voici la 3ème suite des courriers

A  FLORENCE…

 

            Tout au long de notre vie nous sommes parfois… Ou souvent confrontés à des situations inconfortables telles que la faim, le froid, l’isolement ou l’exclusion et la précarité.

Il est aussi de ces situations sans nul doute plus anodines telles qu’un temps d’attente prolongé, certains besoins ou espoirs non satisfaits, des projets avortés, une inquiétude du lendemain, que nous dimensionnons au-delà de ce qui est convenable…

Aucune de ces situations d’inconfort ou d’isolement, et à plus forte raison les situations anodines de la vie quotidienne que nous déplorons, ne peuvent toutefois être comparées à ce que tu as vécu, Florence, cinq longs mois durant enfermée dans un cachot souterrain, sans connaissance du jour et de la nuit, sans lumière et sans doute avec une perception de l’écoulement du temps inimaginable pour les gens que nous sommes, habitués aux cadrans de nos montres, au rythme des jours, des mois et des saisons.

Lorsqu’au début de ce mois de juin, quelques jours avant ta libération, j’ai visité avec ma femme la prison des évêques à Saint Jean Pied de Port, je suis entré dans une cavité obscure, froide et humide, sans autre ouverture que la porte donnant sur une salle tout aussi sombre et souterraine : cette cavité de quatre mètres carrés était en fait la prison de la prison. Il y avait encore, scellé dans le mur de pierres du fond du cachot, un anneau de fer auquel était accroché un morceau de grosse chaîne… Je suis resté là, un moment, pétrifié, les intestins noués et je sentis monter en moi une peur telle que jusqu’à ce jour, j’en avais encore peu connu dans ma vie. Je voyais pour ainsi dire le prisonnier en face de moi, retranché vivant du monde des vivants. Et je me suis dit : « Comment peut-on survivre, enchaîné dans le noir, confiné dans un tel isolement, et durant combien de temps ? »

Alors je t’assure, Florence, que de toute la vie qu’il me reste à vivre, chaque fois que je serai confronté à une situation de réel inconfort, je penserai « viscéralement » à ce que tu as vécu cinq mois durant à Bagdad dans un cachot souterrain, et que tu nous a décrit avec précision, dans toute sa réalité crue et nue. Alors sans doute mon inconfort me paraîtra-t-il moins grand que ne fut le tien.

 

 

                        INSTANTS  VECUS

 

            Parfois certains moments d’existence et même de brefs instants, vécus en compagnie d’une personne en particulier ou lors d’une réunion de personnes, sont d’une intensité telle, que dans le prolongement immédiat de la relation et bien plus tard dans la réminiscence de cette relation, j’en ressens encore l’esprit, l’émotion, l’atmosphère si particulière, cet étrange bien être et j’en reçois alors l’imputrescible visage auréolé d’une vérité toute simple, d’une réalité habituellement invisible.

Ce sont bien là ces moments privilégiés de l’existence, moins rares que l’on pourrait croire, en lesquels la relation soudainement affranchie de toute attente particulière ou de tout ce qui la rend dépendante et la déforme, s’apparente à un être vivant. Un être sans réalité physique autre que celle, très proche, de la ou des personnes présentes à nos côtés, un être « rassemblé » en quelque sorte, un être comme « habillé » du vêtement qui lui ressemblerait au plus vrai, qui sans ses deux mains n’est pas moins pourvu de liens et d’un visage…

Alors la perception même du temps vécu en une telle relation devient différente de celle de tant d’autres moments fondus dans l’écoulement des heures et des jours perçus dans l’indifférence, l’ennui, l’habitude ou la hâte d’une réalisation.

Suspendu, déconnecté d’un réel bardé de repères ou d’un irréel empli de promesses, il est soudain devenu, ce temps non maîtrisé, « petite éternité » à nulle autre pareille, unique, imputrescible dans l’immense éternité dont nous n’avons pas idée.

Ce sont ces moments là que les écrivains ont le devoir d’écrire, les musiciens celui de jouer, les peintres celui de dessiner et les photographes celui d’en fixer l’image.

Retranchés de ces moments, notre vie ressemble aux galeries marchandes d’un hypermarché… Quoi qu’en un tel lieu de tels moments privilégiés peuvent être vécus.  Les lieux et l’environnement de ces moments, pas plus que les personnes d’ailleurs, ne sont à eux seuls vraiment déterminants et ne peuvent expliquer pour quelles raisons sont vécus de tels moments.

 

            AH ! CE SENS DU MONDE !

           

Je suis effrayé de constater à quel point les choses de l’argent, de la nécessité et du « pragmatique » priment sur les choses de l’esprit et du cœur ; à tel point qu’elles priment même sur l’apparence des êtres et des choses qui, elle, prime d’ailleurs sur les choses de l’esprit et du cœur.

J’y vois là, dans cette hiérarchie qui n’a subi aucune évolution depuis l’origine des civilisations humaines, l’articulation principale du « sens du monde », le nœud central, moteur de tout mouvement participant à l’unique « sens giratoire » connu et admis une fois pour toute par toutes les civilisations du passé, du présent et du futur.

Autrement dit, si tu es riche et beau mais riche d’abord, tu peux alors considérer les choses de l’esprit et du cœur comme ces bons fromages après la substantielle garbure si tant est que ton palais soit en mesure d’apprécier le bouquet des illustres fleurons de nos fermages.

Que serait ma pensée, le kilométrage de mes élucubrations, ma « vie intérieure » si j’étais cadre commercial menacé de licenciement, préoccupé d’objectifs à atteindre, ou Rmiste, chômeur de longue durée devant être jeté à la rue ? Et si de surcroît j’étais difforme avec un visage ravagé ?

La belle affaire, oui, que celle de l’esprit et du cœur, dans l’enfer de la réalité crue et nue, ou dans les médiocrités d’un ordinaire soumis aux aphrodisiaques immédiatement consommables et jetables, aux foudroyantes anesthésies d’une médication universelle contre un « mal vivre » qui jadis était un vivre tout court et tout simplement !

Lorsqu’en effet, nous vivions tout court et tout simplement, au moins les choses de l’esprit et du cœur, même réduites à leur plus simple expression, existaient-elles vraiment !

 

                        SUR LE FORUM D’ALEXANDRIE, le 4 juillet 2005…

 

            Pour répondre à Pascal et aux autres au sujet de mon idée de rencontre… Il s’agit là sans doute de l’une de ces idées jaillie telle un geyser dans un paysage chaotique, une idée ne dépendant que d’un état d’esprit ou d’un ressenti tout à fait particulier éprouvé en un moment donné… Lequel moment d’ailleurs, semble pris dans l’engrenage insaisissable et incontrôlé de tout un cheminement de pensée (s ).

En bon webmaster qu’il est, Pascal a très certainement raison. Qu’est-ce qu’un webmaster en effet sinon un humain qui communique par le Net et qui de ce fait, ne sent pas forcément la nécessité, la finalité ou le besoin d’un « vrai » contact ?

Communiquer par le Net n’a peut-être rien à voir ou n’est pas comparable avec un autre moyen de communication. La question n’est même plus de savoir si l’on est dans le réel, l’instantané, l’imaginaire, le virtuel ou toute autre forme d’expression définie selon les concepts habituels qui nous sont familiers.

Ce qui pour ma part m’attire dans le Web, c’est l’immédiateté de la relation et dans le même moment de cette relation non dépendante d’une présence physique, une impression de distorsion du temps durant lequel s’exprime « quelque chose de soi » vers un Autre incertain, imaginaire ou « réel non visible ». Cette distorsion du temps, qui n’est qu’une impression, devient alors un créneau élargi dans lequel l’expression prend forme, se précise, se nuance et s’habille. Et sans perdre de son de son exclusivité, de son authenticité et de sa spontanéité, ce que l’on exprime en direct sur le Web, bénéficie de ce petit temps de réflexion qui nous permet de modeler notre parole. Je crois que les bons orateurs sont ceux qui savent dans de fréquentes mais brèves distorsions de temps totalement imperceptibles pour l’auditoire, modeler au mieux leur parole.

L’immédiateté de la relation d’autre part, a un avantage certain : celui de ne pas nous faire perdre de temps en de vaines espérances. Il est en effet très inconfortable et tout à fait inutile de devoir attendre 2 ou 3 mois la réponse d’un éditeur ou d’un journaliste à l’envoi d’un manuscrit, d’un texte, d’un courrier classique… Réponse en l’occurrence qui ne vient jamais, le plus souvent, pour cause d’encombrement, d’indigeste diversité dont la caractéristique essentielle est l’abondance d’œuvres et d’expressions sans intérêt réel. De toutes petites fleurs, dirais-je, perdues dans une jungle impénétrable de végétaux, de champignons et de toutes sortes de créatures dont on doute parfois de l’origine naturelle, ne seront jamais découvertes, ou, si toutefois elles le sont, elles n’ont pas d’avenir parce qu’aujourd’hui tout passe, broyé par les modes et les tendances.

Sur le Net, si un contact s’établit, c’est dans 5 minutes, une heure, un jour… Et presque jamais dans « des lunes ».

Enfin, certaines personnes, « en direct », expriment en une seule phrase ou quelques mots très simples ce que d’autres mettraient 10 pages à raconter même en une de ces lettres qui serait un « monument littéraire ». Je ne dis pas que nous devons faire l’apologie d’une expression au maximum simplifiée mais chargée d’émotion et d’image, mais il faut tout de même reconnaître que parfois, 3 mots ou une seule phrase ont plus de portée et d’intensité qu’une argumentation pseudo philosophique ou un texte bien écrit de plusieurs pages… qui ne sera peut-être jamais lu.

Alors, rencontre ou pas ? Est-ce si important ? Et que se dirait-on… après avoir tant échangé sur le Web ? Où, quand et comment ? Et par quelles motivations ?

J’aime beaucoup la « grande maison avec piscine » évoquée par Pascal. Pour pousser encore plus loin la caricature, est-ce que les filles opteraient pour le maillot deux pièces, le maillot une pièce ou le maillot zéro pièce ? Et quelle crème de bronzage devrait-on amener dans nos bagages ? Allons ! Ne plaisantons pas ! Alexandrie, ce n’est tout de même pas « La Ferme Célébrités » ni « Star Ac ».

Finalement, mon idée, j’en ris après coup ! 

 

 

                        SITES  ET  BLOGS

 

            A ceux qui ouvrent des sites et des blogs… J’en fais partie, alors je peux en parler !

Imaginons un tonneau flottant en plein océan, et des milliers, des milliers d’autres tonneaux à perte de vue… La tête hors du tonneau lorsque la houle se meurt en ondulations aux crêtes arrondies et que s’apaise la tempête, le « siteur » ou « blogger » ne discerne, aussi loin que puisse porter sa vue, aucune ligne d’horizon tant les nuées, brillantes et mouvantes, semblent se confondre avec le ciel.

Imaginons notre tonneau constitué d’une matière extensible et abritant en son intérieur des dizaines, voire des centaines d’alvéoles, du moins pour ceux de ces tonneaux arrangés comme des bibliothèques flottantes ou des îles – bulles alors que bien d’autres tonneaux ne seraient que des bars – vitrines en drones flottants.

Pris dans les courants océaniques et les dérives de ces courants, les milliers et milliers de tonneaux parfois s’entrechoquant, sont renversés et submergés… Ou vont par le fond rejoindre épaves et coraux.

A peine arrangés en univers – îles à alvéoles ou en bar – vitrine, survient la panne générale qui les sclérose, limite leur aménagement ou retarde l’implantation de nouvelles niches. Il faut dire que tous ces tonneaux, pour des « siteurs » et « bloggers » non férus en langage HTML ou techniques de construction de site, ont été formatés de toutes pièces et apprêtés « clefs en main » par des fabricants – tonneliers qui très vite se sont vus pris d’assaut par des troupes hétéroclites de demandeurs de tonneaux.

D’où la prolifération de ces tonneaux formatés, bas de gamme, pour des milliers et des milliers de « génies » méconnus… Ou d’âmes esseulées exprimant sur le web leurs peines de cœur et leur rêve d’un monde « différent ».

Pas étonnant que, « tonnelant – tonnelant » en si grand tohu – bohu sur le vaste océan, ça se mette à « blugger ». Et que les quais des fabricants – tonneliers soient jonchés de bouteilles – cris de rage !

Bien sûr, les chevronnés, les bien armés, les self – techniciens… Ou les élus des génies eux, ne courent pas les océans en tonneaux formatés. Ceux là ont des palaces flottants, des Queen Elisabeth ou des yatchs de plaisance sans blugs et aux sûres amarres.

 

            PETITE CONVERSATION INTERSTELLAIRE AVEC UNE JOLIE EXTRATERRESTRE ;;;

 

Le cosmonaute :

--Tu n’es ni réelle au sens de ce que nous entendons, nous, humains, par « réel ». Tu n’es pas non plus, virtuelle… Tu es tout simplement d’une réalité qui jusqu’alors m’était inconnue et que je découvre.

L’extraterrestre :

--Ainsi, tu tapes à la porte des étoiles ?

Le cosmonaute :

--Oui ! Avant, je tapais dans les murs. Jusqu’à ce qu’une fissure lézarde le ciment. Il me fallait du temps pour que la fissure, enfin, soit perceptible. Je tapais, je tapais, il n’y avait jamais d’écho et aucune fissure ne s’élargissait. La brique sous le ciment ne se brisait pas. J’espérais l’écroulement d’une partie du mur là où je tapais, puisqu’il y avait déjà la fissure, mais plus je tapais, plus la fissure semblait même se refermer. Et mes coups pleuvaient, insistants, redoublés, presque désespérés.

L’extraterrestre :

--Mais la porte des étoiles est en métal. En y tapant dessus, tu n’y verras jamais apparaître de fissure !

 

     Pour la suite de ces articles et courriers, voir ' Entrez dans ma forge'. Mais ce qui ne sera pas inclus dans la forge, figurera cependant en articles et courriers suites 3, 4, etc...

 

 

 

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