Voici la 3ème suite de "Dans ma forge"

                        PETITE  AUTOFICTION  POUVANT UN JOUR SE REALISER

            C’était un de ces lieux, fête de village, foire, marché, exposition ou autre manifestation culturelle, artisanale, populaire… Où l’on dresse des stands  gastronomiques, de longues tables recouvertes de papier blanc  et des étals sur la place publique afin que les gens puissent boire et se restaurer.

Il y avait là un marchand de frites et de saucisses, un vendeur de sandwiches, un cabaret de toile et de planches, des grills et des fourneaux  où l’on cuisait côtelettes, cuisses de canard, brochettes ; des vendeurs de fruits, de gâteaux, de pains divers, de miel, de confitures et de toutes sortes de produits de terroir ; d’aguichantes fermières en costume du pays qui préparaient des assiettes de charcuteries bien garnies de pâtés et de tranches de saucisson.

La fête battait son plein, la brocante, hétéroclite, occupait une grande partie de la place et toutes les rues de la petite cité. La journée était fort belle, ensoleillée ; touristes et gens du pays en une foule colorée se pressaient autour des étals.

L’heure de midi venant, pas le moindre petit recoin de l’une des nombreuses tables dressées sous les arbres de la place ne se trouvait libre, et des gens, debout, picoraient dans leurs assiettes en carton, se servant de leurs doigts, se maculant les lèvres et les joues ou parfois la chemise. Des familles entières entourées d’enfants posaient sur les bancs et les tables de grands sacs emplis de tout ce qu’ils avaient acheté, étalaient les victuailles, cela sentait fort la frite, la graisse, la viande rôtie, le vin éventé, la sueur. Haleines épicées et bouquet de fromages, mouches agressives et bourdonnantes se posant sur les reliefs de repas, dans les assiettes sales et au bord des verres, longues taches de vin sur le papier blanc froissé, fumées de cigarettes, cris, appels et conversations animées, violoneux, trompettistes et batteurs installés entre les étals ou naviguant entre les tables, tout cela composait une fresque grouillante de vie, écrasée d’odeurs, de sons, de couleurs et lumière crue.

            J’avais un tout petit budget… Et l’estomac dans les talons. Que ce soit pour un bout de pain, une assiette de charcuterie ou une barquette de frites, partout il fallait attendre son tour ou plutôt se frayer un passage entre deux « costauds » en long maillot de corps et bermuda, dont la sacoche en bandoulière ou la volumineuse « banane » sur le ventre semblaient s’opposer à toute tentative d’infiltration. Et de plantureuses dames aux fessiers larges comme des tonneaux, enveloppées de vêtements bouffants constituaient un barrage infranchissable devant l’étal des charcuteries.

Alors je renonçai à « jouer des coudes » et me dirigeai vers le rôtisseur qui vendait aussi des frites. Après une demi heure d’attente je pus effectuer ma commande soit une grosse saucisse de pays et une barquette de frites. Lorsque j’eus payé le tout je m’entendis dire : « Allez vous asseoir là, et l’on vous servira ». Je vis venir la saucisse mais pas les frites. Dépité, je refis la queue puis demandai, presque timidement : « Vous n’auriez pas par hasard une petite barquette de frites ? » L’on me répondit : « Il n’y a plus de frites ».

Le soleil à ce moment là, parvenait à son point culminant ; les cris et les conversations, les haleines épicées, les mouches, les reliefs de repas et je dois le dire, une « convivialité » rotante, suante, soufflante et bruyante, exerçaient sur ma sensibilité du moment, sur mon esprit devenu soudain rebelle et étranger à ce tumulte, une étrange pression qui me fit prendre une brusque décision…

Alors que de toute ma vie je n’avais jamais rien volé, je décidai un raid solitaire et vengeur. Je courus entre les tables et les étals, m’emparai, ici, d’une cuisse de canard, là, d’un pain entier à la croûte dorée, et là encore d’une part de gâteau, sous l’œil incrédule et vivement surpris de deux ou trois opulentes ménagères. Je quittai la place, m’enfilai dans l’une des rues et me perdis dans le brouhaha de cette fête estivale et populaire qui jusqu’au soir battit son plein.

 

                        20  ANS

            Sur un forum d’alexandrie, Perrine nous dit qu’elle vient d’avoir 20 ans. C’est très beau de dire qu’on a 20 ans, de le clamer haut et fort pour que ça se sache !

A notre chère Perrine donc, je lui dis « Bravo » ! Merci de nous faire partager ton enthousiasme, de nous communiquer ton énergie et tes espérances. Dans la vie il faut oser voir grand, beau et fort sans pour autant vouloir à tout prix être le plus beau, le plus grand, le plus fort, sans vouloir « louffer à une coudée au dessus de son trou de bale ».

Souffler sur 20 bougies est un évènement qui fait date. Pour ma part j’ai eu 20 ans le 9 janvier 1968. J’étais tout seul et ce jour là, je suis allé manger un couscous chez mon copain Arabe, restaurateur, rue Villot dans le 12 ème arrondissement de Paris, à proximité de la gare de Lyon. Je me suis tapé tout seul comme un grand une chopine de rouge d’un litre et je regardais les gens assis à côté de moi, tous des Arabes, qui jouaient aux dominos en écoutant de la musique d’Afrique du Nord. Dans ce bistrot là, avec mes copains Arabes et dans cette atmosphère familiale, conviviale, sans chichis, où personne ne te regardait comme un étranger, où j’étais royalement servi par le patron qui m’avait à la bonne, j’étais tout simplement heureux et ne me posai aucune question sur mon avenir.

Je me souvenais de mes copains Arabes du lycée Duveyrier à Blida et tout particulièrement d’un certain Ould Ruis avec lequel nous nous partagions les places de premier aux compositions trimestrielles. Nous avions ensemble durant les récréations, de longues discussions philosophiques, pour autant que l’on puisse en avoir à l’âge de 13 ans alors que la guerre d’Algérie parvenait à son épisode le plus dramatique.

Et ici, dans ce bistrot de la rue Villot, qu’aucun Européen n’eût fréquenté, peut-être à cause des chiures de mouches qui constellaient les glaces, je m’y sentais de la famille, d’autant plus que durant la grande grève de mai 68, le « Bicot », comme disaient mes camarades du centre de tri postal de la gare PLM, me faisait non seulement crédit mais aussi bouffer à l’œil.

Je n’avais pas encore en ce temps là la bande de copains qui allait m’entraîner dans de joyeuses et mémorables équipées, j’étais « agent d’exploitation » stagiaire aux PTT, à peine débarqué des Landes, mon pays de naissance, avec encore dans la tête les années d’Afrique du Nord vécues en compagnie de mes parents et de toutes nos relations de là-bas. Alors, où aurais je pu mieux fêter mes 20 ans que dans ce bistrot Arabe qui, au dire des habitants du quartier, ne payait pas de mine ?  

 

 

                        PETIT SF QUI NE PLAIRA PAS AUX ECRIVAINS ET AUX INTELLECTUELS…

            Un drôle de petit avion noir apparut dans le ciel tout bleu, un matin d’été, au dessus du plus grand salon du livre du monde.

On ne va pas refaire Hiroshima…

Les hommes ne moururent pas et le Grand Salon du Livre connut un franc succès.

Toutefois, en fin de journée, alors que personne ne se souvenait du passage silencieux de ce drôle de petit avion noir, l’on s’étonna de l’aspect de certains livres dont la couverture ne comportait plus de titre ni de nom d’auteur.

Il plut. Mais ce n’était plus la pluie qui était tombée jusqu’à lors. Cette pluie étrange ne mouillait pas, elle tombait sur le Grand Salon, elle était bien eau, elle ruisselait même, mais elle était aussi poussière que la poussière des chemins.

Il y eut de la nostalgie dans l’air, sur les visages, sur les robes des femmes, dans les rires des enfants devant les images des livres, des livres qui n’avaient plus de mots…

Mais ce n’était pas la nostalgie d’un temps révolu. C’était la nostalgie d’un futur très éloigné qu’aucun auteur de Science Fiction n’eût pu inventer.

Philippe Sollers, l’une des plus grandes figures littéraires du temps où se donnaient dans le monde ces salons internationaux du livre, avait, entouré de journalistes et de photographes, de toute une « cour » d’artistes et de professionnels du spectacle dans le coin le plus lumineux du salon, là où se pressent autour du « kiosque sacré » les postulants à l’autographe… un visage blême, un regard de pierre, des mains de verre. Il voulut dire : « Mais ce livre n’a plus que des pages blanches ! » Mais il ne dit rien. Ses lèvres remuèrent comme s’il parlait mais aucun son articulé ne sortit de sa bouche hormis un gargouillement, un couinement de souris… ou de rat, et quelques borborygmes.

Il en était également ainsi des personnages qui entouraient Philippe Sollers, et même des quelques badauds qui feuilletaient, épouvantés et incrédules, tous ces livres désormais vierges de toute ligne imprimée, avec leurs pages blanches… Seules subsistaient les illustrations et les photographies ou les dessins sur les couvertures ou dans les pages. Plus un seul mot imprimé !

Les conversations animées, bruyantes ou croisées entre journalistes présents au Grand Salon, ou entre les nombreuses personnes réparties dans les diverses pièces autour du vaste hall d’accueil lors de conférences et débats thématiques, s’étaient toutes diluées dans une étrange symphonie vocale de sons de gorge, de raclements et de petits cris graves ou aigus.

Un grand Livre d’Or à couverture capitonnée invitait les gens à s’exprimer, disposé sur un pupitre assez haut en bois massif et de belle facture style fin 19 ème siècle, à proximité du kiosque des autographes où se tenait une charmante hôtesse d’accueil très bien habillée, souriante, au visage ravissant et n’ayant pas comme nombre de ses congénères de bien d’autres espaces d’accueil, cette « bouche en anus de pigeon peinturlurée de jus de cerise ». La jeune femme, au moment même où Philippe Sollers esquissait un mouvement de lèvres en tournant les premières pages d’un livre, eut elle aussi un borborygme mais à peine audible cependant.

Et l’un des badauds, une dame d’un certain âge, d’assez forte corpulence, coiffée d’un immense chapeau architecturé en jardin suspendu au dessus de balcons superposés en cercles concentriques, tenant en laisse un petit chien blanc empanaché de rouge, se saisit d’un stylo et inscrivit quelques mots dans le Livre d’Or. A mesure qu’elle écrivait, les mots s’effaçaient ; elle appuya nerveusement sur le crayon qui raya la feuille après avoir l’avoir tracée de bleu, et le trait même disparut… La brave dame manqua de s’évanouir d’autant plus que tout autour d’elle, l’on n’entendait plus rien de cohérant, des gens s’agitaient en tous sens et le visage de plus en plus blême de Philippe Sollers semblait augurer qu’un malaise allait le terrasser.

 D’autres personnes tournant autour du kiosque avec les livres qu’elles avaient acheté, tentaient de se renseigner, souhaitant visiblement rencontrer l’auteur du livre choisi, mais les questions ne pouvaient plus désormais être comprises puisqu’elles s’arrêtaient au bord des lèvres ainsi que les réponses de l’hôtesse.

Un monsieur d’âge mûr, grisonnant et au visage carré de certitudes, qu’une grande sacoche en cuir et à boucle dorée, portée en bandoulière, renforçait encore dans une apparence de retraité confortable sans doute cultivé et surinformé, retournait avec componction d’un geste grave du pouce, la couverture de l’un des livres qu’il avait achetés. Il semblait peu ému par la grâce et la gentillesse de l’hôtesse, à laquelle il n’accordait pas même un regard. Il fronça des sourcils blancs et épais, sa moustache à la Jacques Lanzmann frémit, deux rides sinueuses et creusées labourèrent son front proéminent et d’un mouvement brusque de sa main libre, il chassa une mouche qui « loopinguait » avec impertinence au dessus de son crâne à demi dégarni. Déjà venu au kiosque pour recueillir deux autographes dont l’un de Philippe Sollers, il s’aperçut avec stupeur que la signature accompagnée de quelques mots, de chacun des deux auteurs, n’apparaissait plus sur ses livres. Du coup, très décontenancé, et n’ayant pas encore soulevé les premières pages vierges et blanches des livres achetés, l’édifice de ses certitudes vacilla sur ses fondations tel un immeuble cossu du 16ème arrondissement de Paris qu’un séisme de forte magnitude provoqué par les effets secondaires d’une explosion atomique à la limite de la stratosphère, aurait déstabilisé.

Les moins surpris par ces étranges disparitions de texte et de toute expression écrite en général, quoi qu’il en soit de même pour le langage articulé, étaient ces jeunes gens aux allures de voyou chic, coiffés de casquettes de marlou ou de rappeur, arborant sur leurs biceps des tatouages ésotériques, piercingués aux narines et aux lèvres, ferraillés aux poignets et aux chevilles, qui eux, avaient écumé tous les stands de bandes dessinées. Ces livres là, avec leurs images évocatrices, dépouillés de texte, entraient de la sorte dans un nouveau monde de communication visuelle et sensitive qui ne semblait pas étranger à ces jeunes gens.

Au stand des nouvelles technologies de communication, des gens d’âges divers qui, eux, ne s’intéressaient que très superficiellement aux livres et aux débats, toujours à ce moment même où Philippe Sollers blêmit et où les pages des livres devinrent blanches, s’étaient connectés sur internet et visitaient des sites. Très rapidement, les textes sur les écrans perdirent leur lisibilité alors qu’images et photos conservaient leur netteté.

Un vent de panique souffla sur le Grand Salon, les auteurs, organisateurs, journalistes, photographes et participants ainsi que les nombreuses personnes venues de la ville et des alentours mais aussi de toute la région et de partout dans le monde, se dispersèrent en tous sens, s’agitèrent, s’interpellèrent en émettant des sons de voix discordants, en une cacophonie de cris, de hurlements parfois et de toutes sortes de modulations vocales qui n’avaient plus rien de commun avec un langage articulé.

Les très nombreux livres de tous formats qui attiraient l’attention des acheteurs avec leurs couvertures illustrées ou non, leur titre, le nom de l’auteur et de l’éditeur en caractères bien distincts, étaient désormais inexpressifs, tels d’inutiles monuments de papier et de carton, destinés peut être à un usage purement décoratif pour ceux d’entre eux qui comportaient des illustrations.

Cependant, alors que rien ne le laissait prévoir tant l’évènement paraissait étrange et surnaturel, les gens se regardèrent les uns les autres et parurent soudain échanger entre eux des informations, des impressions et des émotions d’une manière tout à fait naturelle et spontanée – comme s’ils étaient devenus des animaux ou des insectes formant une communauté organisée – et dès lors, d’un bout à l’autre du Grand Salon, le tumulte et la cacophonie cessèrent. En l’absence de langage articulé et sans aucune information écrite qui aurait pu servir de support à la communication, les gens se sentirent reliés entre eux dans un espace relationnel tout à fait nouveau dont la caractéristique essentielle résidait dans le fait que chacun en émettant ses ondes ou par la « chimie » de son être, se libérait de cet enfermement en lequel il percevait jadis l’autre selon une connaissance dominée par la pensée dans le langage parlé ou écrit si fortement dépendant de son propre ressenti et de ses repères culturels.

Par cette « chimie » de la communication qui s’élaborait par le regard, l’expression du visage, des modulations de la voix, de gestes et des comportements, et qui permettait de tout se transmettre, les choses de la nécessité et du besoin comme celles de l’esprit et du cœur, la connaissance et l’information, l’expérience et le savoir faire, il s’avéra que l’écrit et la parole n’étaient plus nécessaires pour que l’on puisse communiquer.

C’est tout cela que les gens ressentirent peu de temps après le début de l’évènement.

 Très curieusement les seules personnes qui s’agitaient encore dans le tumulte et la cacophonie et qui semblaient donc les plus perturbées, étaient précisément les auteurs des livres, les écrivains, les critiques littéraires, les journalistes et d’une manière générale toutes les personnes exerçant leur activité professionnelle dans les milieux intellectuels.

Bien au-delà du Grand Salon, dans toute la ville, tout le pays et dans le monde entier disparurent ce jour là l’écrit et la parole. Mais la vie changea, la violence régressa. L’on n’apprit plus aux enfants à lire et à écrire puisqu’il n’y avait plus rien à lire ni à écrire. La connaissance, la technologie, le savoir faire, la civilisation, la transmission, l’information, tout cela ne fut pas affecté par la disparition de l’écrit et de la parole. Les gens utilisèrent une plus grande partie des capacités de leur cerveau, et notamment la faculté de mémoriser un nombre impressionnant d’informations puisqu’ils ne pouvaient désormais s’appuyer sur des supports écrits qui leur eût servi de béquilles.

Toutefois, durant le temps des dernières générations d’humains nés avant l’évènement, ayant appris à parler et pouvant donc comprendre le langage articulé, tout ce qui avait été enregistré sur des supports audibles put cependant être écouté.

Ainsi s’écoutèrent en se congratulant de borborygmes et de petits cris graves ou aigus, les écrivains, les romanciers et les intellectuels, avant de disparaître peu à peu les uns les autres sans avoir de successeurs en leur genre.

 

                        ŒUVRE  IMPIE

            Il est de ces violences qui devraient être et ne sont pas. De ces violences que l’opinion publique dans une large majorité ne pourrait condamner.

Selon une information diffusée récemment sur France Bleu Lorraine, un projet de film sur l’affaire Grégory verrait le jour.

Honte aux acteurs, aux comédiens, aux figurants, au producteur, aux journalistes et aux médias qui se prêteraient à la réalisation de cette œuvre impie !

Ainsi cette vallée de la Vologne, entre Gérardmer et Bruyères dans les Vosges, et plus particulièrement les villages d’Aumontzey, de Jussarupt, de Granges sur Vologne, de Laveline devant Bruyères et de Lépanges, seraient-ils le théâtre d’une reconstitution et d’une adaptation au cinéma, voire même à la télévision en feuilleton, des évènements dramatiques survenus en octobre 1984 !

Le jeune adulte que Grégory serait devenu aurait eu 25 ans en 2005. Et nul ne saura jamais comment et par qui il fut jeté dans la Vologne et noyé.

Rappelons quelques faits dont la presse ne s’est point fait l’écho mais que les gens du pays ont commenté avec des propos truculents :

--Peu de temps après l’enterrement de Bernard Laroche, le meurtrier présumé de Grégory, accablé à l’origine par un témoignage de Murielle Bolle, adolescente alors âgée de 16ans et « cuisinée » par les gendarmes de Bruyères, lequel Bernard Laroche fut assassiné par le père de Grégory le 30 mars 1985 et inhumé dans le cimetière de Jussarupt ; un journaliste eut l’idée de subtiliser la clef de la porte du clocher de l’église de Jussarupt et s’enferma  trois jours durant pour observer et noter les allées et venues des gens qui se rendaient sur la tombe. Il fut trouvé après son séjour, dans cet espace très réduit du clocher, sur le plancher, quelques boites de conserve vides, des bouteilles de bière et de vin et… deux ou trois « colombins » !

--La « Renaissance », un hôtel bar restaurant  de Bruyères, tenu à l’époque par madame Colomb, qui avait déjà la réputation de servir de lieu de rendez vous aux couples « illégitimes », était pour ainsi dire le quartier général des journalistes, envoyés spéciaux de Paris Match, Détective et autres « canards à sensation ». Tout ce beau monde s’approvisionnait en préservatifs à la pharmacie Langloix, toute proche, car les filles du pays moyennant finance et un peu de « gloriole », bavardaient, racontaient à leur manière des anecdotes « croustillantes » sur la mère de Grégory, Christine Villemin et nombre de personnages plus ou moins liés à l’affaire. Certaines de ces jeunes filles ont été abusées par ces messieurs de Paris en quête de gaudriole.

Tout cela me direz-vous, c’est de la « petite histoire » et je ne pense pas que le film fera jamais état de ces péripéties, quoiqu’il faille s’attendre à tout dans ce genre de réalisation ultra médiatisée et devant rapporter pas mal d’argent.

J’espère que quelques trublions bien décidés et bien organisés parmi les habitants des communes concernées sèmeront la panique dans le déroulement des opérations pour le montage du film et que caméramans, techniciens et journalistes présents sur les lieux du tournage auront leur matériel mis à mal et qu’ils recevront quelques coups de bâton sur le dos ! Puisse le montage de ce film impie et scandaleux se dérouler dans les plus mauvaises conditions possibles, avec le dégoût, l’horreur et le rejet exprimés unanimement par des gens simples, honnêtes, travailleurs, qui en ont assez depuis « l’affaire » d’être traités de demeurés, d’incultes et de saoûlons par tous ces médias que l’odeur du fric rend encore plus féroces que des vautours tournoyant au dessus de charognes.

 

 

                        ROUE LIBRE, LIBERATION ET LE CINEMA DE CONTIS

            Le petit fanzine « Roue Libre », distribué gratuitement en pays de Born dans les Landes n’aura sans doute jamais le destin du journal Libération mais il sera toujours de l’esprit et du cœur qui l’animent, du langage qu’il ne cessera jamais de parler tant qu’il paraîtra.

Libération à son origine n’était qu’un petit journal de quatre pages, lu par cette jeunesse se définissant révolutionnaire, de l’époque, qui pourfendait les bourgeois et « baisait à couilles rabattues », indisposant par des propos virulents et des comportements marginaux les « bonnes âmes bien pensantes »…

Aujourd’hui la Gauche intellectuelle bon teint voire bon chic bon genre des grands festivals d’été, des artistes et des gens de lettres plus ou moins engagés, des marginalités médiatisées et toute une clientèle de « rassis » qui, dans ses comportements, ses habitudes, ses vêtements et ses modes s’affirme « jeune et branchée » prétend nous forger, bien formatée, séduisante et aussi diversifiée qu’un vide grenier géant, une « vision du monde »… Qui, soit dit en passant, ne sera jamais celle des « laissés pour compte » de l’économie libérale « avariée »… Cette Gauche là, ainsi que la Droite d’ailleurs, qui reprend à son compte les mêmes « valeurs », s’intéresse à l’actualité, aux livres et aux musiques nouvelles, aux derniers films qui paraissent, lit Libération, Le Monde ou le Figaro.

Autant dire que Libération en l’espace de deux générations, est devenu un grand journal… qui ne publie plus comme jadis du temps de la contestation estudiantine ces « élucubrations » et lettres ou messages pirates de copains seuls dans leur trou ayant tant de choses à exprimer.

J’imagine donc très mal pour « Roue Libre » un destin comparable à celui de Libération.

La notoriété et la reconnaissance sont cependant des moteurs d’évolution qui, par leur fonctionnement dans le sens du monde que l’on connaît et dont on mesure les effets, ont une influence déterminante sur le regard que portent les êtres humains sur le monde et les gens, ainsi que sur le sens de toute relation. Ainsi est brouillé et souvent même corrompu ce regard vrai et libre qui était celui que l’artiste, l’écrivain, l’impulseur d’un mouvement ou d’un courant ou même l’homme ordinaire portait naturellement et sincèrement lors de son entrée dans le monde avant qu’il ne soit dénaturé, puis prostitué au pouvoir que donnent l’argent et l’assurance d’un rayonnement.

C’est bien là l’éternelle question, le paradoxe évident entre l’authenticité du regard, de l’idée, de l’expression et de l’impulsion d’origine forcément inconnue du monde, isolée dans un environnement relationnel qui ne lui donne pas l’envergure nécessaire à une reconnaissance plus étendue d’une part ; et d’autre part ce vers quoi évoluent le regard, l’expression et la relation lorsqu’ils sont propulsés grâce à l’arsenal dont dispose le pouvoir établi qui, bien évidemment, se sert de ce regard, de cette expression et de la relation qu’il implique, pour renforcer sa domination en imposant des règles, des valeurs et en proposant des signes de ralliement.

Dès lors que la pensée, l’art et toutes les formes d’expression se rallient à ce qui leur permet de se faire connaître, ils y gagnent, certes, en portée, en force, en adhésion du plus grand nombre de nos concitoyens, mais ils se compromettent et perdent en partie ce qui les libère des influences subies et qui, à l’origine, les définissaient tels qu’ils se révélaient dans leur isolement, leur singularité et leur rayonnement délimité dans un cercle de gens assez proches qui eux-mêmes ne se sont pas davantage ralliés à un courant d’idées plutôt qu’à un autre, à une mode ou à une tendance.

Ce cheminement tortueux, plus ou moins volontaire, fortement dépendant de rencontres ou de contacts déterminants ; de l’isolement d’origine vers la consécration et la reconnaissance, voire la célébrité ; semble être cette « voie royale » unique et incontournable, le « passage obligé » de toute personne en ce monde qui éprouve le besoin de s’exprimer et d’être entendue, de réaliser, de construire, de créer et d’être « accompagnée » dans ce qu’elle entreprend.

N’y a-t-il donc que cette voie là ? Que ce cheminement si tortueux et si incertain, si dangereux parfois par ce qu’il implique d’engagement, d’action, de révolutionnaire et de dérangeant, si empli de promesses mais aussi de désillusions ?

Peut-on refuser la compromission, se garder de toutes ces alliances perfides ou parfois scélérates, ne pas « mettre le doigt dans l’engrenage » de la grande machine universelle sans pour autant renoncer à la reconnaissance ?

            Prenons un exemple précis afin d’illustrer en quelque sorte, cette réalité du passage par la « voie royale » :

Betty et Rainer, qui gèrent depuis 1995 le cinéma de Contis, un « cinéma pas comme les autres », animent chaque année un festival du court métrage.

Dans ses toutes premières éditions, ce festival était « artisanal », peu connu, plutôt familial et convivial. Spectateurs, organisateurs, artistes et réalisateurs amateurs de films se réunissaient dans le hall d’accueil du cinéma ou sous le chapiteau de restauration dans une atmosphère « bon enfant » où l’on se côtoyait tous ensemble partageant nos émotions et nos émerveillements. Le festival avait lieu en juin et le soir au coucher du soleil sur la plage tout le monde était convié à un spectacle gratuit. De vieux fauteuils de ciné plantés par rangées dans le sable, des décors de fortune réalisés avec des matériaux divers de récupération, composaient ainsi une scène grandiose, émouvante, devant l’océan immense.

Betty et Rainer sont des gens sympathiques et dynamiques, passionnés et accueillants, qui ont osé « voir grand », et d’une année à l’autre, en dépit de subventions qui ne furent pas versées, de difficultés quasi insurmontables, ont su donner plus de professionnalisme et plus de crédit à leur entreprise.

En 2005 ce festival eut lieu en juillet et reçut pour « vedette » Gilberto Gil, le ministre de la culture du Brésil et son orchestre.

D’après quelques témoignages recueillis auprès de gens du pays, il semble que la reconnaissance et la notoriété du festival de Contis, enfin acquises auprès d’un plus large public et des autorités régionales, n’ont point entaché ou dénaturé cet esprit d’origine qui nous faisait dire dans le pays « le cinéma de Contis est un cinéma pas comme les autres ».

S’il est vrai que j’ai été particulièrement impressionné –pour ne pas dire choqué même –par les énormes placards publicitaires sur la façade de la gare de Dax, je comprends cependant que Betty et Rainer aient ainsi osé « voir grand ». Je reste convaincu qu’au-delà du succès médiatique, l’authenticité et la sincérité de leur ambition ont pour corollaires cet esprit et ce cœur qui manquent tant dans le monde d’aujourd’hui et dont je suis persuadé que beaucoup de gens souhaitent partager ensemble dans une vraie fête émouvante et conviviale.

 

Suite dans "Ma forge 4".... Merci aux gentils, aux chics, aux sympas, à ceux qui m'adorent, oh que je suis content pour ceux à qui je fais du bien... Et quant à ceux que je bassine, QU'ILS M'EXCUSENT! et qu'ils "décliquent" pour voir ailleurs si j'y suis! 

 

 

  

 

  

 

 

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