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Silhouettes

Silhouettes

     Je me demandais quelle sorte de conversation je pourrais bien avoir avec ces deux personnages, à côté de moi, dont je ne vois pas le visage...

Ils me font penser à ces personnes qui ne sont sur le Net, sur les réseaux sociaux et sur les forums, que des pseudos et dont les visages sont des images, des "avatars" dit-on en langage "webien"...

Un "avatar" ne sourit pas et n'a pas de regard, c'est seulement ce qui est écrit, ce que l'on voit écrit par lui ou par elle, cet "avatar", qui "écrisourit, écriregarde... Mais en vérité, sans visage, sans regard, sans sourire -ou grimace- et sans voix... Que "vaut", que représente ce que l'on voit écrit et qui est lu par autant d' "avatars"? Puisque qui lit est lui aussi un "avatar"?

La personne à laquelle je m'adresse sur un forum du Net, et d'ailleurs la personne que je rencontre au TabacJournaux du coin, qui, elle, a un visage mais à sa manière un "visage avatar"... Est une silhouette.

Nous vivons dans un monde de silhouettes où plus personne ne regarde personne, ne sourit à personne, ne s'interroge d'un regard...

C'est la polémique qui remplace le dialogue. Et pour la polémique, seules des silhouettes dans un espace public où l'on "débat" de ceci de cela ; seuls des avatars et des pseudos sur un forum du Net où l'on "échange" -ou se montre"- suffit... Car la polémique n'est rien d'autre le plus souvent, autant au Tabac Journaux du coin que sur Facebook ou sur un forum d'internautes, qu'un monologue censé "percuter" l'Autre, les Autres... Cet Autre ou ces Autres dont on ne voit pas le visage, qui ne sont que des silhouettes, des masques...

Le monde des silhouettes occulte le monde des visages et des regards.

C'est une mouvance, une agitation, une bruyance, mais jamais un lien, jamais de mains qui se touchent, jamais des regards qui se parlent, jamais un demain, un après demain, un dans dix ans encore, qui porte dans un courant de plus en plus rapide et de plus en plus chaotique, les milliers de petites silhouettes de papier jetées par les silhouettes que l'on est, avatarisées, pseudoïsées...

Ce monde de silhouettes est un immense, un infini "désert relationnel". Un désert jonché tous les cent, tous les mille mètres, et parfois en amoncellements, de fleurs de sable, de fleurs de roches concassées, d'épines de pierre, de toutes sortes de concrétions... Et les couleurs de toutes ces fleurs de sable et d'éclats de roche, sont toujours les mêmes, dans toutes les nuances de noir, de bistre, de gris, de rouge, d'ocre, de jaune, de blanc, de rouille (jamais de bleu, jamais de vert)... Les fleurs de sable et d'éclats de roches sont les mots que l'on voit écrits par les silhouettes...

Et pourtant je me dis, à propos de ces deux personnages masqués, de ces deux silhouettes à côté de moi... Que ce sont pourtant des êtres, de vrais êtres, avec de vrais visages, de vrais regards...

Je me dis... J'en suis sûr(e)...

 

 

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