livres

  • Ces livres vivants devenant des livres de pierre

    … Nous sommes comme des livres dont on ne voit que la couverture, dont on ne lit que l’introduction… Au mieux quelque pages de ci de là, et dont presque personne ne connaîtra le contenu (en revanche quasiment tout le monde aura imaginé ou inventé un contenu très différent du contenu réel)…

    Lorsque nous expirons et disparaîssons, le livre vivant que nous avons été et que personne n’a entièrement lu, dont tout le monde a vu la couverture… Devient dans un cimetière, un livre de pierre… Et il arrive – rarement cependant – que s’éveille un imaginaire de passage, qui lui, sera peut-être plus proche du livre vivant qui a précédé le livre de pierre…

     

     

  • Livres, tableaux de peinture, dessins

    … M’étant rendu récemment en visite d’une galerie de peinture « Les amis du chapeau rouge » (exposition d’Yves Mahé jusqu’au 25 mars 2023) à Montfort en Chalosse… Il m’est venu à l’esprit cette pensée :


     

    « Il doit être difficile à un artiste peintre ou à un dessinateur de se séparer de l’une de ses réalisations en la cédant ou la vendant… Car un tableau de peinture, contrairement à un livre qui peut être reproduit, diffusé en un certain nombre d’exemplaires, ne peut lui, être plusieurs fois à l’identique reproduit (et de même un dessin)… À moins que le tableau ou que le dessin fasse l’objet d’une copie ou d’une imitation ou encore d’une photographie (je vous laisse imaginer les heures de travail pour réaliser en copie « à l’identique », au pinceau, sur toile, d’un tableau ou d’un dessin – en revanche par photograhie, numérisation en fichier pour diffusion, là, c’est aisément possible mais ce n’est plus l’original lui-même)… »


     

    Donc, un tableau de peinture ou un dessin, est une œuvre qui n’est produite, et n’existe qu’une seule fois telle qu’elle est, originellement, réalisée au pinceau, au crayon, sur une toile, sur une feuille de papier… Et si le créateur ou la créatrice s’en sépare en le cédant ou en le vendant, il ne lui reste de cette œuvre que la photographie qu’il en a faite ou que le fichier image numérique qu’il conserve (afin de la montrer sur internet – un blog, un site, dans des réseaux sociaux)…


     

    C’est la raison pour laquelle, exposer ses œuvres (originales) en galerie, pour un artiste peintre, c’est la meilleure option… ( il y a « avec entrée payante » ce qui, dans une certaine mesure, peut assurer un revenu à l’artiste… Un revenu qui de toute évidence n’atteindra jamais le même niveau que celui obtenu en vendant ses tableaux dont il se sépare – mais c’est là un choix )…


     

    Un livre édité, diffusé, vendu… c’est différent : il en reste toujours le manuscrit originel, ainsi que des exemplaires en sa possession… Le tableau, ou le dessin, il s’en va, l’artiste ne l’a plus en sa possession…


     

    La question est de savoir pour l’artiste, pour le créateur ou l’auteur, si par exemple cent ou mille euros ou plus pour son tableau ou son dessin , ça « efface » ou « neutralise » ce que cet artiste peut ressentir en se séparant de son œuvre qui sort de sa collection…


     


     

  • Le rapport à l'internet en comparaison avec le rapport aux livres

    … Le rapport qu’ont la plupart des gens, toutes générations confondues, avec l’internet, est un rapport d’immédiateté, de fugacité, de rapidité, tout cela en une durée de temps de visite et ou de communication assez courte en général, et à plusieurs reprises à n’importe quel moment de la journée, de manière répétitive…

    En somme l’on consulte rapide, court, souvent… Mais peut-être que les personnes qui ont “du temps pour elles” (qui n’exercent pas ou plus un métier, un emploi) vont-elles un peu plus longtemps en durées, dans la journée, sur internet…

    En conséquence, l’internet n’est pas, loin s’en faut, l’espace qui convient le mieux pour les gens qui ont “des choses à exprimer” autrement qu’en brèves publications et éprouvent le besoin de développer leur pensée…

    J’entends souvent dire autour de moi – c’est la réalité, c’est la vie que l’on mène qui l’impose ainsi – “je n’ai jamais le temps, dès que ça dépasse 5 lignes, je zappe ; je consulte surtout sur mon smartphone plutôt que sur mon ordinateur fixe ou portable, et d’ailleurs, lorsque je suis aux WC”…

    Ces mêmes personnes, cependant, qui “n’ont jamais le temps” sur internet, de lire ce que postent leurs amis et connaissances sur Facebook, dont ils ne voient en général que le début du texte, ou l’image ou la photo ou la petite vidéo… Ces mêmes personnes, lorsqu’elles achètent des livres – des livres de 300, de 600 pages… Elles trouvent bien le temps de les lire, ces livres!

    Ce qui met en évidence la différence de rapport qu’il y a, entre d’une part un tel/une telle avec internet, et d’autre part entre ce même un tel/une telle avec les livres…

    D’où ce qu’il ressort de cette constatation : le livre a plus de portée que ce qui se poste, se diffuse, des uns et des autres, d’un tel, d’une telle en particulier… sur la Toile…

    Alors si le livre a plus de portée, même une portée localisée et de seulement quelques lecteurs ; l’on ne peut que d’autant mieux comprendre à quel point les gens qui écrivent souhaitent être publiés en maisons d’édition, ou même en édition en ligne, en numérique…

    Sans doute le rapport que les gens ont à l’internet aujourd’hui, restera-t-il le même durant encore bien des années…

     

  • Les livres

    Je m'adresse ici aux libraires, à tous les professionnels du livre, gestionnaires et employés de rayons et de domaines dans les espaces culturels des grandes surfaces commerciales, qui vont se trouver à partir d'aujourd'hui 11 mai jour de réouverture, confrontés à un problème de taille...

    En effet, tout lecteur acheteur de livre, a pour premier geste de prendre le livre sur le rayon puis de regarder le résumé en 4 ème de couverture suivi d'un bref aperçu de la vie et de l'œuvre de l'auteur, et de feuilleter le livre, d'en lire quelques lignes d'une page ou d'une autre... Avant de se décider à acheter ce livre, ou d'en consulter un autre puis un autre...

    À moins pour ce lecteur acheteur de savoir à l'avance quel livre il veut se procurer, dans ce cas il lui suffit de le voir en rayon et de le prendre, se rendre en caisse pour le paiement...

    Comment pourrait-il en être autrement lorsque dans une majorité de cas, le lecteur acheteur n'a pas décidé quel livre en particulier il veut se procurer, et donc, devra nécessairement toucher, prendre, regarder, feuilleter, plusieurs livres ? …

    Soit dit en passant, le problème est exactement le même dans une boutique de vêtements, de chaussures, dans bien d'autres magasins où l'on ne peut faire autrement que de se saisir d'un article qui ne sera pas forcément choisi, sera remis en rayon ? Achète-t-on un pantalon sans l'essayer ?

    Je me vois mal en librairie ou en espace culturel de grande surface, ou encore en maison de la presse, à chaque fois qu'un titre et qu'un nom d'auteur d'un ouvrage m'interpellent, retiennent mon attention, consulter en recherche internet sur mon smartphone, ce que je désire savoir sur cet auteur, sur le contenu du livre, l'histoire dont il s'agit... Cela me prendrait un temps fou, d'autant plus si mon smartphone loin d'être du dernier cri « pédale parfois dans la semoule » en navigation internet...

    Il ne me reste qu'une possibilité : celle, depuis chez moi sur mon ordinateur, de consulter des sites d'auteurs et d'ouvrages, de lire des résumés, puis de m'établir une liste de quelques ouvrages afin de voir si oui ou non, ces ouvrages ou l'un de ces ouvrages se trouve en rayon à la librairie ou au point de vente où je vais me rendre... Ainsi n'aurai-je point besoin, sur place, de toucher, de feuilleter le livre...

     

    Je dis tout cela, bien sûr, en ce qui concerne le lecteur acheteur (dont je suis) qui n'est pas client d'Amazon ou d'une centrale d'achat sur internet, qui n'achète que rarement par internet et qui aime à se rendre en librairie, en rayon, avoir un contact avec les livres...

     

    Du coup, ce que je subodore désormais, c'est que, dans le monde d'après ce « tsunami » de coronavirus, du fait du problème que j'évoque, beaucoup de gens en viennent davantage qu'avant à se procurer leurs livres en les commandant sur Amazon ou sur des centrales d'achat en ligne... Plutôt que de se rendre dans les points de vente, librairies, rayons d'espaces culturels, maisons de la presse, où ils ne pourront pas toucher, feuilleter les livres...

     

    Idem, d'ailleurs pour bien d'autres produits et articles (vêtements entre autres), qui seront achetés sur internet... Mais... Est-ce qu'on essaye un pantalon sur internet ? (rire)...

     

     

  • Coup de hache sur la mer gelée...

    « Un livre doit être la hache qui fend la mer gelée en nous », écrivait Kafka en 1904, dans une lettre à Oskar Pollak, le 27 janvier…

     

    Cette « mer gelée en nous » n’est-elle pas comme une banquise dont les bourrelets, les rides, les creux et les bosses à perte de vue, sont autant de repères et de marques pour ces « aventuriers » de la vie que nous sommes?

    Et ne traversons nous pas, en nos existences qui passent comme l’éclair de l’orage, des « territoires paliers » qui sont autant de « banquises » parcourues ?

    A la surface de cette « mer gelée en nous », et même, je crois, jusqu’à une certaine profondeur, s’y répètent,, s’y perpétuent l’immobilisme des habitudes, une certaine forme de renoncement ou d’indifférence, ou, ce qui n’est guère mieux, une forme d’espérance « angélique » et d’une consistance purement émotionnelle ; et, ce qui est sans doute pire encore, un ensemble de certitudes trop vite acquises dont on se fait un « rempart sécuritaire » qui, de toute évidence, ne peut résister aux  grands blizzards des évènements survenus…

    Il est assurément très peu, de ces livres ou de ces écrits, de nos jours comme par le passé, qui sont cette « hache fendant la mer gelée »…

    Et quand bien même voleraient en éclats tous ces repères, toutes ces habitudes, tout ces renoncements, toute cette indifférence, toutes ces « schizophrénies intellectuelles », toutes ces certitudes… Et ces angélismes et ces hypocrisies… Pour autant, est-ce que la banquise s'ouvrirait sous le coup de la hache ? Est-ce qu'un passage si étroit soit-il entre les glaces flottantes, parviendrait à se faire ? Un passage vers quelle autre mer tout aussi gelée au-delà du chenal à peine ouvert ?

    « Un livre qui fend la mer gelée » est un livre qui dérange parce qu’il casse ce sur quoi l’on marche… Et c’est fou ce que l’on s’attache à ce qui porte nos pas !

     

     

  • Le monde des livres, le monde de la musique

    ... Lorsque je lisais la rubrique du Monde des Livres, du vendredi, dans le début des années 2000, j’arpentais d’un œil peu convaincu ces critiques élogieuses d’ouvrages parus, d’auteurs reconnus et adulés, sortis du Seuil, de Gallimard et autres grands éditeurs parisiens, je lisais des extraits de ces « pontes de l’écriture » ; je m’amusais de ces pugilats entre éditeurs pour la parution du dernier « best seller » de la saison littéraire, de ces empoignades aussi perfides que médiatiques pour l’attribution d’un Goncourt ou d’un Renaudot, et je me disais que dans deux ou trois siècles si la Terre existait encore avec des humains et des civilisations dessus, on lirait encore du Zola, de l’Hugo ou du Prévert... Et peut-être de l'Houellebecq... Et ce que le commun des mortels au 24ème siècle ou au 25ème siècle penserait (s'il y pense), des "best seller" du premier quart du 21ème siècle...

    Et que dans ces mêmes deux ou trois siècles, en un monde de la musique et de la chanson qui sera celui du 24ème ou du 25ème, si des gens auront l'idée qu'ait pu se produire sur scène dans le premier quart du 21ème siècle, le groupe Les Inrockuptibles avec un Bertrand Cantat en vedette...

     

  • L'écrivain et ses lecteurs

    "Tout écrivain, pour écrire nettement, doit se mettre à la place de ses lecteurs"...

    [ Jean De La Bruyère ]

    ... C'est justement ce que bon nombre d'écrivains de nos jours, font, et cela des plus et des mieux connus, des plus lus ; autant d'ailleurs, que des aspirants à être connus et lus... Car ils savent bien tous autant qu'ils sont, les écrivains, ce qu'attendent les lecteurs en général : du sensationnel, de l'émotion, de l'intrigue, du suspense... Aussi en est-il si peu, d'écrivains, produisant des livres "coup de hache sur la mer gelée"... Vous savez, ces livres que personne n'achète, ces livres qui dérangent, ces livres "non aseptisés" que l'on ne trouve pas chez le Tabac Journaux du coin, ou sur les étals des Leclerc Culturel ou de France Loisirs...

  • Des livres "coup de hache" !

          Après avoir lu, de John Fante, "Sur la route de Los Angelès", "Bandini" et "Demande à la poussière", je trouve là quelque ressemblance avec "Sur la route", de Jack Kerouac... Voilà un livre "La route de Los Angelès" (ou Sur la route, de Jack Kerouac), que l'on ne trouve pas souvent sur les étagères des belles bibliothèques en merisier de pas mal de " bonnes maisons bourgeoises"... Et pour cause !

    D'ailleurs, ces livres là, on ne les voit pas trop non plus en vente, autant que les Lévy et les Musso, ou autant que les livres de nos vedettes de la télé et de nos personnages politiques, sur les étals des Leclerc Culturel ou des Maisons de la Presse... Je ne lis et encore moins achète, l'un ou l'autre de tous ces bouquins aseptisés, d'un romantisme édulcoré aux émotions bon marché ; de ces autobiographies d'hommes et femmes politiques et de présentateurs Télé toutes aussi nombrilistes les unes que les autres, de toutes ces histoires d'amour raté, de ces essais politico-économico-sociétal indigestes bourrés de termes et de locutions sortis des universités, de l'Histoire falsifiée et travestie dans une mise en scène tout ce qu'il y a de plus consensuel et conformiste , de la Géographie à effets spéciaux images surdimensionnées, de toute cette smala de nouveaux jeunes auteurs qu'on voit se pavaner dans des "talk shows" ou émissions de variété à la télévision...

    En effet, tous ces bouquins là, de ce monde là, oui ils sont dans les Leclerc Culturel, à France Loisirs, dans les Maisons de la Presse... Et des milliers de gens achètent ces bouquins -que souvent ils ne lisent même pas ou survolent à peine- parce que "ça fait bien", parce que "on en parle", parce que "t'es un crétin" si t'en a pas entendu parler"...

    Ces livres là je ne les lis donc pas ... Mais il m'arrive, afin de me "faire une idée de leur contenu", d'en feuilleter quelques pages, au hasard, de lire deux ou trois passages de ci de là...

    Tiens... Il faudrait que quelque autre John Fante ou Jack Kerouac, enfin un type "avec les tripes qui vibrent" sorte un jour, un livre encore plus déjanté, encore plus salace, encore plus virulent, encore plus scandaleux, encore plus fou, encore plus absurde tout ça à la fois puissance 10, et avec un vocabulaire à faire pousser des choux-fleurs lumineux dans les tissus cervicaux d'extraterrestres ayant crapahuté sur la Terre sans s'être fait voir !...

    ... Mais... "quelque chose me dit"... que les générations à venir, celles nées après l'an 2000, sauront "faire la différence" entre le crétinisme branché sorti des grandes écoles et le crétinisme consomo-jetable vendu à cent mille exemplaires d'une part (et qui n'a aucun destin) ; et ce qui luminera, bandera du coeur et des tripes, dépoussièrera et ouvrira un espace de relation et de création qui n'a pas encore existé, d'autre part...