les indifférents et les voyeurs

Ceux qui regardent et laissent faire

... "Le monde est dangereux. Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire..."

[ page 675 dans "Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi",

de Katherine Pancol ]

... C'est un petit garçon surdoué, Junior, fils de Josiane Lambert et de Marcel Grobzt, âgé seulement de trois ans mais déjà conversant comme un adulte, qui dit cela à sa mère, un jour...

Certes une réflexion pareille, de la part d'un enfant de trois ans, c'est "peu crédible"... Mais peu importe après tout si l'on réfléchit au sens de cette phrase...

Cette phrase qui fait remonter lorsque je la lis dans le livre de Katherine Pancol, ce souvenir de mon enfance :

Le petit garçon que j'étais alors en classe de maternelle à Cahors en 1953, savait déjà que le monde était dangereux, parce que, dans cette école maternelle où je venais de faire ma rentrée un jour de fin septembre, j'ai très vite compris qu'il fallait faire attention à ne pas se laisser voler son goûter et, à peine après une semaine d'école, un coup de ciseaux (le bout des ciseaux était heureusement arrondi) administré par mon petit voisin de banc avec lequel je m'étais disputé, m'emporta un petit triangle de chair à la jointure du milieu de mon index gauche. (J'ai encore la marque sur le doigt, soixante ans après).

Mais ce qui me terrifiait – et me désespérait- le plus, n'était pas cette violence de tous ces vauriens dont j'étais entouré et qui criaient de si vilains "gros mots", ou qui donnaient de méchants coups de pied sous le banc, ou encore qui se jettaient à la tête des jouets en bois... C'était le silence, c'était le regard, de tous ceux autour, qui assistaient amusés ou indifférents à la bataille à coups de jouets en bois, et se disaient peut-être que c'était là un jeu sûrement plus intéressant que le jeu de cache-cache...

Ceux qui regardent et laissent faire rendent le monde plus dangereux encore, que ceux qui font effectivement le mal... parce qu'ils le rendent, le monde, imbécile et sans avenir, et en font une scène de jeux stupides et cruels où le gagnant est toujours un tricheur, un voleur, un orgueilleux, et où il y a aussi, toujours, dans le sillage ombragé et tortueux du gagnant, quelques profiteurs ...

Et la scène de jeux devient la scène d'un théâtre où l'on se tue en vrai, où l'on se tue jusque dans les rangs des spectateurs...

Ceux qui regardent et laissent faire sont les pourvoyeurs de ceux qui mettent en scène et banalisent ainsi le mal et la souffrance, entretiennent cette médiocrité édulcorée qui fait devenir les gens des sortes de zombies... (et ça, c'est autrement plus dangereux encore que le mal lui-même, pour l'avenir de l'humanité)...

Il y a mille façons de regarder et de laisser faire, et cela va de l'indifférence, mère de toutes les pollutions, au lynchage sur internet ou à la meilleure place recherchée sur les gradins de l'arène pour voir crever le taureau, par exemple...

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