Alvéole 9, nouveaux textes

 

 

Fracture numérique, fracture culturelle...

 

Tout le monde n'est pas connecté à l'internet ou ne possède pas d'ordinateur, ou n'utilise que tout à fait occasionnellement une connexion en bas débit... Et cela plus que l'on ne croit pour bien de gens dans notre pays où demeure encore une “fracture numérique” évidente, en particulier dans les campagnes, les hameaux et quartiers isolés... De telle sorte que la presse locale (petit écho du pays ou journal régional) devient un lien culturel et sociétal d'une portée non négligeable.

Ces organes de presse locaux ou régionaux offrent dans l'une de leurs pages, une fois par semaine, un espace d'expression à leurs lecteurs.

Des gens qui ne vont pas sur l'internet, ou des gens qui se rendent occasionnellement sur l'internet, lisent ces courriers publiés ou en rédigent eux-mêmes.

En ce temps de communication, d'échange d'idées et de réflexions sur des sujets d'actualité ou de caractère anecdotique ; pourquoi la presse locale ou régionale n'offrirait-elle pas au moins deux pages complètes aux lecteurs ? Au lieu d'un espace réduit dans lequel ne sont sélectionnés et publiés, que trois ou quatre “articles” de lecteurs?

Sur le net, il y a les forums, les sites et les blogs... Mais les personnes qui s'expriment dans les forums du Net, sur des sites ou sur des blogs, dans la mesure où elles se révèlent assez prolixes et assidues, ne sont pas lues chez des gens qui n'ont ni ordinateur ni internet... “Un peu dommage parfois”, dirais-je!

Il y a une différence énorme entre écrire un courrier de lecteur dans un journal, et rédiger un message ou un texte sur le Net : dans le journal il faut être sélectionné et donc, dépendre du “bon vouloir” du comité de rédaction du journal ; alors que sur le Net les gens se publient eux-mêmes en toute liberté...

Il est certain que deux pages entières offertes dans un journal, à l'expression d'un plus grand nombre de gens, donnerait plus de liberté...

Quand on pense que de grands journaux régionaux du dimanche tirent à plus de 300 000 exemplaires, cela représente un espace de diffusion bien supérieur à celui d'un forum du Net, d'un site ou d'un blog n'intéressant au mieux qu'une petite communauté...

... Je me demande parfois comment les gens, par le biais d'un blog ou d'un site, ou encore par une communauté d'internautes forcément dispersés, arrivent à s'organiser et à se réunir pour mener une action déterminante, opposer un “front de résistance” contre des décisions politiques, économiques, sociales, administratives?

Le net, cela ne fonctionne tout de même pas comme la rue ou la place publique avec des gens physiquement rassemblés et pouvant se porter en des lieux pour mener une action...

Il est plus aisé et plus immédiatement efficace à un ou des “meneurs” , de fédérer un grand nombre de gens autour d'une aspiration commune , dans la rue, que sur le Net!

Le pouvoir des mots serait-il plus grand dans la rue ou sur la place publique, que sur le Net? Il semble que oui, et cela de tous temps...

Je crois que les voix qui s'élèvent, que les coeurs et les esprits qui s'expriment, que les pensées qui veulent aller comme le vent, ont besoin de la dimension qui sied à leur force... Car c'est bien dans la dimension que s'affirme et se renforce le courant...

Ah, ces comités de rédaction du petit écho local et du grand canard régional! Tous des “pourris”... Ou des “à la botte du système”, reléguant dans l'ombre les “papiers” qui veulent vraiment dire quelque chose, et ne publiant que des propos sonnant comme des casseroles ou édulcorés de mots bien huilés...

 

Entre terres et mers...

 

De longues années de ma vie durant, j'ai peut-être confondu témoignage avec ostentation à exprimer... Ce qui de toute évidence n'est pas la même chose.

J'étais intimement persuadé du cap que je tenais, certain que je l'étais de sa direction, de sa nature et donc de sa destination... A tel point qu'il me fallait un porte voix pour clamer à l'océan tout entier que mon cap était le bon, et sans doute le meilleur...

Il n'y a pas si longtemps cependant, je me suis peu à peu interrogé au sujet de quelques unes de ces certitudes qui gonflaient démesurément mes voiles, et qui en définitive m'immobilisaient dans l'immensité de l'océan.

... Alors j'en viens à ce qui est pour moi, non plus une ou des certitudes, mais le sens de ma vie : témoigner de ce que j'ai vu et rencontré, avec autant d'exactitude que possible... De la même manière que tout capitaine de navire recherchant un passage entre terre et mer là où aucun passage ne semble s'ouvrir, témoigne de cette recherche par la rédaction qu'il fait jour après jour sur le journal de bord du navire. Et comment ce capitaine de navire pourrait-il écrire autrement qu'en confiant l'émotion qui lui vient à la vue de chaque mouvement de la houle? Qu'en décrivant les mouvements de cette houle? Et ce qu'évoquent les formes et les couleurs des vagues? Sans dire aussi ce qu'indiquent la boussole et le sextant alors même que d'étranges champs magnétiques peuvent imposer des corrections? Qu'il faut traverser des pot-au-noir ou des convergences?

L'on peut, oui, et même plus souvent qu'il n'est nécessaire, au risque de perdre tout crédit par intempérance du coeur et de l'esprit, ou par quelque “pirouette” sans élégance ni drôlerie... Confier ses “coups de gueule” au journal de bord... Mais ne faut-il pas reconnaître que ce ne sont là, que des “coups de gueule”?

Je cherche le passage, je témoigne de la recherche du passage, afin d'être en mesure de dire un jour que le passage existe... Mais qu'il sera tel qu'il se présentera entre tous les autres passages jusqu'alors trouvés...

 

Le revers de la sincérité et de la franchise...

 

Il y aurait à mon sens, je crois bien... Quelque “intelligence” si je puis dire, à ne point manifester avec autant de franchise, de sincérité, de provocation, de certitude en soi, de spontanéité, de violence, d'ostentation ou d'intime conviction, ou même encore de “vérité abrupte”... Par le langage ou par l'écriture, tout ce que l'on ressent, tout ce que l'on argumente dans quelque sujet que ce soit, dans quelque discussion qui soit entre interlocuteurs forcément (et heureusement) de sensibilités émotionnelles et culturelles différentes...

La plus grande franchise ou la plus grande sincérité même, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ont leur revers : cette hypocrisie latente lovée comme un petit serpent enroulé au fond d'un creux sous l'écorce de l'arbre... Que peu de gens parviennent à déceler. Et l'arbre bien sûr, ne sait pas le serpent dans le creux, ou s'il le sait, il en occulte l'existence...

Il y a, dans l'ambiguité avec laquelle on peut s'exprimer, dans le fait de ne pas nommément désigner des personnes autrement que par ce mot “certains” ou “d'aucuns”... Dans des contournements plus ou moins heureux ou appropriés, dans certaines métaphores, dans le ton même de ce qui est exprimé... Quelque “intelligence” en effet, qui me paraît nécessaire dans la mesure où le dialogue pourrait s'ouvrir (et non se fermer), où les personnes participant à la discussion pourraient s'interroger, réfléchir et peut-être découvrir ce passage en elles-mêmes, jusqu'alors inconnu ou évité...

Il n'y a rien de pire dans une relation, dans une discussion, que de se sentir blessé, humilié, dévalorisé ou décrédibilisé par quelque certitude, quelque jugement ou quelque accusation directe, fussent-ils les mieux fondés du monde en l'occurrence, et martelés à discrétion au vu et au su de tout le monde!

Ce que l'on appelle le “charisme” (le fait d'être lu et écouté voire vénéré et bien sûr cru) ne sera jamais LA référence, LE “passage obligé” pour une éventuelle (et fragile en vérité) notoriété...

Il reste encore, cependant, cette habileté hors du commun à “exprimer les choses”... Mais dont l'effet est identique, au final, qu'à les exprimer, ces choses, avec la plus grande franchise, la plus grande sincérité et avec les arguments les plus convaincants...

Tout l'art, dans la littérature en particulier... Et dans toute forme d'expression d'ailleurs, consiste à dépasser cette “habileté hors du commun à exprimer les choses”, et à considérer qu'il existe un revers à la sincérité et à la franchise ; une perfidie et une imposture à ériger des certitudes, des faits patents, des idées et du savoir, comme des évidences auxquelles les gens devraient souscrire...

Ecrire...

 

A propos de cette réflexion de Maurice Blanchot :

 

« Ecrire, serait-ce devenir lisible pour chacun et pour soi-même indéchiffrable ? »

 

Je pense que beaucoup d’écrivains sont lisibles par un grand nombre de leurs lecteurs, et se sentent eux-mêmes déchiffrables lorsqu'ils se relisent : j’imagine qu’ils n’ont pas de difficultés à se relire… Sans doute ont-ils effectué quelques corrections ou ajustements, mais dans l’ensemble, ils se sentent parfaitement lisibles… Ceux là sont des auteurs « de grand public »… On les trouve aujourd’hui, bien plus encore que jadis, « à la pelle »…

D’autres écrivains ne sont lisibles que par un nombre restreint de lecteurs dont la sensibilité, l’esprit et le cœur dirais-je, leur sont proches. Ces écrivains là, aussi, doivent se sentir déchiffrables par eux-mêmes… Et ils corrigent et ajustent, également. Mais ils n'ont pas la faveur du grand public...

Il en est d’autres qui ne sont lisibles par presque personne mais parfaitement déchiffrables à eux-mêmes… Ou au contraire indéchiffrables à eux-mêmes et sans doute illisibles aux autres : ceux là n’ont aucune chance d’être reconnus de leur vivant, et cette vie qui est la leur, bien plus intérieure qu'extérieure, tourne comme dans une planète creuse dont le ciel est de roche et tout illuminé...

Quant à ceux qui sont lisibles pour chacun et pour soi même indéchiffrables, ils ont peut-être réussi à se faire exister par le plus grand nombre...

Sont-ils, ceux là, des passeurs ou des messagers, parvenus à se libérer de cette pesanteur en eux, rendant illusoires et dérisoires leurs aspirations ? Et peuvent-ils s'approprier ce qui existe en eux et les dépasse?

S'approprier ce qui existe en soi , et une fois bien défini, bien forgé, l'exporter, c'est sans doute une assurance prise sur la reconnaissance et sur la lisibilité... Mais à quoi sert la lisibilité si elle n'apporte que des réponses qui arrangent ou occultent des passages?

Ce qui existe en soi, dont on est conscient sans forcément le comprendre vraiment, et que l'on utilise seulement en partie, et pas forcément à bon escient ; existe aussi sous une forme inconnue ou nouvelle, ailleurs qu'en nous-mêmes. Se l'approprier c'est comme voler le ciel au dessus de notre tête. Le rejoindre, et en même temps rejoindre ces formes inconnues et nouvelles, pour un écrivain, est, je crois, l'espérance d'être lisible...

La prophétie impie

 

L'on se souvient peut-être de cette vidéo qui circulait sur le Net en mai 2007 lors de la campagne présidentielle en France...

... 2009. Des forces de l'ordre lourdement casquées et harnachées de protections cuirassées, avançant en troupes serrées dans les rues et les avenues, encerclant bâtiments publics et places, armées de lances à incendie, de grenades lacrimogènes, de longues matraques et de fusils d'assaut à balles de plastique sinon à balles réelles... Et, en face des forces de l'ordre, partout, dans toutes les grandes villes du pays, autour des sites industriels, des dépôts de marchandises, des usines, des universités, des raffineries , des centrales d'énergie, des échangeurs autoroutiers, des principaux rond-points, des dépôts de bus, des gares et des aéroports... D'immenses foules en rangs tout aussi serrés, et en avant de ces multitudes, toute une jeunesse des lycées, des collèges et des universités, et toute une constellation de membres d'associations de sans abris et de chômeurs... D'immenses foules de « laissés-pour-compte » de l'économie mondiale, d'exclus, de licenciés, de « bas revenus », de retraités, d'artisans, d'entrepreneurs et d'agriculteurs ruinés, de modestes employés d'administration ou de services... De femmes et d'enfants, de toute une population excédée...

Et les barres de fer, les pavés, et toutes sortes de projectiles, tranchants ou contondants, volaient... Les coups de feu claquaient, les balles en plastique ou réelles trouaient les peaux, traversaient les visages et les poitrines...

Vitrines fracassées, voitures renversées et carbonisées, commerces et grandes surfaces pillés, immenses colonnes de fumées noires de pneus brûlés, matraques et fusils d'assaut repris aux forces de l'ordre encerclées, assiégées et désarmées par des commandos bien organisés et déterminés...

Les Champs Elysées dévastés, le Fouquet's et le George V en feu, les belles automobiles dans les vitrines des garages de luxe, réduites à des tas de tôles tordues, Fauchon pillé et des boîtes de caviar roulant dans le caniveau...

Cela avait commencé par une grève générale... Tout était bloqué dans le pays, les rideaux des commerces baissés, aucun transport public ou privé, plus de taxis, les vélos étaient volés, plus d'approvisionnements, plus rien...

Faillite des politiques et du gouvernement... L'assemblée nationale éclatée en factions rivales inconciliables. La police elle même divisée, et les forces armées sollicitées de part et d'autre des combattants...

Puis il y eut ces assemblées populaires, avec à leur tête de ces tribuns de la rue dont la plupart étaient des intellectuels, des écrivains ou des scientifiques et des philosophes et même des poètes, tous accompagnés aussi d'entrepreneurs et d'artisans et de gens de la terre et d'économistes, et même tout simplement de mères de famille, de responsables d'associations ou de personnes déterminées dans quelque action locale à mener... Tous ces gens réunis en assemblées populaires, qui n'avaient jusqu'alors jamais pu se faire entendre, tous ces intellectuels, ces écrivains et ces penseurs que les médias occultaient et que le pouvoir étouffait...

La toute première « grande mesure », spectaculaire, et qui pratiquement, mit fin aux pires violences dans la rue, fut la ruine complète, brutale et organisée, des Actionnaires et détenteurs de portefeuilles financiers : les dizaines de millions d'euros de dividendes et d'actions changèrent de mains par la force du plus grand nombre devenue toute puissante.

... 2009, oui... Mais là, ma vidéo, la vidéo fiction de mai 2007 que j'évoque, « dérape » quelque peu... Dérape en direction d'une réalité galopante, une réalité qui se met à chanter dans le feu, venue d'une crise économique, financière, sociale et politique...

Tremblez, actionnaires et banquiers! Vos jours sont comptés, et si vous ne desserrez pas les cordons de vos bourses impies, nous arracherons vos écus par la force et il se pourrait bien que vous y laissiez votre peau!

... Que vive 2009 et que tombent les Actionnaires!

Ne dites pas que les Actionnaires sont nécéssaires à l'écomonie : leur fric n'est pas réinvesti, leur fric sert essentiellement à acheter des chaînes de sociétés immobilières, des marinas et des palaces hôteliers, des piscines privées et des palais, à se payer des chasses à courre, des prostituées de luxe et des enfants à peloter. Ce sont des prédateurs qui dans le monde animal n'ont pas d'équivalent...

La seule « exception » que je fais, des actionnaires, c'est celle de ces salariés d'usines obligés par leur patron ou par leur groupe, de souscrire des « parts » produisant annuellement un « dividende » : ce dividende là reste une misère et ne compense absolument pas une vraie augmentation de salaire ; et de surcroît, les parts d'actions censées constituer un capital retraite, ne valent plus rien en cas de vente forcée ou de liquidation de la société ou de crise économique!

... Que vive 2009 et que ces milliards que nos politiques font valser, aillent dans nos poches par la force de notre volonté!

Belzébêtes et sacoches-cuir-de-vache

 

... Ces filles belzébêtes qui gloussent entre elles telles des poulettes à la vue d'un jeune coq peu hardi...

... Ces filles chic, bien coiffées, sages comme des images dans leurs robes à col Claudine et dont les visages s'ouvrent à la vue de ce petiot clownant cabriolant raconteur d'histoires drôles...

... Ces petites et grandes scènes publiques au foyer du village, au parc expo de la ville, sur lesquelles trônent ces fantastiques ténors, comédiens et bon-diseurs ; que belles dames chic'ment manteaulinées et beaux messieurs à sacoche-cuir-de-vache applaudissent et bissent, fort intellectuellement émus...

... Et ces forums du Web, ces réunions de copains/copines, et parfois ces espaces de lecteurs dans les journaux, ces soirées poésie, ces mariages de la fille d'un ami, où sévit de mots pirates ou musqués, quelque petiot graffiteur d'Autels...

... Les filles belzébêtes, les beaux messieurs à sacoche-cuir-de-vache, les bon-diseurs de petites ou grandes scènes... Et j'en passe et j'en passe de toutes coutures et de toutes coiffures de ce monde qui refait ou ne refait pas le monde... C'est un désert!

Un désert assez amusant dans l'ensemble, parfois tragique et cruel mais qui, s'il n'était point, n'aurait pas non plus ces oasis en filles chic et en fragrances de coeur et d'esprit à en crever de régal dans une peau de petiot!

 

NOTE : “Belzébêtes”... De toute évidence “belles et bêtes” eût été plus correct! Ce n'est là qu'une fantaisie Yugcibienne (entre autres)... Il est hors de question d'appeler “néologisme” n'importe quel mot bizarre, “inventé”... D'ailleurs, nombre de néologismes ne sont pas des néologismes mais de mauvais chocolats dans du papier doré troué...

Mais que serait le Pouvoir quel qu'il soit, sans révolutionnaires de tout poil ; que serait un cirque sans clowns ; un village sans son idiot du village?

La beauté de la langue Française sans pirouettes d'affreux ou sympathiques coquins?

... “sacoches-cuir-de-vache” : je n'ai rien contre les messieurs à sacoche en cuir de vache en bandoulière... La sacoche-cuir-de-vache est comme un symbole si je puis dire... De même le long manteau jusqu'aux chevilles boutonné jusqu'au menton en une seule rangée de boutons (par exemple)...

 

 

Au neuf de l'An

 

Je naquis au neuf de l'An. Mais en 2009, au 31 de l'An ou au 31 du Douzième de l'An, il n'était point gravé sur quelque plaque du Jardin du Souvenir “Yugcib 1948-2008”... Remarquez, il sera peut-être inscrit “Yugcib 1948-2009”... Ce qui me conviendrait guère car j'aspire à une “ultériorité” plus avancée dans les ans à venir ; et même si j'ose dire – et je le dis – à une forme d'éternité (chrysalide légère et transparente suspendue sur un fil de lumière par exemple)...

J'ai dit aussi que dans la révolution que je souhaitais, il me siérait que les Actionnaires fussent à la ruine et les Autorisés aux latrines...

Mais s'il faut briser les vases sacrés, et les vases ventrus d'écus... Il faut laisser sur les tables les vases à boire, les vases à chanter, les vases à fleurs des champs, les vases que les artistes ont peint de vives couleurs...

Le petit voilier avec un billet dedans

J'ai lancé des voiliers et donné à leurs équipages des caps à suivre qui je crois, ont été tenus...

En cargaison je n'avais en cale de chacun de ces voiliers, que des billets de ma main écrits...

Et depuis deux grandes saisons, à dire vrai depuis le dernier solstice d'été, je scrute soir et matin cet horizon d'océan et de ciel en face de moi. Un voilier n'est pas revenu et nul mât, nulle toile blanche de ce voilier ne vient crever la brume argentée ou orangée qui drape en écharpe l'horizon...

Je sais seulement que le cap a été tenu, et qu'un visage là bas, de l'autre côté de l'océan, a vu s'amarrer mon voilier tout près de la plage...

Ce n'était qu'un billet, dans la cale du voilier... Ou plus précisément, quelques feuillets... Mais quel billet!

Je n'ai pas, au grand passage entre deux espaces de temps, ce passage qu'une fois l'an l'on franchit en fête et en voeux ; lancé d'autre petit voilier vers ce bout de monde comme je le fis lors du dernier grand passage... Ce bout de monde dont je n'ai plus rien su et que mon voilier a atteint.

La pointe de fer rougie au feu

 

... Si l'âme était épiderme, et qu'en un point de sa surface un trou béant s'ouvrait comme une plaie profonde ; la pointe rougie au feu d'un fer, posée brutalement sur les lèvres de la plaie, ne tuerait pas le mal puisque de toute manière, tiraillerait encore la cicatrice, peut-être jusqu'à la fin de l'âme... Le fer rougi au feu et appliqué sur la plaie, c'est en quelque sorte une assurance prise contre ce qui ouvrit le trou dans l'épiderme. Et c'est bien par cette assurance là que peut s'affirmer une résistance implacable à la cause de la blessure.

 

La perte du sentiment d'exister

 

T'as un gros 4X4, t'es un gros con”... C'est ce que l'on entend, par les temps qui courent...

Il était préférable – et il l'est encore – d'être riche et gras, plantureux, compt'fortable, repu à souhait, crédible, puissant, bien carrossé, bien parechoqué, et pouvant monter à l'assaut des massifs rocheux par des chemins pierreux veinés de racines noueuses...

Oui, c'était bien vu même si on le conteste aujourd'hui. Le Marché s'en trouvait sanctifié et sacralisé... Et le sentiment d'exister en était exacerbé...

Tu avais un gros 4X4, tu existais... Mais tu n'existes plus parce que les règles ont changé.

La perte du sentiment d'exister est comme un trou d'air qui se creuse là où se mouvait une toupie de vent... Ou pire, une lucarne de néant ouverte sur le ciel d'un désert.

Que tu aies un gros 4X4 ou une petite bite, que ton âme soit noire ou bleue, que tu aies un slip troué ou des pompes Nike, un joli visage ou une tête à claques... Tu existes comme existe la fleur de sable dans le désert, l'empreinte d'une semelle sur une croûte de paysage...

D'où vient donc cette perte du sentiment d'exister, sinon de ce que le genre humain produit pour que se définisse et s'affirme l'inexistence d'un être?

 

 

Des êtres déterminés au delà du possible...

 

Les penseurs, les poètes, les écrivains (certains d'entre eux), les artistes, les chercheurs, les découvreurs... Dans la mesure où ils sont des êtres profonds et sensibles ; sont aussi des êtres seuls...

Dans un monde qu'ils sont capables d'aimer, de reconnaître, mais auquel ils s'opposent souvent, ils passent pour des révolutionnaires ou des marginaux ou encore des aventuriers dont il faut se méfier. Et ils éprouvent une grande difficulté à se faire comprendre, à être lisibles, à argumenter, tant ce qui vit en eux les dépasse, les passionne, les isole, les transporte et les pousse à agir, à s'exprimer.

Ils sont déconsidérés dans leurs familles, parfois même de leurs épouses, de leurs maris, de leurs enfants ; ont peu d'amis et de relations...

S'il leur arrive d'avoir des amis ou quelques relations, ou une personne dans leur famille qui les soutient, alors ils s'accrochent à ces personnes là comme le naufragé au bord d'un radeau en flottaison incertaine.

L'on comprend qu'un “accident relationnel” survenant et déséquilibrant le radeau ou le brisant, puisse être un drame dans la vie de tels êtres...

Mais les penseurs, les poètes, les écrivains, les artistes, les chercheurs, les découvreurs... dans la mesure où ils sont des êtres sensibles et profonds, sont aussi des êtres déterminés.

Ils sont du genre à brûler leurs plaies avec la pointe d'un fer rougi au feu, à boire de l'eau de mer, et à déchirer de leurs dents des poissons vivants...

Dans l'adversité, dans la solitude, dans un silence qui est souvent la seule réponse à ce qu'ils expriment et réalisent, et même découvrent... Leur détermination grandit.

Vue sur la mer

 

L'on peut se demander si ces riverains n'ayant pas vue sur la mer et n'ayant jamais été invités sur des rivages que par projection comme au cinéma, par exemple ; auraient pu inventer ces paysages aussi étonnants, aussi vrais et aussi beaux ; s'ils avaient eu vue sur la mer, s'ils avaient été invités sur de vrais rivages, et s'ils avaient bénéficié des conditions les plus favorables pour produire en images ces paysages...

Ces riverains là, n'ayant pas vue sur la mer et jamais invités sur de vrais rivages, se sont sans doute débattus dans des jardins clôturés, ont vécu avec toutes les fenêtres de leur logis ouvertes alors que les personnes auprès desquelles ils demeuraient se plaignaient de courants d'air... Et refermaient les fenêtres.

Alors, ils ont produit en images, en images qu'ils ont été seuls à faire éclater d'aussi vrai, ces paysages étrangement beaux, aux couleurs audacieuses...

... Il vient dans l'adversité, dans une certaine solitude, dans le silence aussi insolent, aussi violent et aussi bruyant du monde, sans vue sur la mer, sans invitation sur aucun rivage vrai et avec seulement des rêves ayant réussi à traverser les mers et à se poser sur d'invisibles rivages... Une certaine capacité à produire de l 'improbable et peut-être du sublime.

Téterre

 

Imaginons une sphère de bois, de plâtre ou de toute autre matière, qui aurait un mètre de rayon : c'est déjà une boule de belle taille!

Et parcourons de nos doigts la surface de cette sphère... Une surface qui, à quelques mètres de distance paraît uniformément lisse.

Mais en réalité, sous la pression des doigts de la main, l'on découvre quelques très légères aspérités, et aussi quelques creux à peine perceptibles...

Ainsi le point le plus élevé à la surface atteint 1,4 millimètre et le point le plus profond 1, 8 millimètre.

Imaginons aussi que l'on recouvre toute la surface de cette sphère d'un film plastique très souple et très léger de 1,5 millimètre d'épaisseur...

Prenez visuellement en pensée ce que représente 1 millimètre par rapport à 1 mètre...

La fosse des Mariannes, au large des côtes du Japon dans l'océan Pacifique atteint 11516 mètres de profondeur.

L'Everest dans la chaine de l'Himalaya culmine à 8880 mètres (selon de nouvelles mesures) ou 8848 mètres si l'on veut...

La troposphère (partie basse de l'atmosphère terrestre dans laquelle vit toute vie sur terre, s'élèvent les nuages ; se fait la pluie, le beau temps, le vent, la neige, la grêle...) A une épaisseur de dix à douze mille mètres aux latitudes moyennes, de dix huit à vingt mille mètres à l'équateur et de six à sept mille mètres aux pôles... Ce qui représente en moyenne de dix à onze mille mètres d'épaisseur sur toute la surface de la Terre...

La terre est une sphère dont le rayon varie entre 6356 et 6378 kilomètres (une distance que l'on pourrait comparer avec la distance comprise entre New York et San Francisco en “forçant un peu”).

Et pour terminer, rappelons que la bande de Gaza, en général correctement située géographiquement par presque tous les humains de la Terre, a 40 kilomètres de long sur 15 kilomètres de large... Qu'un million et demi de personnes y vivent ; et que “ça fait une bien grosse guerre sur une si petite terre...”

... Cela dit, il me paraitrait assez difficile pour ma part, de prendre part à une manifestation de soutien à Israël (qui me mettrait en “porte à faux” par rapport à ce que je pense du droit des Palestiniens à avoir un véritable état à eux)... Et tout aussi difficile de prendre part à une manifestation pro Palestinienne (qui me mettrait en “porte à faux” par rapport à ce que je pense de l'anti sémitisme)...

C'est dire la dimension de la tragédie! Des droits aussi essentiels, aussi vitaux, pour les uns que pour les autres! Et tout cela sur une aire géographique de la taille d'un pays comme la Grèce! (Gaza, Israrël, Cisjordanie, Sud Liban)

... Par rapport au volume (et donc à l'apparence) d'une sphère d'un mètre de rayon (on peut très bien avec un petit effort “visuellement imaginer” la sphère)... Le film plastique qui représente la troposphère est vraiment une bien mince pellicule. Et si de l'eau pouvait tenir sur la surface de la sphère, la fosse des Mariannes, à 1,8 millimètre de profondeur, donnerait une idée de la “hauteur moyenne” de la pellicule d'eau recouvrant les 2/3 de la surface de la sphère... C'est à peine si le bout du doigt serait un peu mouillé!

... Un “souffle cosmique”, un tout petit souffle... Et Téterre est séchée/pelée!  [5 janvier 2009 ]

Un réseau de fils à tirer et à dénouer

 

Comprendre me semble quasiment impossible au moment précis où l'on ressent et surtout, où l'on réagit dans l'immédiat à ce que l'on ressent...

Mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, si l'on s'interroge sur ce que l'on ressent (et cela vient parce qu'une certaine solitude en nous mêmes se révèle difficilement supportable)... alors s'installe (ou s'insinue en nous) le besoin de comprendre qui devient plus fort que le besoin de convaincre...

Cette solitude de l'être qui se révèle difficilement supportable, vient du fait que l'être ne se sent pas reconnu , et que quoi qu'il fasse, le bien ou le mal, quoiqu'il revendique dans le sens de la justice ou pour son profit, ou son intérêt ; il n'a d'autre alternative que celle de s'exister à tout prix, et donc, de mettre la pression sur l'existence de l'autre, voire de nier l'existence de l'autre... Et par toutes sortes d'engrenages, parce que des parties se constituent, que des opinions se fondent, accusent et isolent... Il vient ce temps de la question, ou du pourquoi, de cette solitude qui est celle de l'être acculé ou retranché... Alors, entre en gestation au plus profond des entrailles de l'être, comme un cri au bord d'un champ totalement miné et noyé de brouillard. Alors ne vient peut-être plus en avant la nécessité de convaincre.

Cependant, au plus profond même de cette solitude difficilement supportable, peut venir une solitude “acceptée”, une solitude dont le moteur est une détermination contre le “sens du courant”, ce qui donne au questionnement, une perspective, une dimension... Toute la dimension d'un réseau de fils à tirer, à dénouer. Mais il est aussi difficile de tirer et de dénouer les fils du réseau, que de se laisser porter par un courant de baïne durant des kilomètres au large sans se débattre ou tenter de nager à tout prix.

Les ambitions irréalistes

 

Certaines ambitions sont peu réalistes. Ce sont en général celles qui ne sont pas le fait de personnages "imbus d'eux- mêmes" ou désireux de parvenir à tout prix à leurs fins uniquement personnelles...

Ce sont des ambitions de passionnés, de travailleurs infatigables et déterminés, de chercheurs, de découvreurs, d'aventuriers... Et parfois aussi d'artistes et de poètes...Ou, peut-être plus rarement, de grands amoureux du genre humain, de grands amoureux des choses de la vie et de la nature...

Et dans ces ambitions là, celles de ces gens là contrairement aux ambitions des conquérants imbus d'eux mêmes ; il y a parfois quelque chose "d'inhumain", de "surnaturel", de "déraisonnable", et donc, d'irréaliste...

... Mais il y a aussi (et le plus souvent) une certaine ambigüité en ces personnages dont l'ambition "navigue" en réalité entre une ambition de passionné, de travailleur, d'aventurier ; et une ambition de conquérant ou de profiteur...

La plus "haute forme de crédibilité" pouvant être celle de quelques uns de ces personnages là, serait celle qui lèverait l'ambigüité demeurant entre les deux formes d'ambition... Ce qui à priori, n'est pas réaliste selon toute opinion raisonnable, et fondée sur la manière dont fonctionne le monde des humains en général... Mais est peut-être réaliste de la part de celui ou de celle qui aspire très sincèrement à cette “haute forme de crédibilité”...

Mais quand bien même l'ambigüité serait levée, et la crédibilité évidente... Il reste un obstacle à lever encore : celui de l'immobilisme (ou de la régression) dans les comportements, dans les habitudes, dans les systèmes de pensée, dans le fait même de convenir qu'une ambition est irréaliste...

De plus, la plus “haute forme de crédibilité” possède à mon sens, une caractéristique essentielle : celle de ne pas convenir d'une vérité absolue et universelle qui devrait forcément s'imposer sans jamais rencontrer d'opposition...

 

 

Exposition Emil Nolde

Je viens de découvrir une galerie de photos (ce n'est qu'une présentation) de quelques oeuvres de Nolde... [ exposition Emil Nolde, au Grand Palais à Paris, du 25 sept 2008 au 19 janv 2009]

 

http://www.evene.fr/culture/agenda/emil-nolde-25634.php?photo


Et je vous invite, si le coeur vous en dit, à jeter un coup d'oeil sur ces toiles (en photos seulement)... Et aux Parisiens s'il est en est parmi vous, à vous rendre à cette exposition...

... Mon impression première : "c'est sublime"! J'aime beaucoup "petits nuages d'été" (sur l'océan) : ça me fait penser à ce détroit situé entre le sud de l'Australie et la Tasmanie, aux eaux si tourmentées sous une latitude médiane australe, où affleurent des récifs, où hurle en permanence un puissant vent d'ouest, où portent ces courants de la convergence Antarctique... Sous un ciel chaotique, ce ciel qui doit certainement être celui de l'été austral, chargé de nuages sombres aux contours rocheux..

Auteurs lus, rencontrés ou pas...

 

L'on peut penser – et généralement on le pense sans y penser – que beaucoup d'auteurs ou de gens qui écrivent peuvent être lus sans avoir jamais été rencontrés.

D'ailleurs, la plupart d'entre nous sur les forums du Net, “pensent sans y penser” que l'on peut se lire entre nous sans se voir... La question ne se pose même pas de savoir “à quoi ressemble un tel, une telle” (en général, on voit un petit visage dans un espace carré de deux centimètres de côté).

Remarquez, on lit bien des philosophes Grecs, et, plus proches de nous, des Voltaire, des Zola, ou des Gide... Qu'on ne rencontrera jamais puisqu'ils sont morts!

Y aurait-il “deux sortes” d'auteurs? A savoir ceux qui peuvent être lus sans être rencontrés, et ceux qui ne peuvent être lus sans avoir été rencontrés? (ça, c'est un peu la même “histoire” que le “bon grain que l'on sépare de l'ivraie”)...

Ce qui est plus que probable, c'est que le visage, la voix et le regard de l'auteur peuvent exister (et donc se lire) autant que l'écriture de cet auteur là en particulier... A moins que cet auteur ne soit un “organisme culturellement et médiatiquement modifié de souche prélevée en alvéoles conditionnées de laboratoire”.

Remarquez, l'on dit bien, l'on chante bien du Brel, du Brassens ou du Ferré... Ou du Coluche même... Avec la voix de la jeune artiste ou de l'interprète sur scène que l'on peut être!

... Mais ce qui n'a pas été du vivant de l'auteur, ne sera jamais... Ce qui n'a pas été entendu le sera peut-être mais autrement et dit par quelqu'un d'autre...

Comme les étoiles filantes étaient éphémères on a inventé les feux d'artifice...

Les médias

 

Les médias, autant les "grands" que les "petits", ont à mon sens un défaut majeur : ils "mitraillent" le ciel d'étoiles filantes... Et comme les étoiles filantes sont éphémères et qu'on n' a pas même le temps de faire un voeu (qui de toute manière ne serait pas exhaussé)... Alors ils font sur les berges des cours d'eau ou dans les parcs municipaux des villes, de magnifiques feux d'artifice... Tout aussi éphémères.
Mais certains de ces médias, pour autant qu'ils "court-circuitent" les réseaux si bien tendus rayonnant dans les espaces de communication, qu'ils soient animés par des personnages authentiques et soucieux de peupler le paysage littéraire ou artistique d'êtres lumineux... Sont assurément d'une grande utilité, et il importe alors de se tourner vers eux, et auparavant, de les avoir choisis...

     Pour lire la suite des nouveaux textes, cliquer sur le lien ci-dessous :

http://yugcib.e-monsite.com/rubrique,alveole-10,1024483.html

 

 

    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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