Voici la suite de la visite à l'intérieur de ma forge

 CE  LANGAGE  QUE  JE  PARLE

            Le langage que je parle ne peut qu’être difficilement reconnu dans le monde présent. Il aurait d’ailleurs toujours été difficilement reconnaissable dans un passé en lequel j’aurais pu vivre, même avec des « valeurs », des modes, des tendances et dans un environnement très différents d’aujourd’hui.

Et même si ce langage était quelque peu reconnu, comme sont reconnues de nos jours certaines formes d’expression, sans doute serait-il « récupéré » pour être diffusé, vendu comme un produit marchand, consommé et utilisé « dans le sens du monde ».

Aussi je n’envisage pas dans le sens en lequel fonctionne le monde actuellement, de « reconnaissance », car dans une telle reconnaissance, je ne m’y reconnaîtrais pas.

Dans un monde qui tendrait à évoluer vers ce langage que je parle et vers tout ce que ce langage impliquerait dans notre vie d’humains, et cela quelque soit l’environnement qui serait le nôtre dans une avancée technologique, intellectuelle et scientifique, alors je ne dis pas… Oui, peut-être envisagerais-je une reconnaissance… Mais je pense tout de même que cette tendance à évoluer vers ce « langage » s’inscrirait en définitive dans un « ordre du monde » qui, après toute révolution culturelle ou autre, n’en serait pas moins voué au destin de tout ce qui est, se transforme, se désagrège et disparaît dans l’univers…

Alors me direz vous, me dis-je… A quoi bon un tel langage ?

 

                        SUCCES  ET  NAUFRAGE

            Un succès déterminant dans la vie d’un être d’une part, et un naufrage relationnel d’autre part, peuvent être deux évènements « voisins de palier »… Pour les témoins les plus proches de ce succès et de ce naufrage.

Est-ce alors le succès et ses conséquences concrètes qui contribuent au naufrage ou bien tout ce qui précédait le succès et préparait le naufrage ? Un naufrage avec un naufrageur et un naufragé ?

Les raisons ne manquent pas de se réjouir du succès. Mais le naufrage est là, lui aussi et toute la douleur, toute la solitude du naufragé, toutes les raisons du naufrageur.

Il n’y a jamais de « Carpatia » dans ce genre de naufrage, et toute bouée que nous puisions être, nous les marins témoins, si proches du naufrageur et du naufragé, est elle-même vouée au naufrage.

Un naufrage, avant d’être naufrage, est l’histoire d’un navire, des ports où ce navire a relâché, des marins qui l’ont habité, des océans qu’il a traversés et de ces pays de rêve ou de réalité aux paysages battus de ciel et de vent. L’histoire, bien sûr, s’achève avec le naufrage mais survit dans le souvenir de ces marins de « Carpatia » qui, s’ils avaient été tout proches du navire abîmé la proue dans la brume au dessus des flots, n’auraient pas plus sauvé le naufragé que retenu le naufrageur.

Faut-il blâmer le naufrageur, et le naufrageur lui-même n’est-il pas aussi un naufragé dans un naufrage relationnel en dépit du succès qui lui ouvre la porte de son destin ?

Si notre capacité d’amour en tant que témoins très proches peut être encore le port le plus sûr et le plus accueillant pour un « naufrageur – naufragé », et pour un naufragé que nous avons secouru entre nos murs avant qu’il ne reprenne seul la mer dans son bateau, alors nous aurons été les marins qu’il convenait d’être.

La dure loi du monde, qui ne pardonne rien à celui ou celle qui est l’artisan de son propre naufrage, n’est cependant pas celle de ces marins généreux qui ne voient pas dans un naufrage, de naufrageur et de naufragé mais deux êtres désormais séparés dont les destins s’éloignent l’un de l’autre.  

 

 

                        LA BOULE AUX DEUX PAYSAGES

            Lorsque meurt une personne que je connais bien, le monde et toute la vie autour de moi ressemble à l’une de ces boules de verre colorées qui contient deux paysages différents en deux hémisphères distincts dont on ne discerne cependant pas la séparation, comme si les deux mondes l’un à l’autre collés sur une surface plane invisible, étaient inséparables…

L’un des deux paysages, celui de la vie et du monde, est comme un grand marché estival sur la place de la cité, avec ses couleurs éclatantes, ses fruits, ses fleurs et toutes ces robes d’été aux tissus légers suspendues sur des cintres, dont les formes et les lignes sont celles que des modes nouvelles ont lancé sur tous les marchés. Un ciel flamboyant déchiré de nuages blancs et gris aux contours échevelés ou bourgeonnants lorsque vient l’heure de midi, verse sa lumière crue sur les visages et les épaules nues des passants qui s’arrêtent devant les étalages, écrase de toute la hauteur de son astre rayonnant jusque sous les tréteaux, toute la place bruissante de voix, ruisselante de couleurs vives.

Ainsi est ce paysage de la vie et du monde : vif et lumineux, qui ne sait pas la mort…

Et dans l’autre hémisphère de la boule, cet autre paysage au sol de sable gris et de fleurs minérales, qui n’a pas de ciel, pas même de nuit, mais peut-être des étoiles, comme sur une voûte diluée dans une encre de poussières scintillantes…

Ainsi est ce paysage disparu, qui ne sait plus la vie… Et qui a tout emporté de ce qu’il devait être avant, de toutes ses couleurs qui n’ont pas été vues, de tout ce qui vivait et palpitait dans la terre qui était la sienne et que  personne n’a jamais fait pousser…

La vie, puissante et foisonnante, belle et cruelle, emplie de couleurs et de lumière d’un côté… Et la mort, réductrice de toutes les vanités, éteinte de tous les rêves et de tous les secrets, de l’autre côté…

 

                        EN PREVISION DE MON ENTERREMENT

            J’ai pensé qu’en prévision de mon enterrement, je pourrais établir une liste non exhaustive de toutes les personnes que je ne désire pas voir se pencher sur mon visage de cire et se livrer à diverses méditations d’usage au dessus de mon regard éteint.

J’avais déjà quelques noms de ces personnes qui, de mon vivant, ont à mon égard des considérations plus ou moins « déconsidérées ». Je n’ai pas encore dressé une telle liste… La liste de Yugcib ! Dans mes papiers personnels, à l’intérieur de mon portefeuille ou dans quelque carnet tenu à l’abri de regards curieux, il me paraîtrait assez tragique d’inscrire ainsi des noms, d’autant plus que les personnes désignées me connaissent ou m’ont bien connu. Certaines d’entre elles d’ailleurs, pourraient même m’être assez proches… Mais n’étant point de mon « cosmos ».

Je dois toutefois préciser à ce sujet que le « cosmos » déjà évoqué est un monde certes très vaste, mais pourvu de « sas d’entrée ». Et dans une telle « poche », les êtres qui s’y tiennent parce que je les ai accueillis et peut-être aimés ne sont là qu’en transit temporaire.

Oui ! La liste de Yugcib ! La liste noire que des blessures, des non – dits, des trahisons, des condescendances et des indifférences n’ont cessé de préciser, de renforcer de traits griffés et de notes fortement épicées.

            Mais j’ai réfléchi. Je ne dresserai jamais cette liste. Toutes ces personnes, je les laisse, au dessus de mon visage de cire et de mon regard éteint, si elles viennent à mon enterrement, avec ce qu’elles ressentent de moi et toutes leurs pensées de la vie et du monde que, somme toute, j’ai moi-même méconnues de mon vivant.

 

                        HUMAINS, TOUTOUS ET MINOUS PELES

            Certains êtres en toutes nos cités et villages de France ou d’ailleurs, ont un destin misérable, solitaire et tragique…

Misérable, parce que déficients intellectuellement ou peu favorisés par la nature comme on dit, déconsidérés dans leur famille dès leur enfance, ils n’ont pu s’intégrer dans la communauté humaine, exercer un emploi déterminé, ni s’installer comme il convient pour la plupart d’entre nous, dans une vie « normale ».

Solitaire, parce que tout ce qui les dessert aux yeux du monde les confine en une existence sans relations, et donc sans repères affectifs, sans foyer et sans ouverture vers une « vie sociale ».

Tragique, parce que les années passent, les déficiences s’accroissent, la misère et la solitude se font encore plus écrasantes, plus invalidantes.

Ces êtres là meurent toujours seuls dans un recoin de leur maison isolée en ruines, dans un logement souvent insalubre, dans la rue ou dans un couloir d’hôpital…

Après avoir vécu dans une crasse épouvantable au milieu d’objets, de hardes, de meubles déglingués et de nourritures avariées.

            Pour les toutous et les minous pelés, bannis des maisons, il y a la SPA… Avant le crématoire.

Pour les humains « pelés », il n’y a que le mépris, les refuges provisoires, la moquerie universelle et pour finir… La fosse commune sans nom ni inscription.

            Le 21 juillet 1969, lorsque des hommes ont marché sur la lune et qu’autour du Palais de la Découverte à Paris, tout le monde s’embrassait… Et ce jour proche ou lointain où l’homme découvrira qu’il n’est pas seul dans l’univers, et que tout le monde s’embrassera de nouveau, il n’y eut pas, et il n’y aura pas de bises pour les humains « pelés »…

            Elle est bien raide tout de même notre vie ! Alors que de beaux messieurs et demoiseaux en content de bien raides aux jolies fillettes et que de belles et plantureuses fesses écrasent les sommiers, nos exclus crèvent dans la solitude !

 

            EVENEMENTS  RELAIS

            Ce sont les évènements vécus dans un présent immédiat, tels qu’ils surviennent dans toute leur brutalité, l’émerveillement ou la douleur qu’ils nous procurent, qui nous relient à des souvenirs, à d’autres évènements de notre vie, à d’autres visages.

C’est la raison pour laquelle je ne conçois pas d’autobiographie dont le récit serait chronologique et qui bien sûr retracerait ma vie entière depuis ma plus petite enfance.

Forcément inachevée quelle que soit la manière dont cette autobiographie peut être écrite, je pense que, apparaissant par anecdotes au moment même où les évènements surviennent, tout ce qu’il y a d’inachevé dans l’accomplissement d’une relation ou de cet évènement vécu, qu’il soit d’hier ou d’aujourd’hui, tout ce qu’il y a aussi d’inachevé dans le récit que nous en pouvons faire après coup, perd en partie cette perception d’inachèvement. En ce sens, l’authenticité, l’unicité, l’intensité, l’atmosphère et la portée réelle de l’évènement vécu l’emportent sur la nostalgie et l’inachevé.

La nostalgie ne fait pas à mon avis de bonnes autobiographies. Pas plus que ne le ferait d’ailleurs, un récit chronologique uniquement axé sur des souvenirs d’enfance ou de jeunesse écrits en un style narratif où domine la description.

J’envisagerais au mieux une sorte de journal assez hétéroclite d’ailleurs, et sans doute impropre à toute forme de publication en un ouvrage « bien cadré » par exemple, et construit en une suite logique de ce fait.

L’ordre et la méthode, nécessaires à la « construction » d’une vie ou d’une œuvre, ne me semblent guère compatibles avec cette réalité mouvante, complexe et diversifiée qui est celle des êtres et des choses qui nous entourent, et aussi cette réalité en nous évoluant au gré des évènements vécus et de certaines rencontres déterminantes.

Le caractère parfois irrationnel, surréaliste ou imprévu de cette réalité vécue tant au-dedans de nous qu’au dehors, m’incite plutôt à un autre « voyage » que celui qui pouvait être prévu, planifié et organisé.

            Le samedi 30 juillet 2005, à cette heure de la nuit ou du petit matin qui n’est pas encore celle du café crème pris au comptoir d’un bistrot, meurt ma voisine âgée de 47 ans, Janine Labays, domiciliée au Pré Gallé à La Chapelle devant Bruyères dans les Vosges, et dont la grande maison blanche autrefois si animée de parenté, d’amis et d’enfants, retentit aujourd’hui d’un silence à peine troublé par le bruissement des feuillages et le murmure du vent qui balance les cimes des arbres de la forêt toute proche.

Trois petits chiens enfermés dans le garage de la maison, si habituellement câlins et jappant sur le bord de la route en face de la boîte aux lettres lorsqu’ Irène ou moi allons chercher le courrier, attendent que leur maître, Maxime Labays, revienne enfin du funérarium Lapoirie de Bruyères, où repose sa femme.

Une petite chatte grise à la queue coupée, gentille et craintive, qui d’ordinaire ne s’aventure jamais devant chez nous et se sauve très vite dans le chemin à notre approche, entre ce matin par la grande baie vitrée aux deux battants ouverts et se couche à nos pieds.

La maison de Janine a une histoire. C’est dans la dernière semaine de l’année 1989, au moment de Noël, que sont venus s’installer ici, en face de chez nous, Maxime et Janine Labays avec leurs deux enfants Angélique et Aurélien.

Cette maison était alors en vente à la suite d’une longue procédure judiciaire qui opposa Evelyne Didier, veuve et ancienne propriétaire de la maison, aux banques et aux assurances. Serge Didier, qui construisit cette maison de ses propres mains avec l’aide de ses enfants et de sa femme, mourut le 19 février 1981 dans des circonstances qui ne furent jamais vraiment éclaircies. Malade, déprimé par un échec dans la tentative qu’il fit de monter son entreprise, très amaigri et enfermé dans sa déception depuis plusieurs mois déjà, il fut trouvé mort dans son lit dans l’après midi du 19 février 1981 vers 5heures. Seul dans la maison ce jour là puisque ses enfants étaient à l’école et que sa femme travaillait à Bruyères, avait-il absorbé des médicaments ou s’était-il étouffé dans les draps ? Ou avait-il eu un malaise ? L’assureur ne sembla pas retenir la thèse d’une mort naturelle. Il ne paya donc rien et Evelyne, veuve avec sept enfants à élever, dut faire face aux mensualités du prêt contracté pour l’achat des matériaux et des équipements. Les ressources très modestes de la famille ne permettaient pas d’envisager sur autant d’années le paiement des mensualités. Une procédure, alors, opposa Evelyne aux banques et aux assurances huit années durant. Et la maison fut vendue, la famille dispersée car entre temps les enfants les plus âgés trouvèrent un emploi, Evelyne quitta le pays de Bruyères et les Vosges pour s’installer dans le département de l’Yonne.

Je revois encore, par une très froide et lugubre après midi de février 1981, le cercueil contenant Serge, descendre les escaliers après avoir franchi la porte d’entrée presque trop étroite pour le passage de ce « colis en bois ». Serge, qui avait lui-même, de ses mains, bâti cette maison !

Au terme de cette interminable procédure, en 1989 donc, le prix de vente qui fut fixé pour l’acquisition de cette maison, correspondait tout à fait au budget de Maxime et de Janine, tous deux salariés de l’usine Autocoussin à La Chapelle devant Bruyères.

Maxime et Janine sont des gens simples, accueillants, ouvriers jusque dans l’âme comme le sont les gens de ce pays qui, pour la plupart, travaillent dans des entreprises industrielles ou dans le textile, premier bassin d’emploi de cette région des Vosges.

En ces années là, jusqu’en 1995, l’on ne parlait pas encore de « délocalisations », seulement de « restructurations », de rachats d’entrepreneurs plus « solides » ou parfois de fusions entre groupes aux intérêts financiers liés. Et même si le chômage menaçait, si certaines catégories de travailleurs étaient les victimes d’un système économique évoluant vers un libéralisme sans foi ni loi, les entreprises du département des Vosges offraient cependant quelques perspectives d’avenir pour les générations d’après guerre dont les enfants poursuivaient, plus nombreux que par le passé, des études.

Comme tous ces gens simples formant des familles parfois divisées mais le plus souvent unies dans les joies et les peines, Maxime, Janine et leurs enfants Aurélien et Angélique, qui ne s’étaient jamais senti pousser des ailes pour l’école et les études en général, n’en sont pas moins des gens à l’esprit ouvert, curieux de tout ce qui se passe autour d’eux, chaleureux, accueillants, pragmatiques et dotés d’un certain humour, d’un certain sens de la fête et de la communication.

Chaque année au mois de juin, venait le temps des barbe culs où toute la parenté se trouvait conviée autour de côtelettes et de saucisses, et les enfants criaient, jouaient, en ces soirées si belles et si douces de juin qui ne semblent jamais finir. La petite moto d’Aurélien alors âgé de 10 ans, tournait à plein régime ainsi que les motos du père d’ailleurs, qui, passionné de mécanique, d’autos et d’engins à deux roues ne manquait jamais le tournoi de moto cross qui a lieu en Août à Champ le Duc tous les ans. Un « circuit » même, avait été aménagé autour de la maison.

Dans la grande cuisine – salle à manger qui était aussi un espace d’accueil et de convivialité, trônait une lourde et immense table sur laquelle il y avait toujours des verres en prévision de la venue d’un copain, d’un parent ou d’une « délégation » de bons collègues de l’usine. Qu’il a du s’en raconter des choses autour de cette table ! Propos truculents, emplis de bon sens et de vérités toutes simples, imagés et drôles. En quelques mots ou quelques phrases accompagnés de regards, de gestes et d’expressions que la mémoire conserve tels qu’elle les a enregistrés, l’on était plus efficace et surtout plus convaincu que par de grandes diatribes sur la manière de refaire le monde.

Et bien sûr tout au long de ces années, il y eut, à intervalles plus ou moins espacés, toutes ces grandes fêtes familiales, mariages, naissances, baptêmes, communions, réunissant convives de toutes générations.

Janine, en ce domaine des réjouissances, par son dynamisme, sa truculence, sa joie de vivre, son côté un peu « romantique », son énergie et sa capacité d’accueil, a toujours été « l’âme de la maison » comme on dit.

Si j’avais à lui dédier une chanson – je ne suis ni chanteur ni auteur compositeur mais seulement un barbouilleur de fresques et de visages avec des mots, c’est pourquoi je choisis dans le répertoire d’un chanteur et poète disparu – ce serait « les corons » de Pierre Bachelet. Certes, les « cités » toutes proches du village voisin, Laveline devant Bruyères, ne sont pas ces corons du Nord, mais ils y ressemblent, et beaucoup de maisons, d’ailleurs, en ce pays des Vosges où durant plus d’un siècle l’industrie textile fut le fleuron de la vie économique et sociale. Et comme les mineurs du Nord, les ouvriers d’ici ont cette âme bien trempée, cet esprit de famille, cette truculence et cette capacité à surmonter des difficultés, des catastrophes parfois…

Alors, je dirais de Janine, « qu’elle avait dans le cœur le soleil qui manque au pays Vosgien lorsque tombe la neige en hiver et que poussent des rouleaux de nuages dans le ciel de l’été ».

De ces dix dernières années avant mon départ pour les Landes en janvier 1999, les souvenirs les plus marquants, que j’ai de nos voisins Maxime et Janine, sont tout d’abord celui de ce jour de février, un dimanche, en 1994 je crois, où une neige épaisse recouvrait des prés en pente au dessus de la petite route du Pré Gallé. Nous avions passé tout l’après midi ensemble, Maxime, Janine, Angélique et Aurélien ; et nous, Irène, mon fils Tanguy et moi. Avec les enfants et Maxime nous avions fabriqué des luges avec des branches et de vieux vêtements, et nous glissions tour à tour, tels des kamikases exécutant pirouettes et acrobaties, riant aux éclats, sous l’œil quelque peu réprobateur et inquiet d’Irène et de Janine demeurées à l’écart des ces jeux un peu fous. Pour une fois, le ciel était entièrement bleu, sans aucun nuage.

Il y eut par la suite cet autre jour, encore un dimanche, aussi bleu et aussi beau, au printemps cette fois, où nous fîmes tous ensemble une promenade à pied de plusieurs kilomètres dans la montagne et la forêt d’épicéas située au dessus du Pré Gallé et dont l’autre versant, après le col de l’Arnelle, descend sur Bruyères et Belmont sur Buttant.

Et comme ce jour de février, nous étions ensemble dans l’un de ces moments d’intimité, de partage d’émotions et de convivialité familiale.      

 

 

                        MARIE

            Marie, que très bientôt je ne verrai plus.

Marie, qui aurait pu être ma fille mais qui l’est et le restera même si je ne la vois plus.

Marie, dont je n’ai jamais voulu savoir ce qui était étranger au meilleur d’elle-même.

Marie, dont l’esprit et la jeunesse, le visage et la silhouette seront toujours présents dans ma maison des Landes et dans ma maison des Vosges.

Marie, qui était entrée dans mon « cosmos » et n’en ressortira jamais.

Marie, petite Marie, grande et belle fille dont le silence parfois au moment des repas me disait tout ce qu’elle pensait.

Marie, la jeune fille Basque du pays de la Sioule.

Marie, ne m’oublie pas même si je n’étais que de passage dans ta vie.

Marie, dont je saurai pas la vie que tu auras parce que ton destin et celui de mon fils se sont éloignés.

Marie, qui eut 20 ans le 7 mai 2005.

Marie, pour qui j’aurais fait le saut à l’élastique depuis le pont de Luc Saint Sauveur à 90 mètres au dessus du torrent, le jour de son anniversaire… Si Irène ma chère femme n’aurait pas eu la grande peur de sa vie !

                                                                     -----

 

            DES  CONFETTIS  DANS  LA  RUE

            Parfois lorsque j’écris tout ce que j’écris depuis tant d’années, il m’arrive de penser avec intensité et émotion à toutes ces personnes qui me connaissent et me lisent. Je pense aussi à tous ces gens qui, eux, ne me connaissent pas du tout et par hasard ou par « ouïe dire » visitent mon site, me lisent dans le courrier des lecteurs de Marianne, l’écho des Vosges, Sud Ouest ou l’Est Républicain, entre autres journaux… Je ne dis pas que je pense à tous ceux là avec moins d’intensité ou d’émotion mais n’ayant jamais eu l’occasion d’observer leur visage, de les entendre ou de surprendre leur regard ; l’esprit que je leur prête, leur vie que je ne sais pas entrent dans mon imaginaire et alors ils « anticipent » par une présence étrange, peut-être amicale  et toute emplie de l’espérance que j’ai à les rencontrer, cette relation que je pourrais avoir dans le réel avec eux…

Et je me dis que tous ces milliers de pages, tous ces messages et toutes ces pensées qui sont le produit de tout ce que je ressens, qui évoluent selon les évènements vécus, doivent très certainement leur demander beaucoup de temps pour me lire.

Dans un monde si foisonnant d’informations, si empli de tant d’univers de ressenti, de vécu, d’expériences et de pensées où chaque minute compte, où toute heure de la vie de chacun s’inscrit dans un parcours d’existence qui ne laisse que fort peu de disponibilité et impose de ce fait des choix, des préférences et des priorités ; je prends alors conscience de l’immensité de tout ce que j’ai envie d’exprimer, mais aussi de l’immensité et de la diversité du monde, de la difficulté et sans doute de la vanité qu’il y a à transmettre, à partager ou à donner.

En somme, c’est un peu

comme si un enfant pris dans le tourbillon et l’animation d’une rue très passante lançait des confettis et que chaque petit rond en couleur avait un dessin qu’un rêve aurait tracé.

Cela ne devrait pas être possible, d’avoir entre les mains un sac empli d’autant de confettis alors qu’il y a tant à faire pour « exister » toutes ces vies qu’il y a à exister ! 

 

     Pour la suite, rendez vous rubrique CARNETS 2, à "Dans ma forge suite 3" 

 

 

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