Livres et littérature

L'aigle et le dragon, de Serge Gruzinski

Aigle et dragon

L'auteur :

 

... Serge Gruzinski, historien de renommée internationale (directeur de recherche au CNRS, il enseigne en France, à l'EHESS, et aux Etats Unis, à l'université de Princeton), est l'auteur de nombreux ouvrages dont "La pensée métisse" (Fayard, 1999) et "Les quatre parties du monde" (La Martinière, 2004).

 

 

... C'est au tout début du XVI ème siècle que commence ce que l'on appelle aujourd'hui la mondialisation...

Et cette "mondialisation" a en fait-et de fait- commencé avec les Ibériques (Espagnols et Portugais) qui ont débarqué, avec les Espagnols, au Mexique, et avec les Portugais, le long des côtes du Sud Est Asiatique, depuis le détroit de Malacca jusqu'à Pékin, en passant par Canton et Nankin, dans l'empire Chinois...

Ces deux événements que furent l'arrivée des Espagnols au Mexique, et l'arrivée des Portugais dans le Sud Est Asiatique, ont eu lieu à la même époque, autour des années 1517/1521...

Ce sont bien là deux événements qui ont marqué une étape déterminante dans notre histoire (celle des pays Européens et de la civilisation issue du monde Grec et du monde Romain de l'antiquité, d'une part ; et celle des deux continents que sont l'Amérique et l'Asie avec leurs peuples qui eux aussi, avaient leur culture, leur mode de vie, leurs croyances ; en somme leurs civilisations issues de mondes préhistoriques, et donc, d'évolutions et d'expériences différentes dans l'environnement naturel et géographique qui était le leur et qu'ils n'avaient pour ainsi dire jamais quitté -sans cependant avoir vécu isolés et sans contact avec d'autres parties du monde, autant pour les peuples de l'Amérique centrale que pour les peuples de "l'empire céleste" (la Chine)...

Alors que Magellan au début des années 1520, parvenait en Asie du Sud Est, Philippines et Indonésie ; Cortès menait une expédition en Amérique centrale et s'emparait de Mexico, non sans mal il faut dire, puisque les troupes de Cortès rencontrèrent une forte résistance de la part d'une coalition de Nahuas, de Mexicas sous l'égide de Mexico-Tenochtitlan. (les Espagnols de Cortès bien qu'utilisant des armes à feu et des canons, n'étaient pas très nombreux en face de ces dizaines de milliers de Mexicas et subirent de lourdes pertes)...

Les Portugais, installés à Malacca, rêvaient de coloniser la Chine, menèrent d'ailleurs une ambassade par la route de Canton à Pékin par Nankin, auprès de l'empereur Zhengde, mais cette opération fut en réalité un échec (les Portugais de cette expédition furent suspectés d'espionnage, emprisonnés et finalement éliminés physiquement)...

Si "l'aigle aztèque" se laissa anéantir, en revanche le "dragon chinois" élimina les intrus...

Il faut dire que les Chinois, depuis bien avant l'arrivée des navigateurs portugais au début du XVI ème siècle, avaient eu des contacts (commerce, échanges) avec les pays de l'Europe, notamment Venise et l'Italie...

Serge Gruzinski raconte ce face-à-face entre des civilisations que tout séparait (la culture, la religion, les modes de vie), mais surtout, démonte cette croyance des Européens fondée sur la supériorité (savoirs et technologies) des Blancs et des Occidentaux, sur les autres peuples "indigènes" de l'Amérique et de l'Afrique d'avant le XVI ème siècle (XVI ème siècle du calendrier chrétien)...

... Nous sommes bien là, devant une réalité historique : celle de l'existence de trois civilisations différentes, à savoir la civilisation européenne et occidentale issue de l'héritage Egyptien, Grec et Romain (et du Moyen Orient, Mésopotamie, Perse) ; la civilisation Chinoise, et la civilisation de l'Amérique centrale (Aztèque)... Auxquelles il faut ajouter aussi, la civilisation des Incas (Amérique du Sud, Andes) et les civilisations de l'Océanie (pacifique, océan Indien), et encore, la civilisation Amérindienne de l'Amérique du nord et de l'Amérique du Sud...

Il faut dire aussi qu'en matière de violence et de cruauté, de domination et de prédation, et de guerres de conquêtes, toutes les civilisations se valent, autant dire que violence, cruauté, domination, guerres de conquêtes ; tout cela n'est pas le fait unique de la civilisation européenne...

Sans doute la technologie européenne (navigation, armes de guerre, industrie) a-t-elle pu, du XVI ème au XIX ème siècle, constituer une force, être un avantage sur les autres peuples en Amérique et en Afrique notamment, ce qui explique pourquoi tous ces peuples ont été colonisés et dominés, et ont dû, de gré ou de force, se "fondre" en partie dans la civilisation des dominants...

La fin du XX ème siècle et surtout le XXI ème, "change la donne" et c'est la civilisation européenne qui "perd du terrain" sinon décline... Du fait du développement rapide des autres pays hors d'Europe, pays autrefois sous la domination des Européens et qui de nos jours, "profitent" (si l'on peut dire) -mais en partie seulement- de la mondialisation de l'économie, des technologies, et de l'accès à la consommation de produits et d'équipements...

 

EXTRAIT, page 203 :

 

"Depuis l'antiquité, nous, c'est à dire les Grecs, les Romains, les Chrétiens,les Européens, puis les Occidentaux, avons pris l'habitude d'appeler les autres des "barbares". L'écart des langages et des modes de vie pour les Grecs, la différence religieuse pour les Chrétiens, la supériorité technique, militaire et culturelle pour les Européens de la Renaissance et des Lumières, puis la race au XIX ème siècle ont inlassablement ravivé cette distinction. Le terme "barbare" devient passe-partout au point qu'il s'applique même à des Européens quand il s'agit, avec Machiavel, de dénoncer l'intrusion des étrangers sur le sol de la patrie.

Au cours du XVI ème siècle, dans le sillage de la mondialisation Ibérique, des Européens se sont retrouvés face à la plupart des grandes civilisations de la planète et à des myriades de populations que l'on a longtemps qualifiées de primitives. Dans le Nouveau Monde, Espagnols et Portugais ont usé et abusé du terme "barbare" (alors qu'eux-mêmes se présentaient généralement comme des "cristianos") , en introduisant des distinctions qui n'étaient pas que des exercices de style puisqu'elles orienteraient les rapports que les colonisateurs entretiendraient avec les colonisés."

 

Roue Libre

Rl21rl21.pdf (2.1 Mo)     ROUE LIBRE, petit journal illustré

 

Ma France c'est celle qui ne croit pas en ces mirages que sont le pouvoir et l'argent.

Ma France c'est celle de toutes ces voix, de tous ces visages, de tous ces regards, de toutes ces images, de tous ces écrits, de toutes ces musiques, de tous ces dessins qui, en roue libre le long des chemins à l'écart des marchés et des vitrines de boutiquiers ; font toutes ces Une d'une actualité qui n'est jamais célébrée mais dont nous sommes nombreux à partager ce que cette actualité si peu visible, contient ; font toutes ces Une d'une expression qui ne passe pas à la télévision ni dans les salles polyvalentes ni dans ce qui est diffusé par les promoteurs et par les marchands de littérature, de musique et de culture en général...

Ma France c'est celle de tout ce qu'il y a d'informel mais néanmoins empli d'imaginaire, de rêve et de factures talentueuses des uns et des autres, contre tout ce qu'il y a de formaté, d'organisé et de médiatisé dans le seul but réel d'une retombée économique de marché...

 

Voltaire ou le Jihad, de Jean Paul Brighelli

Voltaire ou le jihad

"Vers le suicide de la culture Européenne ?"

"Sommes nous vraiment les héritiers de Voltaire, ou glissons nous vers la barbarie sans nous en apercevoir?"

 

La lutte contre le Jihad des fondamentalistes de l'Islam est aujourd'hui un théâtre de guerre à ciel ouvert dont la scène est aussi vaste que l'Europe, que le moyen orient et que le monde occidental tout entier, dont les principaux acteurs politiques se présentent comme étant des défenseurs de la civilisation ; un "théâtre de guerre" donc, qui cache un autre "théâtre de guerre", en fait un autre Jihad, qui lui, mené par les grandes puissances économiques du marché et de la culture, écrase les peuples plus universellement encore que les combattants du Jihad islamique. Car si le Jihad islamique est "infiltré" dans les sociétés occidentales, dans bon nombre de pays, et s'il frappe, s'il tue, si les actes de terrorisme qu'il commet sont spectaculaires, dramatiques et d'une violence extrême ; le Jihad mené par les grandes puissances économiques du marché, quant à lui, est d'un caractère, d'une emprise, d'une hégémonie bien plus universelle encore, et cela par toutes les cultures de substitution, les cultures dites "plurielles", les cultures des banlieues et des communautés urbaines et des minorités revendicatrices, les nouvelles technologies... C'est bien cela le "Jihad mondial" des puissances économiques et politiques, qui porte en lui dans son ordre et dans sa gestion du quotidien des peuples, une culture obscurantiste de masse entièrement formatée et légiférée et soumise aux lois du marché, aux lois sans cesse changeantes et opportunistes de l'opinion publique, aux lois de la mode, aux lois de la pensée unique du moment...


... Extraits du livre de Jean Paul Brighelli "Voltaire ou le Jihad" :

Voltaire ou le jihadvoltaire-ou-le-jihad.pdf (92.56 Ko)

 

Histoire des Cathares, de Michel Roquebert

Cathares

      Michel Roquebert, Grand Prix d'histoire de l'Académie française, est le spécialiste reconnu de l'histoire du catharisme. Cette Histoire des Cathares est la quintessence de trente ans de travail sur le sujet.

 

Si l'on regarde l'Histoire, d'une vue d'ensemble portant depuis ce que l'on pourrait appeler l'an Zéro (les environs de l'an Zéro) jusqu'à notre époque, début du 21 ème siècle ; sur quelque deux mille années d'existence donc... Tout le drame de l'Humanité réside dans le fait religieux...

Le livre de Michel Roquebert, "Histoire des Cathares", parle bien sûr, des Cathares, de l'histoire de la société Cathare qui couvre plus de trois siècles, du 11 ème au 14 ème... Mais le "champ" des répressions, des violences, des inquisitions ; l'emprise des totalitarismes exercés par les puissances dites temporelles (politique, économie, gouvernement, lois, traités, institutions, administration) et associés à la puissance de l'Eglise Catholique et Romaine dans toute l'Europe, à l'Islam du Moyen Orient jusqu'en Espagne entre les 7ème et 15ème siècles... Ce "champ" et cette emprise donc, débordent largement du cadre de la seule histoire des Cathares...

Déjà, dès le début même du Christianisme – et l'on peut en dire autant de l'Islam- se développent tels des feux poussés par les vents de ci de là dans la brousse, des foyers de dissidences tous faits de flammes plus rougeoyantes et plus porteuses de lumière les unes que les autres, déjà apparaissent les hérésies, déjà le sang coule, les flammes des bûchers dévorent les impies, les dissidents, les hérétiques, les déviants, les "suppôts de Satan"...

A l'origine de toutes ces violences exercées par les puissances temporelles et religieuses, il y a, en gros, deux causes principales :

-L'accession au Pouvoir, à l'Autorité, à la possession des biens, des terres, des territoires, à la domination des peuples... Tout cela au profit d'une minorité détenant les armes, l'argent, la loi.

-Et la différence de croyance, les interprétations, les doctrines, la lecture des textes dans un sens ou dans un autre "justifiant que ..."

Et les Pouvoirs, tous les Pouvoirs en place, et les minorités possédantes avec leurs armes, leur argent et les lois qu'ils font à leur avantage, composent et surtout s'appuient sur les croyances, sur les différences, sur les doctrines, sur telle ou telle lecture du texte...

Les Pouvoirs et les minorités possédantes s'allient ou se combattent selon l'enjeu, selon leurs intérêts, selon ce qu'ils ont à gagner à être d'un côté ou d'un autre, de telle ou telle Foi... Et leurs victimes sont toujours ces milliers de gens du peuple, ces "gens de rien à leurs yeux" qu'ils font combattre sur les champs de bataille... Ou qu'ils font s'égorger entre eux...

... Le "fait religieux" c'est le drame de l'Humanité, c'est le sang versé, ce sont les violences perpétrées, ce sont les totalitarismes de la pensée, ce sont les assassins au nom de Dieu ou d'Allah, au nom du Bien et du Mal... Tant que demeurera l'Humanité dans le fait religieux, la barbarie demeurera et s'exercera, ne cessant de se montrer avec des visages différents, des visages masqués ou non...

Les visages masqués sont peut-être les pires...

 

... Dans les sociétés primitives (je pense aux sociétés humaines du Paléolithique Supérieur, en particulier des Néanderthaliens qui enterraient leurs morts, des Sapiens -Solutréens et Magdaléniens ainsi que leurs prédécesseurs)... Et pour tout dire avant les Monothéïsmes (croyance en un seul Dieu), il n'y avait pas de "drame de l'humanité du fait religieux" , il n'y avait que le drame de l'humanité du fait de la précarité de l'existence, de la vie humaine... A vrai dire le "drame" était bien davantage une réalité qu'un "drame"...

La connaissance scientifique telle que nous l'avons en partie aujourd'hui, n'existait pas, et les "dieux", les croyances, la "grande Mère", le "tout", le "ciel", l'au delà... Tout cela était fondé sur l'observance, l'interprétation des événements naturels et de l'image que l'on s'en faisait ; sur la violence, sur l'imprévisibilité des forces de la nature, sur les manifestations naturelles qui faisaient que l'on avait ou non de quoi manger, de quoi se protéger... Le "fait religieux" tel qu'il est le drame de l'humanité depuis le Monothéïsme, depuis la croyance en un seul dieu, n'était point dans les sociétés du Paléolithique Supérieur.

La réalité naturelle, sa violence, sa dureté... C'était "l'atelier", c'était "la forge", là où s'élaborait ce "produit" qui est l'Homme... Les religions du Monothéïsme sont une perversion du "produit", plus encore que l'Inconnaissance qui était, avant la Science -quoique la Science ne soit en fait qu'un "embryon de la Connaissance"...

 

 

Les chevaux du soleil, de Jules Roy

      Jules Roy, qui fut le grand ami d'Albert Camus, est l'un de mes écrivains auteurs préférés dont j'ai lu "Les chevaux du Soleil" (une saga de l'Algérie de 1830 à 1962 en mille pages), "Mémoires barbares" (guerre 39/45, Indochine, Algérie) ainsi que quelques autres ouvrages.

Plus encore qu'un écrivain, un homme de littérature, il est aussi en tant qu'écrivain et romancier, en même temps, dans chacun de ses ouvrages, un poète... Le poète que l'on sent par sa manière d'écrire... C'est "riche", immensément riche, son style, son langage, les images qu'il emploie, à tel point d'ailleurs que des pages entières de ses livres sont comme un immense tableau de peinture qui "fatiguerait presque le regard" tant il exigerait d'attention, de concentration, de ce regard...

Jules Roy n'est pas le fils vrai du gendarme Roy mais d'un instituteur (qui s'appelle Dematons dans "les chevaux du soleil")...

Voici l'histoire :

Dematons, instituteur à la fin du 19 ème siècle, vit dans l'Aube et il est marié à Delphine avec laquelle il reste 9 ans et dont il a un fils Robert.

Cette Delphine est une femme sans magie, qui s'empâte, dans une vie "ron-ron" avec son mari instituteur dans un petit bled de l'Aube, qui est très bonne cuisinière, très femme d'intérieur et qui passe la moitié de son temps à "faire des petits plats"... ça dure 9 ans l'histoire là, jusqu'au jour où Delphine décide de prendre une bonne à tout faire qui s'appelle Eugénie et qui est "hyper canon" comme jeune femme. Et l'instituteur "en pince fort" pour cette Eugénie qu'il trouve si différente de Delphine. Et qui elle, ne cuisine pas, se fout du ménage et est dépensière mais "magique"... Dematons divorce, se remarie avec Eugénie mais Eugénie le déçoit, et sur un coup de tête, il décide de divorcer une 2 ème fois, et de partir en Algérie en 1901.

En Algérie il est nommé dans un village de montagne, perdu, au milieu des Arabes. Et puis un jour en se rendant à Alger chez des amis puis à Sidi Moussa avec ses amis qui veulent lui faire visiter une ferme dans la plaine de la Mitidja, il rencontre Mathilde une des filles Paris mariée à un gendarme.

Mathilde n'est pas "spécialement heureuse avec son gendarme de mari", elle est une femme très belle, très rêveuse, très romantique (mais qui sait néanmoins se servir d'un fusil et qui a du réalisme et du tempérament).

S'établit une liaison amoureuse et passionnée entre Mathilde et l'instituteur Dematons. Le gendarme Roy "n'y voit que du feu" ou il "accepte en faisant comme s'il ne savait pas". En 1907 Mathilde est enceinte de celui qui sera l'écrivain Jules Roy, et le 22 octobre de cette année 1907 naît donc Jules Roy ... qui n'est pas le fils du gendarme mais qui en porte le nom.

Le gendarme meurt peu de temps après...

Bon, dans "les chevaux du soleil", les noms (du gendarme, de l'enfant de Dematons avec Mathilde) ont été changés... Et d'ailleurs si le contexte historique est vrai, bien réel (pas "arrangé du tout ni dans un sens ni dans un autre"), de 1830 à 1962... Les personnages eux, dont des personnages de roman (ou réels pour au moins quelques uns mais dont les noms ont été changés)...

Ce que j'en dis, de cette histoire entre l'instituteur et Mathilde la mère de l'écrivain ?

J'en dis que... quand un homme ne fait pas ce qu'il faut et n'est pas ce qu'il doit être pour la femme qu'il a, il ne faut pas qu'il s'attende de la part de sa femme à des miracles d'abnégation, de fidélité, de dévouement, d'amour, etc. ! Sans doute ce gendarme était-il un homme "sans magie", "un peu primaire sur les bords", un peu "ron ron", et ça, pour Mathilde "ça devait pas être trop le pied" avec un type comme ça !

Je suis "idéologiquement parlant" pour la fidélité, contre le cocufiage... MAIS... il faut reconnaître qu'il y a des cocufiages qui se méritent, des "cons" (et aussi des connes) qui méritent d'être bafoués !

Cette immense saga de l'Algérie de 1830 à 1962 m'a d'autant plus passionnée que j'ai vécu une partie de ma jeunesse avec mes parents en Algérie de 1959 à 1962, précisément à Blida, au pied de l'Atlas Tellien avec Chréa en haut de la crête à 1800 m d'altitude, la vue sur la Mitidja, Beni Mered et Boufarik vers Alger, les collines du Sahel au loin avec les faubourgs d'Alger, et la mer méditérranée en petit triangle dans une échancrure du Sahel, et les monts de Cherchell tout à gauche à l'opposé d'Alger, là où se couche le soleil en mai, juin et juillet.

Le couscous, la mouna, l'anisette, les fêtes qu'on faisait entre voisins, amis, connaissances, famille, l'accent "pied noir", et tant et tant de ces petites choses qui faisaient la magie de la vie, qui rendait la vie chaque jour totalement "inordinaire" ! J'ai trouvé tout ça, que j'ai connu entre 1959 et 1962, en lisant ce livre "les chevaux du soleil"...

 

J'avais déjà une première fois, lu ce livre en 2008, et je le relis cet été en ce mois de juillet en 2016... Avec autant de plaisir et d'intérêt, d'autant plus que l'histoire de l'Algérie je la connais bien et que l'auteur retrace avec réalisme et vérité cette histoire de 1830 à 1962...

Notamment l'épisode de la révolte et du soulèvement Kabyle en 1871 (qui préfigurait ce qui devait se passer après la seconde guerre mondiale, en 1945 à Sétif, et ensuite en 1954)... On peut dire "sans pour autant encenser Napoléon III et le Second Empire Français", que la vision de Napoléon III pour "une nation Arabe aux côtés de la France" avec des droits pour tous, la civilisation, la société, la considération etc. ... Etait une vision à laquelle personnellement je "souscrivais" on va dire... Mais à l'arrivée de cette troisième république bourgeoise et colonisatrice, dédaigneuse des populations indigènes, et qui se prévalait d'une "mission", et qui s'est montrée si injuste, si dure, et qui ne voyait que l'enrichissement, l'exploitation, l'enracinement des colons grands propriétaires, alors ce n'a plus été pareil que du temps du second empire (que d'ailleurs les colons "ne pouvaient pas piffrer, à part quelques généraux idéalistes et leurs fidèles)...

 

Bon, y'aurait pas eu l'expédition Française à Alger en juin 1830, sans doute que les Britanniques auraient "mis leur nez là dedans" ... C'est vrai qu'il y en avait marre de ces Turcs maîtres de la méditerranée côté Afrique, de toute cette piraterie... Mais les Anglais auraient-ils fait "mieux" (ou pire) que nous ?

Ah, l'histoire, l'histoire! ...

 

Ismaël Urbain, un ancien haut fonctionnaire du Second Empire, avait inspiré à Napoléon III, l'idée d'un royaume arabe avec une association entre les Français et les indigènes ("indigènes" dans le sens de "habitants et natifs d'un pays")... Selon Ismaël Urbain, la France faisait fausse route, la sécurité et la prospérité ne pouvait dépendre que de l'adhésion morale des musulmans, et les Français d'Algérie exerçaient sans partage des droits de souveraineté mais ne donnaient rien en échange au peuple colonisé, même pas l'instruction.

Ismaël Urbain avait été le correspondant du Journal des débats, il avait écrit deux ouvrages : l'Algérie pour les Algériens, et l'Algérie Française, dans lesquels il proposait l'égalité pour tous, l'agriculture dans les mains des fellahs (paysans Arabes), et l'industrie gérée par les Européens.

En Terre Algérienne occupée et aux mains des Français auxquels les gouvernements de 1830 à 1850 avaient attribué des terres, des propriétés ; pendant le Second Empire honni par les colons, cette idée d'un royaume Arabe avec une association des cultures et des pouvoirs, était considée comme impie, absurde, farfelue, et elle était combattue : les riches et puissants colons qui tenaient salons de réception à Alger, tout le "gratin" de cette société de propriétaires, de grands marchands qui envoyaient en France le produit de leurs cultures fruitières, maraîchères, céréalières, viticoles, et en tiraient déjà pour eux-mêmes les bénéfices, et dont la "bonne société" en France, profitait... N'imaginaient pas un seul instant que les "indigènes" (dans le sens que eux ils donnaient à ce terme d'indigène) puissent être des Humains ! Ils les considéraient comme du bétail, des bêtes de somme !

 

... L'on va me dire, certains vont me dire... que, en 1830, ces terres marécageuses, incultes, humides, pourries de moustiques, de la plaine de la Mitidja, n'avaient jamais été mises en valeur, nettoyées, cultivées et entretenues et qu'elles étaient demeurées depuis des siècles à l'état sauvage... Et que ce sont les colons venus de France s'installer dans la Mitidja, qui ont mis ces terres en valeur au prix d'un labeur incessant en payant le prix fort ! Certes, certes...

Les "bons arguments" -comme c'est drôle- sont toujours du même côté : du côté du plus fort, du mieux démerdard, du plus culotté, du "qui réussit dans la vie", et dont la morale, la bienpensance fait force de loi ! Autrement dit "les autres y'z'avaient qu'à en faire autant, ce sont des feignants, des moins que rien, des abrutis, des incultes, des barbares!" ... Et voilà comment on fait tourner le monde !

 

 

Les rois maudits, de Maurice Druon

Rois maudits

... Sept livres ou tomes pour cette série historique écrite par Maurice Druon, de l'Académie Française ; de 1955 pour le premier "Le Roi de Fer" à 1977 pour le dernier "Quand un roi perd la France"...

Par ordre chronologique :

-Le roi de fer

-La reine étranglée

-Les poisons de la couronne

-La loi des mâles

-La louve de France

-Le lis et le lion

-Quand un roi perd la France

 

J'avais déjà lu avant 1977 tous les livres de cette série à l'exception du dernier "Quand un roi perd la France" (écrit en 1977) et c'est avec plaisir que je me suis replongé dans cette histoire mais cette fois, sur liseuse pour les 3 premiers tomes, et sur smartphone pour les 4 autres suivants.

Il faut reconnaître que la lecture sur écran (de liseuse ou de smartphone) offre un avantage certain qui est celui, sans doute le seul à mon sens mais important, de pouvoir lire dans l'obscurité, sans lumière de lampe de chevet, en un endroit sombre, la nuit, grâce à la luminosité de l'écran ; ainsi que de pouvoir lire dans le train, dans un bus, un tramway ; surtout s'il s'agit d'une série comportant plusieurs ouvrages, ce qui prend très peu de place, dans la main ou en poche ou dans un sac de voyage... au lieu de se trimballer plusieurs livres papier de 300 ou 400 et quelque pages...

En revanche, internet sur smartphone, même avec un écran de 6 pouces, pour moi "c'est pas évident du tout, sauf peut-être pour consulter sa messagerie"...

 

... L'affaire du procès et de la condamnation au bûcher, des Templiers (en particulier du Grand Maître Jacques de Molay et de Geoffroy de Charnay), de 1307 à 1314), m'inspire la réflexion suivante :

A cette époque du moyen âge en Europe, une époque d'une violence et d'une cruauté extrêmes, l'on peut constater, en l'occurrence dans cette affaire des Templiers, que des personnages haut placés et influents, proches du Pouvoir et donc particulièrement privilégiés et riches, immensément riches autant en terres et domaines que d'argent... pouvaient du jour au lendemain se retrouver privés de tous leurs pouvoirs, de leurs privilèges, leurs biens saisis et jugés plus sévèrement encore que les derniers des malfaiteurs...

Alors que de nos jours, dans une époque censée être celle d'une civilisation évoluée (mais dans laquelle règnent cependant autant d'hypocrisies que d'autres formes de violence et d'injustice) l'on imagine mal -en fait l'on n'imagine pas du tout- que par exemple les grands lobbies, les grands groupes et multinationales avec leurs sociétés d'actionnaires qui font la loi du marché mondialisé, et dont les pouvoirs, les richesses et les privilèges sont démesurément considérables, puissent du jour au lendemain se retouver démunis, jugés et condamnés et éliminés !

 

... Dans l'affaire de la Reine étranglée (Marguerite de Bourgogne) dans une geôle de la forteresse de Château Gaillard, je pense que la responsabilité de son mari Louis de Navarre Louis 10 Le Hutin, est indirecte... Dans la mesure où, bien sûr Louis 10 avait intérêt à ce que sa femme disparaisse et avait publiquement exprimé le souhait qu'elle mourût, mais aussi et surtout parce que d'autres personnages haut placés en particulier Robert d'Artois, avaient intérêt à ce que Marguerite disparaisse...

Louis 10 Le Hutin, un personnage de peu d'envergure, irréfléchi, faible de caractère, violent, primaire, épidermique, peu intelligent... me paraîssait incapable, de par sa seule volonté, à commanditer, organiser comme cela fut fait (en l'occurence par Robert d'Artois) la mort de Marguerite qui, rappelons le, fut étranglée sans laisser de trace par Lormet, le fidèle serviteur de Robert d'Artois, une nuit d'hiver bien noire...

Pour moi, c'est évident, "on" (Robert d'Artois et les personnages intéressés) a profité de ce qu'avait dit Louis 10 dans un moment de dépit et de colère, pour faire assassiner Marguerite dans la prison de Château Gaillard, et cela de manière à ce que la responsabilité en incombe au roi Louis 10 lui même comme si c'était par sa volonté et son ordre...

 

... L'un des "passe-temps" favori de Louis 10, ce roi sans envergure et faible de caractère, et de surcroît "pas très costaud" physiquement, était de tirer à l'arc à faible distance, des pigeons, des colombes, tourterelles et autres volatiles échappés de cages en osier qu'amenait un valet chargé de cette tâche : l'on imagine vu le temps que durait cet "exercice", le nombre de cages, et d'oiseaux, nécessaire...

 

... Clémence de Hongrie, la deuxième épouse de Louis 10, fut sans doute à mon avis, l'un des personnages féminins les plus sympathiques de cette histoire des rois maudits... Elle réussit en quelques semaines après son mariage, à faire de Louis 10 le Hutin, un personnage "acceptable", à "en faire un homme" en quelque sorte, à l'affermir dans son caractère mais sans cependant le rendre plus réfléchi et plus équilibré, dans la mesure où ce roi auparavant si cruel et si inconstant dans ses emportements, devint pour ainsi dire un "champion de la mansuétude et du pardon" au point de faire vider les prisons...

Cette femme, d'une grande beauté émouvante, mais aussi d'une très grande bonté, docile, aimante, qui se souciait des pauvres, en effet, plaisait beaucoup à Louis du fait de tout ce qu'elle lui consentait... Cependant la bonté, l'immense bonté de cette femme (pour l'époque, une époque de violence et de cruauté extrêmes, c'était tout à fait exceptionnel une telle bonté) n'était pas pour autant de la faiblesse...

Clémence ne se sentait pas du tout à l'aise au milieu de tous ces chevaliers dont le comportement vulgaire, grossier, à table notamment, la surprenait par rapport à ce qu'elle avait connu avant sa venue en France, à Naples dans la société où elle vivait...

La bonté lorsqu'elle n'est point faiblesse, a plus d'autorité et de pouvoir -sans cependant "changer le cours des choses et les gens"- que la violence, et même la violence justifiée...

... Clémence de Hongrie... selon ma définition de ce qu'est "une femme chic", Clémence de Hongrie fut "une femme chic" !

... Voici une lithographie réalisée par Jacques Pecnard :

 

Clemence

Fille de la rue

     Voici "Fille de la rue", un poème de AMINA MAHMOUD, traduit de l'arabe par Antoine Jockey

[ Paru dans MISSIVES, revue trimestrielle de la Société Littéraire de la Poste et de France Télécom : mars 2016, "Prose et poésie irakiennes contemporaines"... ]

 

Fille de la rue

 

Je suis une fille de la rue

Et ma taille pousse courbée, en s'interrogeant.

Mon âge? Sept bourgeons desséchés

Sept explosions qui ont raflé les sept membres

De ma famille.

Avorte-moi ô mon malheur!

 

A chaque feu vert, je me laisse choir sur le trottoir, mon siège

Sans fin, mon royaume.

Toutes les larmes sont miennes

Tous les mouchoirs ne suffisent pas

A assécher leurs sources.

La rue est à présent ma mère

Et le feu de circulation, mon père

J'ai tellement goûté au soleil en pleine canicule

Qu'il m'a fait mûrir

Et les couteaux du froid se sont disputé mon corps

Ô Dieu, vers qui me tourner?

Ne connaissant pas la ruse, comment en user?

 

Le chagrin est ma Bible, les larmes mon Evangile

La privation mon Coran

Et dans mes yeux la vie s'est changée en enfer

Alors l'oubli est mon seul salut

 

Comme vous, j'ai des yeux

Une langue et deux lèvres,

Alors pourquoi, Dieu,

Suis-je sans abri?

 

Regarde-moi lorsque la rue se calme

Et que le soleil rejoint sa demeure

Comme le policier à la fin de son service.

Regarde-moi chercher un tas d'ordures

Pour m'y planquer et me mettre à gémir.

 

 

... Dans un pays en guerre c'est toujours plus difficile pour un poète, pour un écrivain ; que dans un pays dans lequel règne une sécurité, un confort relatifs...

Amina, tu es comme ce naufragé de l'espace dans une coque de survie en errance entre Andromède et la Voie Lactée... Et, quelque part sur la planète d'où tu viens mais dans un paysage de cette planète qui n'est pas le paysage de ton enfance et de ceux qui t'ont précédé depuis des milliers d'années, il y a ce visage, mon visage, qui sait que tu existes... peut-être, ce visage, est-il un petit bout de ce Dieu en lequel tant croient, qui a des milliards de petits bouts, et qui a vu les mots que tu as écrits... Même si on est tout seul dans sa peau jusqu'à la fin de ses jours, quand on écrit, même si on écrit comme un naufragé de l'espace dans une petite coque de survie entre deux galaxies... on n'est jamais vraiment seul...

 

 

Houellebecq écrivain romantique, par Aurélien Bellanger

Houellebecq ecrivain romantique

Résumé 4ème couverture :

 

Beaucoup de choses ont été dites sur Michel Houellebecq, sur son oeuvre un peu moins, sinon qu'on y trouvait le parfait catalogue du cynisme contemporain ou l'encyclopédie des ratages de la modernité.

C'est une double méprise : Houellebecq est un écrivain sincère et ambitieux. Il ne cherche jamais à sauver ce qui ne peut plus l'être. Néanmoins, si le monde n'est pas toujours drôle, il est améliorable. Nous disposons, dans la science, des moyens de le réanchanter. L'homme n'est pas condamné au tragique.

Désespérance et utopie, l'une comme l'autre argumentées avec soin : la douleur est un indice ; le monde doit être réparé. Les racines du mal sont trop profondes pour être entièrement arrachées, mais nous saurons en extraire des fleurs.

Houellebecq est un écrivain romantique.

De Pascal à Lovecraft, Houellebecq a étudié la littérature de la chute, mais c'est, de Novalis à Baudelaire, celle de la rédemption par la technique qu'il a choisi de continuer.

 

Mon avis :

 

Pour moi qui n' a pas fait d'études de philosophie en classe terminale ni en université (Positivisme, Auguste Comte ; Heidegger, ontologie, mysticisme, etc. ...) J'avoue avoir été "un peu dépassé" par certains termes employés... Cependant, avec "recherche Google" ou avec un dictionnaire à portée de main – et un minimum de réflexion- je suis parvenu au bout de ce livre...

Cette étude réalisée par Aurélien Bellanger sur l'oeuvre de Michel Houellebecq, me paraît être un véritable, un incontestable démenti à l'idée selon laquelle, pour certains intellectuels et journalistes littéraires, "Michel Houellebecq serait une nullité littéraire" ...

En effet, c'est tout le contraire d'une "nullité littéraire" !

... Bon c'est vrai, personnellement j'adhère totalement à Michel Houellebecq, à ses livres (romans et essais) que j'ai tous lus jusqu'à "Soumission" ainsi qu'à sa poésie... Tant je "m'y retrouve" dans son style, dans ses formulations, le ton qu'il emploie, son ironie, sa dérision, ses clichés (types de personnages, de comportements, qui à mon sens ne sont pas tout à fait des clichés dans la mesure où ils correspondent à une certaine réalité)... à tel point parfois que je me dis que j'aurais pu écrire cela pareil ou presque! (Mais comme je dis en rigolant "au lieu que ce serait du Houellebecq, ce serait du Yugcib")...

 

"Windows démarra avec un petit bruit joyeux"...

 

"En fin de soirée, la montée de l'écoeurement est un phénomène inévitable. Il y a une espèce de planning de l'horreur. Enfin je ne sais pas ; je pense"...

 

"Dans l'avion, Michel trouve aux pieds de son voisin, un best-seller anglo-saxon merdique d'un certain Frederick Forsyth. Le livre est d'une nullité écrasante. Plus tard, écoeuré par sa lecture du Guide du Routard, il s'empare avec résignation du roman La Firme, de John Grisham."

 

"J'éteignis juste après le générique du Silure démystifié. La nuit était opaque ; le silence également."

 

"Maigre, moustachu et nerveux, l'homme se présenta à moi comme un naturopathe ; devant mon ignorance il précisa qu'il soignait par les plantes, ou par d'autres moyens naturels si possible. Sa femme, sèche et menue, travaillait dans le secteur social, à l'insertion de je ne sais quels délinquants primaires alsaciens ; ils donnaient l'impression de n'avoir pas baisé depuis trente ans."

 

... Telles ont été, à la lecture de cet ouvrage d'Aurélien Bellanger, ces phrases reportées, de Michel Houellebecq dans notamment "Extension du domaine de la lutte" et "La possibilité d'une île", entre autres...

 

... Et maintenant ceci :

 

"Eh Michel, où est le bec ?

Le bec de l'oiseau?

Le bec de la tortue?

Le bec qui pue... dans les cocktails d'entreprise ou dans les cockails littéraires, où les participants atomisent autour de la table les particules fines de leurs haleines épicées de petits fours ingurgités, de mélanges alcoolisés et de fumée de clopes ?

 

... Bon, oui... mais ça, c'est du Yugcib ! (rire)...

 

 

Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre

Au revoir la hautLemaitre

Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre

 

Prix Concourt 2013

Livre de poche, roman, éditions Albin Michel

620 pages

 

L'auteur

 

Pierre Lemaitre est un romancier et un scénariste français né le 19 avril 1951, de parents employés, autant dire "de condition modeste", ce qui déjà à notre époque, le différencie de tant d'autres écrivains issus de milieux aisés...

Après une formation de psychologue, il accomplit une grande partie de sa carrière dans la formation professionnelle des adultes, par un enseignement qui s'articule sur la communication et sur la culture générale.

Puis il se consacre à l'écriture en tant que romancier et scénariste et vit de son travail d'écrivain depuis 2006.

Dans un premier roman "Travail soigné", il rend hommage à ses maîtres.

Dans un deuxième roman "Robe de marié", il raconte l'histoire de Sophie, une trentenaire démente qui devient une criminelle en série ne se souvenant jamais de ses meurtres. Ce roman est un exercice d'admiration de l'art Hitchcockien...

 

Au revoir là haut

 

Publié en Août 2013, marque un important changement dans son oeuvre, en ce sens que Pierre Lemaitre délaisse le genre policier pour signer cette fois un roman "picaresque" (récit sur le mode autobiographique de l'histoire d'un personnage qui vit en marge de la société et à ses dépens).

 

Rescapés du premier conflit mondial, détruits par une guerre vaine et barbare, Albert et Edouard comprennent rapidement que le pays ne pourra rien faire pour eux. Car la France, qui glorifie ses morts, est impuissante à aider les survivants.

Abandonnés, condamnés à l'exclusion, les deux amis refusent pourtant de céder à l'amertume ou au découragement. Défiant la société, l'Etat et la morale patriotique, ils imaginent une arnaque d'envergure nationale, d'une audace inouïe et d'un cynisme absolu.

 

... Tel est le résumé du livre en 4ème de couverture.

 

Extraits

 

Page 40 :

 

Le lieutenant d'Aulnay-Pradelle, homme décidé, sauvage et primitif, courait sur le champ de bataille en direction des lignes ennemies avec une détermination de taureau. .../...

Ce n'était pas qu'il fût spécialement héroïque, mais il avait acquis très vite la conviction qu'il ne mourrait pas ici. Il en était certain, cette guerre n'étant pas destinée à le tuer, mais à lui offrir des opportunités.

 

Page 248 :

 

Pour Henri (d'Aulnay-Pradelle), le monde se partageait en deux catégories : les bêtes de somme, condamnées à travailler dur, aveuglément, jusqu'au bout, à vivre au jour le jour, et les créatures d'élite à qui tout était dû. A cause de leur "coefficient personnel". Henri adorait cette expression qu'il avait lue un jour dans un rapport militaire, et il l'avait adoptée.

 

... Petite reflexion personnelle de ma part : "c'est cette vision du monde que partagent -soit dit en passant- dans une concurrence féroce, bien des gens à notre époque".

 

Page 419 :

 

.../... On inhumait des milliers de soldats français dans des cercueils trop petits. .../... Pour les faire entrer, il fallait briser des nuques, scier des pieds, casser des chevilles.../... le personnel en était réduit à fracasser les os du tranchant de la pelle.../... il n'était pas rare qu'on ne puisse faire tenir les restes des hommes trop grands dans ces cercueils trop petits, qu'on y entassait alors ce qu'on pouvait et qu'on déversait les surplus dans un cercueil servant de poubelle, qu'une fois plein on refermait avec la mention "soldat non identifié"...

 

Page 519 :

 

.../... Les cercueils trop petits, le personnel incompétant, avide.../... Et la difficulté de la tache aussi ! .../... Des Boches dans des sépultures françaises, des cercueils remplis de terre, des petits trafics sur place, il y avait eu des rapports, il avait cru bien faire en proposant un peu d'argent au fonctionnaire, une maladresse bien sûr, mais enfin...

 

Mon avis

 

Il ne nous vient pas à l'idée lors de la visite d'un cimetière des morts de la Grande Guerre, qu'en dessous de la croix blanche sur laquelle est gravé le nom du soldat mort pour la France, avec son année de naissance, l'année de sa mort et son numéro matricule... Qu'en dessous dans la terre, il n'y a... rien d'autre que de la terre, ou des restes qui ne sont pas ceux du soldat dont on lit le nom sur la plaque...

Cette arnaque d'une envergure nationale, d'une audace inouïe et d'un cynisme absolu, qui consiste en gros, en la vente sur catalogue de monuments aux morts, des monuments dessinés par Edouard, un type défiguré sans mâchoire inférieure, sans langue et dont on voit la gorge ouverte et béante bordée de bourrelets de chair, qui fume des cigarettes par une narine et ne peut absorber que de la nourriture liquéfiée par un tuyau enfoncé dans l'oesophage... Et qui porte des masques qu'il se fabrique lui-même... Cette arnaque donc, imaginée par Edouard et par son ami Albert, n'est pas plus scandaleuse, plus cynique, que tous ces trafics de sépultures organisés par des gens tels que ce lieutenant Henri d'Aulnay-Pradelle et que ces personnages haut placés dans les ministères, impliqués dans ces trafics et ayant gagné beaucoup d'argent...

Nous sommes là, avec ce livre, dans un récit cruel et sombre mais surtout dans une réalité qui a été méconnue...

Une réalité soit dit en passant, que la société, que l'Etat, de nos jours comme il y a cent ans juste après cette guerre de 14-18, recouvrent d'une chape d'hypocrisie, de mensonges et de morale consensuelle.

Cette réalité c'est bien, encore et toujours, celle de tous ces trafics, de toutes ces arnaques qui s'organisent à grande échelle autour de nos besoins, de nos rêves, de nos aspirations, dans les domaines de l'alimentation, de la culture, des loisirs, autour de tout ce qui fait partie de notre vie, auquel on tient, auquel on est attaché et qui est exploité avec le plus grand cynisme, par des personnages qui profitent et décident...

 

 

Que dire d'une oeuvre littéraire ?

     Une "oeuvre littéraire" à mon sens, n'est pas un espace d'expression, même de très libre, de très authentique expression, dans lequel on "se met en avant et s'expose" tout comme on le fait par exemple sur Facebook, sur un blog où l'on se produit...

Tout ce que l'on écrit et qui s'apparente à une "exposition de soi à tout vent", n'a pas vocation à porter l'étiquette d' "oeuvre littéraire", tel tout ce qui est produit, diffusé "dans le détail" au vu et au su de tout le monde, dans sa propre famille, parmi ses proches, ses amis, ses connaissances... Certaines anecdotes peut-être, mais pas d'autres...

Je pense que dans "une oeuvre littéraire" il y entre autant de "du fond de ses tripes" (pardonnez moi ce "vocable" assez vulgaire) que... de la gravité, du sens, une part d'humilité, une part de discrétion, une part de sobriété, une part d'engagement aussi, et si possible une part d'humour, et encore une part de dérision, tout cela, oui tout cela en même temps et d'un seul bloc, d'un seul tenant...

Verser dans "l'auto fiction plus ou moins sinon nettement autobiographique" oui, cela me semble "faisable" (Houellebecq, Duteurtre, Clavel, Gide, Proust, Mauriac, et quelque autres écrivains contemporains s'y sont employés avec beaucoup de talent et ont eu mille fois raison de le faire)... Mais à mon avis le genre littéraire autobiographique (fictif ou franchement autobiographique) est assurément le genre le plus difficile en littérature... Car, dès que l'on commence -sciemment ou "à son insu/c'est plus fort que soi" – à "se mettre en avant et à s'exposer" (en usant de petites anecdotes avec détails particuliers tout à fait personnels et en en rajoutant encore)... alors on dérive, on fait dans le voyeurisme voire dans une certaine satisfaction de soi, un "cocorico" qui indispose il faut le reconnaître, à juste titre)...

 

... C'est vrai que dès fois, on a tendance -si l'on "s'écoute"- à "se lâcher" ! (rire)... Reste à savoir où et quand et comment et avec qui, on peut "se lâcher" !

... Mais comme je dis "Un jour tu verras... "

"Un jour tu verras"... Ce qui pouvait être compris, reconnu, mais ne l'avait point été sans doute à cause de la manière dans laquelle cela avait été formulé... Sans doute aussi à cause de quelque malentendu... Apparaîtra enfin sous son vrai jour, dans une autre résonance...

 

Le quai de Ouistreham, de Florence Aubenas

Quai de ouistreham

     Florence Aubenas -en tant que femme, journaliste et écrivain- est surtout connue du "grand public" pour avoir été otage en Irak du 5 janvier au 12 juin 2005...

A l'époque de sa prise en otage elle a été soutenue par ses confrères journalistes qui dénonçaient pour bon nombre d'entre eux, ce qu'elle dénonce aujourd'hui, à savoir ce caractère "pyromane" et de "scoop" des médias...

... L'on peut s'interroger cependant, sur le caractère même (et sur la portée) de la dénonciation, de toute dénonciation aussi justifiée et argumentée soit-elle... Qu'y-a-t-il, que trouve -t-on en vérité, derrière la dénonciation?

La sincérité du moment, dans ce qui est ressenti dans l'événement, dans ce que cette sincérité implique? Mais alors, pourquoi lorsque d'autres événements surviennent, lorsque plusieurs mois ou années ont passé... Ne dénonce-t-on plus ?

Or plus que jamais aujourd'hui dans l'actualité dramatique du monde, guerre de Syrie entre autres, et flots ininterrompus de migrants... La plupart des journalistes de télévision, de magazines et de quotidiens nationaux et régionaux, n'ont de cesse de produire de ces "scoops", de ces "effets spéciaux de reportage", de ces "petites phrases", tout cela dans un "consensus" frisant l'indécence, l'outrecuidance dans une forme de "pensée unique" orchestrée par les politiques en place, en France et en Europe.

Dans un Français souvent sommaire et peu respectueux de la grammaire et de l'orthographe, avec des articles à sensation d'un épidermisme consternant, donné "à avaler" à des millions de gens et qui "lamine", "nivelle par le bas", la puissance médiatique fabrique des opinions et de surcroît ment ou dénature...

Florence Aubenas dénonce tout cela à sa façon, c'est à dire sans outrecuidance, avec lucidité, gravité et faisant part d'une dose d'optimisme malgré tout car elle sait bien "de quel bois, de quelle étoffe est fait le cœur, l'esprit des gens, des gens du peuple, des gens auxquels on ne donne jamais la parole, des gens qu'elle fait monter dans sa voiture pour parler avec eux, des gens qu'elle rencontre devant les portails des usines qui ferment, des gens "ordinaires" en somme, donc tous ces gens complètement oubliés de ces cliques de journalistes consensuels et d'intellectuels arrogants qui eux dans "leur monde à eux" se sentent bien !

 

... Le quai de Ouistreham" est un récit saisissant de cette plongée dans le monde de la précarité, un monde dans lequel on ne trouve plus un emploi mais "des heures" avec un contrat à "zéro temps" ! Ce monde là, les journalistes qui ont "pignon sur rue" et qu'on voit sur les plateaux télé, n'en parlent qu'à mots couverts, ou pour produire des images pyromanes...

 

L'ange de l'abîme, de Pierre Bordage

L ange de l abime

L'auteur

 

Né en 1955 en Vendée, Pierre Bordage est l'auteur des Guerriers du silence, Grand prix de l'imaginaire 1993, de Wang, Prix Tour Eiffel 1997 et des Fables de l'Humpur, Prix Paul Féval de Littérature Populaire 1999.

Ecrivain visionnaire et conteur hors pair, il est l'un des grands romanciers français actuels.

L'Ange de l'abîme et Les Chemins de Damas (Au diable vauvert) composent la trilogie des Prophéties.

 

... Ce que j'en pense

 

J'avais déjà lu, de Pierre Bordage, dans une collection Librio, la série complète des Derniers hommes... Un récit "apocalyptique" dans un futur proche et possible...

Selon l'idée que je me fais de la Science Fiction, qui s'articule autour d'une certaine crédibilité et sur une base scientifique, les livres de Pierre Bordage, qui me semblent appartenir à ce que l'on peut définir par Littérature populaire, sont bien dans la "ligne" de ces ouvrages de Science Fiction que je lis d'ordinaire, même si pour quelques uns de ces ouvrages, il y entre une part de fantastique et de mystère avec des personnages "surnaturels"...

 

Résumé

 

Dans une Europe d'apocalypse ruinée par la faillite des OGM, enlisée dans la guerre contre le Moyen-Orient, en proie au fanatisme religieux et au racisme, le voyage initiatique de Stef et Pibe, deux adolescents à la recherche de l'Archange Michel, le dictateur tout puissant qui gouverne le vieux continent depuis sa forteresse roumaine. Dans une ambiance crépusculaire fascinante car terriblement proche et crédible, un grand roman épique d'une actualité brûlante.

 

Mon avis

 

Ce livre est sorti en octobre 2005, alors que l'on ne parlait pas encore d'Etat Islamique et que les guerres de Lybie et surtout de Syrie ne devaient arriver qu'en 2011...

Dans cette Europe en guerre contre les "ousamas" sur un front de plusieurs milliers de kilomètres, de tranchées, de fortins, du nord de la Pologne jusqu'à la Mer Noire ; les légions de centaines de milliers de combattants de l'Archange Michel avec leurs dirigeants, des Chrétiens Catholiques "purs et durs" sont en guerre contre la Grande Nation des Musulmans qui envoie elle aussi sur le front, des centaines de milliers de combattants, et cela depuis une quinzaine d'années... Il y a des millions et des millions de morts, toute l'Europe est dévastée par d'incessants bombardements... Fanatisme absolu de ces intégristes chrétiens catholiques dont les dirigeants imposent des lois aussi terribles, aussi réductrices que la Charia des Ousamas... Violences, tortures, massacres en masse, viols, perversion, mafias, trahisons, éliminations de supposés "faux convertis" et de prisonniers ousamas dans des incinérateurs géants... Tout cela, tout au long du livre...

L'on voit où conduit le fanatisme religieux, de part et d'autre!

 

Extraits

 

"De part et d'autre, on avait enrayé la progression des blindés adverses et détruit la plupart des aéroports, porte-avions et avions de combat, puis on s'était installé dans un pilonnage mutuel et intensif égayé de temps à autre par des sorties suicidaires. Les rares bombardiers ayant échappé aux missiles à tête chercheuse se contentaient de dévaster les villes, les campagnes et les populations civiles."

 

"C'est prévu pour quand?

-D'après ce que j'ai cru comprendre, les opérations commenceront dans dix jours. Il y a environ huit millions de détenus dans l'ensembles des CERI de l'Europe.

-Tant que ça?

-Plus si on compte les camps de transition.

-Et après? Je veux dire quand tu auras terminé le... nettoyage, qu'est ce que tu deviendras?

-Il y aura toujours du travail. Si on ne trouve plus d'ousamas, le CERI du Centre se remplira d'opposants politiques, de prisonniers de droit commun, de clandestins. "

 

 

Ce poème d'Aref Hamzeh

... Lu dans "Quelques écritures de Syrie", publication par la Société Littéraire de la Poste et de France Télécom, revue trimestrielle Missives, juin 2015 numéro 277 :

 

Ce poème de Aref Hamzeh, traduction Hala Omran et Wissam Arbache

 

Je m'assieds sur la place publique de Buchholz

Parmi les mutilés de guerre

Comme eux j'observe la vie qui appartient aux autres

Comme eux j'attends le coucher du soleil pour partir

Sans que personne

Ne s'aperçoive

De notre solitude

 

Je ne retournerai pas dans mon pays en tant que citoyen Syrien

Si la guerre se terminait

Ni kurde ni arabe

J'y retournerai exilé

 

On se parle tous les jours au téléphone ma mère et moi

Comme deux veufs

Les années de deuil

Le téléphone pour ma mère

Est comme un sérum

Attaché à sa main

 

27 janvier 2015

 

AREF HAMZEH

 

Né en 1974, diplômé de Droit de l'Université d'Alep en 1998. Il publie des poèmes et des critiques littéraires dans les journaux et magazines arabes. En 2004, il reçoit le Prix de poésie Mohammad Al-Maghout. Il est aussi nominé pour la Bourse Internationale Littéraire "Rolex" en Suisse en 2006.

Beaucoup de ses textes ont été traduits vers l'Anglais, le Français, l'Allemand, le Turc, le Kurde et l'Espagnol.

 

 

... Je viens de me faire cette réflexion :

 

"Que ce soit hier soir samedi 12 septembre 2015 sur France 2, sur les plateaux l'un de Patrick Sébastien avec Le plus Grand Cabaret du monde, et l'autre de Laurent Ruquier avec On n'est pas couché... Et, avec sur chacun de ces deux plateaux de télévision, les invités de ces deux émissions de grande écoute le samedi soir... Que ce soit tous les autres jours de cette année 2015 avec tous les écrivains, tous les artistes qui se produisent... (Je ne parle point des "politiques" et des "économistes ça serait "trop indécent")... Que ce soit aussi, plus généralement, tous les internautes qui postent sur les réseaux sociaux ou qui diffusent sur des blogs leur petit espace personnel...

... QUE VAUT, que représente tout cela ? QUEL EST LE SENS, la portée, la place... dans le monde de 2015, de tout cela ?

Quelle crédibilité de tout cela...

Que pèse tout cela... En face de ce chaos, de cette violence, de ces guerres, de ces millions de réfugiés dont la plupart vivent dans des camps ou fuient sur les routes de l'Europe ?

Nord Mali, Soudan, Erythrée, Lybie, Nigeria, Yemen, Syrie, Irak, Afghanistan, Pakistan, Kurdistan... Tous ces pays dont l'Histoire, aujourd'hui s'arrête, et qui, comme tous les pays du monde, ont eux aussi leurs écrivains, leurs poètes, leurs artistes ?

Il me semble... il me semble... Et je le dis avec une certaine gravité... Que le sens, que la portée, que la place, que la crédibilité... de tout ce que l'on peut produire, artiste, poète, écrivain... Et même simple internaute sur un réseau social... Se trouve en ces temps que nous vivons, davantage du côté d'un Aref Hamzeh, plutôt que du côté de l'un ou de l'autre des invités de Patrick Sébastien ou de Laurent Ruquier...

Je crois qu'en ces temps graves que nous vivons depuis les révolutions arabes de 2011, que depuis les politiques menées par les Européens et les Américains dans le développement de ces révolutions ; que depuis les événements, les guerres qui découlent de ces révolutions, avec notamment les flux migratoires de plus en plus importants de ces derniers mois, flux migratoires qui sont l'une des principales conséquences des guerres... Je crois que par la voix et par les oeuvres des artistes, des intellectuels, des poètes et des écrivains de tous ces pays en guerre actuellement et plongés dans le chaos, que c'est bien là, bien plus que par la voix et par les oeuvres des gens qui "font la pluie et le beau temps" sur nos plateaux de télévision Européens... qu'il y a le plus d'espoir pour une "issue" (que l'Histoire, non seulement de ces pays en guerre mais aussi l'Histoire du monde tout entier, puisse "repartir")...

Les uns, sur nos plateaux télé et dont les livres se vendent et se lisent, sont plus soucieux de leur destin personnel que de l'évolution et de la portée de la littérature,de l'art, dans la vie, dans la société...

Les autres, persécutés, en exil, censurés, dans des pays de dictature et de guerre, sont au contraire bien plus motivés dans le sens de l'évolution et de la portée de la littérature et de l'art dans la vie, dans la société...

 

Les pieds dans l'eau, de Benoît Duteurtre

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Les pieds dans l'eau, de Benoît Duteurtre

 

Dépôt légal octobre 2008

 

Gallimard

 

Quatrième de couverture :

 

"Le 29 septembre 1990, une vingtaine de descendants de René Coty se retrouvèrent à l'Elysée. Chez les petites filles du Président, d'ordinaire si ardentes à rompre avec le passé, l'opportunité sembla éveiller un brin d'amusement. Les années glorieuses s'éloignaient suffisamment pour prendre un arrière-goût folklorique. Tout le monde avait oublié le nom de Coty – sauf pour le confondre avec celui d'un parfumeur. L'époque présidentielle ne représentait plus une menace avec ses privilèges. Rien ne pouvait désormais entraver le triomphe de cette "vie normale" vers laquelle ma famille inclinait depuis trente ans."

 

Avec ce roman familial, Benoît Duteurtre déploie son art d'humoriste social sur un mode plus intime. A l'ombre des falaises d'Etretat, il observe les transformations de la bourgeoisie en vacances, le catholiscisme revisité par mai 68 et sa propre évolution de jeune homme moderne à la découverte de la nostalgie.

 

Prix Médicis pour "Le voyage en France", Benoît Duteurtre est notamment l'auteur de "Tout doit disparaître", "Gaité parisienne", "Service clientèle", "La petite fille et la cigarette".

 

 

Extraits

 

Page 114 :

 

"Les aspirations artistiques m'occupèrent donc toujours davantage. Dans le train-train de cette vaste sous-préfecture, on pouvait encore faire semblant d'inventer ce que Paris découvrait un siècle avant. En première puis en terminale, j'avais formé avec mes amis un groupe moderniste à tendance délurée. Notre amour des élucubrations d'Alphonse Allais, des facéties d'Erik Satie et du dadaïsme de comptoir nous éloignait des intellectuels de gauche qui régnaient à la Maison de la culture, comme des femmes-poètes qui se réunissaient le samedi après-midi, pour lire à voix haute des textes de René Char."

 

Page 222 :

 

"Pour aggraver les choses, l'artisanat semblait partout sur le point de disparaître en tant qu'activité fourmillante et peu onéreuse, aves ses multiples corps de métiers. La notion même d'entretien devenait problématique dans une économie fondée sur le remplacement systématique de tout objet défectueux par de nouveaux matériaux normalisés. Cette organisation ne laissait guère de place au travail minutieux du bois, sauf sous forme d'activité luxueuse, facturée au prix fort et réservée aux clients fortunés."

 

 

Mon avis

 

Il y a dans les livres de cet auteur, Benoît Duteurtre, dirais-je du sens et de l'atmosphère.

Avec Michel Houellebecq, Benoît Duteurtre est l'un de mes écrivains préférés -et les plus lus par moi- de cette période contemporaine que je situe en gros, depuis les années 70/80 du 20ème siècle.

Sans doute y-a-t-il, depuis ces années 70/80, d'autres écrivains dont je lis les livres, et j'espère bien découvrir des auteurs qui, comme Houellebecq et Duteurtre, m'interpelleront autant et chez lesquels je trouverais du sens et de l'atmosphère.

 

Bernard Clavel (suite)

     J'avais déjà lu, de Bernard Clavel : Malataverne, L'espagnol, La grande patience (4 volumes période 1939-1945 dans le Jura)... et une nouvelle qui fut adaptée pour un film de télévision dans les années 80 je crois... Une nouvelle qui à l'époque m'avait beaucoup marqué (le film de télévision en noir et blanc était à mon avis une excellente interprétation) : un ancien légionnaire, démobilisé à Marseille après la guerre d'Algérie, un baroudeur dur-à-cuire un peu anarchiste sur les bords, un type qui a fait des conneries dans sa jeunesse, un solitaire, un dur, un "solide", un aventurier, qui n'aime pas la routine, le petit confort, qui dort à la dure, qui a fait les colonies, la jungle, la forêt équatoriale, mais d'un tempérament fort et d'une certaine dimension d'humanité, un révolté, un sensible... parcourt à pied et en auto stop la route de Marseille jusque dans le Jura... Il dort dans des granges, il travaille "de tic et de toc" chez des paysans, il arrive dans un bled paumé au fin fond du Jura, un bled où la route s'arrête au bord d'une forêt impossible qui tombe sur un précipice. On ne sait à quel endroit la végétation et les arbres s'arrêtent, on ne voit pas le bord de la falaise abrupte qui tombe à pic... Le type rencontre la postière du bled, une femme déjà "bien en âge", une "vieille fille" au visage sec et sévère, le genre qu'on drague pas, très conformiste, qui va à la messe le dimanche, très attachée à des habitudes (de vieille fille), en somme une femme "impossible"... qu'on n'a pas envie pour tout l'or du monde de se mettre dans son pieu!...

Eh bien entre la femme et ce type, une relation émouvante faite d'une infinie délicatesse et de discrétion de part et d'autre s'établit peu à peu et à la fin, le type, qui n'a jamais pu concevoir de sa vie une route qui s'arrête, s'enfonce dans l'enchevêtrement des broussailles, taillis, arbres, ronces, et tout à coup, tombe dans le piège mortel : il disparaît dans le précipice... Et la femme continue sa vie toute seule mais avec le rêve dans sa tête, le rêve de cette vie qu'elle aurait voulu avoir et partager avec le type...

Par la suite j'ai beaucoup réfléchi à ce sens de la relation entre deux êtres si différents l'un de l'autre et qui pouvaient arriver à s'aimer et à envisager de "continuer la route ensemble"...

... Lire la suite à  Bernard clavelbernard-clavel.pdf (91.92 Ko)

 

 

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