pensée

Pensée unique

     Ma pensée, qui transparaît dans mes innombrables textes publiés, est aussi "pensée unique" que toute forme de "pensée unique" qui prévaut et que je combats. Ma pensée est donc tout aussi contestable et tout aussi critiquable...

J'aime mieux la franchise brutale avec laquelle on peut s'exprimer pour me signifier que l'on n'est pas du tout d'accord avec moi ; j'aime mieux en ce sens, un propos affiché, fût-il lapidaire même... Que cette hypocrisie des uns et des autres toute faite d'un miel sous lequel macère du fiel, que ce silence et que cette indifférence de tant de personnes de mes connaissances et même de mes proches... Ce silence et cette indifférence qui portent ce que je pressens qu'ils contiennent...

Il y a deux "systèmes" : celui en soi et celui dont le monde est fait.

Celui dont le monde est fait c'est celui sur lequel on peut chier à longueur de journée en tant qu'êtres ordinaires que nous sommes tous en dépit de ce qui nous différencie les uns des autres ; au sujet de tout ce que l'on déplore, que l'on refuse, de ce système qui est celui dont le monde est fait.

Celui en soi c'est celui sur lequel il faudrait autant chier... Mais il se trouve qu'en y chiant dessus (ce à quoi cependant fort peu s'y exercent) l'on abuse par effet aussi trompeur qu'ostentatoire, toute la compagnie autour de soi...

L'on ne reconnait les sincères, les purs, que lorsqu'ils ne sont jamais gagnants, qu'ils demeurent des exclus des scènes et des tribunes, des oubliés, et dont les traces qu'ils laissent sont comme des pas sur le sable d'une plage, des pas que la marée en montant efface ; des pas qui ont cependant, bel et bien existé...

Ces écrits, ces quelques mots que l'on lit sur un grand cahier, dans des lieux de recueillement, des lieux publics de manifestations culturelles ou de spectacle, ces écrits, ces mots tracés au crayon... Ces écrits... "postulent-ils" ? Ils n'ont pour signature qu'un prénom, et je crois plus en ces écrits là, qu'aux écrits de bon nombre de "grands penseurs"... et à plus forte raison de tout ce que l'on lit, des uns et des autres, sur la Toile...

 

 

Il n'existe pas de pensée ou de culture universelle

     Il n'existe pas, je crois, pour le monde humain dans son ensemble tous peuples confondus, tous peuples avec chacun leur histoire, leur passé, leur présent, leur mode de vie, leurs croyances religieuses ou autres... Il n'existe pas une « pensée » (ou une « culture ») que l'on puisse considérer universelle, et par là même, convenir à tout le monde...

Mais... au fond... Qu'est-ce qu'une « pensée », qu'est-ce qu'une « culture » ?

En partie, mais en partie seulement, on peut dire que c'est, en particulier pour la culture, un ensemble de connaissances acquises par l'éducation, par la transmission orale et écrite, par l'apprentissage, par tout ce que cet ensemble de connaissances acquises implique dans notre vie quotidienne, dans nos relations, dans nos modes de vie...

Pour la pensée, on peut dire que c'est une « logique » commune à tous les humains, qui fonctionne selon un même « principe » (par exemple : « j'ai faim, je mange ; je suis fatigué, je me repose ; je veux gagner de l'argent, je travaille -ou je vole-)...

Voilà : la culture et la pensée, c'est ça... Mais en partie seulement... La partie que l'on peut considérer comme étant celle là, cette partie « universelle »... Et dans laquelle nous nous retrouvons tous...

Qu'en est-il, alors, de « l'autre partie », autant de la pensée que de la culture ? Et cela, indépendamment d'une histoire, d'un passé, de croyances religieuses ou autres ; indépendamment aussi de la connaissance acquise, de la « logique » ou du « principe général » ou du « fonctionnement » de la pensée humaine ?

Je pense que cette « autre partie » tient de « l'âme d'un peuple » (âme d'un peuple dans le sens de culture intérieure générationnelle faite de relation avec les êtres et les choses dans un environnement naturel donné, cet environnement étant géographique (si l'on vit en forêt, au bord de la mer, en montagne, dans une plaine, dans le froid, dans la chaleur...)

Dans cette culture là, il y entre une sensibilité, une réactivité et s'établit une relation entre les êtres et les choses, en somme une âme, un esprit, quelque chose qui va constituer une sorte de ciment... Et c'est bien là qu'est la différence entre les peuples, entre les sociétés, entre les modes de vie... Parce que le « ciment » (l'esprit, l'âme, la relation, la façon de réagir) n'est pas le même d'un peuple à l'autre...

A connaissances égales, à niveau intellectuel et capacité de réflexion identiques entre deux interlocuteurs, l'un des deux s'exprimant selon sa culture, selon son intériorité en lui, dans le langage qui est le sien... Est sans doute « illisible » ou irrecevable, pour l'autre... Quand bien même cet interlocuteur qui s'exprime selon sa culture, selon son intériorité et avec son langage, serait un homme ou une femme de grande capacité de réflexion, usant d'images, de métaphores, et étant un personnage d'une grande dimension d'humanité... Et à plus forte raison si les deux interlocuteurs ne sont pas d'égales connaissances, de niveau intellectuel similaires...

C'est pour cela qu'il n'existe pas de pensée, de culture, que l'on puisse considérer comme étant universelles, recevables, lisibles par tous et pouvant en quelque sorte être le « ciment des ciments »...

Reste cependant ce qui est du domaine du possible...

Possible et en même temps nécessaire...

Quoi que très difficile...

Parvenir à « entrer » dans la culture, dans l'âme, dans cette partie qui arrive à être lisible et recevable de l'Autre, afin que le langage, que la transmission, que la communication, puissent s'établir...

La réciprocité, dans cette capacité de l'un ou de l'autre, à parvenir à « entrer » dans la culture, dans l'âme, dans la partie visible et recevable de l'Autre... Est-elle une nécessité, cependant ?

Je ne pense pas que la réciprocité soit la nécessité...

Je pense que c'est la volonté de ce que l'un ou l'autre essaye de faire dans le sens de parvenir à entrer dans la culture de l'autre, qui est la nécessité... La nécessité par laquelle s'établira -peut-être- la réciprocité...

 

 

Pensée unique contre pensée unique, regard qui éructe contre regard qui parle...

... Le gros problème avec les intellectuels, je veux dire les intellectuels auxquels on reproche à juste titre tant de choses, c'est que par extension, on "met dans le même sac" les intellectuels qu'il faudrait lire et écouter, ceux, moins nombreux que les "imbuvables" ; qui ne sont pas "dans la pensée unique", pas "dans le système"... Non seulement ces intellectuels là, sincères, authentiques, purs.-et rares... Mais d'une manière générale, tous les gens qui pensent, réfléchissent, s'expriment et ne font pas dans l'émotion, dans le sensationnel, dans le paraître...

"Dans le même sac", c'est à dire que "par les temps qui courent", par réaction épidermique de type "anti/anti-rejet total", toute pensée exprimée et diffusée que ce soit sur un réseau social, dans un forum, sur un blog, dans un lieu public... toute pensée qui "pointe le bout de son nez" quelque part, est soit mal accueillie, soit rejetée, soit suscite de l'indifférence, du dédain...

Plus rien ne compte que de l'information immédiate, émotionelle, épidermique, souvent erronée ou dénaturée, ou même fausse, que l'on va chercher sur le Net, sur le petit écran de son smartphone, et que l'on va "partager" en boucle c'est à dire expédier à tous ses "amis" (amis qui ne sont pas des amis mais des "followers")... Et tout ce qui contrevient à cette "anti culture" de l'immédiateté, du sensationnel, du paraître ; tout ce qui s'oppose à cette frénésie dans la recherche de l'évènement ou du "scoop"... Tout ce qui "pense contre tout cela", qui ose le dire et l'écrire, est traité de la même manière dont on traite tout ce dont les intellectuels "imbuvables" nous gavent...

C'est comme si, écoeurés en tant que jeunes, de l'école en général, des profs, du système, de tout ce qui est essayé et qui échoue... L'on en arrive à ne plus vouloir rien apprendre, à ne plus rien trouver d'intéréssant, de motivant, d'utile... Et à déclarer -ou plutôt à éructer- que tout ce qui "montre tant soit peu le bout de son nez" question réflexion et pensée, n' a plus le moindre sens, n'est que du "caca nerveux", de la foutaise, de la daube...

Et cela va jusque dans le regard que l'on porte sur l'Autre, cet Autre qui pourtant te regarde lui, comme si tu étais un ami, quelqu'un de digne d'intérêt... Mais que tu prends pour un "putain d'intello", encore un, un de plus !

Oui, le quotidien à vivre, aujourd'hui c'est "ça" : tu ne peux plus rien dire d'autre que ce qui se dit, se répète à l'infini, se crache, se vomit, s'éructe à longueur de journée et de nuit, partout...

A la pensée, à la réflexion, à la poésie, se substituent et se généralisent l'éructation, l'injure, le vulgaire, la violence, l'apparence, le sensationnel, l'émotion primaire... Le dégôut, le rejet, l'indifférence à tout ce qui est pensée, réflexion, beauté, poésie... Quand ce n'est pas une immense hypocrisie qui masque toute cette indifférence et ce rejet par une bienséance bizounoursique qui d'ailleurs s'effondre comme un château de cartes au moindre claquement de porte...

Vivre dans un monde pareil aussi écoeurant, aussi désespérant, aussi "anti culturel" au point de nier même la "culture de résistance"... En demeurant un résistant, un poète, un penseur, un "qui ose dire", c'est être plus seul, plus "sans avenir", que jamais, jamais auparavant... Seul, et sans la moindre chance "d'être existé" parce que "n'est existé" que ce qui éructe, clignote de feux rouge-vert-bleu-jaune-violet sur la tête les pattes le ventre la poitrine métalliques le tout articulé gesticulant tel ces goldoraks pour gosses nés en 2010 accros de consoles de jeux vidéo guerre des étoiles... Ou fourmille de mille applis sur smartphone, de nouveaux programmes électroniques sur le tableau de bord du nouveau modèle de bagnole pour trentenaires à-la-coule...

 

... Je vous bassine, avec mon "langage" ?

 

... Eh bien je vous emmerde !

 

 

La philosophie

      Durant des millénaires, avant les religions et avant l'université, même s'il y avait des écoles, même s'il y avait des cultes et des croyances ; depuis avant les premières civilisations d'Amérique centrale, du Moyen Orient et d'Asie, puis durant le temps de ces premières civilisations, et ensuite durant le temps de l'antiquité Egyptienne, Grecque, Romaine... Et jusqu'à -peut-on dire- la venue des religions du livre que sont le Christianisme (par le catholiscisme romain et par l'orthodoxie) et l'Islam ; et jusqu'à, un peu plus tard vers le 13ème siècle en Europe avec l'apparition de l'Université... La philosophie était existentielle, la philosophie était une philosophie de la pensée, de la relation avec les êtres et les choses, la construction d'une identité et d'une existence... La philosophie était proche de la vie, et elle pouvait faire de la vie que l'on vivait, de la manière dont on vivait cette vie, une oeuvre...

Depuis des millénaires donc, ainsi avait fonctionné la philosophie : en découvrant une pensée, une manière différente de penser et de réfléchir, de se poser telle ou telle question, elle donnait à la vie un sens, ou plus exactement une orientation, un peu comme une boussolle... Il s'opérait alors entre l'élève et le maître, ou même plus généralement et au quotidien, entre l'être ordinaire et ce "quelquechose comme une essence en l'intérieur de l'être", une sorte d'alchimie... Alors, du "creuset" même, dans "l'atelier" (ou dans la "forge") s'élaborait ce qui devait être produit, puis diffusé, partagé, enseigné, légué, transmis...

Mais depuis la venue des religions du livre que sont le Christianisme et l'Islam, et depuis l'Université, la philosophie ce "n'est plus tout à fait ce qu'elle avait toujours été avant"...

La philosphie a été d'une part réduite par les religions à une croyance et à un modèle tout prêt de "pensée unique", en ne fournissant qu'une seule "explication possible", ce qui bien sûr "rassure" et "oriente" (ou plus précisément "dicte") et évite en conséquence de se poser les questions qui inquiètent ou dérangent ou "conduisent à l'abîme"...

La philosophie a été comme en partie sinon quasi totalement vidée de son contenu, de son sens, de tout ce qu'elle contenait, par l'Université, qui, à partir du 13 ème siècle en Europe, l'a peu à peu transformée en sommes et en modalités de connaissances, en concepts intégrés dans une architecture, un système...

En somme, la Religion et la Faculté ont transformé depuis huit cent ans, les philosophes en thélogiens et en professeurs, en illuminés, en pontifes...

... Je ne reconnais pas pour ma part, la philosophie comme une somme et comme des modalités de connaissances, ni comme une architecture ou un système de concepts...

Quant à la religion, je souhaiterais "qu'elle s'efface" devant Dieu... Ou devant "quelquechose qui ressemble à Dieu"... Car n'y-a-t-il pas "quelquechose qui ressemble à Dieu" dans la philosophie sans les religions et sans l'université?

De la nécessité du débat et de la réaction...

      "Un progrès décisif serait réalisé, si l'on se décidait à exposer honnêtement les contradictions essentielles à la pensée, au lieu de chercher vainement à les écarter". ( Simone Weil )

Lorsque le penseur se trouve en un lieu où ses réflexions sont entendues sans être débattues, il a renoncé à la philosophie... Dès lors même qu'il avance ses réflexions comme des pièces sur un échiquier en se faisant à l'idée que les pièces ont été placées là où il faut...

... L'on mesure bien dans le fait d'écarter la contradiction, d'une part ; et dans le fait que la réflexion soit entendue sans être débattue, d'autre part... L'inertie de la discussion, l'inertie du propos, l'inertie dans la relation...

Et le pire, c'est lorsque le penseur s'exprime alors même qu'il conçoit, par une sorte de certitude ancrée en lui, que nul débat ne s'ensuivra... À vrai dire il est tellement sûr de ce qu'il exprime, qu'il ne voit ni ne conçoit comment un débat pourrait s'ensuivre... Et c'est ainsi qu'il renonce à la philosophie, qu'il devient dogmatique, qu'il s'enferme et s'isole dans cet espace clos qui est sa certitude...

Mais le penseur qui porte au bout de son regard un point d'interrogation (et il y en a, de ces penseurs là)... Attend et espère, lui, un débat... Un débat qui hélas le plus souvent ne vient pas, et aucune réaction, aucun commentaire ne vient donc, à propos de ce qu'il exprime... Alors ce penseur là ne renonce pas, lui, à la philosophie... Mais de même que le penseur qui renonce à la philosophie en croyant le débat inutile, il s' enferme et s'isole dans un espace... un espace qui n'est plus clos mais ouvert et empli de silence...

Et qu'est-ce qui est "préférable" : l'espace clos d'une certitude en soi, ou l'espace ouvert empli de silence ? ...

... À moins qu'il ne parvienne à communiquer, et encore mieux à transmettre, autrement que par sa pensée, c'est à dire par la manière dont il agit, dont il se comporte, dont il se gère et gère la situation ou l'évènement survenant à tel moment dans sa vie...

La relation "purement virtuelle" avec les Autres (je pense à la relation dans l'univers du Net et donc à travers les forums, les réseaux sociaux et les blogs)... Ne fait pas davantage naître le débat, que la relation "dans le réel" avec les Autres : la relation virtuelle ferait même disparaître le débat, en partie ou totalement, dans une sorte de brouillard hachuré de signes verticaux, horizontaux, ou de taches entremêlées de différentes couleurs...

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