Confettis sur la Toile, numéro 11

A propos de mon article “ La journée de la femme” 

         Il faut percevoir dans mon article si je puis dire, une connotation tout à fait « Yugcibienne »…

Un ressenti, une émotion, un cri du cœur, l’expression d’un bien être éprouvé en présence de certaines femmes. Je passe ainsi sur le  « mauvais côté des choses »…   

Les différentes célébrations et commémorations officielles m’indiffèrent dans la mesure où elles ne sont qu’apparences, modes ou manifestations dans le « sens du monde »…

Il va de soi que pour moi, la « Journée de la Femme » devrait avoir une réalité quotidienne, ne serait-ce déjà que par l’égalité des salaires et un partage des responsabilités, des pouvoirs…

Je suis de tout mon cœur et de tout mon esprit aux côtés des organisations qui luttent pour les droits des femmes dans le monde, je soutiens les actions menées contre toute forme de discrimination, contre toutes les violences faites aux femmes…

 

Leclerc, Carrefour, Virgin… Ou la planète des livres.  

 Dans ces espaces culturels de Leclerc, Carrefour, Virgin… J’ai feuilleté des ouvrages exposés, lu quelques pages. J’ai pu constater « qu’il y en avait pour tous les goûts »… Pour toutes les sensibilités à vrai dire…

Mais l’on n’y trouve pas forcément ce que l’on cherche puisqu’en ces univers essentiellement marchands, les livres présents sont des livres d’auteurs plus ou moins bien référencés, des livres dont on a parlé dans un article de presse (par exemple)…

Il est évident que certains livres tout à fait particuliers, qu’ils soient des romans ou des essais, peuvent paraître assez difficilement commercialisables dans la mesure où ils n’intéressent qu’un nombre limité de lecteurs. Ces livres là, lorsqu’ils ont tout de même été publiés, ne peuvent s’acheter que dans des librairies spécialisées, ou lors de manifestations littéraires à thème…

Bien sûr, tous les livres de littérature classique, en collection de poche, à des milliers d’exemplaires, sont, par les grands centres de distribution Leclerc, Carrefour, Virgin… partout, dans toutes les villes, à la portée du plus grand nombre, à la portée de ce public qui, généralement, est « de petit budget »… Et la littérature classique bien sûr, voisine avec toutes les autres collections Polar, Science Fiction, Aventure, Sentimental, Esotérie, Histoire, Vie pratique, Nouveautés, etc.

Au début du siècle (le 20ème) n’existaient pas ces grands centres de distribution, ni la Télévision, ni tous ces festivals ni toutes ces manifestations et salons littéraires ou autres…Ni internet.  Il y avait ces romans populaires d’Henri Bordeaux vendus dans la rue ou dans les librairies, ces feuilletons interminables dans les journaux de l’époque… et peut-être des veillées dans des maisons de village….

Je ne pense pas que la valeur marchande d’un livre (dans une édition de luxe ou dans une collection « de poche ») en rapport avec son accessibilité, ait beaucoup évolué en l’espace d’une centaine d’années.

Par contre, ce qui a évolué, ce sont bien nos aspirations, nos besoins, nos motivations, notre mode de vie.

Et ce que nous ne pouvons prévoir, c’est ce que sera notre mode de vie dans quelques dizaines d’années, et à plus forte raison, au siècle suivant… Qu’en sera-t-il alors de la valeur marchande d’un livre en rapport avec son accessibilité ? Quel est l’avenir de ces grands centres de distribution ? Comment vivra-t-on, à quoi rêverons nous ?

 

Le changement d’heure 

            Ce dimanche matin le 25 mars, au saut du lit à 7 heures il est déjà 8 heures…

Bien que ne faisant jamais ou très rarement la « grasse matinée », en temps normal c'est-à-dire à l’heure d’hiver, pour peu que la salle de bains soit froide au petit jour (j’éteins le chauffage la nuit), et que de surcroît il pleuve, gèle ou pire neige ; j’enfile un épais cardigan sur mon pyjama et je petit-déjeûne derechef sans même encore ouvrir les volets surtout en décembre/janvier…

Le temps de faire « quelques consultations » sur le Web, soit ma boîte mail, puis les cinq ou six forums littéraires que régulièrement je visite, et… Il t’est alors comme oun’riane du 11 plombes du mat’… La toilette, le pain, le journal, deux/trois courses… et déjà c’est l’heure du grand déjeûner, autrement dit l’heure d’avoir faim mais pas d’avoir envie de cuisiner. Il faut du « tout prêt » ou du « vite fait »… A la limite, une mandarine et un sandwich font l’affaire…

Peste soit de cette heure d’été que je qualifie de Sarkozienne avant de l’avoir qualifiée de tous les noms dérivés de nos précédents gouvernants, patrons de boulot et séides Médefiens…

Je sais bien qu’avec les toilettes chic et le beau visage de Ségolène,Madame Pendule tournera toujours pareil, que nous serons encore royalement baisés par le Système… Mais au moins, au lever, même en plein hiver sous deux mètres de neige, je promets de « faire un effort »… De ne plus désormais descendre au p’tit déj sans que la toilette soit faite… Et je vous enjoins, vous les garçons en particulier, de ne plus roter au dessus du potage (merde, il y a des filles à table), de ne plus péter devant la télé (merde, il y a des filles sur le canap’)

De cette journée grise, improductive dans le sens de l’Economie Libérale Avancée, de début Avril déroulant encore un tapis de nuit à 7 plombes du mat’… ou d’hivernal quinze ou vingt juillet sans p’tits zoiseaux à la fenêtre, de cette triste journée dont il m’est arrivé de dire au risque de vous choquer que c’était la journée du grand méchant chômeur volontaire Erremiste même pas foutu de se faire cuire un œuf ; j’ai aujourd’hui l’idée de déclarer… Qu’avec mes productions « littéraires » et que par les très nombreuses pages que j’écris depuis tant d’années, et bien que je n’exerce plus depuis le 12 janvier 2005 d’activité professionnelle ; je justifie ainsi par ma seule activité d’écriture, ces émoluments qui me sont versés chaque mois…

Que voulez vous ! Il faut bien que chacun d’entre nous, d’une façon ou d’une autre, par l’activité qu’il exerce, que ce soit par un métier, un emploi, ou même par son activité personnelle, puisse se dire « après tout, le pognon qu’on me donne, je l’ai tout de même mérité »…

Donc, je n’ai plus de complexe, (et j’ai même la tête haute et le regard « droit devant ») à la pensée de recevoir du pognon sans plus tenir un guichet de bureau de Poste… Puisque ces heures autrefois passées à effectuer des opérations postales, je les passe désormais dans une activité totalement différente… Disons que je me sens payé pour « faire le troubadour » sur le Web.

Cela dit, je n’ai jamais pensé de l’heure d’été qu’elle était une hérésie… Même si à dire vrai, elle est une heure de fous, une heure de Romains, une heure Sarkozienne ou Médeffene… Je dis qu’elle est seulement une heure bien dure pour les gens qui doivent se lever très tôt pour se rendre à leur travail…

Si je devais m’inventer ma propre pendule (mais il me faudrait alors être un horloger de génie)… A 7 heures (heure d’hiver ou 8 heures heure d’été) il serait 7 heures solaire c'est-à-dire 6 heures ; à midi (heure d’hiver ou 13 heures heure d’été) il serait onze heures solaire… MAIS : à midi solaire il serait quand même 13 heures heure d’hiver et 14 heures heure d’été… A 3heures chaque nuit, il serait 2 heures de la nuit en hiver, et 1 heure de la nuit en été.

Mais ça, voyez vous, c’est encore plus fou !

 

 

LES  BLOGS   

          Chaque blog, du moins les « vrais de vrais » c'est-à-dire ceux qui sont autre chose qu’une simple vitrine à la mode ou un étalage de confiote à 2 balles sur de longues tartines plus ou moins briochées ; est, vue de l’astronef effectuant une approche motivée et peut-être déjà amoureuse, une espèce de « Téterre » avec une atmosphère, des contours de continents et des océans bleus…

  Dans une agréable pesanteur, un petit choc au cœur vous saisit, à l’idée qu’à la surface de cette « Téterre », il y aura peut-être des visages…

L’atterrissage est historique : les Visages sont bien là, d’une très grande beauté, ils nous parlent dans une langue dont nous n’aurions jamais cru que nous pouvions la comprendre à ce point là…

 Et c’est ainsi que l’Histoire commence, sur cette « Téterre » et sur tous ces mondes nouveaux qui sont autant de « Téterres »…

 Mais il faudrait bien cent vies pour commencer, et des éternités de vies ensuite, pour entrer, et vivre dans chacune de ces histoires d’amour…

LA POLITIQUE DANS UNE OEUVRE LITTERAIRE...

            « La politique dans une œuvre littéraire, c’est un coup de pistolet au milieu d’un concert, quelque chose de grossier et auquel pourtant il n’est pas possible de refuser son attention… » [Stendahl, La Chartreuse de Parme] 

            Quatre jours sans télévision, sans radio, sans journaux et sans discussion ni message dans les forums du Web puisque sans ordinateur et sans internet… Puisque parti des Landes, de Tartas exactement, afin de rejoindre les Vosges à « petites étapes », je traversai le Quercy, l’Auvergne et la Bourgogne… Dans la « verte nature » de notre beau pays de France, éloigné des derniers évènements de l’actualité politique.

Sur la route, et en camping, en effet, les préoccupations, les pensées et les regards ne sont plus tout à fait les mêmes que dans une vie sédentaire, en sa maison, en ses lieux et activités habituels…

C’est alors que vient un « autre regard », différent de celui que l’actualité, par la télévision, la presse, et il faut le dire, par notre émotivité et par notre sensibilité personnelle, nous fait avoir et nous incline à réagir… d’une manière ou d’une autre mais jamais, au grand jamais, d’une réflexion vraiment approfondie et réellement objective. D’ailleurs, soit dit en passant, une telle réflexion, si elle existe et si elle impulse en nous-mêmes une force créatrice, agissante et indépendante, un certain « apaisement »… Est-elle vraiment nécessaire ? Ne vient-elle pas plutôt en nous, comme l’eau vive d’un torrent de montagne, sans avoir été au préalable « approchée » dans la conscience même de son existence ? Sans avoir été, non plus, « escaladée » jusqu’à la source du torrent ?

Oui, faut-il vraiment rechercher de toutes ses forces, de tout son esprit, de tout son cœur, à tout prix, une telle réflexion, devenant ainsi plus passionnelle que naturelle, plus émotive que dimensionnée en l’image très nette et très pure d’une « vision » en nous ?

Il n’y a jamais, en toute polémique, en tout discours, en toute argumentation, en toute discussion, tout développement, tout commentaire ou toute analyse d’un quelconque évènement ou fait politique, sociétal ou économique… A mon sens, de réelle qualité littéraire, quand bien même la narration de ces faits divers et de ces évènements serait-elle faite dans la meilleure écriture et dans le meilleur style qui soit… Car ce qui fait, toujours à mon sens, la force, l’originalité et la qualité même de la littérature, en même temps que ce qu’elle impulse en nous d’énergie, de beauté, de créativité, d’émotion… et de ce regard libre comme l’eau vive d’un torrent… C’est la faculté qu’elle a, par sa « facture », la facture de l’auteur, de l’écrivain, du poète, du conteur, du romancier, de traduire par les mots ce qui émane des faits, des évènements, des personnages, d’en extraire « l’essence »… Certes, parce que l’on ne peut jamais demeurer indifférent à l’actualité politique, sociale, économique, et donc, refuser de s’y attentionner, l’on ne peut évidemment pas éluder la forme descriptive, représentative, commentée ou subjective de l’évènement. Mais cette forme ne doit être qu’une « toile de fond », un « décor », une « photographie », c'est-à-dire un ensemble qui lui, va contenir ce qu’il a d’essentiel : l’atmosphère, le regard, le ton, la force, l’impact… Et cela par un texte, un récit ou une œuvre en les quels on découvre bien, en soi, à la lecture, un esprit, une facture, une originalité, en un mot, un art…

Dans l’esprit de Stendahl, lorsqu’il évoque ce « coup de pistolet au milieu d’un concert », je dirais pour ma part : « Ce que nous écrivons tous, les uns et les autres, aujourd’hui, ressemble un peu à des tags plus ou moins artistiques  ou à des dessins à main levée, dont certains d’entre eux sont d’une médiocrité et d’une banalité déconcertantes,  que nous aurions tracés sous des tableaux de Cézanne, de Delacroix, de Magritte ou de Dali, au bas des murs d’un musée … Pardonnez moi tout de même la dureté de mon propos… Nous devrions plutôt construire de nouveaux musées, qui seraient aussi visités que les anciens je l’espère, et sur les murs des quels nous placerions nos œuvres, les vraies, celles qui ne sont ni ces tags ni ces dessins pour la frime »… 

            Dans la grotte du Pech-Merle près de Cabrerets en Quercy, vallée du Célé, j’ai pu voir ces dessins réalisés il y a 25640 ans (datation au carbone 14) par les hommes dits « de Cromagnon »… Et une œuvre, celle-ci de la nature : trois arbres reliés ensemble au niveau du sol au dessus de la grotte et dont la racine de l’un de ces arbres a emprunté un long « boyau » de plusieurs dizaines de mètres dans la pierre pour ressortir à l’intérieur même de la grotte et former comme une énorme stalactite végétale jusqu’au sol de la grotte.

Ce que ces hommes dessinèrent en ce temps là, ce que la nature produit, défiant l’imagination des hommes… C’est cela, l’œuvre éternelle… Une bien petite éternité, cependant, puisque quoi qu’il se passe sur notre planète, qu’il se soit déjà passé, que nous survivions ou non… Dans six milliards d’années, le soleil ayant brûlé la totalité de son hydrogène, se dilatera, deviendra une géante rouge et tout ce qui gravite autour de lui sera comme « avalé »…

 

NOTE : J’ai rédigé ce texte, ce mercredi 16 mai 2007 entre 10h et midi, alors que ma télévision était allumée et que se déroulait la cérémonie d’investiture du Président de la République Française… Cérémonie que j’ai d’ailleurs regardée (de loin en loin par maints aller/retours entre mon ordinateur et le poste de télévision)…

J’ai pu voir, en particulier, Cécilia, la « désormais première dame de France », absolument magnifique et sans maquillage outrancier, drapée dans sa belle robe d’un blanc brillant, élégamment ceinturée, robe à mon avis spécialement taillée, confectionnée et coupée pour l’occasion… Elle avait, ce matin là, donc, ce mercredi 16 mai, notre Cécilia, un visage tout à fait ravissant… Aussi ravissant, aussi agréable, d’ailleurs, que celui de Rachida Dati interrogée par Claire Chazal… « tout sourire »…

Décidément, ces jolies « dames de droite » ont « un peu ému » un Yugcib « pirate de gauche »…

Tiens ! Et si la politique, dans un émerveillement de féminité, ce n’était pas aussi, comme un « coup de pistolet »… dans un défilé de mode ?

 

LA MANIERE DONT L'EVENEMENT EST ECRIT...

            Lorsque Stendhal dans « La Chartreuse de Parme » a écrit : « La politique dans une œuvre littéraire est comme un coup de pistolet au milieu d’un concert » ; il a aussi écrit : « Il n’est pas possible de refuser son attention »… Et : « Nous allons parler de fort vilaines choses »…

Sans doute Stendahl a-t-il voulu dire par là qu’il est difficile de demeurer indifférent, en tant qu’artiste (écrivain en l’occurrence), à l’évènement, à l’actualité…

Je pense que c’est la manière dont l’évènement est écrit, et par la suite, ou dans l’immédiat, le message qui « passe » à travers la manière dont l’évènement est écrit, qui peut être au lieu du « coup de pistolet », une sorte d’éclairage. Un éclairage que l’on ne doit pas cependant, assimiler à une lumière n’existant pas vraiment en dépit du fait que nous passons ou usons notre vie à la rechercher, cette lumière…

            Peut-on dissocier un artiste, un écrivain, un intellectuel ; du citoyen ou de l’Etre qu’il est en son temps au milieu des évènements en lesquels cet être ou ce citoyen est impliqué ?

S’il doit y avoir une forme d’engagement, cette forme ne peut à mon avis prendre tout son sens, et peut-être toute sa force, que si elle est éclairage, y compris dans la dénonciation de l’intolérable ou de « tout ce qui ne va pas »… C’est ainsi, et seulement ainsi qu’à mon sens, l’artiste, l’écrivain, l’intellectuel ; est en même temps ce citoyen dans le pays où il vit.

Les « coups de pistolet » sont pour les duels qui finissent toujours mal pour l’un ou l’autre des belligérants… ou même parfois pour tous les deux.

L’éclairage n’est sans doute pas la lumière mais il redimensionne la scène sur laquelle est jouée le concert.

 

ACCULE ET NE POUVANT "SAUVER SA PEAU"...

            Que ferait un intellectuel (philosophe, poète, écrivain, penseur… ou un biologiste, entomologiste, ou encore un scientifique doté, disons, d’une certaine connaissance associée à un certain regard)… Acculé au pied d’une très haute falaise demi circulaire, ayant en face de lui une sorte d’araignée géante (évidemment carnassière) ?

Et, pour « corser » la situation, imaginons que l’intellectuel en présence de ce monstre carnassier, soit une très belle femme avec un visage absolument ravissant ?

Où est ce pouvoir qui est celui de la beauté, de l’intelligence, de la poésie, de la connaissance, du regard, de la pensée, de la réflexion… En toute situation en laquelle il faudrait « sauver sa peau que l’on ne pourrait sauver » ?

Certes l’on peut oser rêver contre la réalité naturelle et incontournable, d’une autre « réalité » en soi : en l’occurrence de la réalité qu’une « relation » puisse s’établir avec l’araignée géante… Mais… Afin de rendre ce rêve « crédible », je n’ai pour ma part rien trouvé de mieux que d’inventer (en imagination) un monde d’êtres vivants de toutes formes possibles, une « Terre » peuplée d’êtres se nourrissant… de sable, de cailloux, de terre, d’eau et d’air… Mais… Même dans une telle éventualité, « l’Intellectuel » en quelque sorte, serait… Tenez vous bien… la Terre (ou le monde) même, de l’ensemble de ces êtres !

 

LA BELLE FILLE

            La belle fille en trench blanc, sur la route, ne tenait pas sa droite… Ni sa gauche d’ailleurs.

Elle avançait sur la chaussée bitumée, d’un pas régulier ; franchissait la ligne médiane, se déportait à droite puis à gauche ; retournait sur ses pas, d’une dizaine de mètres en arrière, et repartait en avant…

C’était par une torride après midi de juillet sous un ciel entièrement bleu.

Où se rendait-elle donc, cette fille, avançant ainsi sur une route déserte, une route toute droite traversant un paysage plat et dénudé ? N’était-elle pas incommodée par la chaleur, sanglée dans son trench ?

Deux automobilistes l’ayant aperçu de loin et remarqué ses allées et venues entre les bords et le milieu de la route, s’étaient arrêtés et lui avaient proposé de la conduire au moins jusqu’à la prochaine ville.

La fille avait décliné l’offre sans brusquerie mais avec fermeté et d’une étrange résolution… Elle n’avait donné à chacun des deux automobilistes aucune explication sur sa présence insolite tout au long de cette route si peu fréquentée.

Par moments elle se mettait à courir, ou bien, sans doute à bout de souffle, s’arrêtait et s’asseyait au bord de la route.

Elle n’avait ni sac à main, ni bagage. Ses cheveux n’étaient pas défaits, aucune éclaboussure ni aucune tache ne maculait son vêtement, ses talons fins ne semblaient pas usés ; il émanait d’elle un parfum de feuille mouillée, son regard n’exprimait ni angoisse ni tristesse… Mais la dernière ville, la dernière maison, la dernière borne kilométrique, devait bien se trouver à trois jours de marche au moins, d’ici, du milieu semblait-il, de cette immensité dénudée…

Etait-elle descendue de quelque véhicule, qui avait pu la laisser seule sur cette route ; en quelle attente et en quel dessein, vers qui vers quoi, avait-elle marché jusque là, d’où venait-elle ?

            Un gros type coiffé d’un chapeau mou à larges bords, au visage de bouledogue, horriblement ventripotent, en chemise froissée, pantalon et bretelles, circulant à bord d’une voiturette sans permis, aperçut la fille et s’arrêta…

Elle accepta de monter dans la voiturette à côté du gros type ventripotent… Parce qu’il disait, cet homme, ne pas savoir où il allait…

« Je vais tout droit, on ne peut pas se tromper, il n’y a qu’une seule route »…

… Dizaines de kilomètres, ronflements du moteur, pétarades dans les « longs faux plats ascendants », chaleur étouffante, quelques mots échangés en une communication de nécessité…

Venait la fin du jour, le déclin de la chaleur, les ombres grises et orangées sur une partie de l’horizon… Puis avançait la nuit, et le balayage des petits phares de la voiturette. Comme si la nuit, et les faisceaux de lumière devaient trouer du temps, de l’espace, du silence… et deux respirations qui semblaient presque se toucher… Mais rien, jamais, ne se « trouait », sous cette poussière illuminée d’étoiles aussi immobile en apparence que ces heures de la nuit au milieu du paysage dénudé…

Se levait une autre journée, revenait une autre nuit, puis encore un nouveau matin…

A intervalles réguliers, le gros type s’arrêtait, saisissait l’un des jerricans d’essence rangés derrière les sièges et refaisait le plein.

            Tout à coup apparut une longue file de véhicules arrêtés : de gros autocars de tourisme, de puissantes cylindrées à la rutilante carrosserie, des camping-cars, des camions de divers gabarits… Il n’y avait absolument personne à l’intérieur de ces véhicules, ni même à leur proximité… Cependant, l’on était surpris par un amoncellement de bagages, de sacs de voyage, de paquets ficelés, sur le bord de la route…

Et la route, toute droite et traversant le paysage aussi dénudé que les jours précédents, dès l’endroit où commençait la longue file de véhicules immobilisés, s’élevait, suivant une pente qui s’accentuait à mesure qu’elle se rapprochait de la ligne d’horizon…

L’on pouvait distinguer, en dépit de l’éloignement, depuis la voiturette, dans la file des véhicules, quelques caravanes dont les portes étaient grandes ouvertes. Et le gros type s’exclama, tout étonné : « On dirait un  film sans acteurs, comme après un exode »…

Très loin… Et très haut également, au bout de cette interminable colonne de véhicules, surgissait un barrage en travers de la route. Un barrage infranchissable, constitué de caisses éventrées… De chacune de ces caisses, un vent de sable tout juste levé et se renforçant très vite, arrachait des multitudes de bikinis, de strings, de boxers et de petites culottes fines, d’une même couleur bleu ciel et les neigeait sur la terre brûlée…

            A quelques mètres du barrage, la voiturette s’immobilisa… Le gros type n’était plus au volant…  

Les seuls et derniers mots que la fille prononça, furent : « Que reste t-il de tous ces jours que nous avons si peu vécus ? »

 

     "Il y a une suite? J'espère que oui car c'est frustrant : qui sont-ils et où sont-ils?" [ Sylvie, sur le forum de l'écriture sur Nota Bene]

 

            Je n’ai pas imaginé qu’il y eût une suite à cette histoire… A dire vrai ce que je raconte là n’est pas issu de l’un de ces rêves « de l’heure des café crème » que l’on fait avant que ne se lève le jour… Et dont on se souvient comme d’une photographie ou d’un petit film…

Il n’en demeure pas moins que cette histoire qui m’est venue ainsi, m’a traversé l’esprit de la même manière sans doute, qu’un rêve en état de veille… Pour autant que l’on puisse rêver éveillé…

Tu sembles me suggérer ou m’inviter à imaginer une suite à cette histoire… Parce que dis-tu, l’on est « frustré », à son dénouement. Un dénouement d’ailleurs, dont on peut se demander s’il en est bien un…

Comme je l’avais déjà expliqué par ailleurs, nombre de mes histoires (ou contes si l’on veut), par leur teneur, leur étrangeté, leur « atmosphère »… Et par la densité de certains propos ou images, appellent parfois le lecteur (mes lecteurs) ; à se construire ou à imaginer eux-mêmes, une suite, une autre histoire (pourquoi pas ?)… De telle sorte qu’à partir de mon récit « court métrage », des personnages que je mets en scène en des situations vraies ou imaginaires ; il s’avère possible (et dans mon esprit, souhaitable) de se faire soi même le film d’une heure quarante que l’on verrait en salle de cinéma, ou le roman de deux cents pages que l’on lirait en trois jours…

… Une suite donc ? Pourquoi pas ? Si l’inspiration me vient… Etant moi-même mon « premier lecteur » en quelque sorte, ce « court métrage » peut effectivement s’enchaîner (ou dériver) en un autre « court métrage »… générateur d’un « long métrage » possible (dont je ne serai jamais, je crois bien, le réalisateur).

 

PAYSAGE LANDAIS, EN CHALOSSE

         Un Christ de plâtre ou de terre cuite sur sa croix de pierre, nu, rose et craquelé, couronné de ronces desséchées, à la poitrine percée d’une plaie aux lèvres éclatées… Entre deux villages Landais à la croisée d’une route et d’un chemin.

Et derrière ce Christ vieilli, usé ; s’étire à perte de vue jusqu’à l’Adour, jusqu’aux collines de Monfort et de Mugron, un immense champ de maïs qui, à cette période de l’année au mois de juin, vire en quelques jours à peine du brun chaud de la terre au vert tendre des jeunes pousses…

Les gros engins agricoles aux longues dents cisaillantes et au ventre coffre bourdonnant, ne sillonneront cette immensité qu’en octobre, alors que les épis mûris se balanceront à hauteur d’homme sous le soleil d’automne. Et les épis seront avalés, le grain sera déversé dans le ventre de la grosse bête mécanique au long cou rouge… Il ne restera plus de ce champ immense qu’une vaste cicatrice rectangulaire hérissée de milliers de grosses épines cassées ; et rayée en profondeur aux passages des roues des engins.

Et dans cette cicatrice démesurée renaîtront au printemps suivant les jeunes pousses vertes à l’infini.

Aujourd’hui en ce début de juin, poudroie de lumière un ciel d’été traversé d’une longue trace blanche, silencieuse et lointaine : c’est un grand ver aérien qui propulse le point de lumière de sa tête de comète argentée en avant, vers ces profondeurs du ciel inaccessibles au regard humain.

Tout près du Christ rose et craquelé, au bord de la petite route reliant les villages de Vic d’Auribat et de Saint Jean de Lier, s’élèvent deux entonnoirs géants accolés à un hangar aussi haut qu’une église.

Vingt ans plus tôt sur cette route qu’en vélo je parcourais… Tout comme aujourd’hui d’ailleurs ; s’étendait une forêt de pins, et les champs de maïs alors, dispersés aux alentours, n’étaient que des parcelles bordées de haies.

Et le Christ rose sur sa croix de pierre était planté sur un talus, et deux chemins de terre se rejoignaient ici même où je m’arrêtais, non pas pour dire quelque prière mais pour un petit pipi…

Encore vingt ans de plus au-delà de ce jour de juin en l’an de grâce 2007… Et quelle sera alors la couleur du ciel, quels engins traverseront et le ciel et la terre, et que poussera-t-il dans le champ jusqu’à l’horizon ?

Le Christ rose et craquelé sur sa croix de pierre sera-t-il là encore ?

… Peut-être un abri de bus tout tagué ou couvert d’affiches publicitaires, en bordure d’un grand lotissement ruralement urbanisé…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

a href="http://www.hebdo-landes.com" target="_top">Référencé sur Hebdo Landes !