Du 17 déc 2011 au 8 mars 2012

Derniers écrits du 17 déc 2011 au 8 mars 2012

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     EXTRAITS :

Errances littératoques, 8

 

Des vaches naines

Des oies rouges

Des canards bec de louche

Des coccinelles bleues

Des humains à quatre pieds

Des cochons éléphantins

Les vaches parce qu'elles sont naines

Les oies parce qu'elles sont rouges

Les canards parce qu'ils ont des becs de louche

Les coccinelles parce qu'elles sont bleues

Les humains parce qu'ils ont quatre pieds

Les cochons parce qu'ils sont éléphantins...

Tous, oui, tous menés au champ de foire

Au bâton, à la trompette, en char à âne ou en turbomobile...

uront-uls au Paradu ?

Ce Paradu où toute la Crémation veut aller même les moutons cannibales ?

Avec chacun son fruc, sa gouale

Et son Égot charpenté en cathédrale et lourd de viande molle

Et si...

Pas le Paradu ?

Et si...

L'Enfore plutôt ?

L'Enfore où vont les Ulumunus

Les vaches éléphantines

Les oies bleues

Les canards bec de bite

Les coccinelles vertes

Les humains à quatre mains

Les cochons nains

 

Le Paradu

L'Enfore

Ou le Chatôt...

Oui, peut-être en définitive

Le Chatôt

Le Chatôt sans Chatelin sans ascenseur sans bals masqués ni visages caramélisés

Le Chatôt plutôt que le Paradu

Et le Procet plutôt que l'Enfore...

Le Procet dans la grande salle du Chatôt...

Le Procet sans Zuse sans couloirs sans verdique et sans gellule- de- roche- avec- juste- un- petit- trou pour laisser passer la poudre...

Le Procet d'une désespérante éternité et dans un abîme de solitude cosmique, se déroulant comme un tapis de feu, sans témoins, dans la grande salle du Chatôt...

Les vaches ne devaient pas être naines

Ni les oies, rouges

Ni les canards, bec de louche

Ni les coccinelles, bleues

Ni les humains, à quatre pieds

Ni les cochons, éléphantins...

Toute la Crémation ne devait qu'être feu puis poussière puis olive de roche puis de nouveau feu, poussière et olive de roche...

 

 

Une drôle de fête de Noël

 

La fête de Noël organisée par l'Amicale de la Boîte, battait son plein...

Déjà tous les enfants rassemblés autour des paquets joliment enrubannés, tapaient des mains et des pieds, criaient, s'agitaient, s'enthousiasmaient, s'impatientaient...

L'on n'attendait plus que le Père Noël qui allait on l'espérait bien, entrer en scène d'une minute à l'autre.

Pour la troisième fois l'un des assistants du Président de l'Amicale repassait en poussant le son "Petit papa Noël" de Tino Rossi...

Les mamans minaudaient et se congratulaient, les papas levaient leur verre ; les notables confortablement installés autour de la grande table recouverte d'un tapis vert au fond de la salle, souriaient, béats, et leurs joues grasses et couperousées, leurs triples mentons, leur donnaient cet air bon enfant qu'ils arborent tout naturellement lors des festivités d'associations et d'amicales...

L'on apporta les gâteaux, les petits fours salés et sucrés, les mini-pizzas et les sandwiches, que l'on répartit avec des rangées de verres et de bouteilles sur les tables formant dans la salle un grand U.

L'on déboucha les bouteilles, faisant bruyamment sauter les bouchons de Champi et de vins mousseux...

Une guirlande électrique s'enflamma tout à coup sur le sapin, il y eut un instant de panique mais le Président habilement, maîtrisa le sinistre.

L'attente se prolongeait, les enfants piétinaient et chahutaient, l'on emplissait les verres, quelques papas "un peu éméchés déjà" tenaient des propos égrillards ; les notables, visiblement crispés, jetaient un coup d'oeil à leur montre ; le grand patron de la Boîte se levait sans repousser sa chaise, évacuant d'un revers de main quelques miettes sur son gilet, puis s'excusait auprès du Président, de son brusque départ, déclarant qu'il avait un rendez vous d'affaires important à deux cents kilomètres de là et craignant le verglas sur la route...

Enfin le Père Noël fit son apparition...

Il surgit tout en haut des escaliers, derrière la cime du sapin.

Mais tous les visages blêmirent et se figèrent d'effroi car le Père Noël brandissait une tronçonneuse qu'il mit en marche et agita devant lui...

Avec sa barbe toute ruisselante de sang, ses yeux noirs et brillants qui lançaient des éclairs, son rire sardonique et sa démarche menaçante, il sema une grande terreur dans l'assistance.

Les enfants se mirent à courir en tous sens, les mamans poussèrent des cris aigus, une panique monstre s'ensuivit...

D'un coup de pied rageur, le Père Noël disloqua la pile de paquets enrubannés, puis se jeta, la tronçonneuse en avant vers les enfants.

Horreur! La tronçonneuse s'acharna sur les petits dos, sauta d'un petit visage à l'autre, mordant au passage quelques bras et jambes, des flots rouges ruisselèrent le long des vêtements jusqu'au sol ; et dans une bousculade générale, dans un sauve qui peut vers la grande porte, parents, enfants, invités et notables, tous se précipitèrent les uns contre les autres et même se piétinèrent... Un gros type très excité à l'air mauvais, poussa violemment d'un coup de pied une petite fille dont le visage venait d'être écrasé...

Tout à coup, la voix du Président, grave et forte, s'éleva au dessus du tumulte : "écoutez moi tous, il n'y a personne de blessé en réalité, c'est une grosse farce, une affreuse plaisanterie de très mauvais goût, la tronçonneuse est truquée, la chaîne est en caoutchouc et le sang, de l'encre rouge projetée...

Il fallut néanmoins un certain temps pour que l'affolement général cesse... Mais la fête était gâchée, les sandwiches et les gâteaux écrasés, les verres brisés, les jolis paquets éventrés et leur contenu fracassé...

De l'un de ces paquets s'échappait un petit robot noir qui prenait son élan, virait à droite ou à gauche, cliquetant, foudroyant les bouchons de Champi de son rayon bleu vert...

L'on débarrassa, nettoya, et lorsque le Père Noël présenta sa facture TVA comprise, il se vit gratifié illico, de quatre coups de poing en plein visage et repartit en sang...

Une maman arriva tenant par la main son petit bout de chou de trois ans, juste au moment où le Père Noël se faisait durement castagner. Le bambin était tout déconcerté devant le désordre indescriptible qui régnait dans la salle, ouvrait des yeux tout ronds, pleurait parcequ'on battait le Père Noël...

La maman était une très jeune femme, court vêtue, avec de jolies jambes. Quelques messieurs "rassis" ou "crâne d'oeuf", encore présents dans la salle, foudroyèrent de leurs regards, figés de ravissement, cette jolie jeune femme qui portait un manteau chic et court rouge vif...

Personne ne s'intéréssa ni n'accueillit l'enfant qui pleurait et se dirigeait vers le petit robot noir... Quelques uns des messieurs discrètement se touchaient la braguette. Le Président, tout faraud et tout rouge sous sa tonsure à la Lionel Jospin, s'approcha de la jeune femme, prit son air des dimanches et balança quelques flatteries...

Un musicien ambulant, une sorte de clown aussi, se trouvant de passage ce jour là, fut convié par le Président pour relancer la fête...

Et la fête se refit, l'on oublia le Père Noël à la tronçonneuse, les enfants se jetèrent sur les cadeaux...

Le lendemain l'on apprit dans le journal, que le grand patron de la Boîte avait été victime du verglas sur la route, et que le Père Noël s'était pendu dans une grange abandonnée... Et qu'on avait tué avec un jet de gaz paralysant à bout portant à travers la clôture le toutou féroce du gros type qui avait bousculé la fillette...

 

Le vécu, l'écriture...

 

Le vécu, à l'instant même ou dans le moment où il se vit ; ne s'écrit pas...

Écrit-on par exemple, ce que se disent des regards entre eux, écrit-on des doigts ou des mains qui se touchent, des silences qui se parlent ?

Le vécu, à l'instant même ou dans le moment où il se vit ; est peut-être cependant, de l'écriture qui n'est pas encore née... Et qui naîtra -si elle naît- sans réellement écrire le vécu...

S'il devait y avoir une écriture qui surpasserait toutes les écritures, ce serait celle du vécu que l'on ne peut écrire, de ce vécu qui à chaque fois, fait de l'écriture à naître sans que l'on le sache jamais...

 

Vivons nous un temps sans horizon d'espérance ?

 

Selon Myriam Revault d’Allonnes, philosophe, auteur du Pouvoir des Commencements, essai sur l’autorité….

« Nous ne disposons plus aujourd’hui d’un avenir où pourraient se fonder nos espoirs et nos engagements. La fin des idéologies serait le nom de cette crise de la temporalité d’un temps sans horizon d’espérance que nous avons du mal à regarder en face. Qui a dit que les intellectuels n’avaient plus rien à dire sur l’actualité la plus brûlante ? Et si le vrai problème était plutôt qu’on parvienne à les entendre ? »

 

Quels espoirs et quels engagements aujourd’hui ?

Dans un siècle qui se devait être spirituel mais qui tourne à une guerre de religions, à une course à la consommation, à la recherche de la performance et de l'immédiateté?

Dans un siècle qui sombre dans la barbarie, dans l’intolérance, dans le succès des médiocrités et du voyeurisme agressif ; dans le culte de l'apparence et de la réussite à n'importe quel prix?

Est-ce cependant la fin des idéologies alors que jamais encore à ce point là en ce début de 21 ème siècle l’on n’avait sacralisé et instrumentalisé les plus invalidantes de ces idéologies pour l’évolution de l’esprit humain, soit le nivellement brutal et totalitaire du monde par la peur ; et cette idée de développement durable par une croissance économique sensée satisfaire un plus grand nombre de consommateurs dépendants, soumis et déshumanisés ?

Ce temps sans horizon d’espérance que nous avons du mal à regarder en face, qui ne nous fait même plus peur à cause d’autres peurs entretenues et médiatisées, n’aura-t-il donc pas pour le dénoncer et mettre un terme à sa course, de ces grands esprits et de ces hommes courageux en nombre croissant qui, sans le soutien des peuples de la Terre n’ont qu’un pouvoir illusoire ?

Ceux qui disent que les intellectuels ne s’expriment plus sur l’actualité brûlante sont des menteurs, des négationnistes ou des intellectuels complices de l’ordre établi.

Parvenir à entendre les voix des intellectuels qui s’élèvent contre l’ordre dégradant, ne plus écouter les voix des intellectuels complices de cet ordre, c’est l’affaire la plus urgente de tous les peuples de la Terre.

 

 

 

 

 

"Les écureuils de central park sont tristes le lundi", de Katherine Pancol

 

"Un écrivain, c'est un mur avec deux grandes oreilles et un oeil de cyclope...

Écrire, c'est écouter, observer, renifler, devenir marronier, abat-jour ou toile d'araignée. Tendre l'oreille, le regard, le pif, faire le vide en soi pour que la vie s'y engouffre et dépose ses alluvions.

S'oublier pour devenir tous les personnages, les rires et les larmes, les espérances et les impatiences, plonger tout au fond, saisir une pièce en or...

La déposer dans le récit et repartir...

Quand j'écris, j'ouvre grand les bras et j'avale la vie...

Je franchis les mers et les montagnes, je traque le détail, dévore des kilos de documentation, j'écoute..."

 

Voici au moins une définition de l'écrivain qui sort de l'ordinaire !... Et qui ne peut alors, au risque d'imposture, faire de l'écrivain un être ordinaire...

Bien sûr, à dire vrai, que l'écrivain, tout comme le météorologue, le chercheur, la lingère, la ballerine, l'employé de banque ou le chômeur longue durée... Est un être ordinaire, tout ce qu'il y a de plus ordinaire en ce sens qu'il a un trou en haut pour absorber et un trou en bas pour évacuer... Mais cet "ordinaire" qu'il y a en l'être – et donc, en un écrivain aussi- est bien une "matière première" sans laquelle absolument rien d'exceptionnel en l'être ne peut exister autrement qu'en trompe -l'oeil, en trompe- le- regard, en trompe- les- oreilles, en trompe-l'intelligence, en trompe-l'humain...

 

Si les gens que nous sommes, chacun d'entre nous à sa façon, se parlaient les uns les autres comme se parlent les personnages du livre de Katherine Pancol – "Les écureuils de central park sont tristes le lundi"- sans doute la vie que nous vivons au quotidien serait moins triste...

"Une vie meilleure" (ou plus belle, ou moins injuste, ou plus ou moins "tout ce que l'on voudra") ça ne veut rien dire et en faire de l'écriture c'est encore pire...

"Une vie moins triste" – en se parlant moins triste- c'est dans le domaine du possible...

Peut-on imaginer, avec un langage tel que celui des personnages du livre de Katherine Pancol... que des tranchées, des redoutes et des nids de mitrailleuses soient nécessaires ? Ou des contes ou des histoires ou des discours à dormir debout ?

 

 

Le journal de Kafka

 

LE JOURNAL DE KAFKA, traduit et présenté par Marthe Robert. (Le livre de Poche, biblio, 674 pages)

Ce combat entre Kafka et le monde, avait quelque chose de paradoxal…

Poète, Kafka se sentait différent du commun des mortels et par conséquent contraint d’affirmer sa singularité. Ce qui rendait inévitable sa lutte avec le monde.

Cependant, Kafka avait en même temps une autre préoccupation, un autre regard que celui d’un écrivain sans complaisance à l’égard du monde : il a voulu aider le monde à se défendre, en particulier par ce besoin qu’il sentait, de surmonter sa révolte (et plus généralement celle de l’individu), et de trouver la route ouvrant le passage vers une communauté vivante, celle des hommes coexistant ensemble dans une tradition, une culture, une histoire…

Ce journal est, selon Marthe Robert, « le témoignage le plus poignant de toute l’histoire de la littérature ».

 

« Nous avons été chassés du paradis mais le paradis n’a pas été détruit pour cela »…

 

Ce « paradis » n’était-il pas cette Connaissance, ou mieux peut-être, cette « vérité » originelle, totalement pure, affranchie de ce « sens du monde » régi par les lois des hommes et les mécanismes inextricables des codes et des procédures ?

Retrouver ce « paradis », puisqu’il existe toujours, apparaît donc comme une nécessité… D’autant plus que la certitude de sa redécouverte s’ouvre dans une perspective encore plus belle et plus émouvante que celle qui, à l’origine, n’en était qu’à la gestation de son commencement...

En fait, ce n’est pas le Dieu des Chrétiens, ni celui des Musulmans ou un autre Dieu… qui nous a chassés du « paradis » : c’est nous, les humains, qui avons en partie, perdu la Connaissance, et qui avons cru retrouver cette Connaissance par la Science, la Civilisation, la Technologie, les lois édictées par des monarques ou des parlements, les codes et procédures sans cesse remaniés et adaptés aux évolutions politiques et sociales… le plus souvent, hélas, au bénéfice d’une minorité « privilégiée » d’humains…

Mais cette Connaissance existait avant que l’humain ne fût, ici ou ailleurs…

…Le Journal de Kafka, 674 pages. Un casse tête aux dires de certains, à la seule idée que l’on peut se faire de ce que suggère à priori, la lecture des écrits et des romans de Kafka…

Mais quelle pureté de langage ! Quelle précision ! Quelle minutie dans les moindres détails ! Et surtout quelle écriture !

 

... Il ne suffit pas à mon sens, à un écrivain, à un artiste ou même tout simplement à un homme ou une femme "de réflexion, d'agissement, d'engagement ou de résistance"... d'être "à juste titre" sans complaisance à l'égard du monde, et de porter sur le monde le regard qui découle de cette absence de complaisance...

La révolte, si elle est nécessaire, doit aussi pouvoir être surmontée... Par une forme d'expression lui donnant une toute autre portée que celle des armes, de la confrontation avec violence ou du retranchement sur des positions à maintenir à n'importe quel prix... Sans doute en ce sens, les écrivains, les artistes, les intellectuels, ont-ils un rôle à jouer, mais pas seulement eux car à dire vrai, c'est l'affaire de chacun à sa manière...

 

... J'avais évoqué une fois ce terme ou plus exactement cette expression "créateur d'atmosphère" (ou "créatrice d'atmosphère")...

Je voulais dire par là : une personne qui dans sa relation avec l'Autre, avec les Autres, dans la manière qu'elle a de s'exprimer, dans son comportement, par son regard, par tout ce qui émane d'elle, et qui peut surprendre, émerveiller parfois... crée autour d'elle et dans une situation particulière, dans l'évènement, dans l'agissement... une "atmosphère relationnelle"... Et cette "atmosphère" alors, peut se diffuser, s'étendre, s'infiltrer, gagner du terrain, se dégager peu à peu au dessus de toutes ces pesanteurs naturelles ou organisées que sont toutes sortes de révoltes ou de retranchements censés nous protéger...

 

 

 

 

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