l'invasion

L'effroyable tragédie, de Marie-Pierre Rey

9782081228320

... Marie-Pierre Rey est une ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure, professeur d'Histoire russe et soviétique à l'université Paris-I Sorbonne, auteur de "1814 un tsar à Paris", et de la biographie Alexandre Ier...

Ce livre, L'effroyable Tragédie, que l'auteur a voulu -selon ses dires- "impartial" et "avec un regard neuf", retrace dans le détail, avec le ressenti, tant des combattants des deux armées que des civils russes ; un épisode de l'Histoire qui n'est point loin s'en faut, "à l'honneur de notre pays, la France"...

Cette guerre d'invasion menée par la Grande Armée, multinationale (une vingtaine de pays d'Europe associés à la France de Napoléon en 1812) nous montre ce qu'il y a de plus extrême, à la limite de la souffrance humaine, et cela dans le détail, le récit des combats, des destructions, des horreurs et atrocités commises, des pillages, de la faim et du froid, de la misère morale et physique endurées, de l'hécatombe de dizaines de milliers de chevaux, des maladies, du traitement des blessés notamment par les amputations "à la chaîne" et sans anesthésie, d'une résistance farouche et désespérée et horriblement sanglante des combattants russes lors de la bataille de Borodino (la Moscova)... De la politique (stratégie) de la "terre brûlée" avec ses conséquences tant pour le peuple russe que pour les armées d'invasion, la destruction de Moscou par le feu, l'exode de centaines de milliers de civils  russes sur des routes impraticables, vers l'Est... Et de l'arrogance inouïe, révoltante, déjà de l'empereur Napoléon lui-même, de ses généraux et maréchaux lors de cette campagne de Russie dans les villes envahies et occupées notamment Moscou du 14 septembre au 19 octobre 1812...

L'on ne peut que difficilement, en tant que lecteur mais aussi en tant que "citoyen Français lambda", ériger ce tragique et honteux épisode historique en "monument à la gloire de la France" ! Car il n'y a là, à mon sens, d'équivalent, que la barbarie nazie lors de l'invasion de la Russie en 1941 par le Reich d'Hitler, avec la bataille de Stalingrad (dont les horreurs, dont les souffrances endurées par les combattants et par les civils sont comparables)...

L'on serait plutôt à même-en toute logique- de saluer, d'honorer le peuple russe, le peuple du temps d'Alexandre 1er, le peuple du temps de Staline, dont la résistance désespérée, dont le sacrifice (des millions de morts) fut "au delà de ce qu'il est possible de concevoir humainement parlant"...

N'empêche que lors de la retraite de la Grande Armée, dans le "terrible hiver russe" en novembre et décembre 1812... Et même déjà lors du début de l'invasion avant le tragique épisode de Smolensk, Napoléon a été bien joué, avec ruse et intelligence, par les chefs des armées russes et par les régiments de cosaques... Qui effaçaient toute trace avant de "filer en douce" dans la nuit (avant Smolensk)... et qui, lors de la retraite (les régiments très mobiles de cosaques) harcelaient par surprise les flancs de la Grande Armée...

Déjà, lors de la première partie de cette guerre d'invasion, qui débuta à Kaliningrad le 13 juin 1812, près de la Mer Baltique au nord de la Prusse orientale, se poursuivit le 24 juin par le passage du plus gros de la Grande Armée, du Niémen à Kaunas ; puis à Vilnius en Lituanie, et de là jusqu'à Vitebsk ; avant même que les premiers combats « sérieux » aient eu lieu, c'est à dire avant la tragédie de Smolensk du 14 au 16 août (résistance acharnée des armées russes)... Les effectifs de la Grande Armée avaient « fondu » du tiers environ, du fait des difficultés d'approvisionnement, des marches rapides et forcées sous une chaleur accablante puis sous des pluies torrentielles d'orages...

Dans ce livre, les « sans grade », civils ou militaires simples soldats, tiennent le même rang que les héros de guerre... Et la voix du peuple russe se mêle à celle des grognards de la Grande Armée, et l'on y lit des documents, des écrits, des récits et des témoignages, quasiment à chaque page, très divers en réactions, en ressenti, des uns et des autres, tant de ces simples soldats de la Grande Armée, que des paysans ou des soldats russes, des habitants des villes successivement investies et occupées...



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