Livres et littérature

Un feu brûlait en elles, de Jean-Guy Soumy

Un feu brulait en elles

... Ce livre est un très bel hommage rendu à la Femme, à la Féminité...

C'est l'histoire, dans un contexte historique, de 1709 à aujourd'hui, de onze femmes qui se transmettent de génération en génération, la flamme que Marie Vergne, la première, durant le terrible hiver de 1709 sous le règne de Louis XIV,a cueilli au feu perpétuel qui brûlait sur la place d'un village de la Creuse.

La dernière de ces femmes est Marie Beaulieu née en 1968. Mais l'histoire en fait, s'arrête à Sara puis à sa fille Gilberte, qui dans le récit sont les neuvième et dixième de ces femmes dont chacune eut un destin hors du commun en ce sens qu'elles furent chacune d'elles témoin et actrice lors d' événements tels que ceux qui se sont déroulés durant la Révolution Française, les batailles de la grande armée de 1805 à 1813, la retraite de Russie sous Napoléon en 1812, les barricades de 1832 sous Louis Philippe à Paris ; lors des années 1860 en Algérie sous le Second Empire, pendant la Grande Guerre de 1914-1918, et pour finir avec Sara dans la Résistance en 1943/1944...

Accidents, tragédies, histoires d'amour, révoltes, se succèdent dans les générations, avec Marie, Jeanne, Louise, Judith, Constance, Marianne, Luce, Marguerite, Sara, Gilberte et Marie la dernière née en 1968...

Ces femmes ont toutes en elles quelque chose qui les distingue des autres : la fierté, le courage, la grâce, et cette fidélité qui les fait chacune d'elles revenir à la ferme du Puy Marseau qui avait accueilli Marie Vergne en 1709...

Rarement si bel hommage dans la littérature, a été rendu aux femmes. L'auteur Jean-Guy Soumy est un professeur de Mathématiques ayant exercé à Limoges, né le 1er juin 1952 à Guéret. Il est l'auteur de plusieurs livres : Le soldat fantôme, Le Congrès, La Promesse, Les moissons délaissées...

Quelques lignes, de ci de là, dans le texte :

 

Page 25 : La jeune fille, à l'aide d'une badine, taquinait les tisons. Vergne regardait l'incandescence se rebiffer, tenter de mordre le bâton, menacer en rougissant. Et puis ses yeux remontaient au poignet qui agitait la baguette, à ses os fins, à cette main que le travail n'avait pas encore nouée.

 

Page 508 : Luce Cassagnac, née Rivière, Meçaouda comme l'appelaient à présent ses compagnons caravaniers, avait le pas des arpenteurs d'infini.../.../... Son visage, sculpté par le vent et le soleil, avait pris le tranchant des aventuriers de haute lignée. Le désert avait dissous l'Européenne pour faire éclore la Saharienne. Plus femme.

 

 

Claude Lanzmann, écrivain, journaliste, réalisateur scénariste acteur...

... Vient de nous quitter, ce jeudi 5 juillet 2018...

Il était né le 27 novembre 1925 à Bois Colombes, et c'est donc à l'âge de 93 ans qu'il nous quitte...

Il est l'auteur, entre autres ouvrages dont "le dernier des injustes", de "Le lièvre de Patagonie", un livre de mémoires (de 1940 à 1965)...

 

... "Vivants, nous ne reconnaissons plus les lieux de nos vies et éprouvons que nous ne sommes plus les contemporains de notre propre présent"... Lit-on, page 170 dans Le lièvre de Patagonie...

 

Il est le réalisateur de SHOAH... Et d'autres films.

 

Claude Lanzmann nous raconte dans Le lièvre de Patagonie, sa relation avec Gilles Deleuze, Jean Paul Sartre, sa soeur Evelyne... Et avec tous les écrivains et artistes de cette époque de 1940 à 1965, qu'il a rencontrés et fréquentés.

Nombreuses sont les petites anecdotes dans tous leurs détails ; les pensées et les réflexions des uns et des autres de tous ces personnages dont il parle dans son livre...

Une autobiographie dans le plein et authentique sens du terme...

 

... Encore un Grand, un Géant... du monde de la littérature, du cinéma et du journalisme, qui vient de disparaître...

Un témoin de son temps... Le temps de sa vie, de la fin des années 1920 jusqu'en 2018... quasiment un siècle...


http://parolesetvisages.blogs.sudouest.fr/archive/2010/02/17/lieux-et-visages-de-nos-vies.html

La louve et le sanglier, de Yann Brékilien

La louve et le sanglier

A propos de Vercingétorix ...

 

... Notre héros national, peut-être le personnage historique le plus connu notamment par les enfants des écoles de France...

 

Il faut déjà savoir qu'avant Alésia (-52 ) la Gaule (une partie occidentale de tout l'ancien espace celtique) avait en gros des frontières naturelles (géographiques) : au nord et à l'est le Rhin, depuis son origine alpine jusqu'à son embouchure dans la mer du nord ; au sud et à l'est le Rhône, depuis son origine alpine jusqu'à la Méditerranée (quoique la région incluant le delta du Rhône faisait partie au 1er siècle av-jc, de la Narbonnaise, province romaine)...

Et bien sûr à l'ouest l'océan Atlantique...

Avant Alésia, bon nombre d'enfants de divers peuples de la Gaule, le plus souvent, de fait, les enfants de la noblesse ainsi que ceux de commerçants, d'artisans, ou de bourgeois de l'époque ou même encore de quelques gros propriétaires terriens ; recevaient une éducation de base par les druides (entre autre savoir lire et écrire le Latin et le Grec, puisque tous les documents administratifs, les actes de propriété, de justice, etc., étaient rédigés soit en Latin le plus souvent, ou en Grec.

En gros, à l'époque, en Gaule d'avant Alésia, tous les peuples, fort nombreux il faut dire, parlaient tous une langue commune, le Celtique ou Gaulois (mais avec des variantes, de vocabulaire, de tournures de phrases, et surtout d'intonations de voix (accents) d'une contrée à l'autre voire parfois d'un village à l'autre). Ils arrivaient donc à se comprendre entre eux, même entre peuples éloignés, les uns des Belges, les autres des Aquitains...

"Roi" se disait en Gaulois "rix" , "guerrier" en Gaulois se disait "cingès" ("bellator" en latin) , et "ver" était le préfixe correspondant au latin "super" et au grec "hyper".

Lorsque, à Gergovie, un jeune chef fut acclamé par son peuple, les Arvernes, et validé par les druides, il fut alors appelé "Le roi des supers guerriers" (en Gaulois Rix ver cingéton d'où Vercingétorix)...

 

... La louve et le sanglier, de Yann Brékilien ( une "autre version" de la "guerre des Gaules", de Jules César )...

Soit dit en passant, Albert Camus : "les conquérants romains que nos auteurs de manuels, par une incomparable bassesse d'âme, nous apprennent à admirer"...

Et Jean Anouilh : "Fabrice a trop cru aux Romains à l'école, ça l'a intoxiqué"...

Et encore Simone Weil : "les Romains, poignée d'aventuriers réunis par le besoin... les romains ne pouvaient rien tolérer qui fût riche en contenu spirituel..."

 

NOTE : à l'école nous avons tous appris à prononcer "verSINGEtorix" (comme "singe vert"-rire-)... Les Gaulois prononçaient "VerKINN'GUEtorix"...

 

 

Sapiens, une brève histoire de l'humanité, de Yuval Noah Harari

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On ne peut pas dire que ce livre est compliqué (ou ardu) à lire... Je suis encore dans les 100 premières pages, je trouve que c'est "relativement digeste" dans la mesure où l'auteur me semble avoir écrit son livre pour "un large public" (un public intéressé, bien sûr, par la préhistoire)...  

 

Cependant, je ne suis pas sûr que ce livre soit le meilleur qui ait pu être écrit sur la question (l'un des meilleurs, oui, je crois, car il se fonde sur une argumentation "sérieuse" et sur de la documentation (donc, un travail de recherche)... Mais il y a tout de même à mon avis, un "regard" (de l'auteur) qui rejoint -en partie- une pensée, une culture, un ensemble d'idées général...  (Sur la préhistoire, mais aussi sur l'Histoire)… Un „regard“ qui s'appuie en grande partie sur ce qui est interprété, de ce qui a été découvert, en fonction d'une „vision du monde“ dépendante d'une culture fondée sur des croyances, sur un imaginaire, sur des valeurs qui sont les nôtres depuis au moins deux siècles, voire sur une „morale“ balançant en gros entre deux tendances (l'une, en gros versant plus ou moins dans l'angélisme, et l'autre versant dans l'idée d'un monde humain violent et barbare)…

Certes, dans les 100 premières pages, l'auteur, il faut le reconnaître, nous convie à réfléchir sur la vision que nous avons du monde des humains d'il y a 35 000 ans (et c'est bien là ce qui fait l'intérêt du livre)…

 

En lisant ce livre je m'aperçois (est-ce qu'il en sera ainsi jusqu'au bout du livre?) que je n'apprends finalement rien de plus que tout ce que je sais déjà sur la question...  

 

Personnellement, mon "regard" est quelque peu différent de celui, non seulement du "commun des mortels" mais aussi de celui d'une large partie de la communauté scientifique... En ce sens que certaines questions se posent en dépit de ce qui a été découvert jusqu'à présent, d'une part ; et qu'un certain nombre "d'idées reçues" font voir les choses sous un angle particulier (ou avec une vue déformée) d'autre part...  (et parfois sinon assez souvent, orientée par les pouvoirs et par les régimes politiques en place)…

 

Zéro de conduite, de Michel Onfray

Zero de conduite

... Dans la série très popularisée "Pour les Nuls" (histoire, littérature, windows, l'anglais, la psychologie, la guitare... etc. ) les millions de "nuls" que nous sommes, ne sont pas en effet des "experts en la matière" (la matière concernée)... Mais des gens qui sentent le besoin d'acquérir "une base de connaissance" en tel ou tel domaine, discipline, pratique...

 

... A la lecture de ZERO DE CONDUITE, l'un des derniers livres de Michel Onfray, je me pose cette question :

Michel Onfray n'a-t-il pas écrit ce livre comme s'il avait voulu faire de l' "Onfray pour les Nuls" (mais des "nuls au sens propre")?

Je dis cela parce que, dans la plupart de ses autres ouvrages, Michel Onfray ne se lit pas comme l'on lirait du récit ou du roman de terroir, ou comme on lirait un article de fait divers, un texte anecdotique ou caricatural journalistique...

J'ai perçu à la lecture de ZERO DE CONDUITE, ouvrage cependant révélateur de l'état de notre société et de nos élites gouvernementales et autres dans un "post-politisme en décomposition"... J'ai perçu donc -peut-être cela tient-il plus à la personnalité de Michel Onfray qu' à la formulation dont il use dans son livre- que les "nuls" là, en l'occurrence, pouvaient s'apparenter selon un regard que certains pourraient prêter à Michel Onfray (parmi ses contradicteurs les plus critiques), à des nuls au sens d' abusés béats sans réflexion...

Me sentant assez proche si je puis dire, de la pensée, de la réflexion et du regard anticonformiste/anti bien pensance de Michel Onfray et ayant lu plusieurs de ses livres, je n'adhère cependant pas à son jugement sur la Terreur et sur l'époque Stalinienne et des soviets -certes époques historiques de grande violence... Il me paraît devoir considérer la réalité dans le contexte de l'époque (au temps de la Terreur et au temps des soviets) : on peut parler de "mal nécessaire" étant donné les enjeux d'une politique intérieure et extérieure particulièrement sensible, incertaine quant à l'avenir d'un pays et d'une société...

 

... Le drame ou plus exactement le probème de notre époque où "l'on marche sur la tête", c'est que, si tu ne prends pas position ferme et ouverte (publique) contre ce qu'on dit "être barbare et contraire aux droits de l'homme"... Alors tu es accusé de soutenir et d'adhérer à ce que l'on "voue aux gémonies"...

Et en ce sens, Michel Onfray, par la position qui est la sienne et qu'il déclare publiquement, au sujet de la Terreur et des Soviets, rejoint la pensée commune, autrement dit le "politiquement correct pensant" (là, il déroge à son anticonformisme à mon sens)...

Quel "monument d'hypocrisie" en effet, aujourd'hui, que tous ces "hauts cris" poussés contre ceci/cela jugé barbare et anti droits de l'homme anti l'avenir de la planète... alors même que la France, notre pays, est en bonne place en vente d'armes et en avions Rafale !

 

... Alors quoi, avec la vente d'armes et d'avions Rafale ? "Un contexte d'actualité et de réalité de l'époque étant donné les enjeux et les intérêts de politique stratégique, économique ?" ... Mais les intérêts pour qui ? Pour les peuples ? Non, en aucune façon! Pour les intérêts des lobbies, oui, pour les actionnaires, les possédants, les assassins, ceux qui mettent en coupe réglée les richesses et les ressources de la planète !

 

 

Tom Wolfe

Tom wolfe

Lundi 14 mai 2018, Tom Wolfe nous quitte…

Nous laissant son oeuvre immortelle tant qu'il y aura des Hommes sur la Terre…

Une douzaine de romans publiés, dont le plus connu “Le bûcher des vanités” adapté au cinéma en 1990 par Brian de Palma… “Un homme, un vrai” en 1999, et “Moi Charlotte Simmons” en 2006, son troisième roman…

Tom Wolfe est né à Richmond en Virginie en 1931.

Dans les années 1970 il se fait connaître dans un genre nouveau, du “journalisme à l'américaine”, après avoir débuté au Washington Post, puis au New York Herald Tribune.

Il est un observateur éclairé de la société de son temps, et en même temps, un témoin… Le “greffier du siècle” selon son expression…

Avec son troisième roman “MOI CHARLOTTE SIMMONS”, mille pages, il nous parle du monde clos aux règles impitoyables des grandes écoles, d'une Amérique qui forme ses élites dans la pétaudière de la branchitude, de la coolitude, de la paresse et de la servitude sexuelle…

Dans un “look de dandy au chic démodé”, Tom Wolfe incarne à mon sens, une vision du monde et de la société, en réaction contre ce qu'il y a d'impitoyable, de vulgaire et de “bienpensance nauséabonde” dans cette société “policée” mais aussi clanique, sélective et gangstérisée, voyoucratisée et -dis-je- pourrie comme un melon par la queue…

Un peu de chic et de classe, dans cette société voyeuriste et vulgaire, notamment parmi les élites mais aussi jusqu'en bas de l'échelle sociale… Un peu de chic et de classe et avec une âme bien trempée, belle et forte… ça fait du bien, de temps à autre…

C'est un géant qui nous a quitté… Non seulement de la littérature américaine, mais de la littérature toute entière…

 

BOHEMES, de DAN FRANCK... Mon commentaire...

... Et une vision que j'ai, une étude que je fais, de l'Histoire de l'Art et de la Littérature à travers les époques... 

 

Bohemes

... J'avais dit que l'histoire de l'Art (et de la Littérature) pouvait être (c'est l'image que j'ai utilisée pour "résumer" l'histoire de l'Art et de la Littérature) :

Comme un feu qui, jusque dans la seconde moitié du 19 ème siècle, et cela époque après époque depuis le Moyen Age, aurait brûlé avec des flammes en vivacité et en dimensions différentes, avec toutes les couleurs du feu dans leurs nuances, par exemple de l'orangé au rouge et avec des reflets bleutés, jaunes ou verts... Selon les différentes matières inflammables dont on alimentait le feu, le bois étant le matériau principal dans ses différentes compositions et essences...

Je voulais dire par là, que jusque dans la seconde moitié du 19 ème siècle, il y avait à mon sens, autant dans la peinture que dans la littérature, une "continuité", et que j'imageai cette "continuité" en un feu qui brûlait avec, à chaque époque, des flammes de couleurs, de vivacité et de dimensions différentes. Autrement dit, le feu était toujours fait de flammes"...

Cette "continuité" dans la peinture avait été celle de (je cite quelques époques) :

Le Gothique ( 12 ème siècle), la Renaissance (15ème et 16 ème siècle), le Baroque ( 17 ème et début 18ème), le Classicisme ( 17 ème siècle) , le Romantisme ( milieu 19 ème ) puis enfin le Réalisme (de 1850 à 1870/1880)...

Cette "continuité" en Littérature avait été celle de (je cite quelques époques) :

L'Humanisme ( 16ème siècle), le Baroque et le Classicisme ( 17 ème siècle), les Lumières (18 ème siècle), et enfin le Romantisme, le Naturalisme, le Parnasse et le Réalisme (19 ème siècle)...

Dans cette "continuité" en peinture comme en littérature, l'on assiste à une évolution, à une suite de représentations ou de genres différents... Mais jamais à une véritable rupture, même si en littérature par exemple le Romantisme au 19ème siècle rompt avec les règles et avec le beau traditionnels...

 

Avec l'impressionisme en peinture entre 1860 et 1890, et le symbolisme en littérature de 1869 à 1896, c'est là que l'on assiste pour la première fois dans l'histoire de l'art, à une véritable rupture :

-Une remise en cause de la peinture académique et codifiée en opposition avec ce qui se pratiquait dans le passé, et avec des représentations picturales entièrement nouvelles.

-Un mouvement, dans la poésie, en réaction contre, au départ, le naturalisme, né de la poésie Baudelairienne : suggérer au lieu de dire, évocation d'un monde caché à travers les symboles, poème en prose, vers libre.

En cette seconde moitié du 19 ème siècle, l'on ne peut que comprendre à quel point les critiques, à quel point les vues des visiteurs de galeries et les lecteurs d'ouvrages de poésie et de littérature, pouvaient être perturbés et en opposition violente contre ces nouveautés considérées dérangeantes et déraisonnables... Il a fallu une trentaine d'années pour que ces nouveautés soient déja acceptées avant d'être finalement reconnues...

 

... Puis à partir de la fin du 19 ème siècle, si demeurait (et demeure d'ailleurs encore de nos jours au début du 21ème siècle) dans une même continuité, celle d'un "feu fait de flammes", tout ce qui procède d'un art classique de représentation des êtres et des choses (même dans des formes ou des genres différents)... L'on assiste comme à une explosion, en l'espace de 3 générations entre 1860 et 1930, de "gerbes de feux d'artifice", de "fontaines de lumière ", de "geysers de boues et de sables et de poussière en fusion", s'élevant et éclatant dans le ciel, jaillis de divers points de paysages du monde ; avec :

-Le Fauvisme 1894/1897 – 1910, simplification des formes, couleurs juxtaposées, recherche d'une intensité de l'expression

-L'Art abstrait à partir de 1910, le Futurisme de 1904 à 1920

-Le Cubisme 1907-1914, représentation des objets et des corps en formes géométriques sous différents angles de vision

-Le Dadaïsme 1916 – 1925, remise en cause de toutes les conventions et contraintes idéologiques, artistiques et politiques

-Le Surréalisme 1924- 1945, transcription des pensées et des sentiments avec des formes abstraites et des couleurs très variées

 

Et l'on retrouve en littérature, poésie, à partir du Symbolisme puis du Dadaïsme et du Surréalisme, et plus tard à partir de 1945 avec l'Absurde 1938-1960 et le Nouveau Roman 1950-1980, les mêmes et aussi radicales et nouvelles évolutions dans l'expression, la forme, le style, tout autant "éclatant dans le ciel en geysers"...

 

A partir en gros, de 1980, avec la profusion des ouvrages publiés, la multiplication et la diversité des prix littéraires, des galeries d'exposition, du nombre croissant d'auteurs, d'écrivains et d'artistes ; avec la succession accélérée des courants et des modes... Et surtout avec l'arrivée d'Internet, des réseaux sociaux et des blogs à partir du début des années 2000, l'on assiste à un foisonnement de productions artistiques et littéraires, à tel point que dans un paysage qui s'est uniformisé, les feux, les fontaines de lumières, les éclairs d'orage, les geysers, sous les yeux des "spectateurs consommateurs" que nous sommes devenus, se sont banalisés...

Nous avons vu disparaître année après année depuis la fin du 20 ème siècle, tous les grands acteurs de la vie artistique et littéraire de la période 1915- 1980 (dont nous célébrons soit dit en passant les anniversaires de leur mort ou des 10/20 ans après leur mort), nous voyons apparaître de ci de là, quelques artistes et écrivains de la "nouvelle génération" qui se démarquent du nombre ou du commun...

Mais -c'est ce que je ressens- (et je ne dois pas être le seul à le dire) :

"A l'Ouest ou à l'Est rien de nouveau... ou du nouveau à ne plus savoir où regarder" ...

 

... Le livre de Dan Franck "BOHEMES" évoque cette époque où durant l'espace de trois générations d'artistes, d'écrivains et de poètes -et de femmes et hommes de l'actualité artistique et littéraire- se réalisa la plus grande mutation (de pensée, de vision et de représentation du monde), entre 1860 et 1930, que toute l'Histoire de l'Art et de la Littérature aient jamais connus depuis des temps immémoriaux...

Cette évolution aussi rapide que radicale dans l'Histoire de l'Art et de la Littérature s'inscrit dans un contexte historique de bouleversement dans "l'ordre des choses" (économique, sociétal, scientifique, industriel, technologique avec l'arrivée du téléphone, de l'électricité, du train, de l'automobile, de l'avion, du télégraphe)... Un bouleversement sans nul doute, et peut-être même, de plus grande envergure que celui de l'arrivée d'internet, du numérique et du téléphone portable à partir de 1990...

Il faut dire aussi que les deux plus grandes conflagrations (guerres mondiales) qu'aient connues l'Humanité, en destructions, nombre de victimes et armement utilisé, et avec toutes les horreurs commises... Ont contribué à l'émergence d'un art et d'une littérature totalement nouveaux et en rupture avec ce qui avait cours dans le passé...

 

... Il me parait intéressant de situer dans le temps ( du Fauvisme, du Cubisme, du Dadaïsme, du Surréalisme ) les artistes qui ont vécu en particulier leur jeunesse en ces temps où ils se retrouvaient à Montmartre (Bateau Lavoir, Cabaret du Lapin Agile) , puis ensuite à Montparnasse (La Rotonde, la Ruche entre autres)...

Ainsi avant 1914 à l'époque du Fauvisme, de l'art abstrait, du Cubisme et du début du Futurisme, l'on rencontre toute la génération des nés entre 1878 et 1890, tous alors âgés en gros, de 20 à 30 ans :

Maurice Utrillo, Pablo Picasso, André Derain, Georges Braque, Juan Gris, Fujita, Modigliani, Jules Pascin...

A cette époque là, entre 1900 et 1914, Maurice Vlaminck, Henri Matisse, Kees Van Dongen, Raoul Dufy... Eux, étaient un peu plus âgés puisque nés avant 1878...

C'est aussi l'époque de la jeunesse (1900-1914), de Guillaume Apollinaire né en 1880 -et mort en 1918- , de Pierre Mac Orlan, de Jean Paulhan, de Jean Cocteau, de Blaise Cendrars, de James Joyce, Francis Carco, qui eux, étaient âgés aussi, de 20 à 30 ans avant 1914...

Les plus "vieux" à cette époque d'avant 1914, étaient Vassily Kandisky né en 1866, André Gide né en 1869, Paul Claudel né en 1868, Alfred Jarry né en 1873, et Max Jacob né en 1876...

Ensuite, après 1914 vient la nouvelle génération des nés au delà de 1890 :

Chaïm Soutine, Man Ray, Max Ernst, René Magritte, Salvator Dali né en 1904, André Breton, Tristan Tzara (le fondateur de Dada), Robert Desnos, Ernest Hemmingway, le tout jeune Georges Simenon né en 1903, ainsi que Pierre Brasseur né en 1905, et Louis Aragon né en 1897... Tous eux, âgés de 20 à 30 ans entre 1910 et 1920/1925...

 

... Tout ce monde là, au début, entre la fin du 19 ème siècle et les premières années du 20ème, se retrouvaient à Montmartre, au Bateau Lavoir et au Lapin Agile dans leur jeunesse pour les nés autour de 1880/1885, et ensuite à partir de 1905/1910 à Montparnasse à La Coupole et à La Ruche et dans les cafés autour du carrefour Vavin, tels que La Closerie des Lilas et le Dingo Bar (ainsi d'ailleurs qu'à Montmartre encore)...

Après 1910 bon nombres d'artistes, d'écrivains, romanciers et poètes (Américains pour beaucoup d'entre eux ainsi que des "anciens" de Montmartre dont Pablo Picasso), tous plus ou moins "désargentés et au parcours de vie très "accidenté", anarchistes, libertaires... Ont été attirés par ce quartier de Montparnasse qui à l'origine était un quartier encore relativement en friche, et offrait des ateliers à des loyers modestes dans un environnement de cafés populaires facilitant la sociabilité, l'émulation et l'entraide...

Mais par la suite avec l'époque des "années folles" entre les deux guerres de 1920 à 1940, notamment avec la Coupole, le Sélect et le Dôme, Montparnasse est devenu un "lieu branché" dans la mesure où il perdit peu à peu son côté "authentiquement bohème"... De telle sorte qu'après 1945, en partie déserté par certains artistes et écrivains, il fut supplanté par le quartier Latin (Saint Germain des prés)...

 

... Montmartre, Montparnasse, Saint Germain des prés... L'on assiste à travers ces lieux et à travers les époques successives de l'histoire de l'art et de la littérature, de la fin du 19ème siècle jusque, en gros, vers 1970/1980 ; à toute une évolution du monde contemporain en matière d'art et de culture : celle du "feu fait de flammes" dans une intemporalité qui englobe en fait toutes les époques y compris notre époque actuelle, avec toutes les représentations du monde, des objets et des corps selon des sensibilités, des angles, des couleurs et des formes différents... Mais aussi en même temps à partir de l'Impressionisme et du Symbolisme fin 19 ème siècle, celle des "gerbes de feu d'artifice et de geysers" avec le Fauvisme, le Cubisme, le Surréalisme, le Futurisme, le Nouveau Roman... Pour finalement (et incertainement et aléatoirement) aboutir, après 1980, à un "foisonnement d'expression artistique et littéraire dans la diversité, dans l'instantanéité, dans la banalité"... Et avec cette idée, que de nos jours "tout le monde fait quelque chose", ce qui contribue à une prolifération de productions dont on se demande pour certaines si ces productions sont encore artistiques et littéraires... Tout cela s'inscrivant plus que jamais auparavant, dans un monde marchand de consommation, de modes et d'affects... D'autant plus amplifié et généralisé avec Internet, les smartphones, le numérique, l'informatique, la robotique et la bureautique...

 

... Quelques réflexions et notes d'artistes, d'écrivains, dans Bohèmes de Dan Franck :

 

"Il y a maintenant, comme en tout pays, d'ailleurs, tant d'étrangers en France qu'il n'est pas sans intérêt d'étudier la sensibilité de ceux d'entre eux qui, étant nés ailleurs, sont cependant venus ici assez jeunes pour être façonnés par la haute civilisation française. Ils introduisent dans leur pays d'adoption les impressions de leur enfance, les plus vives de toutes, et enrichissent le patrimoine spirituel de leur nouvelle nation comme le chocolat et le café, par exemple, ont étendu le domaine du goût." ( Guillaume Apollinaire )

 

"Ce que je n'aurais pu faire dans la vie qu'en jetant une bombe – ce qui m'aurait conduit à l'échafaud- , j'ai tenté de le réaliser dans l'art, dans la peinture, en employant la couleur pure au maximum." ( Maurice de Vlaminck )

 

"En 1916, Picasso désirait faire mon portrait en costume d'Arlequin. Ce portrait s'est achevé en toile cubiste." ( Jean Cocteau ).

 

 

... Une "exception française" cependant, qui a tout de même été une rupture à l'époque, dans l'art littéraire avec François Rabelais né en 1483 ou 1494 selon les sources -et mort en à Paris le 9 avril 1553- , donc en pleine période de l'Humanisme 16 ème siècle...

François Rabelais dont l'oeuvre constitue un véritable réquisitoire à l'encontre des théologiens de la Sorbonne, de la pensée dominante du temps et de ses codes et règles ; avec ses expressions crues parfois obscènes qui lui ont attiré les foudres des autorités religieuses et politiques, et qui s'est vu censuré...

Il faut dire aussi que l'oeuvre de François Rabelais s'inscrit dans le contexte historique de la Réforme, politique et difficile...

A noter également, lors de l'édification des grandes cathédrales, à l'époque du Haut Moyen Age 12 ème, 13 ème, 14 ème siècles, les gargouilles iconoclastes à figures démoniaques sculptées dans la pierre et placées en hauteur à des endroits où seuls avaient accès les artistes "insoumis et caricaturistes" créateurs de ces figures...

Il n' a certes pas manqué, dans toutes les époques, depuis l'Antiquité, de ces artistes, poètes et écrivains, qui à leur manière dans leurs productions de peinture ou de littérature, ont peu ou prou, "secoué le cocotier" au point de passer parfois même pour des "pestiférés" ou des "damnés"... Mais dont l'Histoire "officielle" a en général fait peu de cas. On peut dire que François Rabelais pour ne citer que lui parce que cinq siècles plus tard il est l'un des personnages les mieux connus de la littérature française... Est un "cas d'école"...

 

... Personnellement, en matière d'art et de littérature, je penche plutôt vers des mouvements qui ne sont d'aucune école, d'aucun système de règles et de codes, totalement libres et indépendants, et bien sûr opposés à toute pensée ou tout ordre dominant, ne se "laissent pas acheter", ne deviennent pas finalement une "autre école" au même titre que les écoles en place et en boutique...

Ce qui me semble évident -et en quelque sorte me "chiffonne"- c'est que tous, quasiment tous, les mouvements artistiques et littéraires ayant mis ou mettant en cause un ordre établi, que ce soient ceux ayant surgi entre 1860 et 1930 ou ceux qui suivent au delà, ainsi que ceux qui de nos jours foisonnent dans la diversité et dans la banalité ; ont tendance dans leur évolution -pour ne pas dire dans leur vocation- à devenir à leur tour quelque chose qui ressemble à une école, une sorte d'école... Avant d'être finalement bousculés ou intégrés ou dilués dans un "mouvement général" qui depuis la fin du 20 ème siècle s'accélère et se diversifie de plus en plus, avec de plus en plus d'acteurs...

Le seul -enfin presque- des mouvements artistiques et littéraires qui ait "fait le moins école" par rapport à tous les autres, c'est à mon sens le mouvement Dada 1916 – 1924... Celui pour lequel j'ai une préférence et se rapproche le mieux de ce que je ressens, de l'idée que je me fais d'une certaine liberté, d'une certaine indépendance, d'une certaine opposition à toute dominance de pensée ou d'ordre...

Dada fut d'ailleurs supplanté dès 1924 par le Surréalisme qui lui, en dépit de son côté "révolutionnaire" et "totalement novateur", n'en est pas moins, n'en constitue pas moins, une "école" notamment avec cette sorte de "Dieu le Père" qu'était André Breton exerçant pour ainsi dire une véritable dictature avec son aéropage de fidèles "triés sur le volet" et ses "voués aux gémonies", ses ennemis et ses contradicteurs à abattre!...

 

 

"Bohèmes", de Dan Franck

... Je viens de lire "Bohèmes", de Dan Franck ; toute une époque qui, de la fin du 19 ème siècle jusqu'aux années 1930, a vu passer une génération de trublions de l'Art et de la Littérature, en ces lieux mythiques de Paris que furent Montmartre et Montparnasse, entre le bateau lavoir et la closerie des lilas...

Dans un commentaire que je vais prochainement publier, de cet ouvrage, "Bohèmes", de Dan Franck ; il me paraîtra intéressant de situer dans le temps les différents personnages (nombreux) qui ont fait l'actualité artistique et littéraire de cette époque... Si par exemple l'on y croise André Gide né en 1869, âgé de 51 ans en 1920 ; l'on y aperçoit aussi le tout jeune Georges Simenon né en 1903, âgé de 20 ans en 1923... Et Pablo Picasso né en 1881, Georges Braque né en 1882, tous deux de la même génération environ 40 ans au début des années 20 ; puis Man Ray né en 1890, donc 30 ans en 1920, et Louis Aragon, l'un des plus jeunes en 1923 âgé de 26 ans, né en 1897...

C'est en témoin de mon temps (je suis né en 1948) et donc selon ce que je vois aujourd'hui, ce que je lis, ce que j'observe, ce que je ressens, en ce premier quart du 21 ème siècle, que mon regard se porte sur une époque que je n'ai pas connue, et sur une époque qui est celle que j'ai vu évoluer depuis 1950 pour être ce qu'elle est aujourd'hui...

 

La mémoire, une fabrique de "faux-vrais" souvenirs ? ...

... Au tout début de son prologue de la biographie de Louis Aragon, Philippe Forest écrit cette première phrase :

 

"Je me méfie de la mémoire. Elle fabrique à foison de faux souvenirs que l'on prend pour des vrais".

 

Plus loin, dans "Un album de famille" à la page 56 ( ARAGON, Biographies nrf Gallimard), Philippe Forest dit :

 

"Jusqu'où faut-il croire Aragon? Dans quelle mesure convient-il d'accorder créance au récit qu'il nous fait de son enfance et qui le présente donc comme un petit garçon pauvre et méprisé, grandissant aux côtés d'une mère victime à la fois des siens et de l'homme qui a profité d'elle mais s'est toujours refusé à lui faire une vraie place dans la vie?" .../...

.../... Chacun d'entre nous réécrit le roman de sa vie à mesure qu'il vieillit. Et cette fiction finit par devenir la seule vérité qui compte"...

 

J'ai toujours dit qu'entreprendre par écrit le récit de sa vie et en particulier de son enfance, c'est ce qu'il y a de plus difficile en littérature... Et qu'une biographie d'un écrivain par un autre écrivain, est une oeuvre encore plus difficile à réaliser...

 

Toute la difficulté à mon sens, réside en partie dans la capacité qui est celle de l'écrivain, à donner aux personnages dont il parle, le rôle principal... En n'étant en somme que le narrateur (mais cependant le narrateur qui, dans les situations et dans les évènements vécus, apparaît lui aussi dans un rôle principal)...

 

Ensuite la difficulté tient aussi dans la manière dont le récit est présenté (et sera transmis)... Il est à peu près évident -en général- que l'auteur du livre de sa vie, ou que le biographe d'un auteur ; tend à donner à son récit, davantage l'atmosphère qu'il veut y mettre, plutôt que l'atmosphère qui "colle" à la réalité et à l'exactitude des situations, des événements...

Et il y a enfin la "vérité historique" du récit, des situations, des événements, des personnages évoqués (et avec la situation précise dans le temps, les dates... tout cela corroboré par des documents authentiques, des témoignages recueillis)...

 

Que penser -c'est la réflexion qui me vient- cependant, d'une "fiction" ou d'une "autofiction", c'est à dire d'un récit évoquant un personnage principal s'apparentant à l'auteur lui-même?

 

Le "Mentir vrai" de Louis Aragon (1964) ou plus généralement mentir ou arranger... Faut-il en faire procès, ou affaire d'opinion, ou affaire de morale ? ... Dans la mesure où ce qui est écrit, tel quel, vrai ou imaginé ou arrangé... Peut apporter au lecteur ?

 

Pour répondre -si une réponse est possible- à la question du "mentir vrai" de Louis Aragon, ou de mentir et d'arranger, plus généralement... Je ne vois en vérité, que ceci :

 

les personnages évoqués dans une oeuvre autobiographique (pour beaucoup disparus), ont tous des descendants directs et ou collatéraux qui, à un moment ou un autre peuvent avoir connaissance de ce qui a été écrit... (et cela d'autant plus avec Internet, les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, l'édition en ligne à la portée de tout un chacun)...

 

Et l'auteur du livre de sa vie ou le biographe, doit peut-être à mon sens, s'interroger au sujet de ce qui sera perçu par un proche, un descendant du ou des personnages évoqués : c'est là qu'intervient la nécessité de l'exactitude des situations, des événements, des faits... et cela dans le contexte particulier qui fut...

Reste la question du jugement ou de la morale que se fait le lecteur, ce lecteur pouvant être un descendant de tel ou tel personnage évoqué...

La part faite à la morale et au jugement n'éclipse-t-elle pas en partie, la "dimension littéraire" de l'oeuvre ?

 

Céline, un auteur qui fâche

... De son vrai nom Louis Ferdinand Destouches, né à Courbevoie le 27 mai 1894, et décédé le 1er juillet 1961 à Meudon.

Soit dit en passant, ce même 1er juillet 1961, Ernest Hemingway se tirait dans la tête une décharge de chevrotines...

 

Céline, un auteur qui fâche... L'on sait pourquoi...

 

Mais de surcroît, et peut-être plus encore qu'il ne fâche, Céline est un auteur "difficile" en ce sens que lire un livre de Céline impose un effort de lecture...

 

Quel professeur de Lettres Modernes (prof de français pour appeler un chat un chat) aujourd'hui dans un lycée en classe de seconde ou de première littéraire, envisagerait sereinement de proposer à des jeunes de 15/16 ans de sa classe, de lire (le livre à lire dans la semaine) "D'un château l'autre" ou "Guignol's Band" ?... "Voyage au bout de la nuit" est sans doute "plus buvable" (c'est incontestablement, "Voyage..." le livre le plus lu, de Céline)...

 

... De toute manière, en matière de lecture, toutes cultures et sensibilités confondues je crois bien dans le monde d'aujourd'hui... Où l'on passe une partie de la journée sur Internet et sur les réseaux sociaux notamment Twitter ( tout ce que l'on peut dire et lire faisant 140 caractères maximum) ; tout livre étant "un peu plus qu'un produit de consommation", ainsi que toute "chose écrite" de plus de 15 lignes sur le Net... Demande assurément "un effort de lecture"...

 

... Pour ma part, m'étant cependant intéressé et m'étant senti motivé à lire Céline, j'avoue que pour "Guignol's Band" j'ai "déclaré forfait" au bout de 50 pages... (Et pourtant je suis sensible à ce style ou type d'écriture qui est celui de Céline, et dans lequel "je me reconnais plus ou moins en partie" ...

Soit dit en passant, quand "on se reconnaît dans l'écriture d'un auteur"... En fait, "on s'y reconnaît mais avec quelque chose de soi-même, de tout à fait différent"...

 

... "D'un château l'autre"... J'essaye, j'essaye... J'avance...J'avance... Page après page...

 

L'aigle et le dragon, de Serge Gruzinski

Aigle et dragon

L'auteur :

 

... Serge Gruzinski, historien de renommée internationale (directeur de recherche au CNRS, il enseigne en France, à l'EHESS, et aux Etats Unis, à l'université de Princeton), est l'auteur de nombreux ouvrages dont "La pensée métisse" (Fayard, 1999) et "Les quatre parties du monde" (La Martinière, 2004).

 

 

... C'est au tout début du XVI ème siècle que commence ce que l'on appelle aujourd'hui la mondialisation...

Et cette "mondialisation" a en fait-et de fait- commencé avec les Ibériques (Espagnols et Portugais) qui ont débarqué, avec les Espagnols, au Mexique, et avec les Portugais, le long des côtes du Sud Est Asiatique, depuis le détroit de Malacca jusqu'à Pékin, en passant par Canton et Nankin, dans l'empire Chinois...

Ces deux événements que furent l'arrivée des Espagnols au Mexique, et l'arrivée des Portugais dans le Sud Est Asiatique, ont eu lieu à la même époque, autour des années 1517/1521...

Ce sont bien là deux événements qui ont marqué une étape déterminante dans notre histoire (celle des pays Européens et de la civilisation issue du monde Grec et du monde Romain de l'antiquité, d'une part ; et celle des deux continents que sont l'Amérique et l'Asie avec leurs peuples qui eux aussi, avaient leur culture, leur mode de vie, leurs croyances ; en somme leurs civilisations issues de mondes préhistoriques, et donc, d'évolutions et d'expériences différentes dans l'environnement naturel et géographique qui était le leur et qu'ils n'avaient pour ainsi dire jamais quitté -sans cependant avoir vécu isolés et sans contact avec d'autres parties du monde, autant pour les peuples de l'Amérique centrale que pour les peuples de "l'empire céleste" (la Chine)...

Alors que Magellan au début des années 1520, parvenait en Asie du Sud Est, Philippines et Indonésie ; Cortès menait une expédition en Amérique centrale et s'emparait de Mexico, non sans mal il faut dire, puisque les troupes de Cortès rencontrèrent une forte résistance de la part d'une coalition de Nahuas, de Mexicas sous l'égide de Mexico-Tenochtitlan. (les Espagnols de Cortès bien qu'utilisant des armes à feu et des canons, n'étaient pas très nombreux en face de ces dizaines de milliers de Mexicas et subirent de lourdes pertes)...

Les Portugais, installés à Malacca, rêvaient de coloniser la Chine, menèrent d'ailleurs une ambassade par la route de Canton à Pékin par Nankin, auprès de l'empereur Zhengde, mais cette opération fut en réalité un échec (les Portugais de cette expédition furent suspectés d'espionnage, emprisonnés et finalement éliminés physiquement)...

Si "l'aigle aztèque" se laissa anéantir, en revanche le "dragon chinois" élimina les intrus...

Il faut dire que les Chinois, depuis bien avant l'arrivée des navigateurs portugais au début du XVI ème siècle, avaient eu des contacts (commerce, échanges) avec les pays de l'Europe, notamment Venise et l'Italie...

Serge Gruzinski raconte ce face-à-face entre des civilisations que tout séparait (la culture, la religion, les modes de vie), mais surtout, démonte cette croyance des Européens fondée sur la supériorité (savoirs et technologies) des Blancs et des Occidentaux, sur les autres peuples "indigènes" de l'Amérique et de l'Afrique d'avant le XVI ème siècle (XVI ème siècle du calendrier chrétien)...

... Nous sommes bien là, devant une réalité historique : celle de l'existence de trois civilisations différentes, à savoir la civilisation européenne et occidentale issue de l'héritage Egyptien, Grec et Romain (et du Moyen Orient, Mésopotamie, Perse) ; la civilisation Chinoise, et la civilisation de l'Amérique centrale (Aztèque)... Auxquelles il faut ajouter aussi, la civilisation des Incas (Amérique du Sud, Andes) et les civilisations de l'Océanie (pacifique, océan Indien), et encore, la civilisation Amérindienne de l'Amérique du nord et de l'Amérique du Sud...

Il faut dire aussi qu'en matière de violence et de cruauté, de domination et de prédation, et de guerres de conquêtes, toutes les civilisations se valent, autant dire que violence, cruauté, domination, guerres de conquêtes ; tout cela n'est pas le fait unique de la civilisation européenne...

Sans doute la technologie européenne (navigation, armes de guerre, industrie) a-t-elle pu, du XVI ème au XIX ème siècle, constituer une force, être un avantage sur les autres peuples en Amérique et en Afrique notamment, ce qui explique pourquoi tous ces peuples ont été colonisés et dominés, et ont dû, de gré ou de force, se "fondre" en partie dans la civilisation des dominants...

La fin du XX ème siècle et surtout le XXI ème, "change la donne" et c'est la civilisation européenne qui "perd du terrain" sinon décline... Du fait du développement rapide des autres pays hors d'Europe, pays autrefois sous la domination des Européens et qui de nos jours, "profitent" (si l'on peut dire) -mais en partie seulement- de la mondialisation de l'économie, des technologies, et de l'accès à la consommation de produits et d'équipements...

 

EXTRAIT, page 203 :

 

"Depuis l'antiquité, nous, c'est à dire les Grecs, les Romains, les Chrétiens,les Européens, puis les Occidentaux, avons pris l'habitude d'appeler les autres des "barbares". L'écart des langages et des modes de vie pour les Grecs, la différence religieuse pour les Chrétiens, la supériorité technique, militaire et culturelle pour les Européens de la Renaissance et des Lumières, puis la race au XIX ème siècle ont inlassablement ravivé cette distinction. Le terme "barbare" devient passe-partout au point qu'il s'applique même à des Européens quand il s'agit, avec Machiavel, de dénoncer l'intrusion des étrangers sur le sol de la patrie.

Au cours du XVI ème siècle, dans le sillage de la mondialisation Ibérique, des Européens se sont retrouvés face à la plupart des grandes civilisations de la planète et à des myriades de populations que l'on a longtemps qualifiées de primitives. Dans le Nouveau Monde, Espagnols et Portugais ont usé et abusé du terme "barbare" (alors qu'eux-mêmes se présentaient généralement comme des "cristianos") , en introduisant des distinctions qui n'étaient pas que des exercices de style puisqu'elles orienteraient les rapports que les colonisateurs entretiendraient avec les colonisés."

 

Roue Libre

Rl21rl21.pdf (2.1 Mo)     ROUE LIBRE, petit journal illustré

 

Ma France c'est celle qui ne croit pas en ces mirages que sont le pouvoir et l'argent.

Ma France c'est celle de toutes ces voix, de tous ces visages, de tous ces regards, de toutes ces images, de tous ces écrits, de toutes ces musiques, de tous ces dessins qui, en roue libre le long des chemins à l'écart des marchés et des vitrines de boutiquiers ; font toutes ces Une d'une actualité qui n'est jamais célébrée mais dont nous sommes nombreux à partager ce que cette actualité si peu visible, contient ; font toutes ces Une d'une expression qui ne passe pas à la télévision ni dans les salles polyvalentes ni dans ce qui est diffusé par les promoteurs et par les marchands de littérature, de musique et de culture en général...

Ma France c'est celle de tout ce qu'il y a d'informel mais néanmoins empli d'imaginaire, de rêve et de factures talentueuses des uns et des autres, contre tout ce qu'il y a de formaté, d'organisé et de médiatisé dans le seul but réel d'une retombée économique de marché...

 

Voltaire ou le Jihad, de Jean Paul Brighelli

Voltaire ou le jihad

"Vers le suicide de la culture Européenne ?"

"Sommes nous vraiment les héritiers de Voltaire, ou glissons nous vers la barbarie sans nous en apercevoir?"

 

La lutte contre le Jihad des fondamentalistes de l'Islam est aujourd'hui un théâtre de guerre à ciel ouvert dont la scène est aussi vaste que l'Europe, que le moyen orient et que le monde occidental tout entier, dont les principaux acteurs politiques se présentent comme étant des défenseurs de la civilisation ; un "théâtre de guerre" donc, qui cache un autre "théâtre de guerre", en fait un autre Jihad, qui lui, mené par les grandes puissances économiques du marché et de la culture, écrase les peuples plus universellement encore que les combattants du Jihad islamique. Car si le Jihad islamique est "infiltré" dans les sociétés occidentales, dans bon nombre de pays, et s'il frappe, s'il tue, si les actes de terrorisme qu'il commet sont spectaculaires, dramatiques et d'une violence extrême ; le Jihad mené par les grandes puissances économiques du marché, quant à lui, est d'un caractère, d'une emprise, d'une hégémonie bien plus universelle encore, et cela par toutes les cultures de substitution, les cultures dites "plurielles", les cultures des banlieues et des communautés urbaines et des minorités revendicatrices, les nouvelles technologies... C'est bien cela le "Jihad mondial" des puissances économiques et politiques, qui porte en lui dans son ordre et dans sa gestion du quotidien des peuples, une culture obscurantiste de masse entièrement formatée et légiférée et soumise aux lois du marché, aux lois sans cesse changeantes et opportunistes de l'opinion publique, aux lois de la mode, aux lois de la pensée unique du moment...


... Extraits du livre de Jean Paul Brighelli "Voltaire ou le Jihad" :

Voltaire ou le jihadvoltaire-ou-le-jihad.pdf (92.56 Ko)

 

Histoire des Cathares, de Michel Roquebert

Cathares

      Michel Roquebert, Grand Prix d'histoire de l'Académie française, est le spécialiste reconnu de l'histoire du catharisme. Cette Histoire des Cathares est la quintessence de trente ans de travail sur le sujet.

 

Si l'on regarde l'Histoire, d'une vue d'ensemble portant depuis ce que l'on pourrait appeler l'an Zéro (les environs de l'an Zéro) jusqu'à notre époque, début du 21 ème siècle ; sur quelque deux mille années d'existence donc... Tout le drame de l'Humanité réside dans le fait religieux...

Le livre de Michel Roquebert, "Histoire des Cathares", parle bien sûr, des Cathares, de l'histoire de la société Cathare qui couvre plus de trois siècles, du 11 ème au 14 ème... Mais le "champ" des répressions, des violences, des inquisitions ; l'emprise des totalitarismes exercés par les puissances dites temporelles (politique, économie, gouvernement, lois, traités, institutions, administration) et associés à la puissance de l'Eglise Catholique et Romaine dans toute l'Europe, à l'Islam du Moyen Orient jusqu'en Espagne entre les 7ème et 15ème siècles... Ce "champ" et cette emprise donc, débordent largement du cadre de la seule histoire des Cathares...

Déjà, dès le début même du Christianisme – et l'on peut en dire autant de l'Islam- se développent tels des feux poussés par les vents de ci de là dans la brousse, des foyers de dissidences tous faits de flammes plus rougeoyantes et plus porteuses de lumière les unes que les autres, déjà apparaissent les hérésies, déjà le sang coule, les flammes des bûchers dévorent les impies, les dissidents, les hérétiques, les déviants, les "suppôts de Satan"...

A l'origine de toutes ces violences exercées par les puissances temporelles et religieuses, il y a, en gros, deux causes principales :

-L'accession au Pouvoir, à l'Autorité, à la possession des biens, des terres, des territoires, à la domination des peuples... Tout cela au profit d'une minorité détenant les armes, l'argent, la loi.

-Et la différence de croyance, les interprétations, les doctrines, la lecture des textes dans un sens ou dans un autre "justifiant que ..."

Et les Pouvoirs, tous les Pouvoirs en place, et les minorités possédantes avec leurs armes, leur argent et les lois qu'ils font à leur avantage, composent et surtout s'appuient sur les croyances, sur les différences, sur les doctrines, sur telle ou telle lecture du texte...

Les Pouvoirs et les minorités possédantes s'allient ou se combattent selon l'enjeu, selon leurs intérêts, selon ce qu'ils ont à gagner à être d'un côté ou d'un autre, de telle ou telle Foi... Et leurs victimes sont toujours ces milliers de gens du peuple, ces "gens de rien à leurs yeux" qu'ils font combattre sur les champs de bataille... Ou qu'ils font s'égorger entre eux...

... Le "fait religieux" c'est le drame de l'Humanité, c'est le sang versé, ce sont les violences perpétrées, ce sont les totalitarismes de la pensée, ce sont les assassins au nom de Dieu ou d'Allah, au nom du Bien et du Mal... Tant que demeurera l'Humanité dans le fait religieux, la barbarie demeurera et s'exercera, ne cessant de se montrer avec des visages différents, des visages masqués ou non...

Les visages masqués sont peut-être les pires...

 

... Dans les sociétés primitives (je pense aux sociétés humaines du Paléolithique Supérieur, en particulier des Néanderthaliens qui enterraient leurs morts, des Sapiens -Solutréens et Magdaléniens ainsi que leurs prédécesseurs)... Et pour tout dire avant les Monothéïsmes (croyance en un seul Dieu), il n'y avait pas de "drame de l'humanité du fait religieux" , il n'y avait que le drame de l'humanité du fait de la précarité de l'existence, de la vie humaine... A vrai dire le "drame" était bien davantage une réalité qu'un "drame"...

La connaissance scientifique telle que nous l'avons en partie aujourd'hui, n'existait pas, et les "dieux", les croyances, la "grande Mère", le "tout", le "ciel", l'au delà... Tout cela était fondé sur l'observance, l'interprétation des événements naturels et de l'image que l'on s'en faisait ; sur la violence, sur l'imprévisibilité des forces de la nature, sur les manifestations naturelles qui faisaient que l'on avait ou non de quoi manger, de quoi se protéger... Le "fait religieux" tel qu'il est le drame de l'humanité depuis le Monothéïsme, depuis la croyance en un seul dieu, n'était point dans les sociétés du Paléolithique Supérieur.

La réalité naturelle, sa violence, sa dureté... C'était "l'atelier", c'était "la forge", là où s'élaborait ce "produit" qui est l'Homme... Les religions du Monothéïsme sont une perversion du "produit", plus encore que l'Inconnaissance qui était, avant la Science -quoique la Science ne soit en fait qu'un "embryon de la Connaissance"...

 

 

Les chevaux du soleil, de Jules Roy

      Jules Roy, qui fut le grand ami d'Albert Camus, est l'un de mes écrivains auteurs préférés dont j'ai lu "Les chevaux du Soleil" (une saga de l'Algérie de 1830 à 1962 en mille pages), "Mémoires barbares" (guerre 39/45, Indochine, Algérie) ainsi que quelques autres ouvrages.

Plus encore qu'un écrivain, un homme de littérature, il est aussi en tant qu'écrivain et romancier, en même temps, dans chacun de ses ouvrages, un poète... Le poète que l'on sent par sa manière d'écrire... C'est "riche", immensément riche, son style, son langage, les images qu'il emploie, à tel point d'ailleurs que des pages entières de ses livres sont comme un immense tableau de peinture qui "fatiguerait presque le regard" tant il exigerait d'attention, de concentration, de ce regard...

Jules Roy n'est pas le fils vrai du gendarme Roy mais d'un instituteur (qui s'appelle Dematons dans "les chevaux du soleil")...

Voici l'histoire :

Dematons, instituteur à la fin du 19 ème siècle, vit dans l'Aube et il est marié à Delphine avec laquelle il reste 9 ans et dont il a un fils Robert.

Cette Delphine est une femme sans magie, qui s'empâte, dans une vie "ron-ron" avec son mari instituteur dans un petit bled de l'Aube, qui est très bonne cuisinière, très femme d'intérieur et qui passe la moitié de son temps à "faire des petits plats"... ça dure 9 ans l'histoire là, jusqu'au jour où Delphine décide de prendre une bonne à tout faire qui s'appelle Eugénie et qui est "hyper canon" comme jeune femme. Et l'instituteur "en pince fort" pour cette Eugénie qu'il trouve si différente de Delphine. Et qui elle, ne cuisine pas, se fout du ménage et est dépensière mais "magique"... Dematons divorce, se remarie avec Eugénie mais Eugénie le déçoit, et sur un coup de tête, il décide de divorcer une 2 ème fois, et de partir en Algérie en 1901.

En Algérie il est nommé dans un village de montagne, perdu, au milieu des Arabes. Et puis un jour en se rendant à Alger chez des amis puis à Sidi Moussa avec ses amis qui veulent lui faire visiter une ferme dans la plaine de la Mitidja, il rencontre Mathilde une des filles Paris mariée à un gendarme.

Mathilde n'est pas "spécialement heureuse avec son gendarme de mari", elle est une femme très belle, très rêveuse, très romantique (mais qui sait néanmoins se servir d'un fusil et qui a du réalisme et du tempérament).

S'établit une liaison amoureuse et passionnée entre Mathilde et l'instituteur Dematons. Le gendarme Roy "n'y voit que du feu" ou il "accepte en faisant comme s'il ne savait pas". En 1907 Mathilde est enceinte de celui qui sera l'écrivain Jules Roy, et le 22 octobre de cette année 1907 naît donc Jules Roy ... qui n'est pas le fils du gendarme mais qui en porte le nom.

Le gendarme meurt peu de temps après...

Bon, dans "les chevaux du soleil", les noms (du gendarme, de l'enfant de Dematons avec Mathilde) ont été changés... Et d'ailleurs si le contexte historique est vrai, bien réel (pas "arrangé du tout ni dans un sens ni dans un autre"), de 1830 à 1962... Les personnages eux, dont des personnages de roman (ou réels pour au moins quelques uns mais dont les noms ont été changés)...

Ce que j'en dis, de cette histoire entre l'instituteur et Mathilde la mère de l'écrivain ?

J'en dis que... quand un homme ne fait pas ce qu'il faut et n'est pas ce qu'il doit être pour la femme qu'il a, il ne faut pas qu'il s'attende de la part de sa femme à des miracles d'abnégation, de fidélité, de dévouement, d'amour, etc. ! Sans doute ce gendarme était-il un homme "sans magie", "un peu primaire sur les bords", un peu "ron ron", et ça, pour Mathilde "ça devait pas être trop le pied" avec un type comme ça !

Je suis "idéologiquement parlant" pour la fidélité, contre le cocufiage... MAIS... il faut reconnaître qu'il y a des cocufiages qui se méritent, des "cons" (et aussi des connes) qui méritent d'être bafoués !

Cette immense saga de l'Algérie de 1830 à 1962 m'a d'autant plus passionnée que j'ai vécu une partie de ma jeunesse avec mes parents en Algérie de 1959 à 1962, précisément à Blida, au pied de l'Atlas Tellien avec Chréa en haut de la crête à 1800 m d'altitude, la vue sur la Mitidja, Beni Mered et Boufarik vers Alger, les collines du Sahel au loin avec les faubourgs d'Alger, et la mer méditérranée en petit triangle dans une échancrure du Sahel, et les monts de Cherchell tout à gauche à l'opposé d'Alger, là où se couche le soleil en mai, juin et juillet.

Le couscous, la mouna, l'anisette, les fêtes qu'on faisait entre voisins, amis, connaissances, famille, l'accent "pied noir", et tant et tant de ces petites choses qui faisaient la magie de la vie, qui rendait la vie chaque jour totalement "inordinaire" ! J'ai trouvé tout ça, que j'ai connu entre 1959 et 1962, en lisant ce livre "les chevaux du soleil"...

 

J'avais déjà une première fois, lu ce livre en 2008, et je le relis cet été en ce mois de juillet en 2016... Avec autant de plaisir et d'intérêt, d'autant plus que l'histoire de l'Algérie je la connais bien et que l'auteur retrace avec réalisme et vérité cette histoire de 1830 à 1962...

Notamment l'épisode de la révolte et du soulèvement Kabyle en 1871 (qui préfigurait ce qui devait se passer après la seconde guerre mondiale, en 1945 à Sétif, et ensuite en 1954)... On peut dire "sans pour autant encenser Napoléon III et le Second Empire Français", que la vision de Napoléon III pour "une nation Arabe aux côtés de la France" avec des droits pour tous, la civilisation, la société, la considération etc. ... Etait une vision à laquelle personnellement je "souscrivais" on va dire... Mais à l'arrivée de cette troisième république bourgeoise et colonisatrice, dédaigneuse des populations indigènes, et qui se prévalait d'une "mission", et qui s'est montrée si injuste, si dure, et qui ne voyait que l'enrichissement, l'exploitation, l'enracinement des colons grands propriétaires, alors ce n'a plus été pareil que du temps du second empire (que d'ailleurs les colons "ne pouvaient pas piffrer, à part quelques généraux idéalistes et leurs fidèles)...

 

Bon, y'aurait pas eu l'expédition Française à Alger en juin 1830, sans doute que les Britanniques auraient "mis leur nez là dedans" ... C'est vrai qu'il y en avait marre de ces Turcs maîtres de la méditerranée côté Afrique, de toute cette piraterie... Mais les Anglais auraient-ils fait "mieux" (ou pire) que nous ?

Ah, l'histoire, l'histoire! ...

 

Ismaël Urbain, un ancien haut fonctionnaire du Second Empire, avait inspiré à Napoléon III, l'idée d'un royaume arabe avec une association entre les Français et les indigènes ("indigènes" dans le sens de "habitants et natifs d'un pays")... Selon Ismaël Urbain, la France faisait fausse route, la sécurité et la prospérité ne pouvait dépendre que de l'adhésion morale des musulmans, et les Français d'Algérie exerçaient sans partage des droits de souveraineté mais ne donnaient rien en échange au peuple colonisé, même pas l'instruction.

Ismaël Urbain avait été le correspondant du Journal des débats, il avait écrit deux ouvrages : l'Algérie pour les Algériens, et l'Algérie Française, dans lesquels il proposait l'égalité pour tous, l'agriculture dans les mains des fellahs (paysans Arabes), et l'industrie gérée par les Européens.

En Terre Algérienne occupée et aux mains des Français auxquels les gouvernements de 1830 à 1850 avaient attribué des terres, des propriétés ; pendant le Second Empire honni par les colons, cette idée d'un royaume Arabe avec une association des cultures et des pouvoirs, était considée comme impie, absurde, farfelue, et elle était combattue : les riches et puissants colons qui tenaient salons de réception à Alger, tout le "gratin" de cette société de propriétaires, de grands marchands qui envoyaient en France le produit de leurs cultures fruitières, maraîchères, céréalières, viticoles, et en tiraient déjà pour eux-mêmes les bénéfices, et dont la "bonne société" en France, profitait... N'imaginaient pas un seul instant que les "indigènes" (dans le sens que eux ils donnaient à ce terme d'indigène) puissent être des Humains ! Ils les considéraient comme du bétail, des bêtes de somme !

 

... L'on va me dire, certains vont me dire... que, en 1830, ces terres marécageuses, incultes, humides, pourries de moustiques, de la plaine de la Mitidja, n'avaient jamais été mises en valeur, nettoyées, cultivées et entretenues et qu'elles étaient demeurées depuis des siècles à l'état sauvage... Et que ce sont les colons venus de France s'installer dans la Mitidja, qui ont mis ces terres en valeur au prix d'un labeur incessant en payant le prix fort ! Certes, certes...

Les "bons arguments" -comme c'est drôle- sont toujours du même côté : du côté du plus fort, du mieux démerdard, du plus culotté, du "qui réussit dans la vie", et dont la morale, la bienpensance fait force de loi ! Autrement dit "les autres y'z'avaient qu'à en faire autant, ce sont des feignants, des moins que rien, des abrutis, des incultes, des barbares!" ... Et voilà comment on fait tourner le monde !

 

 

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