
Deuxième partie
NOTES ET TEXTES DIVERS
Par les confettis que sont ces courriers à Sud Ouest, Marianne, L’Humanité Hebdo et L’Est Républicain, je vous salue, visages connus dont la trace dans mon esprit ne s’efface jamais, visages inconnus dont je rêve l’atmosphère…
14 Octobre 2001
Où va-t-on ?
La répétition des images de l’actualité internationale (Afghanistan, Palestine, attentats, catastrophes, sommets…) sur les chaînes de télévision, la succession de titres en gros caractères sur les premières pages des journaux, titres accompagnés de clichés percutants mais particulièrement orientés, c’est bien cela le monde de l’information, et par delà, celui de l’espace culturel…
Banalité, gravité, sensationnel, se diluent en un espace de communication qui ressemble à un palais de glaces déformantes dans une fête foraine. Les guignols les plus en vue s’y reflètent et se congratulent.
Le monde d’aujourd’hui n’est ni pire ni meilleur que celui dans lequel ont vécu les gens qui nous ont précédés : il est seulement différent.
Qui, en l’an 1001 de notre ère, aurait imaginé les ordinateurs et les téléphones portables de l’an 2001 de la même ère ? Et que deviendront dans quelques siècles ou millénaires, nos autoroutes, nos trains à grande vitesse, nos réseaux de fils électriques ? Oui, comment imaginer le monde de demain au-delà des impostures, des contrefaçons et des projections du temps présent ?
La répétition des images, le martèlement des titres en gros caractères, la banalité, la gravité, le sensationnel, sont aujourd’hui les ingrédients d’une diversité en laquelle les acteurs de la grande scène internationale, et plus précisément les acteurs que nous sommes, cherchent des points de ralliement.
Mais la diversité ne se contrôle pas par des dressages musclés ou onctueux. La diversité a besoin de reconnaissance, de vecteurs ou de relais, bien plus que de lumières, de titres, d’affiches ou de meneurs.
La révolution culturelle à venir serait celle de la conscience de l’existence de l’autre, l’éclatement de cette bulle d’individualisme à l’intérieur de laquelle nous ne projetons que les dimensions de notre personnalité.
Le monde de demain sera tout naturellement fait de tout ce qui nous survivra, le pire comme le meilleur… Tout ce que nous imaginons aujourd’hui de ce monde, même par les œuvres des romanciers et des artistes ou par les prospectives des scientifiques, n’est que du rêve ou le produit d’une connaissance incomplète.
Nous participons chacun d’entre nous à une inexorable évolution de l’esprit humain et la durée de cette évolution nous échappe.
17 Février 2002
Internet autrement…
Nous vivons aujourd’hui dans un monde démesurément ouvert sur un espace de communication en lequel se croisent des milliers d’informations, et cela en un temps très bref, pour peu que l’on arrive à se connecter toutefois…
Paradoxalement, dans un tel espace, il devient de plus en plus difficile de se faire entendre parce que la communication étant avant tout une communication de nécessité, au delà d’une certaine frontière, l’espace relationnel s’apparente à un désert, avec quelques oasis cependant…
Actuellement, et pour deux ou trois ans à mon avis, guère plus, nous sommes situés dans l’explosion des nouvelles technologies de la communication, à l'intérieur d’une zone de transition particulièrement intéressante, celle où tout est encore possible, imaginable, transmissible en toute liberté, sans réglementation définie. Une zone dangereuse certes, mais peut-être aussi un « Eldorado »… En dépit de toutes les dérives…
Pour les pionniers, les novateurs, les créateurs, c’est certainement en ce tout début de troisième millénaire, le meilleur moment de se lancer, de diffuser, de passer par dessus les barrières, de ne plus dépendre de ces relais traditionnels qui conditionnent le succès ou la reconnaissance, interdisant tout accès aux différents « cénacles » inamovibles…
Cela ne durera pas. Le sens du monde, comme il l’a toujours fait par le passé, et comme il continuera de le faire, va réglementer, organiser, planifier, uniformiser rapidement et d’une manière telle, que toutes les innovations seront alors muselées, filtrées par les gardiens de l’ordre du monde.
Il ne restera plus, dans l’oubli, l’indifférence, que ces milliers de rêves, de messages ou de projets avortés que l’Histoire ne retiendra pas. Et tout ce qui s’exprime « du fond de ses tripes » entre des murs d’usine, sur des places publiques, dans les entrées des immeubles, dans les cafés de banlieue, n’intéressera jamais les médias.
Qui alors, débusquera de tous les terriers de violence et de révolte, ces rêves et ces aspirations que personne n’écoute ? Qui les fera naviguer sur le « net » ? Les mots, ne deviendraient-ils que des épluchures accrochées aux broussailles ? Les innovations, ne seraient-elles que pour les « Science-Po », les technocrates ou les « barbouzes » de l’information ?
Créateurs, novateurs, pionniers, si vous n’êtes pas des illusionnistes, allez-y, surfez sur Internet, c’est le moment ! Et osez concevoir un de ces rêves qui pourrait bien être une « piqûre d’héroïne dans la veine à vif sans les effets secondaires dévastateurs » !
Pour conclure, je vous dirais en toute lucidité que le pire est à venir, et que nous allons traverser un siècle terrible… Mais il ne faut pas avoir peur, puisqu’une espérance magnifique peut embraser notre cœur…
Extraits de la 2ème partie :
Les uns se turent ou crièrent, les autres moralisèrent ou professèrent.
Dans un gigantesque ballet d’extravagances, d’outrecuidances, de conciliabules et de concepts dérisoires, la nuit des courts et longs métrages de la vie bruissait encore de bouillonnements incolores.
Quand tomberas-tu du ciel, étoile du jour dont personne ne sait dessiner l’aurore ?
Renégat, pisse gras sur les murs ripolinés et pelliculés d’images sacralisées ! Renais gras du jus de tes colères et de tes révoltes !
Caméra au poing, vitupérations imagées à bout de bras, entre dans les créneaux de l’ignominie où sévissent les pare chocs de tous ces diablotins en 4X4, et témoigne de leur mépris souverain, si dérisoire dans la circulation générale…
Tout commence dans la lumière avec l’innocence de nos très jeunes années, les rires clairs et les mots d’enfant qui vont droit au cœur.
Tout se répand sur le chemin incertain de la connaissance, et difficile de l’expérience, avec des certitudes qui ne sont que des leurres, l’indifférence, l’hypocrisie et la dureté du monde, le souvenir de ce qui fut et ne sera plus…
Tout finit dans la nuit, avec tout ce qui brûle en nous et que personne ne saura jamais ou croira savoir…
Ce sont ces régals fous dans les cabrioles les plus inattendues tout au long du chemin, qui nous font oublier qu’on est faits comme des rats.
Ce sont ces stations debout, assis ou couché, si pénibles, dans les accidents de la vie, qui nous font accepter qu’on est faits comme des rats.
Entre l’oubli et la résignation, où est la place du refus ?
…..
Les bulles de savon que les enfants soufflent au bout de petites sarbacanes multicolores s’élèvent dispersées ou agglutinées, puis s’évanouissent en silence… Elles ne sont jamais reliées même si elles se touchent ou se croisent.
Chacune de ces bulles est un univers clos empli de déchirures et de solitude. Un étrange reflet nous fait imaginer l’intérieur de la bulle, et c’est par ce reflet que l’on identifie la bulle.
Les bulles non reliées n’existent pas. Elles ne sont que rêves ou mirages.
…..
J’ai une si haute idée des mots, qu’en face de leur grandeur, de leur force, de leur beauté et de l’énergie qui les anime, je me sens comme un enfant capricieux, insupportable dans ses emportements, ses contradictions, ses facéties, ses cabrioles et toutes les circonvolutions de son esprit brouillon…
Je voudrais que les mots en effet, puissent allumer le feu qui n’a encore jamais existé…
N’est-ce point là une ambition démesurée, un pari impossible contre l’adversité, l’indifférence, le sens du monde ?
L’imaginaire suspendu par des fils de lumière au-dessus du tableau raté…
C’est le monde, étalé dans la laideur de son actualité, qui crépite de toutes ses escarbilles noircies, comme sur une toile couverte d’images corrosives, hérissée de petites crêtes dentelées, parcourue de visages déchirés, exaltée d’ecchymoses, raclée au couteau, vibrante de musiques métalliques et dont le cœur démesurément étiré sous les plis de la croûte primaire, s’efforce de battre sous le soleil… Mais le soleil est voilé, grillagé, ne diffuse qu’une haleine de four puante d’œuvres culinaires, et sa chaleur malsaine s’insinue dans les veines annelées qui se croisent et s’entrecroisent entre la toile et la croûte de la toile. Les images corrosives, les visages déchirés, les vomissures de feu et les postillons incendiaires de ce soleil grillagé qui tombent sur la toile sont gris et huilés, il n’y a ni tendresse ni élans ni sourires ni bonté ; seulement de l’indifférence, des mots inutiles, des regards concupiscents, de la poussière de soute, des eczémas renouvelés, des liasses de billets de banque froissés, poisseux et identificateurs d’existence reconnue…
De petits personnages griffonnés à la hâte, parfois surmontés ou entourés d’ épaisses raclures au crayon noir, imitent dans une drôle de sarabande dévoyée ressemblant à une transe de derrières en fête, un dessin animé proscrit par des arbitres de touche n’ayant rien compris au sens de la danse. Mais le dessin circule sur le terrain entre les joueurs fatigués après l’orgie des compétences, de la rentabilité et des performances perforatrices. Le dessin se fige, s’arrondit et roule jusqu’à la ligne de but adverse…
D’un bout à l’autre de la toile, l’artiste dément et adulé et surpayé a griffé toutes les concrétions mouvantes, inventé de nouvelles crêtes discontinues, noires et émaillées d’épines cassées…
Les visages se sont enduits de lumière molle, les liasses de billets sur la toile n’ont qu’une épaisseur illusoire, mais les hiéroglyphes aux pattes de mouche semblent effectuer des transactions scélérates entre des territoires aux hachures irrégulières, circonscrits par des lignes provisoires…
La corrosion attaque la trame, des trous aux lèvres brûlées s’enfoncent dans la croûte primaire où des galeries se forment, telles des veines putrides qui finissent par éclater et répandre du sang noir ressurgi des entrailles de la croûte par de petits cratères charbonneux.
…. Il fallait, devant ce monde étalé comme un tableau raté, un regard libre, un regard régénéré, un regard qui ne soit pas celui d’un juge, d’une victime, d’un condamné, d’un profanateur ou d’un illuminé… Un regard différent de tous les autres regards…
Il fallait, par delà et même à l’intérieur de toutes ces noirceurs, un drôle de coup de patte pour redessiner ces petits personnages, bleuir les hiéroglyphes aux pattes de mouche, reconstituer le puzzle des visages, enluminer la toile, colorier les hachures, et surtout, « atmosphériser » tous ces petits bouts d’images éparpillés que l’ artiste avait bien semé dans son ciel mais pas jetés sur la toile…
Là où il n’y avait que laideur, grisaille, indifférence, griffures, dureté et corrosion, était-il encore possible d’embellir, de pardonner, d’extraire de l’immaculé, et de circonscrire l’ensemble du tableau d’un regard aussi bleu que libre, au royaume d’un imaginaire suspendu par des fils de lumière au-dessus de la nuit ?
Texte intégral : http://www.e-monsite.com/yugcib/docs/ouvrage_4242-modifie1.pdf
0/10 sur 0 vote
Sélectionnez une note puis validez par "Noter"