Entrez dans ma forge, 5ème suite

                        JE  CONSTATE…

            Les gens dont on pourrait penser, selon certains repères anciens ou nouveaux, qu’ils représenteraient une « élite » dans les milieux littéraires, artistiques, scientifiques ou même de la vie publique pour autant que ces gens là exercent des fonctions déterminantes dans la société, mettent en avant leurs idéaux et leur manière de penser, nous font part de leurs projets et de leurs ambitions, évoquent leurs réalisations…

Mais comment se fait-il qu’autant d’entre eux, de ces écrivains et artistes reconnus, de ces grands penseurs, stars et vedettes en tout genre dont les œuvres écrites ou chantées circulent à flots sur les boulevards de la communication et de l’information, parvenus à cet âge de la vie qui est celui de la consécration et d’une « carrière » solidement établie financièrement, prennent pour troisième, quatrième épouse ou compagne, histoire de « refaire leur vie », une jeune femme qui pourrait être leur fille voire leur petite fille ?

Loin de moi cependant toute pensée s’affirmant « morale », toute idéologie qui prétendrait « pourfendre » les valeurs de ce monde ou dénoncer d’un parti pris souverain et puritain à l’excès ce qui est du domaine de la vie privée et de l’expérience vécue des gens.

Je constate, tout simplement. Et à partir de ce que je constate, je m’interroge. Et je me dis qu’un homme « d’un certain âge » qui n’a pas de talent particulier, n’est pas une célébrité, n’a pas de « biens au soleil », et qui de surcroît passe totalement inaperçu parce que son physique est ingrat, sa conversation inexistante et son comportement des plus ordinaires, n’a, lui, aucune « chance » --si l’on peut appeler cela une chance – de « refaire sa vie » avec une jeune femme qui pourrait être sa fille.

            Outre le fait que nos écrivains, nos artistes et nos hommes politiques « âgés » se pavanent avec de jolis petits brins de femmes, les idéologies qu’ils prônent sont en règle générale en inadéquation totale avec leur comportement à l’exception de quelques uns d’entre eux.

J’ai déjà dit ce que je pensais à ce sujet. Mais là encore, loin de moi l’idée de prétendre « moraliser » en la matière car ce sont les situations, les évènements, les rencontres, l’expérience vécue ainsi que les pressions subies, tout cela imbriqué ou agencé dans un « système », qui implique tel comportement ou tel choix. Qui peut dire en effet qu’il est vraiment maître de son destin et qu’il demeurera toujours fidèle à sa foi ?

Je constate, tout simplement. Et je m’interroge. Et je me dis qu’un homme ou une femme qui n’a rien à gagner du fait de sa condition « extrêmement modeste et non référencée » dans le monde où il vit, peut se permettre d’avoir un idéal « plus grand qu’un cosmos ».

Les compromissions, les reniements et les infidélités à sa foi originelle ne sont-ils pas à la hauteur de ce qu’un destin particulièrement favorable peut offrir à un être humain ?

Il n’est guère aisé d’autre part, de gérer nos propres contradictions.

Dans le sens où le monde fonctionne, c’est « ce qui ne va pas », ce que l’on rejette, ce qui fait mal, ce qui dévalorise, ce qui infirme, ainsi que tous les travers, les fausses notes, ce qui dérange… Ou ce qui reluit, place et conforte, que l’on retient et qui détermine le sens de la relation. Tant qu’il en sera ainsi, rien dans ce monde ou un autre ne changera jamais. Et ce n’est ni un Michel Houellebecq, ni un Sarkozy, ni un Michaël Jakson ni personne qui y changera quelque chose.

Mais j’ose me poser cette question : « Qu’en serait-il du sens de la relation si, au lieu de ne considérer que le pire, le moins bon ou l’ordinaire d’un être, nous en considérions le meilleur, « l’essence » ou l’authentique ? 

 

            LES JOURS HEUREUX

            Si certaines fractures relationnelles furent de ces blessures dont je n’ai jamais guéri, il est aussi de ces moments de séparation qui, parce qu’ils n’ont pas toujours été suivis de retrouvailles, ont porté dans ma mémoire des visages qu’aujourd’hui j’appelle dans mes nuits de veille ou dans mes jours fuyants, et que je sens battre comme les respirations de ces êtres endormis dont mon enfance s’est nourrie en d’autres nuits emplies de présences et d’étranges échos…

L’on devient comme un enfant, dans ces moments là, lorsque claquent les portières des autos ou que se diluent dans l’encre de la nuit les feux rouges du wagon de queue.

 Les jours heureux ainsi vécus en famille ou entre amis, ces matins sublimes de cris et de bousculades d’enfants, l’odeur du café et du pain grillé dans l’attente de nos invités, le grincement métallique du « convertible » que l’on replie dans le salon comme une voiture de forain que l’on referme jusqu’au soir, ces régals fous d’éclats de rire, ces effleurements de confidences, ces étreintes de regards, les autobiographies et les anecdotes qui s’entremêlent… Enfin, cette fête conviviale qui traversait les jours d’été, défonçait les solitudes comme les amoureux défoncent les sommiers, tout cela surgit comme l’eau vive de ces torrents de la montagne des enfances et des saisons heureuses.

Ces visages disparus dont certains sont revenus et d’autres ne reviendront pas, lorsque nous les avons quittés parce que nous n’étions avec eux que sur des segments d’existence, ont à chaque fois dans les heures et les jours qui suivirent leur envol, laissé une trace, une atmosphère, une présence désormais impalpable mais avec des voix et des regards encore perceptibles.

De ces jours heureux ainsi vécus, j’en appelle d’autres, avec ces visages qui reviendront, et ces visages que ma vie à venir me fera découvrir.

Mais pour rejoindre les visages qui ne reviendront pas, il ne me reste plus que les mots à faire pousser et qui existaient déjà avant qu’ils ne soient nés.

 

                        LE POUVOIR DE L’IMAGINAIRE

            Le pouvoir le plus noble et le plus créateur de l’imaginaire n’est pas toujours celui qui innove ou invente. C’est sans doute celui qui reconstitue dans son authenticité, dans sa singularité, dans son environnement naturel, l’essence d’un être : sa personnalité, son passé, son présent et son avenir alors même que l’on ne sait encore rien de cet être.

Il est de ces intuitions que l’on pourrait croire venues de ce qui précédait l’enfance… Par humilité, je préfère déclarer n’en rien savoir, de l’origine de telles intuitions…

 

            SUGGESTION DE SCENARIO POUR UN FILM… OU DE THEME POUR UN ROMAN

            Voici le sujet : c’est un homme, ou une femme, et peut importe son origine ethnique ou sociale, ou encore ce qu’il ou elle peut représenter dans le monde où il ou elle vit, qui se trouve pris au piège de l’immensité de ce qu’il ou elle projette autour de sa personne et de la manière dont il ou elle interpelle ses semblables.

Notre personnage dont le romancier va écrire l’histoire, ou que le réalisateur va faire jouer, est hanté par l’idée d’un « désert » autour de lui, un désert d’incommunicabilité mais aussi un désert où les oasis sont artificielles, les êtres « préfabriqués », les repères, incertains ou s’imposant selon des normes évolutives pouvant à tout moment être modifiées selon des modes ou des pouvoirs.

Notre personnage réagit et s’exprime d’une manière que ses semblables jugent parfois démesurée, irréaliste ou même franchement dérangeante dans la mesure où son expression devient répétitive et toujours amplifiée par de nouvelles images qui finissent par lasser.

Mais ce « désert » que dénonce le personnage, existe-t-il vraiment ?

Alors, par sa manière d’interpeller ses semblables, notre personnage fit autour de lui un désert réel. L’on ne sut plus que lui dire et le silence s’abattit sur son paysage devenu pour lui, le pire des déserts : celui d’une capacité à aimer démesurée mais aussi d’un regard trop empli d’amertume et trop attaché à de « contre repères »…

            Il ne reste plus qu’à trouver le personnage, construire le récit, réaliser le film…

 

 

                        COUP DE PIED AU CUL

            Quelle différence y a-t-il entre un coup de pied au cul donné par quelqu’un qui t’aime bien mais qui trouve que tu dépasses la mesure… Et le coup de pied d’un « salaud » ?

A mon avis, il y a peu de différence. Un coup de pied au cul, ça fait toujours mal. Que ce soit celui de ce cœur qui te paraissait conquis mais que tu as déçu ou indisposé ; ou celui de ce « salaud » qui tas insulté, que reste-t-il après la meurtrissure, de tout ce que tu exprimais avec autant de ferveur… et peut-être d’inconscience ?

Sans doute plus qu’un coup de pied au cul, le silence reçu en réponse à un message que tu as trop gaillardement lancé ou trop crié de tes rêves insoumis aux règles et aux limites imposées par une certaine réserve, te rappelle qu’il n’est pas de navigation plus aléatoire que dans l’océan du relationnel. Et que les îles sur lesquelles tu séjournes, ont leur paysage comme les êtres leur sensibilité.  

 

            LA SUPER BRANLETTE DES ALLUMEURS DE GENIES

            Dans le magazine littéraire de juillet/août 2005, nous est présentée une photographie de Michel Houellebecq sur une page entière.

Ce monsieur, ce « grand monsieur », dis-je, du monde des gens de lettres, l’un des romanciers Français les plus connus de la planète, nous apparaît très décontracté, très sûr de lui, en une pose sans doute étudiée à dessein, et arborant le plus naturellement du monde au coin des lèvres, une cigarette au bout bien rougeoyant sur laquelle il tire une bouffée…

J’imagine donc notre célèbre écrivain, auteur de ce « livre culte » intitulé La possibilité d’une île, en conversation médiatisée avec des personnages de milieux littéraires, de journalistes mais aussi de lecteurs souhaitant faire dédicacer le volume acheté, soufflant négligemment la fumée de sa cigarette autour de lui. Indisposé ou non par la fumée de tabac, notre lecteur lambda et chacune des personnes présentes d’ailleurs dans l’entourage de notre écrivain, ne songeraient à trouver inopportune cette cigarette « qui fait partie du décor et du personnage ».

Exit, donc, les campagnes antitabac, et toutes les interdictions menées « tambour battant » par les autorités régnant sur la santé publique. Exit ce si vilain « péché » qui fait du fumeur un pestiféré, presque un ennemi de la société !

On le dit « provocateur », notre cher Michel Houellebecq. Soit, je veux bien. La provocation, à dire vrai, je la louerais plus que je ne la condamnerais. Si cette image là, de notre écrivain célèbre, a bien été choisie à dessein, je pense tout de même qu’il s’agit avant tout d’une « affaire de gros sous »… Parce que « provoquer », cela fait vendre.

Aussi, bien que ce livre « La possibilité d’une île », fasse la une de l’actualité littéraire et que 320000 exemplaires déjà vendus, ce soit encore un peu trop court… Je n’achèterai pas ce livre. Je n’ai pas dit que je ne le lirai pas : nous le trouverons bientôt en bibliothèque ou médiathèque.

Et je n’applaudirai pas, non plus, à l’attribution d’un prix Goncourt à l’un de ces « oiseaux de génie », fût-il Michel Houellebecq ou un autre de ses congénères. Pas plus que je n’applaudis d’ailleurs, au lauréat d’un de ces si nombreux prix médiatisés et générateurs de chiffre d’affaire.

Et Christine Angot, en septembre 2003, dans le « monde des livres » du vendredi, avec son visage et dans une pose qui donnaient envie de se jeter sur elle… Qu’en est-il lors de l’automne littéraire 2005 ? Silence radio… Ou quelques entrefilets !

Christine Angot, dont certains courriers de lecteurs sur le forum de discussion de son site, sont à vomir et pleurer d’horreur ?

Christine Angot et tant d’autres !

Dans cette « super branlette des allumeurs de génies », les génies peuvent être de chic et de charme, des pourfendeurs de « vérités », des refondateurs ou des « coffres forts vides » ; les « branlés » peuvent être fétichistes, clairvoyants en dépit de leurs transes et de leurs gesticulations ou tout simplement séduits par le culte du jour ; ce sont toujours les « allumeurs de génies » qui tiennent la Caisse des proprios de « l’Olympia du monde »… Et les « branlés » qui se font sucer le porte monnaie et la cervelle !

 

                        ARTHUR ET CATHERINE

            Elle se savait très belle et se régalait de son visage, debout devant la glace de la salle de bains, humant ses intimités habillées de ses états d’âme, passées de sa déchirure à ses doigts… Sur ses cheveux, sur ses épaules nues, sur la trace humide de sa joie imprimée sur la glace, elle se gavait de ce qu’elle ressentait du plus intime de son regard. Elle aurait voulu violer son regard, entrer dans son visage, jouir au plus profond de son âme et vibrer comme les ailes d’une mouche posée sur une goutte de sang.

Elle s’évanouit, de ce raid d’elle-même d’une violence inouïe… Il était là, il la soulevait, l’aidait à s’asseoir. Il était son frère adoré, moche comme un pou, avec des bajoues et des poches sous les yeux. Il ne bandait que dans les foulards et les écharpes mais sa sœur ne se ceignait jamais le cou ni les épaules d’une de ces flammes de soie qui le mettait en transes.

--« Qu’as-tu, Catherine ? »

--« Rien, Arthur ».

La mouche, lourde dans la moiteur de la salle de bains, battait la vitre.

--« Tu sens fort, Catherine ! »

--« Ah, tu trouves, Arthur ? Et si ça plaisait à la mouche ? »

Elle regarda son frère. Elle ne connaissait pas de garçon aussi laid que lui. Sa laideur l’émouvait, elle était très gentille avec son frère.

La mouche se posa sur sa main. Elle ne la chassa pas, perçut son cheminement léger, presque électrique, jusqu’à l’extrémité de son index. La mouche s’arrêta, puis, comme assouvie et détendue après une faim prédatrice, elle s’envola et se lova dans un pli sur une chemise de nuit suspendue à la poignée de la fenêtre.

Elle but le regard de son frère comme elle venait de boire, tout à l’heure, le regard de ce vieil homme voûté et sale rencontré sur le trottoir d’en face. Ce regard lui plut : il était ce regard qu’elle inventait de l’autre, ce regard qui ne pouvait que rêver d’elle… Et plus ils étaient moches, timides, secrets, ces garçons dont elle inventait un regard décrassé, fou de joie, plus elle désirait ce rêve de l’autre qu’elle imaginait assoiffé de son visage et qu’une laideur gluante confinait dans une solitude dont elle souhaitait respirer l’intimité.

Mais Arthur ne rêvait pas de sa sœur. Il l’aimait tout simplement. La bandaison ne venait que dans les flammes de soie, douces et délicates comme des visages de petites filles. Mais la peau des visages de petites filles n’est pas une flamme de soie et Arthur le savait, le sentait jusqu’à la moelle de ses os lorsqu’il en caressait longuement les plis, l’étoffe, s’en pénétrait de cette « essence » dont il était si amoureux : l’essence d’une indéfinissable féminité.

Parce qu’elle inventait le regard d’Arthur, un regard rêvant d’elle, Catherine ne vivait que de ce regard inventé.

Parce qu’elle n’achetait jamais  de foulard ou d’écharpe, Arthur se demandait bien, parfois, si le visage de sa sœur n’exploserait pas en lui de toute l’essence de cette indéfinissable féminité en flamme de soie nouée autour de son cou… Le jour où elle ferait cet achat dont il rêvait

Les deux rêves se croiseraient alors, se toucheraient sans s’être déclarés l’un et l’autre.  

 

 

 

 

 

 

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