détresse isolement personnes très âgées

Les vieux (suite à mon conte intitulé "Célestine")

... Je souligne au passage, la profonde détresse d'un bon nombre de personnes âgées, très âgées à vrai dire ; détresse dont pas mal de monde se fout complètement, voire s'en moque ouvertement tant par leur comportement à l'égard de ces personnes que par les propos qu'ils tiennent entre eux, gens beaucoup plus jeunes trente à quarante ans bien pétants de santé, de footing, de randonnées cyclotouristes, de vacances sportives, de technologies nouvelles, de téléphonie mobile, d'internet et de réseaux sociaux, de télé réalité et autres émissions de "look" avec force spots lumineux et effets spéciaux... Et même de la part de ces "nouveaux vieux", "seniors et senioresses cultivant un look d'enfer, pleins aux as, qui jouent les jeunes, lisent les livres à la mode, font eux aussi de la randonnée et du cyclotourisme... qui se moquent bien de ces "vieux" très âgés très handicapés, dont ils attendent l'héritage -si héritage il y a- et qui sont souvent des fils des filles dotés de belles situations demeurant à l'autre bout de la France et ne rendant jamais visite au vieux grand père à la vieille mémé en fauteuil roulant dans sa maison de retraite médicalisée ou dans son logement ou dans sa maison avec une aide ménagère qui vient dix heures par semaine...

Quelle détresse épouvantable, cruelle et injuste, et si tellement d'actualité, en ces temps de rallongement de la vie (mais dans quelles conditions?)... Pour tous ces pauvres vieux qui pourtant, ont eu "leur temps de gloire et de jeunesse" du temps jadis où quand on entrait dans leur maison, il y avait une grande table dans la salle principale lieu de convivialité et d'accueil permanent, avec les bouteilles d'apéritif, la cafetière sur la table, des assiettes de petits gâteaux et tout le voisinage, les connaissances venues là "discuter le coup"... Lorsque vient le temps des lourds handicaps et du fauteuil roulant, parfois pire du distributeur en forme de cylindre seringue sur le ventre pour de la chimiothérapie... là y'a plus personne qui vient, tout le monde a foutu le camp!

Ecoeurant ! Révoltant!

Comme si la très grande vieillesse ne peut être que vue comme une tare, une décrépitude du corps et de l'esprit, enfin quelque chose qui fait honte à voir, dont on se détourne et qui choque...

Ah si vous voyez -vous avez pourtant vu mais ça vous semble surréaliste- la photo, certes en noir et blanc, de la jolie, fraîche, adorable et si bien vêtue demoiselle de 17 ans que cette vieille mémé de 95 ans aujourd'hui, était en 1938/1939... eh bien ne vous en déplaise, braves gens braves que devant un ordinateur, braves que pour se taper trente bornes à pattes sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, braves que pour que faire de la mitraille avec un appareil photo numérique... Cette jeune fille dont peut-être si vous êtes un homme vous auriez pu tomber amoureux en 1939 si vous étiez né en 1922... Cette jeune fille c'est la même personne que celle que vous ne voyiez plus même une seule fois dans l'année et dont vous vous moquez de ses "petites habitudes", de ses "bobos", de ce qu'elle arrive encore à faire, des marionnettes en papier et ficelle pour le carnaval des enfants de son village, en y passant de longues soirées d'hiver assise sur trois coussins sur son fauteuil dans sa salle à manger devenue atelier...

Oui, c'est vrai, du temps de Zola, avec le roman "La Terre", les vieux, qui étaient déjà vieux et handicapés (on disait "il, elle perd la boule") à 65 ans, ils restaient à la maison mais fallait voir comment on les traitait... C'était "pas très beau"...

... Il en est de même pour les personnes atteintes d'une maladie grave et qui doivent subir de lourds traitements médicaux : l'on assiste, avec une sorte d'impuissance parfois mêlée d'indifférence, au mieux avec une "considération de façade" qui implique tout de même que l'on rende visite à deux ou trois reprises à la personne malade ; à une défection quasi générale des amis, de certains parents, de toutes ces connaissances de voisinage et de la ville où l'on demeure... Ce qui, en plus de l'isolement dont souffre la personne malade, rend la détresse encore plus profonde.

J'ai dit, écrit, à plusieurs reprises -et je le redis, le réécris encore- "qu'il y a peu, très peu, de bonté en ce monde, ce monde dur et orgueilleux où l'on ne pense qu'à sa pomme et qu'à son pognon"...

Et pourtant, la bonté, cette immense bonté qui est celle d'un si petit nombre de personnes autour de soi... Cette bonté qui ne "monte pas debout sur les bancs" devant des spectateurs, est une force, une énergie à "soulever des montagnes". Debout contre la dureté du monde et des gens, elle ne traite jamais avec Madame La Haine et avec Monsieur Lorgueil, à vrai dire elle est sans compromission, sans concession aucune. Elle n'est donc pas, la bonté, cette carpette sur laquelle on s'essuie les pieds, ce tapis que l'on piétine... Mais elle est méprisée, l'on sourit avec condescendance à sa manifestation, on la prend pour de la faiblesse, tout cela parce qu'elle n'est pas "dans le sens du monde"...

 

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