AU FIL DES MOTS ET DES VISAGES

                                   AU  FIL  DES  MOTS  ET  DES  VISAGES

 

            J’avais sur différents forums : Alexandrie Online, Le Portail des Auteurs, Passion des Mots, Nota Bene Forum actif, Grain de Sel, Café Babel… émis l’idée d’une anthologie des « petits mots historiques » de chacun d’entre vous… Ces mots drôles, émouvants, ces réflexions, ces phrases courtes mais très belles, ces cris du cœur, ces voix et ces regards qui ne sont que de vous et de vous seul, que j’ai parfois notés dans mes carnets et qui m’ont émerveillé…

Mais les carnets sont trop nombreux, les pages difficiles à retrouver au milieu des brouillons et des ratures.

Alors voici ce fil…

            Je pensais créer une nouvelle catégorie sur mon site, en séparant par rubriques chacun de ces « univers » que sont les forums cités plus haut, mais je préfère en définitive tout rassembler dans un même « univers »… Quelque chose comme un « Bagdad Café littéraire Yugcibien »…

Je ne le dirai jamais assez : sans vous je ne suis rien… Sans ces petits mots de vous, sans vos visages, sans vos regards, sans vos rêves, je suis une « coquille » vide… La « consistance », l’intérieur de la « coquille », ma « vie intérieure », tout cela je le dois à votre existence, à ce que vous êtes…

D’autre part, il y a, je le sais, en dehors de mes « univers » de communication sur le Web, des gens que je rencontre tous les jours, des personnes de ma famille, des amis, des copains, des connaissances ou même des gens que je ne vois qu’une fois… Et donc, il y a des mots, des anecdotes, des regards et des visages qui participent, de leur gravité, de leur humour, de leur dérision parfois, de leur émotion souvent, à cette « si drôle d’expérience » : la traversée de la vie…

 

            AINSI  COMMENCERAIS – JE…Ce 17 mai 2006

Parce qu’il faut bien commencer… Par un nom, par un visage…

            Dans le Portail des Auteurs, de Sonia Calligaro : « Le rire c’est comme les essuie glaces, ça n’arrête pas la pluie mais ça permet d’avancer ». C’est vrai : la pluie n’en finit pas de tomber… Mais elle ne tombe pas toujours. Avez-vous déjà entendu le bruit que ça fait, les essuie glaces ? Surtout quand on met le « balayage turbo » ? Il y a comme une obstination à éclaircir la vitre… Cela me fait penser à une respiration. Sonia, je te comprends… Tu me dis que tu es « un brin narcissique »… Je trouve cela très émouvant : n’est ce pas, je crois bien, aimer cette image de soi et, au travers de cette image, aimer cette quête que l’autre peut avoir de l’image qu’on a ? Au point de la ressentir en soi, cette quête… comme une « piqûre d’héroïne » ? Dont on ne peut plus se passer ? Et au-delà de l’image, il y a bien sûr, tout ce que contient l’image : la vie en soi, les mots, le regard, l’idée de relation, le ressenti… Ah ! la pensée, parfois secrète, que l’autre peut avoir envie de s’y jeter dedans !

 

            Dans Nota Bene forum actif, de Masques de Venise, le 23 octobre 2005 : « Halloween… Le fêterez vous ? Chez moi je suis obligée. D’abord à cause de nos origines celtes. Ensuite, parce que Céline a grandi et qu’elle a voulu nous cuisiner ce soir des yeux de crapaud et des cœurs de sorcières. » Certes, il n’y a là dedans, rien de « philosophique » à priori ! Mais quelque chose qui sent bon la famille, la fête, et… une certaine inspiration. Ah que j’aurais eu envie, envie très fort, d’être invité à cette soirée ! Halloween, c’est vrai, on peut ne pas aimer… Mais quand ça sent très chouette la famille et la fête sans « se prendre la tête » et dans la bonne humour et la gentillesse et le désir d’inventer pour faire rire, ça vaut bien Carnaval ou 15 Août à la plage ou la fête des vendanges !

Tu peux pas m’inviter, Masques de Venise, pour le prochain Halloween ? ( excuses, je plaisante !)

 

 

                        18 mai 2006

            Dans Grain de Sel forum actif, de Swallow (Espagne), le 25 mars 2006 : « C’est la vivacité de ce forum qui m’a séduite : des milliers de messages en un petit trimestre, juste quelques 50 inscrits parmi lesquels une bonne dizaine qui ne postent jamais. »

Effectivement, un forum ne doit-il pas être REACTIF ? Presque du « tac au tac » ? Et puis, en définitive, ceux « qui ne postent jamais »… resteront-ils toujours aussi silencieux ?

 

            Sur Alexandrie, de Pascal, le 17 mai 2006 : « Tu seras le premier humain sur cette planète à m’avoir souhaité ma fête » dis-tu !

Il était 0heure 01 exactement. J’aime beaucoup cette phrase de toi en réponse à mon message.

Etre le premier dans les petites choses comme dans les grandes, me paraît être une ambition raisonnable. Etre le premier sur la planète à souhaiter sa fête à Pascal sur Alexandrie, n’a certes rien à voir à être le premier navigateur tel Francis Drake à s’aventurer au-delà du Cap Horn là où pointe l’extrémité de la péninsule Antarctique…

Mais il y a, assurément, à être le premier quelque part, dans un « détroit de la Pensée » ou dans l’une de ces passes si nombreuses de la vie… quelque chose « d’alchimique ». Et qui me fait dire en souvenir de certains êtres que j’ai rencontrés dans ma vie : « Par le caractère exceptionnel de la relation, du regard et de la pensée qui les a liés, ne fût-ce qu’un seul jour, à d’autres personnes proches ou non ; ils ont été la preuve certaine que l’esprit humain pouvait évoluer ».

Ici je pense à mon copain Ould Ruis au lycée Duveyrier à Blida en Algérie, alors que j’étais âgé de 13 ans et lui aussi… Il me parlait de cette Algérie de demain qu’il « voyait » alors qu’il fallait pour cela, franchir les trente années du début de l’histoire de ce pays en tant que nation indépendante et arriver dans cette si dramatique dernière décennie du 20ème siècle qu’il « m’écrivait » avec ses mots à lui, de son regard qui n’était que de lui…

Je pense à Madame Félicie Figeac, à Cahors, qui, au 7 rue Paramelle en 1956, fut pour moi comme une deuxième maman et qui pelait des truffes par milliers les soirs d’hiver pour payer des vacances à sa famille…sans jamais extérioriser son affection mais en ponctuant ses réflexions de petits mots verts, acides et drôles…

Je pense à Habiba, la petite Tunisienne de 16 ans que ma mère, à Tunis, en 1958, prenait pour sa fille et dont la gentillesse et l’humilité étaient encore bien plus impressionnantes que son extrême beauté…

Je pense à eux… Et à tant d’autres jusqu’au jour d’aujourd’hui… A ceux et celles qui viendront… Demain. Ceux là furent vraiment des « Premiers », au même titre que Christophe Colomb, Magellan ou Francis Drake.

C’est donc cela, mon école, ma « formation universitaire » : ces visages !

 

                        19 Mai 2006

            De Papillon, sur PASSION  DES  MOTS :

« La vie met parfois des personnes sur notre route, qui nous marquent à tout jamais ».

Je pense que ces personnes là sont en fait, un peu plus nombreuses que l’on peut le croire ! Mais c’est vrai qu’il est plus facile… et plus naturel, de dire du bien des gens que l’on aime…Pour ce qu’ils nous ont apporté.  Il arrive cependant que l’on rencontre des personnes qui, à priori, soit par ce qu’elles paraissent, soit par les propos qu’elles viennent de tenir, soit parce qu’elles sont d’une sensibilité qui nous surprend ou nous heurte… ne nous semblent pas « fréquentables »… Ces personnes là nous « marquent » aussi, dans la mesure où s’introduit dans notre esprit, l’idée que notre « vision du monde » ou même notre regard, n’est pas une « religion », un refuge définitif ou une « vérité »… Il est donc très difficile de dire du bien, de ces personnes là ! Et si l’on y parvient tout de même, c’est parce que l’on a pu entrer dans leur regard et toucher ce qu’elles sentaient, sans, évidemment le partager…

Les personnes « qui nous marquent à tout jamais » sont donc celles qui nous « forment » alors même que nous préservons notre liberté.

 

            21 Mai 2006

            Sur le forum des Babéliens, de Nina Padilha, écrit le 1 – 4 – 2006 : « L’envers de notre dangereuse attirance vers des gens qui n’ont rien à nous offrir est notre propension à nous sentir ennuyés par ceux qui ont effectivement quelque chose à nous offrir ». Si nous aimons des gens qui n’ont rien ou presque à nous apporter, c’est tout simplement parce que ces gens nous ont plu. Et il n’y a pas de raison « logique » ni d’explication à cela… Sinon qu’ils nous ont plu à cause de ce que l’on désirait d’eux et qu’ils ne nous ont pas donné… Il a suffi d’un joli visage, d’une apparence, ou de quelque chose d’eux qui est venu « chatouiller » une espérance en nous, latente, insidieuse, inhibée ou exposée au regard de l’autre… Si nous n’aimons pas ou si nous ne sommes pas attirés par des gens qui ont beaucoup à nous apporter, c’est assez dramatique… Mais parce que nous ne souffrons pas de ce que nous perdons, nous considérons que cela n’a pas d’importance… En somme, cette phrase de Nina illustre bien le sens habituel de la relation humaine : fondée sur les apparences et concentrée sur ses propres aspirations ou désirs.

17 juin 2006

            Ces quelques mots de Jipi (Jean Pierre Leclercq), dans Passion des Mots… Que j’ai cueillis en effeuillant  les pages « virtuelles » de son livre de poèmes « Cri de ton corps »… Lire d’ailleurs ses textes dans le forum de Passion des Mots : « poèmes de JIPI »…              « Ouvrir l’impossible caillou avec les doigts de l’espoir »… Cet « impossible caillou », n’est-il pas cet être dont nous sommes si proche parce qu’il vit dans notre maison… Ou cet être de passage, que l’on voit et revoit, mais dont ne sait rien d’autre que ce que l’on imagine de lui ? Cet « impossible caillou » au visage et au regard fermés, au sourire  ou à la détresse invisibles ? Il n’y a peut-être pas… d’impossible caillou… lorsque certains mots deviennent des « missiles » éclatant dans le silence de ces yeux que l’on a regardés…              Entre deux séances de débroussaillage, ce vendredi après midi 16 juin 2006, comme « Cassiopée » était en veille, je suis allé lire tes poèmes, Jipi…J’en suis tout ému, émerveillé…Mais je n’aurai pas cependant, la « verve hautement littéraire » d’un « pro », style Jean Pierre Poccini, pour rédiger un commentaire digne de ce nom loin s’en faut…Je n’ai que du ressenti !Nous sommes loin du vocabulaire d’un Flaubert jeune homme dans les lettres un peu « vertes » qu’il envoyait à ses amis ; de la truculence d’un Zola… Mais assez proche du lyrisme, du style et du génie d’un Victor Hugo. Toutefois, je ne te relie pas à Rimbaud, ni de près ni de loin, car Rimbaud selon moi ne peut être relié… ou comparé à personne au monde ! C’est du JIPI, c’est tout ce que je peux te dire ! Et par conséquent, JIPI est unique et n’existera qu’une seule fois dans le temps et dans l’espace… Rimbaud était bien UNIQUE, lui aussi ! Quelle richesse de vocabulaire, d’images, de nuances… Que d’émotion !

De nos jours, l’on n’écrit pas… ou plus, comme cela.

 

                        Sur Alexandrie online, ce vendredi 30 juin 2006, dans un fil de discussion ayant pour thème « poèmes sur le vin »… Cette phrase de Jean Luc Petitrenaud, reprise par Ishtar :

 

            « … Et l’on frôle plus les mystères païens que les chants Grégoriens. Le sentiment éprouvé est alors quasiment orgasmique, avec cette sensation de toucher le nirvana, et de se dire : je peux mourir maintenant, j’ai touché à la félicité. »

 

            Bravo ! Oui, je pense qu’il y a parfois dans le paganisme ( par exemple en ces fêtes du Vin )… Quelque chose de « Grégorien ».

Je dirais même : « d’idylliquement orgasmique »… pouvant aller jusqu’au « vrai orgasme »… Et il y a de « vrais orgasmes » encore plus forts que ceux de deux êtres qui se jettent l’un sur l’autre…

De ces « orgasmes » qui nous marquent à jamais, lors de certaines rencontres dans certaines fêtes, certaines situations, avec certaines musiques, après avoir bu certains vins et échangé certaines paroles… Sans doute parce que des visages et des regards se sont bus au-delà de toute raison…

A ceux qui me connaissent… et qui en ont « entendu d’autres, de moi »… J’ose dire encore ceci :

« Je ne crache pas sur le pinard !... Et les fringues féminines, avec la silhouette adéquate dedans… me feraient presque cracher de joie »…

 

            Ishtar, cette phrase sublime sur les mystères païens, entre dans la « légende »… Mais toi aussi, par ce que tu as ressenti à sa lecture, et en nous la présentant... et, d'une manière générale, par l'Etre que tu es... TU ENTRES DANS LA LEGENDE...

 

 

Le 1er Janvier 2007, voici ce que nous écrit SYLVIE, de PASSION DES MOTS :            J’ai toujours pensé que la solitude était réservée aux personnes âgées, qui ont déjà vécu leurs vies… Mais depuis quelque temps, je ne me suis jamais sentie aussi seule et abandonnée… Et je n’ai que 22 ans. Surtout en cette fin d’année, ou se retrouver seule devant la télé est un peu déprimant ! Alors pour cette année, je souhaite à tout le monde de se sentir aimé et désiré tous les jours, je vous souhaite de n’être jamais délaissé et toujours dans un sentiment amoureux sécurisant… Je vous souhaite de l’amour encore et encore et d’aimer intensément. Et pour reprendre une phrase de Jacques Brel :« Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns… Bonne année à tous. Marie lui répond ceci : Il vaut mieux être seul que mal accompagnéEt Fée :Je connais des gens qui auraient pu passer le réveillon avec d’autres et ont préféré être seuls. Puis, Ishtar :…A mes yeux, le réveillon de la nouvelle année n’a aucun attrait sinon une magnifique opération commerciale pour les magasins de vêtements, les grandes surfaces, les restaurants, les concepteurs de spectacles de pyrotechnique et les débits de boisson… Personnellement je préfère le réveillon de Noël qui est beaucoup plus symbolique, fraternel et familial… C’est être seul à ce réveillon là qui serait malheureux à mon sens !

            Bonané, bonané, bonané !... Perroquette-t-on, dès que Minuit sonne, le verre de champ’ à la main !

Et que j’te bizuque, et que tu me bizuques… ça tue pas la solitude, on se regarde on se plaît, ah que c’est bon, ah que c’est chouette, de se serrer très fort… Mais qu’en sera-t-il demain de nos émois, toi en petite robe chic, et moi en turlututu chapeau pointu me retenant de roter ?

Ton vieux voisin a passé le soir du 31 devant sa télé « Bonnes femmes à poil avec des plumes au cul », et le SDF d’Intermarché s’est tapé un magnum de Blanc avec les sous des « Bonnes Ames »…

            Bonané, bonané, bonané… Beau Kaka oui ! Beaux glaouis, beaux soussous, bon couscous, beau manteau belle et longue écharpe blanche et bajoues députaines…

Sylvie est un bien trop joli prénom féminin pour être tout seul un soir de fête ! Et dire qu’il y a des mecs qui, fête ou pas fête, rotent à table à côté de leur nana !  

 

De Coline, dans le forum littéraire de Grain de Sel          Le blues de fin d’année… Y a-t-il un moyen d’y échapper ? C’est statistiquement prouvé ; beaucoup de gens ont des coups de déprime ou de blues pendant la période des fêtes de fin d’année. Certains se souviennent d’êtres chers qui ont disparu à cause de la mort, d’un divorce… Des amis ont déménagé au loin. Certains sont stressés par des réunions de famille difficiles à l’occasion des fêtes. Un manque de lumière aussi peut-être. Et tout ce qu’on avait espéré et qui ne s’est pas réalisé cette année. L’angoisse d’aborder la suivante…La perception du temps qui passe est ravivée…  Et de Adl, dans ce même forum Grain de Sel  Les fêtes sont propices à cette nostalgie lorsqu’on a définitivement perdu ces êtres chers (les souvenirs d’enfance remontent à la surface, leur absence est pesante). A cela on ne peut échapper. Les personnes croyantes y arrivent plus facilement peut-être ? Passer le cap d’une nouvelle année, c’est laisser aussi quelque chose derrière soi, on a toujours un petit deuil à faire d’une partie de soi. Moi, c’est janvier que je redoute…  

            Oui, ça passera et il en viendra d’autres… De ces « blues ».

Le flux et le reflux.

L’espoir, l’enthousiasme, la convivialité… Et puis la désespérance, la solitude, les « grandes interrogations ».

Et ce « rapport à l’autre ».

La fragilité de la relation… Même de celle dont on dit qu’elle est « pour la vie ».

C’est drôle : ça vient comme ça, tout d’un coup, avec ou sans raison… Justement, à la fin de l’année (mais là il y a souvent des raisons) et, c’est drôle aussi, juste après le solstice de Juin, dans les premiers jours de l’été, avec les jours qui refluent et les nuits qui enflent.

Nous sommes tous des êtres fragiles, et nous croyons d’une manière ou d’une autre, avec plus ou moins de « talent »… Etre le meilleur, jusqu’à ce que cesse l’illusion, l’illusion de paraître, d’être, de « changer le monde »…

Mais il y a la beauté des êtres et des choses, par ce regard qui nous vient parfois, ce regard un peu « différent » de celui que « la vie qui court et qui mord » nous fait habituellement avoir… Ce regard qui renverse la tendance… Pour un temps.

Flux et reflux… Comme les marées.

En janvier, trente et un jours de janvier, l’on regagne 55 minutes de soleil, même s’il pleut trente jours durant…

 

IMPOSTURE OU PAS?

            Mary-j-dan, d’Alexandrie, dans un billet de son blog nous dit ceci :

 

«Forcer un bayement (facilement décelable et impossible à confondre) en s’exprimant, et diriger son regard vers la gauche, est un signe manifeste d’imposture… »

 

            Où commence précisément, le bayement ? Et le bayement n’est-il pas, comme bien d’autres manifestations involontaires telles que regards, expressions du visage, plis, tics, petits gestes automatiques, sourire, intonation de voix ; l’un ce ces signes extérieurs qui nous trahit, nous révèle ?

Nous avons tous, je crois, de ces petits signes se manifestant à notre insu, et que les autres lisent, interprètent ou traduisent.

Le bayement est donc l’un de ces signes.

L’on baille naturellement… Et presque automatiquement, si l’on a faim, si l’on s’endort ou si l’on s’ennuie. L’on « force » un bayement comme l’on « force » tout autre signe pouvant nous trahir. C'est-à-dire que, plus ou moins conscients de ce qui, relationnellement, pourrait nous desservir, nous masquons par quelque « fioriture » gestuelle, comportementale ou de sourire ou de regard, ce que nous ne voulons pas montrer de nous, qui nous décrédibiliserait.

Et c’est fou ce que nous en usons, de ces « fioritures »… Que les autres ne peuvent vraiment traduire ou interpréter que dans la mesure où ils nous connaissent de longue date, tant ces « fioritures » sont personnelles…

Sans doute y a-t-il en ces « fioritures » parfois, quelque élégance, quelque chose de troublant, d’émouvant ou de séduisant… Mais où se situe véritablement la frontière entre l’authenticité et le mensonge ?

L’idéal dans l’authenticité, mais aussi il faut le dire dans le mensonge (et là ce n’est plus vraiment l’idéal) c’est de s’épurer de toutes ces fioritures et de ces arrangements afin de ne conserver d’elles, en soi, que celles qui nous singularisent dans un sens ou dans un autre mais aussi sans dessein…

Je pense à certains vins de table qui, dès les premières gorgées nous brûlent l’estomac… Et par analogie, à ces êtres que l’on rencontre et qui dès le premier abord, nous déplaisent souverainement par leur agressivité ou leur vulgarité. Mais je pense aussi à ces vins de marque ou de qualité certaine… Et par analogie à ces êtres que l’on rencontre et qui dès le premier abord, nous plaisent et dont nous rêvons d’être l’ami… S’il est aisé de se défier et de s’éloigner des êtres qui nous déplaisent ; il est parfois risqué de s’ennamourer d’êtres qui nous plaisent…

C’est en effet une drôle de forme de prédation, que celle qui consiste à sucer doucement ses   victimes  alors même qu’elles jouissent de se sentir sucées… Comme si elles buvaient chaque jour un excellent vin dans lequel aurait été jeté tous les midis, une pincée d’arsenic prise entre les bouts d’une pince à épiler. Mais l’arsenic en vérité, on le verse à dessein en sachant qu’il détruira… Ou bien on ne sait pas que c’est de l’arsenic parce que l’on a décidé que c’était « pour rendre meilleur le vin »…  

 

Il est de ces prédateurs qui ne savent pas qu’ils sont des prédateurs… Ou font semblant de ne pas l’être jusqu’à vraiment croire qu’ils ne le sont pas… Ce sont ceux là les pires.

Saint Thomas a dit qu’il voulait d’abord toucher avant de croire… Ce n’était pas une si mauvaise idée que ça ! Disons que c’était à expérimenter…

            Quant au mensonge, il y aurait beaucoup à dire… Et matière à réflexion.

Il y a le mensonge par omission, le mensonge par dissimulation, le mensonge par moitié sachant que l’autre moitié est la vérité… Ce qui est certain cependant, c’est que le mensonge est toujours le mensonge quelle que soit sa forme, puisqu’il fausse tout et qu’il invalide la relation, en particulier lorsque l’idée que l’on se fait de la relation est une aspiration élevée de l’âme et de l’esprit, et que l’on « s’existe » plus ou moins sincèrement dans cette aspiration.

Il y a aussi le mensonge par ignorance ou par méconnaissance, le mensonge quand on ne sait pas que l’on ment. Je ne parle pas du mensonge qui consiste à faire semblant de croire que l’on ment sans savoir : c’est peut-être là, le pire des mensonges…

            Et je m’aperçois en définitive il m’est impossible d’apporter une conclusion déterminante à tout ce que je viens d’écrire là…

L’incertitude et l’interrogation demeurent… Faut-il pour autant s’en désespérer ? Non, il faut vivre, aller jusqu’au bout de l’expérience… Pour le meilleur et pour le pire. Vivre et espérer, avec ou sans « fioritures »…

De Jean Pierre Poccioni, “dresser la langue”...

Jean Pierre Poccioni est l'auteur de Un garçon en ville (éditions du Rocher) , Le beau désordre (Autrement) et La maison du faune (Phébus)...

Il nous dit, je le cite :

“Et quand je dis "dresser la langue" je ne signifie pas du tout s'en faire sa robe de putain avec falbalas et paillettes ou pire, déconstruction pseudo-inventive à la façon dont les enfants croient fabriquer le monde en effilant leurs jeans...”

En vérité je crois bien que tous ces écrivains (ou plutôt pseudo écrivains) parfois même publiés et lus, revêtant une “robe de putain” afin de satisfaire les regards et de susciter une euphorie sentimentale par exemple, ou quelque engouement de mode... N'ont même pas ces “falbalas et paillettes” qui, sur une scène de théâtre de boulevard, peuvent tout de même faire rêver et s'avérer “jolis”...

Quant à ceux qui, ne revêtant pas cette “robe de putain”, donnent dans la “déconstruction pseudo inventive à la façon dont les enfants croient fabriquer le monde en effilant leurs jeans” ( sans doute avec l'idée que “le monde pourrait-être autrement” et qu'il faudrait inventer de nouveaux mots, une autre écriture, d'autres valeurs”, maudire les falbalas et les paillettes et les pésettes dans le tiroir caisse)... Ceux là, oui, sont souvent des illusionistes dans le genre “j'te sors un lapin du chapeau”. Et c'est peut-être pire, encore, que de “faire la putain”!

Cela dit, il y a tout de même des illusionistes de génie... Mais ils ne sont que des magiciens de talent se produisant en général devant le public averti des meilleures salles du “royaume”... Ou sombrant lentement et sûrement, inconnus, dans les eaux grises et indifférentes du “grand lac majeur”...

Les illusionistes ne sont ni des découvreurs, ni des inventeurs, ni des passeurs... S'ils sont des écrivains, ils ont parfois cette langue “sortie comme un lapin d'un chapeau”.

Les découvreurs, les inventeurs et les passeurs n'ont pas toujours ces mots qui font illusion mais seraient des vecteurs... Le plus souvent les mots qu'ils écrivent ou prononcent ne leur viennent que de leur foi, de leur coeur, de leur esprit et de ce qu'ils ont pressenti...


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires (2)

1. Etoile filante 10/12/2007

Merci pour ces mots ! Je reviendrai ultérieurement. Vous me semblez un homme "vrai".

2. Jipi 25/12/2009

J'ai relu et c'est beau comme est touchante la photo.

Jipi

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