Ce ne serait pas un canular !

 

J'organisai ma mort afin qu'elle fût crédible... Mais je ne mourus point.

Je ne vous dis pas les détails car ne n'est pas là le but de mon propos. Je puis tout de même dire que le plan que je conçus et que les dispositions que je pris furent de toute évidence des mieux organisés et imaginés qui soient... A tel point que tout le monde y crut.

Alors je vis...

En premier lieu je pris connaissance de ce que les membres et visiteurs de certains forums du Web avaient écrit après ma mort. Ils avaient ouvert des fils de discussion et je pus également constater que d'autres fils que j'avais ouverts de mon vivant et qui étaient demeurés sans suite furent comme par “enchantement” activés...

Cela m'amusa et dans une certaine mesure j'en fus ému... Ce qui eût pu me “contrarier” à la lecture de ce que l'on postait à mon sujet, prenait dans mon esprit une dimension nouvelle : la dimension d'une connaissance que toute ma vie durant j'avais recherchée et m'avait semblée non pas inaccessible, mais atteignable. Certes il y avait bien encore toutes ces incertitudes, ces interrogations, mais un espace s'ouvrait dans lequel disparaissaient tout ressentiment et toute amertume, toute nostalgie ou toute désespérance : je volais comme un oiseau avec une âme énorme dans une toute petite cervelle...

Ensuite je “visitais” mes proches, mes amis, mes voisins, mes anciens collègues de La Poste où j'avais passé 38 ans de ma vie ; quelques filles et jeunes femmes du temps d'avant mon mariage (et aussi d'autres femmes jeunes ou moins jeunes que j'avais connues jusqu' à mes “derniers temps”)...

De tous ces gens, je pris conscience à quel point certains me regrettaient et d'autres s'en foutaient pas mal que je sois mort... J'entendais ces “Ah il était ceci / il était cela” et je sus ce que je n'avais jamais su mais dont je m'étais douté...

Je réalisai – quoique je ne m'en réjouisse point – que mon “jugement” était bien plus sévère à l'égard des gens qui m'avaient ignoré, méconnu ou fustigé mais qui apprenant ma mort me “regrettaient” subitement et comme par “enchantement”... Qu'à l'égard des gens qui disaient ouvertement “bon débarras, il ne nous emmerdera plus, il ne nous fatiguera plus”... Et j'eûs donc pour ces derniers là, “une pensée pieuse”...

Lorsque j'eûs fait le tour de tout cela, après avoir vu et su... Je m'aperçus seulement que j'avais un autre visage, un autre esprit... Quoiqu'entre cet autre esprit et l'esprit qui avait été le mien, se soit opéré une “transition”... La transition nécessaire pour que je voie et pour que je sache...

... “Oh putin” me dis-je “j'ai fait une belle connerie! Car il va maintenant falloir que je me ré-existe!(puisque je ne suis pas mort). Je ne suis plus Yugcib, j'ai un autre visage et un autre esprit.”

Je pourrais il est vrai, déclarer que c'était un canular. Et me ré-yugciber. Je vois déjà la tête de celles et ceux que j'avais “royalement emmerdés”! J'entends ces “il nous a bien eu le Yugcib”!

Un canular? Un tel canular? Et dire ensuite que c'était un canular? Non, ça non, vraiment non! Je suis allé trop loin dans la crédibilité... Yugcib est mort, il est enterré (ou incinéré)... Il faut que je me ré-existe. Et tant que durera le souvenir dans l'être que je suis maintenant, le souvenir de l'être que je fus... Je vais découvrir un plus terrible exil que tous les exils que j'avais traversés auparavant... Parce que je vais regretter – entre autres – ce ressenti que j'avais de la Féminité... Et bien d'autres choses encore... Dans lesquelles finalement je “ne me sentais pas si mal que ça”...

L'exil de ce que l'on fut, dans un nouvel exil qui vient forcément (parce qu'il y a toujours de l'exil) ... C'est peut-être le pire de tous les exils.

Alors me viendra cette volonté : surmonter l'exil de ce que je fus dans le nouvel exil qui sera le mien après avoir fait croire à tout le monde que j'étais mort...

 

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