L'humeur du jour ou "A cru et à à coeur"

OPTiiik DEUheumiiil !

« Qu’est-ce qu’elle a ma gueule » chante Johnny Halliday…

« Optiiik Deuheumiiil » miaule la pub avec la voix de Johnny…

« Visages – livres » ose avancer Yugcib en petit texte de présentation sur deux ou trois nouveaux forums… Au lieu de déclarer comme Tout Le Monde « Bonjour à vous tous, je suis ceci, je suis cela, je fais ceci, je fais cela… »

La gueule de Johnny, en grands panneaux publicitaires OPTIC 2000, suscite en fait une certaine indifférence : l’on en voit tellement, de ces panneaux, de la côte de bœuf en promo au dernier modèle d’automobile !

Si l’on trouve normal que Johnny prête sa gueule à Optic 2000, pourquoi s’offusquerait-on d’un Yugcib balançant « Visages – livres » en « copier/coller » sur les deux nouveaux forums où il vient de s’inscrire comme membre ?

J’ai constaté en plus de deux ans de fréquentation de divers forums du Web, que la plupart des gens qui s’inscrivent et s’expriment sous un pseudo, à dire vrai 99% d’entre eux, annoncent tous d’entrée « Bonjour, je suis ceci, je suis cela, je fais ceci, je fais cela… »

D’autant plus que tous les systèmes, toutes les structures existantes, incluent dans leur logique de fonctionnement, un même principe, un même modèle « prêt à l’emploi ».

Tu ne peux donc rien faire d’autre que de suivre un modèle. Et le modèle, c’est le petit descriptif identificateur habituel, accompagné en marge d’un « avatar » par lequel on se présente en indiquant éventuellement l’URL du site dont on est l’auteur…

C’est fou ce que le système prend en compte le côté « ma pomme » des êtres que nous sommes, et se conforme en une logique incontournable à cette réalité omni présente.

Ce n’est point que cela me désespère… Mais je n’y vois pas là, par cette logique immuable, la possibilité de cet « Ailleurs » ou de cet « Autrement » dont nous rêvons tous cependant…

Il me semble donc qu’une présentation sous la forme d’une réflexion personnelle, d’une petite anecdote, d’un poème, d’un brin d’humour… Enfin, de quelque chose qui interpelle, interroge, sans toutefois essayer de séduire, et qui n’aurait pas forcément plus d’impact immédiat, serait une possibilité envisageable, un peu moins « ma pomme »…

Et j’en viens à cet éternel dilemme : celui d’être ou de ne pas être…

Etre, c’est faire, se montrer, dire qui l’on est… S’exister, dirai-je. Etre, c’est prendre le risque de déplaire, de gêner, de se faire taper dessus…

Ne pas être, c’est se ranger, voire se cacher, ne rien dire, ne rien révéler, ne pas ouvrir son cœur et son esprit, éviter de se découvrir, d’exprimer ses émotions… Ne pas être c’est ne prendre aucun risque, c’est cette double certitude : celle d’une forme de sécurité et celle d’une forme de solitude.

Si tu ES, tu auras quelques amis… Et sans doute un certain nombre d’ennemis.

Si tu n’ES PAS, personne ne viendra te chercher, personne ne s’arrêtera pour te regarder, personne ne t’existera…

Alors ?

Etre ou ne pas être ?

Toute personne, de quelque sensibilité ou culture qu’elle soit, à partir du moment où elle s’inscrit dans un forum, fait indubitablement le choix d’être. Sinon, à quoi sert-il de s’exprimer ? Peut-on vivre, toute sa vie durant, avec ses rêves, ses aspirations, ses émotions en soi… Que l’on ne communique pas ? Qui ira les chercher si elles demeurent invisibles, comme enfermées dans les tiroirs d’une commode ?

Si Optic 2000 est une logique commerciale, si l’on catapulte à gogo des « Bonjour à tous je fais ceci cela je suis ceci cela », et si certaines de nos présentations mine de rien font « retape », et si les systèmes de communication « encensent » cette logique « Mapomminaire », c’est bien parce que sans l’être, il n’y a point d’existence.

Le temps n’est pas… Et n’a jamais été, du « ne pas être » que l’on te fait devenir être en t’existant…

« Existe moi », dit le petit renard des sables du désert, à la fillette qui se promenait entre deux oasis avec son tapis de danse sous le bras…

 

PROMOTIONS VOYEURISTES ET SANS AVENIR

Sur bon nombre de forums d’expression généralistes et « grand public », tels ceux sur lesquels l’internaute peut s’exprimer sur d’innombrables sujets, qu’ils soient d’actualité ou de vie pratique, il arrive que les « têtes bien pensantes » gérant ces univers de communication, suppriment des messages dits « de promotion abusive et déplacée ».

Il n’en demeure pas moins que les gens qui, au départ se présentent, doivent bien dire ce qu’ils sont et ce qu’ils font…

Là où rien ne va plus, dans ce « casino » de la communication, c’est lorsque le « joueur », après quelques tours de table et une absence prolongée aux toilettes ou dans la salle des « bandits », revient autour du tapis vert et allonge ostensiblement sa mise…

Au casino, que je sache, l’on joue ce que l’on veut, l’on mise selon ses moyens, ses espérances, et le ou les croupiers font leur travail de croupier… Il n’est jamais question de repousser la mise d’un joueur sur la touche et encore moins de bannir ce joueur…

Par contre sur les plateaux de télévision où l’on invite des gens qui ont écrit des livres, des chansons ou sorti un nouvel album, l’on fait la promotion de ces gens là dans des émissions « grand public » telles que « Tout le monde en parle » (exit) et maintenant « On est pas couchés »… L’on déverse ainsi sur la place publique des émotions, des drames, des histoires de sa vie, des expériences personnelles, des banalités, des médiocrités, dont on fait une fresque publicitaire bien en couleurs, bien voyante.

Merde à ces plateaux de télévision ! Merde à ces applaudissements frénétiques ! Merde à ces « stars » de la saison… ou quelquefois d’un seul jour !

Merde à ces forums d’expression où l’on ne peut même plus « miser avec ce que l’on a dans ses tripes » !

Merde à ces entrées en scène, trompetées et « spotées » sur ces plateaux d’émissions en direct, de personnages qui hier encore n’étaient que de petites vedettes sans envergure !

Merde à ces promoteurs en costume noir et nœud pap’ aux coiffures excentriques, inamovibles des « sphères célestes audiovisuelles », qui commentent avec des trémolos, des traits d’humour ou d’esprit, bon nombre de livres et d’albums récemment sortis !

Merde à ces modérateurs et gestionnaires de forums d’expression « grand public » qui, eux, te claquent la porte au nez parce que ton message est jugé « déplacé » !

Merde à ces petites vedettes d’un samedi soir, qui demain, après quelques milliers d’exemplaires de leur bouquin vendus, seront balayées par le grand vent d’une actualité bouillonnante !

Merde à tout ce voyeurisme et tout cet étalage de médiocrité !

 

Si l’araignée ne tissait pas de toile et demeurait tapie dans le trou d’un mur de jardin, que boufferait-elle ?

L’araignée, d’ailleurs, compte-t-elle sur des tisseurs de toile, et fabrique-t-elle sa toile autrement qu’avec ce qu’elle a dans son abdomen ?

 

QUAND CELA MARCHE, CELA EST RECIPROQUE…   Ce que l’homme vit, éprouve en lui, de la femme qu’il voit et lui plaît, il le vit en temps qu’homme…Ce que la femme vit, éprouve en elle, de l’homme qu’elle voit et lui plaît, elle le vit en temps que femme…C’est exactement la même chose, vu, ressenti, vécu en soi, au plus profond de soi, autant pour l’un que pour l’autre : mais l’un le vit en temps qu’homme et l’autre le vit en temps que femme. C’est là la seule différence. Et cette différence ne change rien à l’intimité, à l’intensité de ce qui est vécu par l’un ou par l’autre. C’est pourquoi l’homme et la femme sont rigoureusement égaux en droits et en besoins : le désir qu’une femme peut éprouver pour un homme dont elle a envie est aussi légitime, aussi réel, que le désir qu’un homme éprouve pour une femme. L’on voit souvent des hommes âgés avec des femmes jeunes… L’on invoque l’argent, la situation sociale, la notoriété et que sais-je encore… Influant ainsi sur la relation existante. Pourquoi une « vieille » femme ne serait-elle pas amoureuse d’un homme « jeune » ? Pourquoi une « jeune » femme ne serait-elle pas amoureuse d’un « vieil » homme ? Pourquoi un « vieil » homme ne serait-il pas amoureux d’une « jeune » femme ? Si l’argent, la situation sociale ou la notoriété peuvent, il est vrai, dénaturer l’authenticité de la relation, il n’en demeure pas moins que, quelque part, dans le tréfonds de l’humain, il existe bien « cette chose là », qui ne s’éteint vraiment qu’avec la maladie et la mort… (excusez moi de l’expression mais, oserais-je dire, moins de bandaison, moins de purée pour un homme, ne veut pas dire moins d’amour, moins de désir… Pas plus que pour une femme lorsque « ça ne mouille plus »)

Vive les vraies histoires d’amour, les plus simples, les plus « normales » comme les plus étonnantes, les plus déconcertantes ou les plus décriées !

 

 

GAO XINGJIAN : La montagne de l'âme La montagne de l’âme est un très beau livre, sans doute à mon sens l’un des plus grands chefs d’œuvre de la littérature contemporaine… A lui seul, de toute l’œuvre de son auteur, il a justifié en son temps l’attribution du prix Nobel. Je l’ai lu en été 2004. Un très beau livre, surprenant, où l’on se laisse aller, ou plutôt conduire à travers paysages, lieux, légendes, personnages, où l’imaginaire et le réel semblent n’avoir plus de frontières précises… Pas vraiment de trame ni d’intrigue ni de suite organisée, mais du vécu, du ressenti, de l’exprimé, de la confidence, de la douceur, de la liberté, du pensé, et des personnages émouvants. Et ce tutoiement, comme si l’auteur s’adressait lui-même à son lecteur par l’intermédiaire de son personnage… Ce qui m’ a interpellé dans cette œuvre monumentale, et, dirais-je, presque « sculpturale », c’est ce dédale de galeries en pleine nature où l’on se laisse emporter comme sur des voies d’eau aux rives féériques, comme dans un « Asiatique marais Poitevin » d’une grande et profonde dimension. Un livre à lire et relire… Là, on est loin du sens commun et l’on s’y laisse suggérer l’existence d’un « passage »… Non pas vers un monde meilleur, un hypothétique « différent », mais vers ce monde qui est sans doute en nous, tout simplement, et que nous devons apprendre à connaître, à redécouvrir et qui a toujours existé, qu’aucun pouvoir en place et en force ne peut rayer de la carte…   

 

FAMINES RECOMPOSEES

Aux Alouettes, sur les quinze pavillons du lotissement, neuf étaient à vendre…

Ils rêvaient tous, de Bac plus deux à la soixantaine dévastée, de visages nouveaux emplis de ces regards attendus… Mais ils vivaient avec des visages dont ils avaient eu faim, un été… et dont ils s’étaient éloignés lorsque les rêves, broyés dans le moulin des saisons, s’étaient enfuis en petits éclats dans les canalisations… Ou bien, ils vivaient, tout simplement, comme retenus ensemble par des fils dont ils ne pouvaient se défaire.

Ils étaient tous, en famines normales ou en famines recomposées… Car les famines viennent lorsque le grain manque, s’espacent au gré de certains étés plus vacanciers que d’autres, reviennent avec les hivers de gel et de paroles amères…Ou se recomposent dans d’autres rêves fracturés, avec d’autres visages survenus…

Aux Alouettes, aux Tulipes, aux Hortensias… l’on ne compte plus ces famines recomposées, tant elles sont brocantes, étalages branlants, revues et spectacles de toutes les scènes du monde. Et les famines normales, quant à elles, ne sont jamais, ou très rarement, mieux recomposées… Quand bien même elles le seraient, mieux recomposées, ces famines normales, elles seraient toujours des famines parce que, d’après Bac plus Deux à la soixantaine dévastée en passant par la trentaine endettée, l’on rêve sans cesse de ces étés que l’on n’aura jamais… De ces visages qui ne viendront jamais, de ces mots que l’on pourra enfin dire mais que personne n’entendra… C’est ainsi, d’ailleurs, que le visage dont on a eu si faim un été, n’est plus regardé comme il le fut lorsque cessa la première famine de sa vie…

Les famines éclatent partout parce que le moindre petit trot de chienne jaune efflanquée devant notre porte, le moindre petit bout de jardin piétiné ou seulement mal gratté est tout de suite vécu en soi comme un frigo vide qui baille. Les famines sont souvent disproportionnées par rapport au manque réel de grain…

Les famines éclatent partout parce que les terres sont devenues trop dépendantes de tout ce que l’on y semé dedans et qui ne pouvait être récolté dans le même temps. Alors, parce qu’il est de plus en plus difficile de gérer autant d’aspirations à venir, l’on met fin à sa famine en claquant la porte, en quête d’un meilleur ailleurs…

Ceux de ces quinze pavillons des Alouettes où l’on vivait étrangers les uns des autres mais retenus ensemble par des fils dont on ne se pouvait défaire, en famine normale, traversaient les saisons au rythme des invitations, des soirées de télévision, des échéances financières et des évènements familiaux.

Le tout dernier pavillon à vendre était celui d’Azila, de Moko et de leurs quatre filles respectivement âgées de 11, 9, 6 et 3 ans.

Leurs voisins, Maurice et sa femme Aline, venaient tout juste en ce début d’hiver semblable à tous les débuts d’hiver, de regagner les Alouettes. Maurice et Aline revenaient du pays de Maurice où ils avaient séjourné depuis le milieu de l’été.

Ce matin là, ce matin gris de début d’hiver, Maurice en ouvrant les volets de la porte donnant sur le jardin, vit la maison de ses voisins. Le chien Rampono, un berger noir et feu, aboya et galopa le long de la clôture… Mais la grande fille, Christine, n’ouvrit pas la fenêtre de sa chambre, et le chien aboyait sans relâche. L’on ne voyait plus comme d’habitude, les deux voitures du couple, stationnées devant la terrasse de leur maison. Et le cabanon, au fond du jardin, semblait sens dessus dessous, encombré d’objets ménagers et de matériaux divers.

C’était un matin d’école… Une voiture passa le portail d’entrée, s’engagea sur la route et, dans cette voiture, Maurice aperçut Azila, fit un grand bonjour de la main… ne vit qu’une seule des quatre filles dans la voiture, et le sourire d’Azila en réponse à son salut.

« C’est vrai », se dit Maurice, « après une absence de quatre mois, on ne sait pas ce qui s’est passé dans la vie des gens, et ça fait drôle tout de même »…

Maurice observa encore un moment la maison d’Azila et de Moko, puis les alentours, le terrain qui, visiblement, n’avait pas été entretenu, jonché de caisses en plastique, de jouets d’enfant et de vélos rouillés, et le chien effectuant des rondes… Cette maison était un peu « tarabiscotée »… Maurice jusqu’à ce matin là, le savait bien, mais ne s’en était pas vraiment rendu compte. Azila et Moko avaient acheté cette maison six ans auparavant, en l’état où elle se trouvait alors, soit emplie du mobilier de l’ancien propriétaire et même de tout ce que ce dernier y avait abandonné pêle-mêle, dans un désordre et une crasse indéfinissables. Il leur avait fallu trois mois, à Azila et à Moko, pour vider la maison, refaire les tapisseries et les peintures, puis entreprendre des travaux d’agrandissement, ouvrir de nouvelles fenêtres, nettoyer le terrain envahi de ronces où poussaient des arbres fous… Aujourd’hui encore, sur la façade, du côté de la route longeant le lotissement, l’on remarquait ces pans de murs non crépis, briques apparentes, et ces volets à la peinture noire ancienne et écaillée, dont plusieurs lamelles de bois étaient disjointes.

Dans le temps des rires et des cris, des jeux et des galopades des enfants, des deux chats qui se poursuivaient, des barbecues de juillet, de la musique « à fond la caisse » jaillie de la chambre de Christine, la grande fille, et du bricolage en plein air de Moko, cette maison avait comme un air de fête, un air de conviviale atmosphère, un air qu’il faisait bon de se prendre dans « son monde à soi »… et qui « rassurait », réconfortait… D’autant plus qu’il y avait, les jours de vacances, les samedis, les dimanches, les jours d’été, ces « petites conversations » de voisinage, et parfois quelques « confidences », à dire vrai, quelques petits morceaux de leur vie à eux, de leurs familles respectives, de leurs soucis, de leurs projets…

Et ce matin là, ce matin du lendemain du retour, après le sourire d’Azila au volant de sa voiture, il y eut ce souvenir, le tout premier, peut-être le plus émouvant : celui de cette barquette de cerises donnée par Aline, la femme de Maurice, par-dessus la clôture mangée par une haute haie, à Azila dont la tache brune sur son cou battait au rythme de sa respiration… Le « passage » de la barquette n’était pas aisé, entre les branches de ces arbres fous qui, par la suite, ont été sciés. C’était au premier printemps, celui de la nouvelle vie de ces gens qui s’étaient installés depuis le dernier Noël. Et le cerisier n’avait jamais autant donné !

Comment ne pas se souvenir du sourire de cette jeune femme, de son visage à ce moment là, de l’émotion qui paraissait, comment oublier la joie de la troisième fille, sautant sur ses petites jambes…

« Il a du se passer quelque chose dans cette maison, durant notre absence de quatre mois », se dit alors Maurice… « On ne voit plus la voiture de Moko, et les filles ne sont pas toutes là ensemble ! » … « Moko serait-il tombé malade ou bien aurait-il eu un accident ?... Mais ça n’explique pas l’absence de deux des filles »… « Et le visage d’Azila dans la voiture tout à l’heure paraissait accueillant »…

Les autres voisins de Maurice et d’Aline, deux dames seules qui ne quittaient jamais leur maison, avaient aussi remarqué l’absence de Moko… L’une d’elles, même, déclara à Aline que « les voisins divorçaient », enfin, avait entendu dire qu’ils divorçaient…

Autant que Maurice pouvait se souvenir, Moko et Azila formaient ensemble ce que l’on appelle un couple « normal », sans histoire… Moko, salarié dans une entreprise de bâtiment, était un homme sérieux, bien avisé, aux propos modérés, avec lequel il était toujours agréable de parler. Un homme tout à fait sain d’esprit et de cœur… Une vraie famille, quoi ! Un « socle », un repère, une référence, de charmantes demoiselles enjouées, souriantes et bien élevées… Et tous ces animaux de compagnie ! Un lapin noir, un hamster, deux chats, un chien, trois perruches, des poules naines…

A chaque printemps revenu, c’était un enchantement, ce voisinage, les allées et venues de cette jeune femme si agréable, Azila ; les interminables rondes en vélo, des filles, autour de la maison ; les grands feux de vieilles planches que faisait Moko dans un vieux fût de récupération ; les « cocoricos » des poules ; et ces innombrables vêtements féminins séchant au soleil sur les cordes à linge…

Maurice aimait bien, lorsqu’il bêchait un coin de son jardin, ou qu’il désherbait, coupait des ronces, s’accompagner de musique par ces samedi et dimanche après midi de printemps. Il mettait le radio cassette « à fond », choisissait toujours des compositions orchestrales « cosmiques » ou des musiques de films célèbres… Et, en été, ostensiblement, il s’asseyait par terre, près de la clôture, dans un coin d’ombre, écrivait dans un carnet…

Azila, Moko et leurs filles, avaient-ils su que Maurice avait écrit un livre ? Et que ce livre avait été exposé durant toute une saison à la maison de la presse de la ville ? Maurice n’en avait jamais parlé… Ni même de cet entretien qu’il avait eu avec deux jeunes journalistes de France Bleu et de son passage à la télévision au infos régionales.

La musique, en quelque sorte, c’était comme une sorte de lien invisible que Maurice tentait de tisser entre « son monde à lui » et ce « monde d’eux », le monde de cette famille qu’en son cœur et en son esprit il chérissait… Et c’est vrai que ces visages féminins, cette animation, ces cris et ces rires d’enfants, étaient « magiques »… Ils étaient, dans l’esprit de Maurice, le « vrai monde », le monde sûr, le monde « oasis »… Mais Aline semblait avoir une perception plus « mesurée » de ce « monde » : elle avait été comme on dit, « échaudée » par le passé, et le souvenir d’amitiés brisées était encore trop présent à son esprit. Aussi n’envisageait-elle pas, sans doute, avec ces voisins comme avec d’autres personnes, de relation plus « intime » ou plus profonde… Aline et Maurice n’avaient donc avec leurs voisins que de « petites conversations ».

Le cerisier n’a pas eu le même rendement, en d’autres années… Et même, au printemps dernier, alors que les volets de la maison de Maurice et d’Aline étaient fermés pour cause de voyage, ce sont les oiseaux qui ont mangé les cerises…

C’est Azila elle-même qui, le lendemain matin, un jeudi, son jour de congé, informa Aline…

« Vous n’avez pas vu le panneau que j’ai affiché devant la maison ? Il va y avoir du changement ! Nous partons, nous vendons la maison… Moko est parti… »

Parti… Parti depuis la fin de l’été dernier…

Ainsi c’est vrai : ils divorcent. Ils se séparent. La communauté est rompue. La maison, achetée avec un prêt immobilier il y a de cela six ans, va être vendue, achetée par d’autres gens…

Outre le bouleversement affectif, pour les enfants, la famille, outre le séisme de cette rupture brutale, c’est aussi, financièrement, une très mauvaise affaire. Il faudra sur le produit de la vente de la maison, rembourser les annuités du prêt, et ensuite, avec le peu d’argent restant, chercher pour l’un comme pour l’autre un nouveau logement… Supporter sans doute la charge d’un loyer en ville… Et les enfants, les filles, encore si jeunes !

Il n’y aura plus, au printemps prochain, de rires et de cris d’enfants, ni de feux de planches, et Maurice jardinera sans musique. La jolie et affectueuse chatte de Christine ne grimpera plus dans les branches du grand catalpa de Maurice et d’Aline…

Ah, la barquette de cerises ! La petite tache brune sur le cou d’Azila, qui battait au rythme de sa respiration !

Chers visages d’un « segment d’existence » !

Si encore, avant les giboulées de mars, revenait le cri de Léo, le paon de Suzanne ! Mais non ! Léo a fini sous la dent d’un renard, à la fin de l’été…

Certes, Maurice aurait bien, durant ces années d’Azila et de Moko, tenté le grand sourire, le regard total, la grande invitation… S’il n’avait tenu qu’à lui seul, il aurait conçu, à sa façon, ce « pont » entre les deux mondes… Et s’il y avait eu ce « pont » entre les deux mondes, peut-être que ce qu’il y avait dans l’esprit et dans le cœur de Maurice aurait éloigné la possibilité d’une fracture…

Cette fracture relationnelle entre deux êtres, était-elle inéluctable ?

Nos vies sont fragiles, et nous nous croyons parfois des géants très forts, mais nos œuvres, nos dires et nos rêves sont comme des traces de pas sur le sable… Même avec des semelles de plomb.

Cela ne suffit pas, d’avoir « un cœur grand comme un cosmos », d’être poète, artiste, écrivain, découvreur de nouvelles terres…

Une famine normale ne vaut pas mieux qu’une famine recomposée… Le pire, c’est pour les oisillons, quand ils ont trop faim… Et avec ce qu’on gagne en travaillant, c’est difficile d’assumer financièrement le coût réel d’un coup de queue ou de croupion « qui monte à la tête »… Ou un coup de cet « Ailleurs et Autrement » qui nous coupe le cordon.

 

 

 

 

Du rififi sur monsite.com 

 Depuis le dimanche 26 novembre 2006, la zone membre pour les sites hébergés par monsite.com n’est plus accessible, et cela pour une durée indéterminée.

Tony, le gestionnaire principal de monsite.com a ouvert un blog d’information sur lequel les membres inscrits, auteurs de sites, peuvent s’exprimer à l’occasion de ces transformations importantes qui durent, en fait, depuis près de trois mois…

Nous savions tous que le « grand transfert » vers un hébergeur bien plus puissant que le précédant, nécessiterait la fermeture de la zone membre. Aux dernières nouvelles, la zone membre devait être de nouveau accessible dès le lundi soir, le 27 novembre. Mais la journée de mardi 28 passa, et la zone membre ne revint pas encore. Mercredi 29, nouvelle information de Tony… Et avalanche de messages sur le blog.

Je viens de lire les quelques 150 messages qui ont plu comme des flèches sur le blog depuis lundi soir. C’est particulièrement édifiant ! En grande majorité, tous les auteurs de sites sont mécontents, impatients, invoquent l’urgence de leurs mises à jour… Il y en a cependant qui envoient des messages d’encouragement et qui saluent au passage les efforts de Tony dans la gestion de cette « crise ».

Un tel qui a « des tonnes de modifs à faire », un autre qui dit que ses visiteurs s’impatientent, un autre encore qui, « en pleine création », aimerait bien éditer ses travaux rapidement…

L’informatique, les techniques du Web, la gestion d’un forum, tout cela c’est un univers d’une grande complexité.

La nature humaine, est, elle aussi, fort complexe… Tous ces gens qui s’impatientent, s’énervent, et voudraient que « tout marche comme sur des roulettes », cela me fait réfléchir… Et je me dis qu’en ce mercredi 29 novembre, par exemple à Tartas dans les Landes, et plus précisément dans mon jardin, par ce bel après midi d’automne bien avancé, mon ordinateur est fermé, non branché, recouvert d’une serviette bleue… Et que je rassemble les feuilles mortes tombées de mon catalpa, et qu’ensuite je fixe devant la fenêtre de ma salle de séjour, une mangeoire pour petits oiseaux sur un piquet. Si j’étais malade, handicapé, ou trop vieux, je ne jouirais du soleil pâle et émouvant de ce bel après midi, que depuis un lit, un fauteuil roulant et derrière une fenêtre…

Ce que l’on dit être l’ordre, ou le sens du monde, n’a plus, alors, tout à fait cette dimension qu’on lui donne… Tout semble se diluer dans une lumière qui, bien qu’hivernale, n’en est pas moins lumineuse, n’en passe pas moins comme une transparence dans un esprit soudainement dépouillé de tout ce qui, en apparence le transfigurait…

Enfin, le dimanche 3 décembre, la zone membre de monsite.com fut de nouveau accessible, et l’on put, alors, effectuer « ces tonnes de modifs »…

Le plus dur, cependant, dans cette affaire là, fut pour les gens dont le site est un outil de travail, un « gagne pain » en quelque sorte : ainsi, pour celui qui nous disait dans le blog qu’il avait monté une affaire d’immobilier et qu’il travaillait grâce à son site…

 

Bonané ! 

 Sera-ce l’année de Ségolène ? Et l’année de je sais pas quoi ?

Ce RAT-ce l’année de la SOURIS… Ou du cochon à plumes ?

Les poules boulimiques aux ailes d’aluminium et aux pattes de pie trempées dans le vinaigre de prune, becteront-elles sans les percer, les occiputs de moineaux à écailles ?

Y aura-t-il des Papes et des Muphtis en plus dans le kaléïdo trombinoscopique des Humanuscules, et les Vases Sacrés chieront-ils des cœurs de pigeon ?

Je vous aime sans aucun sens ni culte à bascule.

Bonané, le petit bossu descendu de l’arbre à Zidé en même temps que le patamacaque cendré huppé des Cloches Bannies m’a dit… et même redit : « Remballes tes petits anchois sans chercher le sens de leur queue ou de leur tête, non pas dans le Moralemballage taché de suie et de pipijoui des Moralcavalcadeurs, mais dans les barquettes trouées de brouet clairet »…

Elles sont trouées, les barquettes ! Mais il faut zieuter, mirer, s’y crever la rétine dans l’œil’ton du microscope électronique version Explorer Myn dow rain…

Je vous aime, crié de régal entre les quatre planches cloutées d’une caisse fermée , rêvé de votre visage, hurlé, élancé et brandi contre tout ce qui durant la chevautraversée, a inhibé le brouet…

Bonané, donc, visages qui m’avez sauvé !

 

 

                                                    .....  ...... ...... ....

 

     Un poème de Yaya (voir www.mespoemes.net/yaya40/ en page 4 de son site, m'inspire ce commentaire : (je reprends les mots de Yaya "imposteurs ces mots" "En béret frondeur, au ton gouailleur"... )

 

                   Encore ces mots !   

       Ah, quels imposteurs ces mots ! En béret frondeur, au ton gouailleur ! Il faudrait les museler, ces mots, par d’autres mots… Mais lesquels ? Empatchoulés, encyclopédiés, en belles envolées ? Et s’ils quittaient le pays des mots, le pays où sévissent les maux ? S’ils ne disaient plus rien, s’ils se couchaient dans les petits carnets, rêveurs et ne parcourant plus la Toile, ne faisant plus ni le mal ni le bien, n’espérant plus changer le monde en un autre monde aussi stérile de mots ? Les mots, cependant, seraient-ils tous des imposteurs ? 

                     Ennemour, ennemour !    

         Je ne sais pas si l’on peut dire, comme le chantait Brassens : « Il n’y a pas d’amour heureux »… Mais je sais que l’on peut dire : « Il n’y a pas d’ennemour heureux » ! Ni d’ennemour malheureux d’ailleurs ! Parce que, dans l’ennemour, l’on ne sait jamais si l’on aime ou si l’on n’aime pas. En somme, dans l’ennemour –et c’est bien là le pire sans aucun meilleur en contre partie—l’on y est dans un très grand malheur et l’on y crève tout au long de sa vie sans savoir ni éprouver qu’on en crève… Car si l’on réalisait qu’on crevait d’ennemour, alors je crois que l’on commencerait à aimer même si l’amour heureux était si difficilement accessible. L’ennemour, lorsqu’il se met en fête par la fête que nous faisons sur la place du village ou autour de la table, fait comme s’il était l’amour, mais il reste l’ennemour avec toutes ses contrefaçons d’amour, et son bonheur en papier crépon, ses visages et ses rires pour nous faire oublier une heure, un soir, que demain recommencera l’ennemour…

 

Festivaux  

           Un festival, des festivaux…    

        Un festival, des festiveaux…   

         Il y a aussi des veaux festifs… 

           Ah, le veau, le petit de la vache !   

         On dit encore « ce sont des veaux »…    

         A propos des gens…    

         Et le veau d’or ?    

         Et une troupe de veaux dans l’arène…   

         Un ruban de fleurettes entre les cornelettes ?    

        Un festival, des festivaux…   

         Pardon ! Un festival, des festivals…     

        Allez ! A dada et en fête !   

         Au menu tête de veau sauce festive…


 

 

 

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