followers

Un public de "followers" ou un public de spectateurs et de lecteurs ?

     Il y a ce paradoxe hallucinant sur le Net, entre d'une part le fait évident de la possibilité pour tout un chacun d'être visible et donc, d'être lu ; et d'autre part ce qu'il y a d'aléatoire à être découvert, à être lu en dépit de l'immensité de ce que l'on peut diffuser...

Avant le Net, avant les réseaux sociaux, avant les blogs et les sites, pour être visible et pour être lu, il fallait nécessairement passer par une maison d'édition (livre, roman, essai, poésie...) ou exposer dans une galerie, une salle d'exposition (peinture, photographie, dessin...) ou trouver un producteur, un réalisateur (film, cinéma...)... Ce qui pouvait assurer dans une certaine mesure, une reconnaissance, une visibilité, une audience, un public, tout cela bien réel...

Depuis qu'Internet permet à tout un chacun de se produire et de diffuser (littérature, écrits, peinture, dessin, photographie, cinéma, vidéo, tout cela avec la technologie, le numérique), rien n'est moins assuré en fait, que cette reconnaissance, que cette visibilité, que cette audience, que ce public, qui, avant le Net, pouvait être, certes limité mais réel... Du fait qu'il fallait passer par une porte dont il convenait qu'elle s'ouvre...

Dans le meilleur des cas sur le Net - je pense là aux personnages, à tous les personnages, auteurs, musiciens, artistes, écrivains, journalistes, personnalités du monde politique, économique, du monde du spectacle – qui ont tous des blogs avec des milliers de visiteurs, des comptes Facebook et Twitter... Il y a plus, bien plus à mon sens, sur le Net, pour tous ces personnages bien plus visibles et plus lus que le commun des mortels... Un public de "followers" qu'un public de spectateurs et de lecteurs...

 

... Gustave Flaubert, Marcel Proust et Jean Gabin (entre tant d'autres d'avant le Net et d'avant le Numérique et du monde d'avant 1989) n'avaient pas de "followers"mais un public, un vrai public... Et ce public là, soit dit en passant, existe toujours même s'il n'est plus du tout celui de ces générations contemporaines de Gustave Flaubert, de Marcel Proust, de Jean Gabin...

 

Les followers et les créateurs

     Les followers ne franchissent pas les portes par lesquelles passent les créateurs, du moins quelques uns d'entre eux, de ces créateurs...

Les followers tout au long de leur vie followent...

Il n'y a nulle magie à passer sa vie à follower : c'est ce que pensent et ressentent au fond d'eux les créateurs, tous les créateurs même ceux d'entre eux qui sont les plus nombreux et ne peuvent jamais franchir les portes, les portes on va dire du succès et de la postérité...

Il y a comme un abîme entre le monde des followers et le monde des créateurs... Un abîme en ce sens que le follower passant sa vie à follower, n'est en général pas un créateur et ne peut donc "se mettre dans la peau" -et dans l'âme- d'un créateur.

En fait le follower followe ces personnages qui ont franchi la porte et sont à la Une des médias...

Ces personnages qui, dans la société de consommation de masse en matière de divertissement, de loisir, de spectacle, de scène littéraire, artistique... Sont des personnages que l'on voit à la télé et qui ont un compte Twitter et dont les petites phrases sur Twitter sont followées par une flopée de followers... Ce qui ne garantit pas cependant le succès et la reconnaissance à long terme et une postérité "un peu plus longue" que deux ou trois saisons, deux ou trois annnées...

Le follower ne followe jamais ce personnage qui vit tout près de lui, qui peut être son voisin, l'un de ses proches, l'une de ses connaissances et qui est en quelque sorte un créateur à sa manière mais sans flopée de followers, un personnage dont il ne comprend pas le besoin de "s'exister", le besoin de s'exprimer, le besoin de produire et de diffuser...

Le créateur, quant à lui, followe peu, parce qu'il passe le plus clair de son temps à créer...

Et l'on dit du créateur parce qu'il followe peu voire même pas du tout parfois, qu'il "vit dans son monde à lui"... Alors qu'il porte à sa manière le monde en lui, qu'il témoigne par ce qu'il produit, du monde qu'il observe...

Le follower ne créant pas, ne portera jamais le moindre coup de hache sur la mer gelée...

Si encore le follower "existait" le créateur, au lieu de seulement le follower !



a href="http://www.hebdo-landes.com" target="_top">Référencé sur Hebdo Landes !