silence

Tous les silences ne font pas le même bruit

Le bruit du silence

... En ce sens que tous les silences ont un langage, une parole, ou des mots différents... Et sont difficiles à interpréter, à traduire...

Je crois que la "traduction" la plus courante qui est faite, du silence, c'est l'indifférence.

... Il y a deux sortes de silences :

-Celui qui "coule de source" : tout simplement parce que ce qui a été produit (dit, écrit, posté sur la Toile) n'a pas été vu, n'a pas été entendu, n'a pas été recherché, est passé totalement inaperçu...

-Celui qui est le propos que l'on ne voit pas, que l'on n'entend pas, mais qui est comme l'oeil noir du juge dont on  se doute , qui est perçu comme un coup de bâton, ou au contraire celui qui est une adhésion tacite à ce qui a été produit (dit, écrit, posté)...

Autant je comprends la "non nécessité" qu'il y a répondre, à réagir, dans le cas de l'adhésion tacite... Autant je conspue, fustige, lamine, interpelle, l'oeil noir du juge et (ou) le coup de bâton contenus dans la "non réponse"...

Un bras d'honneur, donc, au silence coup de bâton, au silence du juge qui vaut sentence condamnation ; un double bras d'honneur à m'en bleuir le creux du coude, à ce "silence indifférence délibéré" qui lui, est sans doute le pire des silences, la "non réponse" la moins acceptable...

 

Le silence, suite...

... Le silence, ce grand silence blême hurlant de tout ce que je ne dis ni n'expose, et par lequel j'exprime ma révolte ; ne fait pas de moi pour autant, un naufragé désespéré n'entretenant pas de journal de bord, n'entretenant pas l'esprit, la pensée, la parole, l'écriture, dans son journal de bord, tout cela contre le naufrage... Et, avant le naufrage, contre tout ce qui est si aride, si inhospitalier à traverser... (Des "prénaufrages" à vrai dire)...

... Je sais le naufrage, chacun le sait d'ailleurs... Le naufrage est inéluctable et nous le faisons tous... Mais ce qui m'en sauve de la perspective de sa réalité, de la peur qu'il me met au ventre, ce naufrage ; ce qui m'en sauve aussi de tout ce qui le précède en coups de gros temps, c'est la tenue que je fais du journal de bord que jour après jour j'entretiens... et qui est comme une prière à Dieu, Dieu n'étant autre que tous ces visages autour de moi dont les yeux voient ce que je mets dans le journal de bord...

Ce "grand silence blême hurlant de tout ce que je ne dis ni n'expose" et que je porte dans mon regard, je ne le porte en vérité que devant ou en face de tous ces visages qui, proches de moi, ou autour de moi, sont des visages indifférents ou des visages qu'il me semble convenir de ne pas importuner, ou encore des visages dont le regard ne se porte que sur ce qui s'agite, ce qui se joue sur la scène sous les feux croisés et colorés...

 

Le silence

"Le silence est la meilleure réponse à la bêtise"...

 

... Il est aussi et surtout, le silence, une réponse qui en dit plus long et plus profond, que tout réquisitoire contre l'indifférence, contre la non reconnaissance, contre la critique acerbe, contre le mépris, contre l'oubli, contre l'ignorance, contre le déni... Et contre toutes les suffisances et les certitudes ostensiblement affichées...

Il vaut mieux vieillir et pour finir mourir dans ce silence là, plutôt que de vivre dans la mendicité ou dans l'espérance ou dans l'illusion d'une reconnaissance qui fera toujours défaut ou sera intéressée...

Je ne connais pas de meilleure violence, de meilleure révolte, que ce silence là !

 

Les êtres de silence et de non-dit

      Les êtres de silence et de non-dit, dans l'environnement de leurs proches et d'ailleurs aussi dans l'environnement de la plupart de leurs connaissances autour d'eux ; sont peut-être parfois, ceux qui ont le plus de choses à dire...

 

Une oeuvre d'homme ...

D'homme au sens d'humain, d'être humain, me parait-il nécessaire -et essentiel- de préciser cependant...

En 1958, Albert Camus préface une réédition de L'Envers et l'Endroit. Il conclut “Je sais cela de science certaine, qu'une oeuvre d'homme n'est rien d'autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l'art les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le coeur, une première fois, s'est ouvert”...

Albert Camus confesse savoir où se trouve l'essentiel : une mère silencieuse, la pauvreté, la lumière sur les oliviers d'Italie.

La mère silencieuse, représente tous ces êtres effacés, humbles, dont on ne demande jamais l'avis, auxquels on ne donne jamais la parole, et qui d'ailleurs ne prennent jamais la parole eux-mêmes, et qui traversent la vie sans laisser de traces autres que celles, pour un très petit nombre d'humains, qui ont pu entrevoir la trace de ces traces...

La pauvreté, c'est la pauvreté des êtres humbles mais dignes, d'une dignité qui force le respect, et qui n'a rien à voir avec la pauvreté de ceux et celles d'entre nous, partout sur la Terre, qui “attendent que ça tombe du ciel” ou qui vivent en “tombant sur le paletot de l'Autre”...

La lumière sur les oliviers d'Italie, c'est cet espace en soi et autour de soi, où la grisaille, la pluie, le froid, la solitude, l'indifférence ne parviennent pas à prendre le pouvoir autrement qu'en des moments particuliers d'une durée indéterminée mais limitée lorsque tout semble en effet s'écrouler ou sombrer... Car cet espace en soi et autour de soi s'emplit naturellement d'un ciel qui est comme un ciel de pays méditerranéen ou d'Afrique... Et les paysages y ont, dans cet espace, toujours des oliviers et des cyprès...

Une oeuvre d'homme (d'être humain) ne se construit pas par des reconnaissances littéraires ou autres, par de la vie mondaine de salons et de représentations devant des publics de festivals, par des premières de théâtre ou de cinéma, par des succès de librairie et de scène, par les pouvoirs de la critique des journalistes...

Une oeuvre d'homme n'est rien d'autre que ce “long cheminement” de soi vers les autres, ou par les autres qui te font devenir ce que tu parviens à être et qui en toi existait sans être existé... Et, dans ce long, très long cheminement, l'oeuvre d'homme passe par les détours de l'art, comme le forgeron dans sa forge qui passe par ce qu'il façonne pour que cela serve, pour que cela soit utile, pour que cela change la vie de l'Autre, des autres autour de lui... Le plus souvent d'ailleurs, dans un avenir qu'il ne verra point mais dont il pressent la venue puisque c'est le ciel qu'il a en lui qui le lui dit...

Le silence "coup de griffe" répondant au silence

     Il n'existe pas, à mon sens, de bonne ou heureuse ou pertinente interprétation du silence...

Ce qui me paraît sûr, vraiment sûr, en revanche, c'est que le silence ne peut générer que de l'interrogation...

La "réponse" que le silence contiendrait ne semble pas, en général, être une réponse que l'on a envie d'entendre (dans la mesure où l'on subodore ce qu'elle serait -et que déjà, instinctivement et naturellement l'on refuse. C'est pourquoi on ne l'écoute pas, cette réponse...

Alors on sort du silence tel le chat de la maison qui se met à miauler, prenant des intonations nouvelles (ou renouvelées) afin d'attirer l'attention de ses maîtres...

Ou bien au contraire, l'on revient au silence tel le chat de la maison dont les maîtres n'ont guère réagi aux derniers miaulements, et qui se pelotonne derrière le tas de bûches près de la cheminée, et s'endort d'un sommeil bien vivant, agité et fécond de rêves, de rêves qui vont se faire "bouillon de culture", demain ou après demain, de nouveaux concerts de miaulements...

Il y a aussi, c'est vrai, le silence "coup de griffe répondant au silence" ... Qui, à coup sûr est peut-être une solution (une réaction assez logique) mais jamais "fécond et heureux", je pense...

Le silence

C'est un immense silence qui surgit

Envahit et écrase

Je ne sais comment dire

Un silence qui surgit

Reçu comme une gifle

Un désaveu de cette violente et vertigineuse poussée

Qui te fait être et dire de tout ton être

Un immense silence qui contient tout

Et le monde et tout ce que tu n'es pas

Et la violente et vertigineuse poussée

Te paraît vaine

Dépouillée de toute sa consistance

Et tous les moteurs autour de toi bruissent et s'activent

Tous ces moteurs qui chacun à leur manière fonctionnent

Nécessaires et d'une présence qui te force

À ne plus être à ne plus dire

Ainsi vient la panne

La panne de ton moteur

Le halètement arrêté

Les pales en l'air immobiles et encore toutes chaudes

Et si tu parvenais à emplir ce silence

Ce silence comme un vide

De la présence de toi

Et de la présence de tout ce qui se voit et s'exprime autour de toi ?

Non tu n'y parviens pas

Et qui d'ailleurs peut y parvenir ?

Il y a peut-être dans ce silence qui surgit

Envahit et écrase

Je ne sais comment dire

Une réponse

Une réponse que tu n'écoutes pas

Que personne n'écoute

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