Dernière fois

Après lecture d'un livre de François Gautheret “Les corps perdus”... Il me vient cette pensée... (dans le livre il y est question de puits dans lesquels sont enfermés des gens...)

... Il y eut une “dernière fois” sans que jamais l'on sût si c'était bien là une “dernière fois”... D'ailleurs l'auteur de cette “dernière fois” ne savait pas lui même que c'était “la dernière fois”...

Alors des pistes se croisèrent au dessus du couvercle de bois qui obturait le puits... Et l'on vit aussi au delà des chemins qui se croisaient, des couvercles de bois sur le sol. Et personne jamais, ou alors comme par un étrange hasard, ne soulevait l'un de ces couvercles de bois...

Sous le couvercle de bois qui obturait le puits, il y avait une voix que l'on entendait lorsqu'on posait le pied sur le couvercle... Alors il en était, de ces passants qui parfois soulevaient le couvercle et, comme pour répondre à la voix qu'ils entendaient, descendaient un seau dans le puits. Dans le seau il y avait à boire et à manger... Ou de la voix, de la pensée, de la question, ou du visage, ou du regard...

... Et ce jour là, de ce temps là, de ce temps qui avait passé dont on ne sait s'il est encore le même ou s'il n' a pas pris d'autres couleurs... La voix ne se fit plus entendre : elle avait retenti et même fait trembler le couvercle, une “dernière fois” sans que personne ne sût ou n'imaginât que c'était “la dernière fois”... Et la voix elle même demeurait pleine encore de ce qu'elle allait dire...

Continuer de dire...

Le temps chargé de tous les vents recouvrit de terre ou de sable le couvercle qui obturait le puits où vivait la voix. Et les pistes ici au dessus du couvercle, venues du grand paysage, se croisèrent et du monde, bien du monde passa sans que jamais personne ne sût qu'il y avait là un couvercle obturant un puits avec une voix dedans.

La voix ne sentait plus au bout de ses doigts la paroi du puits, le regard de la voix ne voyait plus le noir de l'intérieur du puits : la voix était devenue comme un foyer d'énergie immobile et silencieux que rien ne pouvait altérer ni atteindre. La voix n'émettait plus mais existait désormais comme une étoile dont on ne voit pas encore – ou dont on ne voit plus – la lumière...

Quelques uns de ceux qui passaient par là, en cet endroit où les pistes se croisent, savaient qu'il y avait là un couvercle obturant un puits et qu'avant, l'on entendait une voix : ils enlevèrent la terre ou le sable, soulevèrent le couvercle et descendirent dans le puits un seau contenant leur voix, leur visage, leur regard, une question... Mais lorsqu'ils remontèrent le seau, ils virent que tout ce qu'ils y avaient mis dedans revenait sans aucune trace de la voix de l'intérieur du puits... Alors ils ne comprirent pas...

Mais la voix à l'intérieur du puits... Avait – peut-être- pour un temps, pris une sorte de tunnel sous la terre (si elle n'était pas devenue comme un foyer d'énergie immobile et silencieux)...

Ils ne comprirent pas, mais certains cependant, pensèrent que la voix reviendrait se faire entendre...

 

 

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