Un livre doit être la hache pour briser en nous la mer gelée (Frantz Kafka)

… Cette phrase, un jour écrite dans son journal, de Frantz Kafka, est l’une de celles, entre autres, qui me vient assez souvent en esprit, en pensée, tant je la trouve imagée et “emblématique”…

Parce qu’elle “résume” en quelque sorte, ce que doit, à mon sens, être, non seulement un livre, mais peut-être même une œuvre toute entière, d’un auteur, d’un artiste, d’un écrivain… Ou du moins quelques unes de ses réalisations – de l’ artiste- ou de ses textes – de l’écrivain… Et, plus généralement, de ce qu’exprime par ce qu’il fait, par ce qu’il crée, par ce qu’il produit, enseigne, communique et partage, toute femme, tout homme – même “ordinaire” (ou commun) sur cette Terre, à n’importe quelle époque…

Dans un certain sens, ou à vrai dire “dans ce sens là” auquel je pense, celui de la portée ou de l’impact ou encore du retentissement, de la “trace” qu’il laisse, de ce qu’il peut changer dans une vie… Cela rejoint cette chanson “Quelque chose en nous de Tennessee” par la voix de Johnny Halliday…

La “mer gelée en nous”, c’est ce qui n’a pas été éveillé, débusqué, déterré, découvert, mis à nu sous le soleil… Que nous croyons ne pas avoir en nous… Mais qui existe… Qui a même toujours existé, avant que nous venions au monde, en ceux de ces êtres qui nous ont précédés, qui sont en quelque sorte nos “pré-existants”- de là où nous venons – et qui existera encore après que nous aurons quitté ce monde…

Ce qui n’a pas été éveillé mais qui existe, souvent, le plus souvent – et c’est bien là le drame- il arrive qu’il soit évoqué, effleuré, affleuré, légèrement soulevé… Mais ignoré, laissé de côté, parfois déconsidéré… Ou, encore plus souvent, il… “s’existe” (mais pour ce qu’il croit être)…

La “mer gelée” est en nous, mais elle aussi en l’autre que nous, elle est dans le monde qui nous entoure, dans les mouvements des vagues figées et solidifiées “porteuses de nos modes de vie”…

La “hache” est émoussée, ou elle se fait tranchante, heurtante, cassante…

Émoussée, c’est à peine si elle fait des éclats, des fissures ; elle n’entame rien de la surface compacte…

Tranchante, heurtante, cassante, elle sépare en plusieurs blocs… Mais seulement localement, jamais du rivage jusqu’à l’horizon…

Ce n’est ni Dieu ni aucune divinité ni aucune force occulte ou surnaturelle, qui nous a chassé de ce que nous appelons “paradis”, ce “paradis” qui n’est autre que ce qui a toujours existé… C’est nous-mêmes, chacun de nous, qui nous en sommes exclus, qui l’avons oublié, que nous n’avons pas laissé survivre dans notre mémoire humaine, mais qui existe bel et bien, aussi oublié et ignoré qu’il soit…

Et parce qu’il existe il peut être retrouvé… Mais il faut, il faudra… Un bon coup de hache sur la mer gelée, en nous, en l’autre, et sur toute la surface de la mer, pour le retrouver…

 

 

hache

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