Le grand oiseau

     C’était un grand oiseau derrière un mur très long…

L’oiseau avait la taille d’un homme, la stature et les jambes d’un homme.

Le grand oiseau se tenait donc debout en face du mur. Et le mur était si long que l’on n’en discernait pas les extrémités, ni d’un côté ni de l’autre.

De surcroît, le mur était haut, épais, aussi dur que du métal, compact, sans la moindre fissure et lisse comme une plaque de cuisinière.

Avec ses grandes ailes plaquées sur son dos, ses jambes, sa tête d’aigle, sa fière stature et son regard perçant, le grand oiseau derrière le mur infini recula de quelques pas, comme pour prendre son vol…

Mais l’oiseau ne s’envola point. Ses ailes ne lui servaient à rien…

Le ciel était grillagé, d’un filet aux mailles serrées, métalliques, et secoué par le vent.

Tel un voile gris de nuages bas, ce filet interdisait le ciel...

L’oiseau, à vive allure, fonçait vers le mur, son bec pointé en avant. Un bien étrange bec toutefois, que celui de cet oiseau à fière stature, au regard perçant et aux jambes d’homme…

Ce bec avait la forme, la consistance et la dureté d’une tête de marteau dont la densité et la puissance étaient telles, que ce bec semblait conçu pour faire éclater un bloc rocheux.

L’oiseau frappait le mur avec son bec…

Depuis des jours et des jours, des semaines, des mois, des années, l’oiseau frappait le mur avec son bec. Déterminé, inlassable, l’oiseau frappait, frappait… Encore et encore.

Aucune fissure n’apparaissait sur le mur. Pas même la moindre trace d'aucun de ces coups répétés...

Alors l’oiseau, dont la détermination semblait toujours se renforcer, accrut le rythme de ses frappes. D’autres jours, d’autres mois, d’autres années passèrent…

Un jour, il y eut enfin une trace, une griffure à peine discernable. Puis une deuxième, une troisième griffure…Et des éclats aussi fins que des grains de poussière. Et toutes ces griffures peu à peu, se confondirent en une trace creuse. Une fissure apparut. Et la fissure s’élargit, devint une brèche. L’autre côté du mur parut, les bords déchiquetés de la brèche s’écartèrent, ouvrant ainsi un passage, et l’oiseau traversa le mur.

De l’autre côté du mur, l’on eut dit que c’était le même pays : rien ne semblait différent dans le paysage, de ce côté-là… Mais le ciel n’était plus grillagé.

L’oiseau découvrit que ses ailes lui permettaient de voler, et son bec marteau était devenu un nez.

L’oiseau s’envola et disparut dans le ciel…

Le mur c'est la dureté, la brutalité, la vulgarité, l'indifférence, le silence, le bruit, l'injustice, l'orgueil démesuré et le mouvement trouble du monde...

Un mur intraversable et sans aucune fissure...

Le grillage ce sont toutes les contraintes que le monde nous impose...

La trace ou l'infime griffure qui apparaît à force de coups de bec marteau, c'est la possibilité de la fissure, puis de la brèche et enfin du "passage"...

Mais le "passage" ne s'ouvre pas sur un paysage différent : le paysage demeure le même, mais sans le ciel grillagé au dessus, et l'oiseau s'envole, monte vers la lumière sans être brûlé par la lumière...

Tant que le mur demeure intraversable, et qu'aucune possibilité de fissure n'apparaît, l'oiseau parfois s'élève jusqu'au ciel grillagé et parvient à le traverser... Mais très vite, à peine au dessus des mailles du filet métallique qui ont cédé, l'oiseau est brûlé par la lumière dont il s'est approché de trop près...

Et il doit alors redescendre et continuer de frapper le mur avec son bec marteau...

Il n'y a pas de "passage", par le ciel grillagé...

Le "passage", il ne se fera qu'après la fissure, qu'après la brèche...

De l'autre côté du mur, le paysage ne changera pas, mais il il n'y aura plus ce ciel grillagé...

Alors l'oiseau volera sans être brûlé par la lumière...

le mur

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