tant ils font passer l'intérêt de ceux qu'ils chérissent au détriment de leurs propres intérêts, de leur vie, de leur santé...

     

    Cependant, ce cousin Pons est un esthète angélique et un gourmand ; son histoire, ses déboires, le personnage qu'il est par ses comportements, sa mise, ses opiniâtretés, ses lubies, ses peurs, ses fantasmes... Tout cela tourne à la farce...

     

    ... Quatrième de couverture

     

    Deux mots suffisent à tout éclairer, madame, dit Fraisier. Monsieur le Président est le seul héritier au 3 ème degré de monsieur Pons.

    Monsieur Pons est est très malade, il va tester, s'il ne l'a déjà fait, en faveur d'un allemand, son ami nommé Scmucke, et l'importance de sa succession sera de plus de 700 mille francs... Si cela est, se dit à elle-même la présidente, foudroyée par la possibilité de ce chiffre, j'ai fait une faute en me brouillant avec lui, en l'accablant.

    Non, madame, sans cette rupture, il serait gai comme un pinson et vivrait plus longtemps que vous, que monsieur le Président et que moi... La Providence a ses lois, ne les sondons pas.

     

    ... Il y a une analogie manifeste et réelle entre ce monde et cette société du 19 ème siècle décrits par Honoré de Balzac dans la Comédie humaine, puis par Emile Zola dans les Rougon Macquart, d'une part... Et le monde et la société de ce début de 21 ème siècle dans leur réalité, d'autre part... En particulier pour ces questions d'héritage et de discorde dans les familles qui sont plus que jamais dans l'actualité, tout cela avec pour "fond du tableau" la morale, la religion, les droits de l'homme, la légalité, la justice, le bien-fondé et la bien-pensance, mis en avant, haut et fort et avec crispations, parti-pris et préjugés...

     

    Pour résumer si je puis dire -et je le dis- ce monde du 21 ème siècle est à l'image d'un plateau de crevettes à Intermarché, ça sent la mer, le frais, l'air du grand large en apparence lorsqu'on s'approche de l'étal... Mais dans l'assiette, à la maison – ou même au restaurant- ça sent l'ammoniaque -pour ne pas dire le sexe malpropre...

     

     

  • Un été dans l'Ouest, de Philippe Labro

    Un ete dans l ouest

    ... "Rien ne vous prépare à l'Ouest", nous dit cet étudiant étranger que fut Philippe Labro vers la fin des années 1950, parti travailler tout un été dans les montagnes du Colorado, un territoire sauvage, d'immenses forêts...

    L'étudiant venu de Virginie, pour arriver jusque dans le Colorado, est confronté au peuple de la route, chauffeurs de camions et d'autocars, ouvriers d'un lieu de travail à un autre, vagabonds, filles perdues, toutes sortes de gens au parcours de vie accidenté, de pauvres bougres, de personnages étranges et atypiques...

    Avancer, toujours avancer, plus loin, d'un lieu à un autre, dans la solitude, l'horreur, la laideur, la vérole et la lâcheté... Tout cela devant être laissé derrière soi, mais finissant quand même par trouver la beauté et la lumière, l'amitié, l'amour... C'est la Loi de la Route...

    Dans les années 1950/1960 du Grand Ouest Américain...

    Et la loi de la route au fond, c'est aussi celle de la vie dans la confrontation -souvent brutale- dans un rapport de forces autant physique que moral entre les humains, entre tous les êtres vivants... Un rapport de relation, de symbiose, d'une complexité extrême, et d'un ordre intemporel, où l'on réalise que l'intelligence, que tout ce qui nous est appris par le raisonnement, que tout cela, acquis et même maîtrisé... N'est pas pour autant le meilleur instrument, le plus subtil, le plus puissant, le mieux approprié, pour saisir, comprendre le Vrai... Si le Vrai existe... (En fait le Vrai existe mais il est insaisissable, situé au delà de l'entendement humain... Et seulement parfois, se laissant entrevoir telle une lueur fugitive, une "déchirure de lumière" comme au travers de l'enveloppe d'une bulle, enfermés que nous sommes tous, chacun, dans la bulle...

    ... Page 199 :

    "Avec sa guitare sur le dos et son énorme baluchon au bout du bras, elle semblait transporter un avenir indécis de nomadisme, d'amours transitoires, d'auditions ratées ou réussies dans des salles enfumées et vides, des nuits et des nuits sur les bancs des gares routières, pour aboutir à quoi ?

    Cependant, elle vivait d'espoir et de mouvement, elle était animée par une foi sans limite dans son étoile, qui commandait l'admiration, et même jusqu'à un certain respect."

    ... Page 200 :

    "Au début de la nuit, le silence de la forêt m'avait frappé. Maintenant, je savais qu'il y avait tout un choeur derrière ce silence.

    C'est le choeur des bêtes, des rongeurs, des prédateurs, des animaux à fourrure, de la gent ailée et à mesure que le soleil bat en retraite, il prend possession de la prairie.../... Puis des sous bois, clairières, pâturages, torrents et ruisseaux, puis il finit par imposer sa musique avec la nuit tombée, à la forêt subalpine et au haut pays."

    ... Ayant lu cela, je me suis dit que de nos jours, le soir, la nuit dans nos campagnes, dans nos forêts, dans nos champs, dans nos jardins... Nous n'entendons plus ces bruits des bêtes, ces bruits de la vie... Et que nous voyons des cours d'eau sans poissons, un ciel parfois sans oiseaux, que nous remuons de la terre sans vers dans nos jardins où les soirs de juillet on n'entend plus chanter de crapauds...