Reprise de textes


     Dans cette rubrique je reproduis quelques uns de mes textes... Ce n'est pas cependant un "ravalement de façade" ni une opération de "chirurgie esthétique"... Je pense que le travail d'écriture n'est pas un travail définitif ni figé dans le temps. L'oeuvre d'écriture - si oeuvre il y a - est à mon sens une oeuvre en évolution...

Un livre édité et publié par contre est un livre fini... Un livre écrit tel quel, dans le temps durant lequel il a été écrit... D'où la raison d'exister d'un site ou d'un blog : en effet sur son site ou sur son blog l'on peut toujours modifier, arranger, représenter un texte...

Je pourrais effacer le texte d'origine, je préfère le conserver tel qu'il fut écrit. D'où  cette rubrique  REPRISES...



 

LA BIBLIOTHEQUE OCEANE


C’était une bibliothèque pas comme les autres.

La bibliothèque océane.

La dernière bibliothèque avant l’Amérique.

La bibliothèque de Molis les Bains.

Tino et Girlie étaient les bibliothécaires.

Des bibliothécaires pas comme les autres.

Rien n’était « comme les autres », d’ailleurs, dans cette bibliothèque.

Ni les livres ni les amis des livres ni Clepsie la jolie barmaid – secrétaire…

Car il y avait un bar, un « caf’conc » dans cette bibliothèque océane.

Un bar et un écritoire.

Un écritoire pour les visiteurs inspirés.

A la bibliothèque de Molis les Bains si tu « rates ta vie intérieure » et que tu cherches à savoir s’il existe d’autres bibliothèques où l’on peut réussir sa vie intérieure, alors rends toi sur la plage et jette ta pensée au-delà de l’horizon, imagine les seules bibliothèques possibles après la dernière bibliothèque avant l’Amérique…

Ces bibliothèques ne peuvent être que des escadrilles de bouteilles à la mer, de bouteilles contenant un message.

Une telle escadrille de bouteilles contenant des messages, peut-elle vraiment exister ?

Peut-être… Si d’un bateau en plein océan, un passager à l’âme messagère jette des bouteilles en assez grand nombre... Des bouteilles contenant des lettres écrites à la main par exemple.

Mais les flots dispersent l’escadrille et de l’escadrille ne reste que l’image de l’escadrille dans de l’imaginaire.

Et même l’idée du passager sur le bateau, jetant les bouteilles dans l’océan, n’habite que dans une bulle d’imaginaire.

En général une bouteille à la mer contenant un message n’atteint jamais un destinataire… Sauf dans des histoires émouvantes et drôles de bouteilles à la mer.

Plus à l’ouest que la bibliothèque océane de Molis les Bains il n’y a donc pas de « bibliothèque escadrille » aux rayons flots de bouteilles messagères…

Mais cela fait du bien d’imaginer une « bibliothèque escadrille » même si l’on ne réussit pas sa vie intérieure…

Sur l’écritoire de la bibliothèque océane de Molis les Bains trônait un Livre d’Or.

Et sur un Livre d’Or on peut écrire des petites bouteilles, signer les bouteilles…

Des buveurs de bouteilles qui n’ont pas vraiment soif boiront le contenu de ces petites bouteilles.

Et rien de ce qui avait été rêvé par celui ou celle qui a écrit la petite bouteille, ne se passera dans le ventre du buveur.

Mais c’était empli d’espérance d’écrire une petite bouteille dans le Livre d’Or de Tino et de Girlie.

Clepsie derrière le bar décapsulait les bouteilles à boire, Tino rangeait les livres sur les rayons et tous les jours changeait les livres de place selon un programme établi en fonction de l’arrivée de nouveaux livres... Des livres qui avaient plu et replu…

Girlie racontait en quelques mots l’histoire de l’auteur du livre du jour et expliquait pourquoi l’auteur avait écrit ce livre.

L’on s’asseyait autour de Girlie et de Tino et, entre plusieurs amis ou visiteurs de la bibliothèque océane l’on faisait une lecture à haute voix de quelques pages du livre.

Cette bibliothèque « pas comme les autres » était devenue le « quartier général » de la petite Mimi, une fille un peu simplette du village voisin, Saint Justin les Mésanges.

Ce soir d’hiver où Mimi vint pour la première fois à Molis les Bains juchée sur son vieux vélo sans autre éclairage qu’un ruban phosphorescent acheté au « Lézard Lumineux » à la dernière fête du village, Mimi se rendit à la bibliothèque océane où l’on devait lire des contes…

Lorsque la petite Mimi prit place dans le hall d’accueil où l’on avait disposé des chaises de jardin, Girlie retraçait en quelques phrases le parcours difficile de l’auteur des contes. Et l’on eût cru, à l’écouter ainsi, Girlie, qu’elle était entrée dans la vie même de l’auteur.

La petite Mimi fut très émue, avisa l’écritoire avec son livre d’or ouvert... Et ce crayon qui invitait à parler en dessinant des mots…

Mimi dessinait les mots plus qu’elle ne les écrivait. Et lorsque le dernier conte fut lu, Mimi se dirigea vers l’écritoire.

Mimi avait imaginé une histoire de fourmis géantes très intelligentes qui s’étaient perdues le long de la plage et qui venaient d’un pays lointain dans le ciel… Les fourmis géantes étaient entrées dans la bibliothèque océane et avaient regardé les livres sans dire bonjour à Girlie et à Tino ni aux visiteurs de la bibliothèque.

Puis les fourmis s’étaient assises sur les chaises de jardin, émettant de petits chuintements bizarres, croisant leurs pattes comme d’élégantes jeunes femmes.

Alors Mimi dessina dans le livre d’or une dizaine de fourmis géantes, puis la tête de Girlie : une boule ressemblant à un globe terrestre avec deux mers bleues ovales, une grande montagne au milieu et une fracture de l’écorce terrestre en bas de la montagne. Tout autour de la boule Mimi fit un ciel roux tout bouclé de nuages de feu.

Pour Tino, Mimi eut moins d’imagination : elle fit un grand lézard vert debout sur une pile de livres. Et elle signa Mimi.

Ce qui plut tant à Mimi ce soir d’hiver où pour la première fois elle vint à la bibliothèque océane, fut cette atmosphère de convivialité et d’accueil. Les gens qui venaient là semblaient se connaître. Aussi Mimi n’avait-elle pas hésité à exprimer ce qu’elle venait de ressentir en particulier durant la lecture du conte du Chien Jaune, un chien qui suivait des personnes seules sur le quai d’un port et dont le poil jaunissait à chaque appel de corne.

Mimi disait que l’appel jaunissait d’une lumière pâle le silence sombre tombé dans la vie de la personne et que le chien s’habillait aussitôt de jaune et suivait la personne…

En réalité dans le conte, le chien jaunissait parce que l’appel de la corne évoquait pour lui ce naufrage dans lequel son maître, un homme seul passant son temps à peindre des ports et des bateaux sous un ciel jaune et qui vivait en ermite sur un vieux rafiot de pêcheur, avait disparu.

Un jour l’homme était parti avec le bateau sans son compagnon à quatre pattes afin de se rendre dans une crique connue de lui seul, dissimulée par une muraille de rochers et dont l’entrée n’était qu’une anfractuosité en forme de long insecte, située à l’extrémité de la muraille.

L’homme qui avait déjà exploré la crique, avait trouvé au fond une pierre ronde et lisse, brûlante au toucher, émettant une lumière pâle par intermittence : bleue durant quelques secondes puis jaune en un temps deux fois plus long… Très curieusement durant le temps de l’illumination, l’esprit de l’homme s’était ouvert et par le regard qui lui était venu, avait aperçu des paysages, un ciel, des animaux, de petits personnages, d’étranges habitations, des routes, des villes et toutes sortes de constructions lui paraissant totalement étrangères.

C’est durant le trajet du retour vers le port, alors que le bateau n’était pas encore très éloigné de la crique, qu’il y eut une voie d’eau et qu’en moins d’une minute le bateau sombra comme pris dans un tourbillon… L’homme disparut dans les flots et l’on ne retrouva jamais ni son corps ni le bateau…

Lorsque l’esprit de l’homme s’était ouvert, le chien demeuré sur le quai, attendant le retour de son maître, avait perçu nettement le son d’une corne de brume. Le maître n’étant pas revenu, le chien s’était éloigné, trottinant le long du quai, s’arrêtant parfois, la truffe tendue et ses flancs battant comme la toile d’une voile sous le vent. Mais la truffe sans l’odeur du maître et les flancs battant sans la cadence des pas du maître, devinrent un silence sombre de chien errant…

Et le même silence sombre, tombé sur l’un de ces passants le long du quai à chaque appel de corne, jaunissait comme s’il venait d’être traversé de lumière pâle. Le chien devenait jaune et suivait le passant…

Les amis de la bibliothèque océane, Girlie et Tino, les visiteurs venus ce soir là furent impressionnés par la réflexion de la petite Mimi.

Et la petite Mimi revint à la bibliothèque océane, le lendemain puis les jours suivants. Elle y passa désormais une grande partie de ses journées, y projeta sa vie intérieure, ses rêves, ses espérances ; s’imagina actrice, comédienne, marionnettiste, troubadour, conteuse d’histoires... Tout cela dans le sillage de Girlie et de Tino en compagnie de ses si chers amis de la bibliothèque océane. Mais elle ne savait rien Mimi, de ses amis, pas même leur nom… A la bibliothèque océane l’on se rencontrait au hasard de soirées organisées. Les gens qui venaient là n’étaient pas forcément les mêmes personnes déjà aperçues…

En fait les discussions, les contacts n’étaient que des instants vécus sans lendemain… Comme des chemins ou des routes qui se croisent à l’orée d’une forêt ou en bordure de paysages, les gens se croisaient ici, dans ce hall de bibliothèque mais ne poursuivaient pas ensemble leur route.

L’on sentait bien que la petite Mimi était un peu simplette en dépit de l’immensité de ses rêves et de la beauté de ses émotions. Un jour elle proposa une soirée de présentation de ses dessins, offrit gâteaux et boissons… Il ne vint que trois visiteurs. Tino et Girlie avaient complètement oublié la date de la soirée, ne s’étaient même pas dérangés de leur salon en arrière de la bibliothèque où ils semblaient absorbés dans des consultations de revues… Il est vrai qu’ils préparaient leur prochain grand voyage : en Amérique selon des « branchés » de la bibliothèque. Tino et Girlie devaient rencontrer un très grand auteur de romans d’aventures qui les introduirait dans le monde des Créateurs et des artistes en vogue…

Clepsie, la secrétaire – barmaid, servit d’hôtesse pour une si petite réunion à laquelle furent conviés quelques visiteurs de passage qui ne regardèrent même pas les dessins de Mimi mais engloutirent les gâteaux…

Mimi revint alors moins souvent à la bibliothèque océane et ne dessina plus dans le Livre d’Or.

Mimi écrivit une lettre à Girlie et à Tino, une lettre émouvante, simple et drôle qui n’eut jamais de réponse…

Mais dans un petit journal illustré, de fabrication artisanale, intitulé « Crayon Libre » et qui était distribué tous les mois dans le pays de Saint Justin les Mésanges il y avait à chaque numéro, un dessin de Mimi.

« Crayon Libre » déposé à la bibliothèque océane au milieu de toutes les revues de nouveaux livres, était parfois feuilleté distraitement mais l’on ne se souvenait pas vraiment de Mimi qui, depuis bientôt deux ans ne venait plus du tout à la bibliothèque océane…

Et c’est vrai que la petite Mimi « faisait un peu simplette » ! Juchée sur son vieux vélo de mémé, avec son ruban lumineux sous la selle, on l’aurait presque imaginée chargée de peaux de lapin devant le guidon… Ou de chiffons et de papiers.

Mais elle n’accrochait sur son porte bagage que des cartons à dessin.

     [voir texte d'origine à Confettis sur la Toile 7/TEXTES ET ARTICLES]


 

L’ IMAGE DE LA MORT


L’image de la mort, par le visage mort de la personne disparue qui nous fut si chère, ou même par la forme inanimée de tout être qui, auparavant, avait un regard, a tellement de réalité qu’elle en est même surréaliste…

Comment en effet l’esprit des vivants que nous sommes encore peut-il intégrer en son « entendement », la réalité d’un visage inanimé ?

Je pense à ces personnages de cire du musée Grévin… Dans les décors reconstitués de différentes époques, dans ces mises en scène de personnages habillés et grimés, la représentation en trois dimensions fait encore illusion.

Mais dans la mort, il n’y a plus de tricherie ni de contrefaçon. Rien que la nudité d’un visage au teint de cire, rien que deux trous béants qui étaient des narines, deux fentes aux lèvres froides qui étaient des yeux ouverts…

Dans l’esprit du vivant, cette image là peut paraître surréaliste. Elle ne rejoint pas ce que l’on imagine de la mort. Même dans le réalisme absolu de son impact immédiat, elle demeure inaccessible… Proche mais intangible, lointaine mais interrogative…

Et c’est pourtant cette image là que nous allons un jour donner à ceux qui nous aiment.

Dans le cadre d’une réunion familiale, entre amis ou connaissances, vient ensuite le temps des réminiscences, des anecdotes et de l’évocation de quelques traits de caractère… Et que ce « meilleur de lui ou d’elle-même à nul autre pareil », prend-il alors une dimension qu’il n’a peut-être jamais vraiment eu de son vivant traversé parfois sans reconnaissance ?

Que n’a-t-il été « existé » tel qu’il eût du l’être par tous ces gens si préoccupés de « s’exister eux-mêmes » et dont certains étaient du cercle des proches, du cénacle ou du monde des connaissances ?

Les gens disparaissent toujours avec ce qu’ils n’ont pas dit, avec leurs rêves qu’ils ont parfois exprimés mais qui furent le plus souvent des messages codés ou non dispersés entre les solitudes, les projets et les destins entremêlés ou entrechoqués dans la danse de la vie.

La compétition est rude, certes…

Le culte de la réussite, la tyrannie des apparences, l’exacerbation d’une « vision du monde », le mirage des certitudes… Et cette quête d’un « meilleur avril », d’une « terre promise », d’une bonne place au soleil, cette quête de reconnaissance, quel en est le poids réel dans une compétition dont on sort tous perdants sous la forme d’un visage inanimé au teint de cire ?

La compétition est rude. Elle est même absurde. Mais le meilleur de soi même, contrairement à ce qui lui est étranger, n’est jamais ordinaire. Et c’est par lui que peuvent être brouillées les cartes de la grande compétition. Encore faut-il pour cela qu’il se fasse exister de son vivant par ceux et celles sans lesquels on n’est rien…

     [voir texte d'origine à Mai - Juin 2005/1 INTRODUCTION]

 


LA STAR AC


Ils étaient tous là sur le plateau de Star Ac, à gigoter, arborant leurs culs givrés et leurs gueules peinturlurées. L’audimat pétait des sommets, on remettait ça pour la 3ème révolution téterrique autour du Grand Phalène, et les minots bombaient la caisse, fumaient du cyclotron, hurlaient dans le micro. Les minettes flambaient, en jupettes ou en fuseaux cramoisis, starlettant minaudant gloussant popotant du popotin… Et l’hydre businésique aux rutilants tentacules s’avança et pointa le bout de ses guirlandes, fit comme le gui pour l’an neuf à l’entrée des casemates au dessus des têtes de meufs et de bébés… Star ac c’est comme le gui et les champipis : ça squatte dans le clinquant d’une civilisation dévoyée, autant dire que ça parasite non seulement les budgets familiaux mais aussi les énergies des moutards et des ados.

Avec Star Ac pas besoin de vie intérieure : tu te pâmes sous les regards accros des starlettes, tu te mires dans la véranda déformante qui te nique l’âme et te fais te trémousser comme pour une envie de pipi… C’est que t’en pisserais de régal de te déhancher, de trépigner sur le tapis de danse avec le micro à la main !

Les saveurs épicées et contrezépicées du Loft avaient en leur temps attiré les jeunes chiots branchés et les meufs capitonnées… Dans une orgie de pubs et de gadgets, de CD et de textos, ce fut la ruée de toute la génération sida des années 80, de tous les sniffards de hasch et aussi de tous ces trentenaires désabusés vivant en couple et investissant dans la bâtitude…

Saturday et la Bamba, les tubes de Star Ac 2003, se vendaient et se vendent encore comme des petits pains, puant de saveurday et d’excréments roses de bambis auréolés de pets bariolés. Un marathon de 235 heures d’antenne, scandé de pubs et de clips, outrageusement maquillé de cuissettes, de jambettes et de visages de fête, sans jamais s’épuiser sur la piste glacée de paillettes argentées, outrecuidait de satisfaction, jalonné de bornes audimatiques et générait d’insolents profits pour TF1, Universal and cie…

Se déhanchant en tapant des mains à chaque refrain de la Bamba, Patrick Le Lay, s’il s’était hasardé à faire le laid pour rire, eût perçu les clignotements de pupille des caissières d’hypermarché sortant de chez la coiffeuse et vautrées devant la télé, frites de pacotille au bec… « Oh qu’il est drôle notre pourvoyeur de chanteurs de flouze, notre académycien des banlieues »…

L’aubade des héroïnes en fuseau percutait les sensibilités formatées, provoquait de piquantes démangeaisons au clitoris, submergeait livres et cahiers d’école, ruisselait sur les rêves nocturnes, et les téléphones portables crépitaient de SMS et de flashs mitraillés… Les parents de tous ces mômes scotchés devant la télé s’époumonaient en de tonitruants « A table » ou « Au pieu » inmanquablement suivis de « Attends attends y’a Raphaël qui prend une place de plus au Top ! »

Star Ac, c’est l’ennemour à la puissance 10, l’ennemour truandeur d’amour, l’ennemour branché qui singe l’amour. Guimauve luminescente et sous produit d’une culture bêta, on remet ça en 2004 parce que ça rapporte plein de sous et que ça efface les velléités d’ados insoumis et que ça swingue comme des cornets de glace à la vanille sur des parquets de ciné à la fraise.

La mode des scoubidous et du hula hop au temps du twist et du rock and roll était aussi totalitaire avec les SMS et les clips en moins. Et les petits Chinois de la révolution culturelle et de Mao Tsé Tung ne fabriquaient pas treize heures par jour des tapis de danse et des micros et autres fariboles pour les gosses des pays riches. Dans les forêts Vosgiennes y’avait pas non plus de bostryches dans les troncs des sapins… Et si le micro de Star Ac se muait soudain en un insecte boustifailleur de cordes vocales ? Et si les fœtus de stars se mettaient à trépigner dans le bide de leur maman – locomotive à succès damné ?

Stylistes, coiffeurs et visagistes se abattus sur le marché de Star Ac. De leurs doigts de fée, ils ont enstardisé la fille de l’humanuscule trentenaire qui exerce ses talents sous l’abri de bus du lotissement Les Alouettes… Et tous les autres minots minettes de toutes les villes et tous les villages de France qui n’arrêtent pas de se pâmer le samedi soir sur TF1, font péter l’audimat sans jamais se péter, eux, au travers de personne.

Tu crois que ça prendrait, Star Ac dans les pays de Zoulous ? Tu imagines un Aborigène de l’Australie du Nord trépignant sur le tapis de danse de Star Ac ? Et un Pygmée trisomique couinant dans le micro ?

Putain, si tu savais l’or de toi au fond de tes tripes et dans les recoins de ton ciboulot où t’es jamais allé, tu te mirerais pas dans les glaces de cette galerie de portraits et de poupées gonflables à crécelle !

La petite fille de l’Humanuscule embastillé du lotissement Les Alouettes se perdit dans le désert avec son tapis de danse sous le bras. Elle chemina longuement et par chance c’était l’hiver dans le désert, les longues nuits étoilées, fraîches et pures, les jours blancs et tièdes, les pistes pourtant incertaines devaient bien conduire aux portes de cette cité en fête dont elle rêvait les ponts, les minarets et les tours d’assaut bâtis pour la conquête du ciel.

Mais la cité n’existait pas, la petite fille n’existait pas non plus, et c’est pourquoi la petite fille avec son tapis de danse serré sous son bras ne cessait de marcher dans le désert, tout droit devant, traversant les fontaines de lumière fugitive et tous ces tapis d’eau qui danse et disparaît… Elle se disait : « Puisque je n’existe pas, alors je vais m’exister toute seule avec le tapis de danse ».

C’est bien ça, le miracle de Star Ac : te faire exister alors que t’existes pas. Faire de toi la Star que tu ne seras jamais. Transformer un abri de bus au lotissement Les Alouettes en un hall de casino. Muer un goûter d’anniversaire avec tous les copains copines en un show télévisé où l’on se déhanche en battant des mains, reprenant en chœur des bambas et des bambas à s’en éteindre la voix. C’est vrai : à force de scander des bambas, de te trémousser dans des fuseaux lumineux avec plein de cendres argentées dans les cheveux, tu vas finir par « pipeau – exister »…

Au Cirque des Roches Noires, lorsque revint le soir, la petite fille rencontra le petit renard des sables.

« Regarde » lui dit-elle, déroulant le tapis de danse… « Avec ça, petit renard, tu peux devenir une Star… Tu seras la Star du désert ! »

Et le petit renard, dont la truffe noire frémissait et la queue touffue battait le sable gris, dit à la petite fille :

« S’il te plaît, renroule le tapis et existe moi ! »

     [voir texte d'origine à 1ère tirade/ECRITURE DU PIRATE]


 

 

LE GRAND RUT

Et si mille félins pris d’une faim souveraine dans un formidable rut d’esprit et de cœur se levaient de leurs savanes, énamourés de visages, ivres d' essences et d’intimités d'êtres et de visages ; d’étoffes et de vêtements délicats, d’émotions juvéniles ou vieillissantes, et se mettaient en marche soulevant la poussière des paysages ; rugissant leur faim au-delà de l’horizon, ne poursuivant plus de proies mais fécondant les êtres de ce monde arrêtés dans leur course?

Les chasseurs d’hier n’auraient alors plus de pouvoir et la course deviendrait une danse à ciel ouvert.


LES YEUX FOUS

Ce que je n’ai ni écrit ni exprimé mais qui m’a néanmoins traversé, est encore plus immense que tout ce que l'on peut lire de moi...

Tout cela réuni, le dit et le non - dit, n’est qu'une partie d’un « cosmos » inachevé relié à d’autres univers.

Ainsi sommes nous tous, êtres de tous les mondes : nous disparaissons avec l’immensité de tout ce que nous n’avons jamais exprimé.... C’est la raison pour laquelle le regard que je porte sur les êtres de ce monde est un regard grave et recueilli. Et qu'une interrogation me vient telle celle d’un enfant dont les yeux tournés en direction des étoiles rêveraient de toucher d’inaccessibles lèvres de lumière.

Serait-il possible de transcrire ce regard sur une grande feuille de dessin, de réaliser la fresque de tous ces souvenirs que nous n’avons pas?

Si j'ai embelli ou dimensionné avec tant de déraison c’était pour magnifier une beauté, une « essence des êtres » que je pressentais… Parfois aussi pour conjurer cette laideur du monde qui salit les êtres et viole ce qu’il y a de plus originel et de plus authentique en eux.

De mes yeux fous et de tout ce que je n’ai pas dit ou écrit, de tout ce qui m’a traversé, j’ai rêvé de vous immortaliser, êtres de ce monde émiettés dans les paysages, dilués dans le temps et les modes qui s'écoulent... Ainsi puis- je espérer que tout ce qui a été aimé et perdu sera un jour retrouvé.

[ Les yeux fous : texte d'origine dans "Ma forge 7". Le grand rut : "Ma forge 6"]












 

 

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Commentaires (1)

1. MDV 07/09/2006

Après la rentrée, je présenterai un projet de réunion pour les membres de NB qui devrait se dérouler l'an prochain, dans la RP - c'est toujours plus facile parce que central, ben oui, je sais, et n'allez pas croire que je suis parisienne de naissance, bien loin de là ...

Tu vois donc que tes idées font du chemin, mon cher Yugcib.

Bises et à plus !

MDV ;o)

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