Une toile aussi grande qu'une salle de bal, mais...

      Je ne crois pas au dieu des religions, ce dieu dont on nous serine depuis que les religions se sont répandues sur la Terre, qu'il a créé le ciel, la Terre et l'univers... Ce dieu ou plutôt ces dieux qui, avant les religions et de nos jours comme des sortes de religions, exigent des sacrifices et des rites et des pratiques... Ce dieu, ces dieux qui dans le courroux qu'ils peuvent avoir contre les hommes et contre la Terre, punissent et maudissent les hommes, les êtres, la Terre même tout entière...

Je ne crois pas en quelque entité ou principe astrologique, ou toute autre croyance fondée sur la superstition, sur la magie, sur la manifestation de “phénomènes étranges”...

Je ne crois pas en quelque esprit de “bien” ou de “mal” qui entrerait en nous et ferait de nous des êtres “possédés” et non libres...

Je crois en la réalité et en la force de ce qui existe en soi et qui peut changer notre vie, changer la vie des gens autour de soi.

La réalité de ce qui existe en soi s'exprime par la relation que l'on a avec les gens et avec le monde. Et c'est comme la littérature, la peinture ou la musique. D'ailleurs, la littérature, la peinture et la musique, et l'Art, l'Art dans toutes ses manifestations, ça vient de ce que l'on porte en soi. Et ce que l'on porte en soi, tout en étant unique et n'existant qu'une seule fois puisqu'il n'y a qu'une seule “traversée”... N'en est pas moins relié à ce qui fut et à ce qui sera.

Le Claude d'Emile Zola dans “l'Oeuvre”, ce passionné, ce “dément” au dire de ses contemporains artistes peintres comme lui, ce Claude qui délaissait sa femme, une femme qui cependant l'aimait et se sacrifiait à lui, ce Claude qui “bataillait” sur une toile aussi grande qu'une salle de bal et montée sur un immense échafaudage... Portait sans doute en lui ce qui pouvait changer le monde (de la peinture en l'occurrence), mais Emile Zola nous le montre ce Claude “contre le monde”, c'est à dire contre les conventions, les règles, les croyances, les soit-disants vices et vertus et finalement “contre la vie” même... Et ce n'est point là, ce n'est plus là, porter en soi ce qui va changer le monde, changer la vie des êtres autour de soi.

Autrement dit, il y aurait une “autre révolution” à faire, une révolution qui dépasserait ou qui irait beaucoup plus loin que le fait de s'opposer au monde, aux conventions, aux vices et aux vertus supposés... Et c'est en cela que je crois, c'est en cette capacité à réaliser cela que je crois, et il y faut la même passion, la même foi, le même entêtement, la même violence, le même travail que ce Claude de l'Oeuvre d'Emile Zola... Mais en aimant le monde et les gens tels qu'ils sont, en aimant le monde et les gens sans jamais se prostituer ni jamais non plus baisser les yeux quand on vous force à les baisser...

 

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