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Google et Wikipédia, "béquilles" pour la cervelle

Google

      Sans Google il m'aurait fallu je ne sais combien d'encyclopédies d'histoire, de sciences, de géographie, de littérature, de tous thèmes... Autrement dit tout un grand meuble bibliothèque dont toutes les étagères auraient ployé sous le poids de plusieurs dizaines de gros volumes... Mais je ne me serais pas davantage servi de tous ces ouvrages, du contenu de tous ces ouvrages, comme de béquilles c'est à dire d'armoire-cerveau séparée de mon cerveau qu'à chaque instant j'aurais eu besoin d'ouvrir, incapable que j'aurais été de puiser dans la somme de connaisances acquises et retenues en moi, mais surtout, oui surtout, car c'est peut-être là le plus important... d'utiliser, de me servir de tel ou tel contenu dans cette somme de savoirs aquits...

Google, cette "béquille", cette "armoire" séparée de l' "armoire" que l'on a en soi, et qui ne peut rendre d'autre service finalement, que celui que rend une armoire avec des tiroirs ; c'est vrai, remplace en tenant peu de place, les encyclopédies en dizaines de gros volumes...

Mais marcher avec des béquilles (ou avec de fausses jambes) ce n'est point marcher.

Je me suis voulu une cervelle qui mémorise, qui analyse, qui réfléchit, qui pense, et qui me donne une vision personnelle, une pensée, un savoir, une culture, tout cela certes puisant à des "sources", mais étant bien comme une sorte de "Google-moi" ou de "je sais pas combien d'encyclopédies moi", ou de "livres-moi"... Bien vivant avec un coeur battant et un regard parlant...

L'école qui apprend cela, à être cela, comme je dis, et qui fait que l'on peut réussir, et qui change la relation que l'on a avec les êtres et les choses de ce monde... N'est pas encore née...

L'école d'avant Google, d'avant le document et l'image numériques, l'école des livres et des encyclopédies sur des étagères dans une bibliothèque, a eu, c'est vrai, plus de chances d'y arriver, à marcher autrement qu'avec des béquilles, car nous n'étions pas sur la mauvaise voie, du moins en partie, puisque l'on nous apprenait dès les "petites classes" de l'école, à "penser, à réfléchir par nous-mêmes" et cela plus que d'accumuler du savoir quoique du savoir, nous en acquérions peu à peu...

Un travailleur de la terre qui gagnait sa vie à la seule force de ses bras et de l'habileté de ses mains, et qui avait "ce bon sens" en lui, des choses de la vie et de la nature, au 13ème siècle à l'époque de Philippe Le Bel ; un travailleur de la terre dans un village qu'il ne quittait jamais et qui ne savait ni lire ni écrire, était capable de reproduire mot à mot lors d'une veillée de travail réunissant des familles du village, un récit qu'il avait entendu l'hiver ou l'automne dernier, raconté par quelque conteur comme lui... Et un étudiant de l'une de ces grandes universités du Moyen âge au 13ème siècle, même s'il devait sa connaissance, son savoir, à ces énormes manuscrits aux pages de parchemin qu'il avait lus, même s'il devait aussi et sans doute en plus grande partie que par les volumes manuscrits, sa connaissance et son savoir par l'enseignement oral des maîtres... Cet étudiant là, du 13ème siècle, avait, portait en lui "l'armoire", l'armoire qui n'était pas comme "l'armoire support séparée de son armoire en lui"...

A partir de la diffusion de plus en plus importante et vulgarisée, de l'écrit, du document, du livre (et aujourd'hui du support informatique, numérique -et donc de Google-) au fil des siècles, au fil des générations successives, le cerveau humain ne pouvait forcément qu'évoluer, et la mémoire naturelle perdre de sa capacité à retenir...

Ce qui, cependant, "sous-tend" la capacité à mémoriser, à se souvenir, à retenir et à utiliser ce que l'on retient... C'est la passion que l'on met dans ce que l'on aime à apprendre, le regard que nous fait porter cette passion notamment pour en parler autour de soi... C'est la motivation que l'on a à connaître ces choses qu'on aime savoir, sans laquelle il ne reste que la "béquille", que "l'armoire", que la "boutique ambulante à tiroirs emplis de colifichets que l'on ouvre devant un public de spectateurs ébahis"...

 

 

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