Les contes du Pays des Guignols Gris, livre 4

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     Tayguète, Eridan et d'autres personnages du pays des guignols gris, ont écrit des contes... De petites histoires de leur temps, de leur pays.

      Voici l'un de ces contes...

Texte intégral : http://www.e-monsite.com/yugcib/docs/les-contes-du-pays-des-guignols-gris.pdf

Et sur www.alexandrie.org :

http://alexandrie.online.fr/oeuvres/oeuvre191/gs-contes_du_pays_des_guignols_gris.pdf

 

 

 

 

 

                       Le  cosmonaute

 

            Je vais mourir, prisonnier dans cette petite coque, aux confins d'un système stellaire périphérique d'une galaxie non répertoriée sur les cartes du ciel.

Comment me suis- je donc retrouvé catapulté dans cette région inconnue de l'espace ? Et que sont devenus mes compagnons de voyage ? Juste avant le grand choc qui allait se produire contre cet astéroïde gigantesque, nous avons rejoint nos coques aménagées, chargées de réserves de survie, puis nous avons quitté le vaisseau en perdition, projetés violemment dans l'espace, très loin de l'impact, si loin que nous n'avons ni les uns ni les autres, perçu le choc.

            Normalement, avec nos vaisseaux Einsteiniens équipés de coques de secours, nous ne pouvions guère envisager d'exploration au delà des systèmes les plus proches de notre monde.

Je ne sais pas pourquoi j'écris ces mots sur un carnet de bord que personne, aucun être vivant, intelligent, ne trouvera jamais.

Mes réserves vont s'épuiser. C'est drôle, j'ai l'impression d'être ici, dans cette coque minuscule depuis une éternité, alors que physiquement je n'ai pas changé...

            Sur notre monde, existent déjà quelques bonnes centaines, voire des milliers de langages différents, ainsi que de manières d'écrire ; parfois les signes, d'un langage à l'autre, n'ont rien de commun en apparence...

Alors ce que j'écris là ne représente rien, n'a de réalité que la mienne et va se perdre dans l'espace. Ce sera un message inconnu de plus, indéchiffrable, inutile, un témoignage, mais le témoignage de quoi ?

            Lorsque j'étais un tout petit garçon âgé de six à sept ans habitant au bord de la mer, je passais des heures à me promener, au moment des grandes migrations estivales, le long des jetées, sur les plages, aux abords des terrasses de café, là où les gens se pressent autour des boutiques, dans la rue, aux spectacles folkloriques, dans les bals et les fêtes, autour des caravanes de restauration rapide, et je photographiais les visages avec mon petit appareil, des dizaines de visages, ensuite, je les regardais longuement, je les triais, je leur inventais une histoire, parfois je les plaçais, à demi enroulés dans des flacons soigneusement refermés. Et je les jetais dans l' océan lorsque je partais à la pêche avec mon père.

Ainsi pensais-je pouvoir les retrouver un jour, c'était ma façon de les aimer, de les garder avec moi sans chercher à les posséder.

            Et aujourd'hui, explorateur de l'espace rejeté dans l'immensité, comme une photo en chair et en os dans un petit flacon, j'errais définitivement à la rencontre de tous ces visages qui s'étaient perdus, il avait bien fallu que je l'admette.

 

                                                           Tayguète Antarès, jeune Neurélabienne du cap rocheux d' Atarakbay. Texte publié dans la revue ' Kosmolyric ' durant l'été 634.

 

                                                                       ***

 

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