La frontière

     Dans la relation par la parole ou par l'écrit, il y a ce que l'on dit ou ce que l'on écrit à l'Autre, aux Autres, comme en traversant un "territoire de tous ces visages" autour de soi, jusqu'à ce qu'apparaisse une sorte de "frontière" au delà de laquelle il semble difficile -ou tout au moins "hasardeux"- de s'aventurer... par la parole, par l'écrit...

Tant que cette "frontière" n'est point atteinte, le "territoire de tous ces visages" peut être autant celui où l'on dit, où l'on écrit à l'Autre, aux Autres, à peu près tout ce que l'on sent pouvoir dire ou écrire ; que celui où l'on ne dit ou écrit à l'Autre, aux Autres, qu'une partie, une partie seulement de ce que l'on dirait ou écrivait s'il n'y avait point de "frontière"...

Mais il y a cette "frontière"...

Alors, au delà de cette "frontière", c'est l'écrivain-ou le poète- qui peut, seul, s'exprimer, afin de "faire passer" ce qui ne peut être dit ou écrit, ce qui est difficile à dire ou à écrire "de but en blanc"... Et non pas, non plus, cet "être ordinaire" qu'en vérité l'on est chacun, écrivain ou pas, poète ou pas...et qui lui, se risquerait, sans se rendre compte d'ailleurs du risque qu'il prend, ou de l'inopportunité qu'il y a, à dire, à écrire en tant qu'être ordinaire... D'où la faculté qui celle de l'écrivain ou du poète à parvenir à "faire passer"...

Pourtant, bien avant la "frontière", il y a ces visages comme s'il n'y aurait jamais de "frontière", autant dire toute la confiance que nous inspire ces visages ; toute la gentillesse, toute l'affection contenues dans ces visages, toute la considération que ces visages ont, de ce que l'on dit ou de ce que l'on écrit... Et qui fait que l'on se sent-ou se croit- autorisé...

Et, bien avant la "frontière", outre l'être ordinaire que l'on est, l'on peut déjà, aussi, être l'écrivain ou le poète dans une parole qui se fait écriture, dans une écriture qui se fait parole... En général, "ça marche" avec la plupart des visages... Ce qui "ne marche pas" en revanche, c'est, de l'autre côté de la frontière, quand la parole n'est que parole, ou quand l'écriture n'est qu'écriture, et que c'est l'être ordinaire seul qui dit ou écrit quand même... sans se sentir autorisé...

Mais c'est loin d'être "simple"...

Car la "frontière" est multiple en ce sens qu'il y a toujours, une "frontière après la frontière"... Que même l'écrivain ou le poète a du mal à passer... parce qu'il lui faut comme une sorte d'autorisation, une autorisation qu'il ne peut se donner lui-même, ou alors s'il se la donne lui-même il entre par effraction... Et l'effraction c'est ce qui fait du mal à la relation...

La frontière est multiple et elle est aussi, assez souvent, imaginaire... De telle sorte que tu crois, toi, "faire passer" ... mais que cela "casse"... De telle sorte que tu crois, au contraire, que "cela ne passera pas"... mais alors c'est une porte qui ne s'ouvre pas, c'est une attente qui demeurera une attente...

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est l'être en révolte, c'est l'auteur du "coup de hache sur la mer gelée" qui, le plus naturellement du monde dans sa logique même d'être en révolte, d'auteur du "coup de hache", se passe de toute autorisation ; a le plus besoin de se se sentir autorisé à passer la frontière... Mais il ne peut avoir en lui la conscience aiguë du besoin qu'il a de se sentir autorisé... 

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