La liberté et la justice sont indissociables

 

     La liberté et la justice... Ou la justice et la liberté, sont indissociables.

Et je dis aussi que la liberté ne peut devancer la justice, pas plus que la justice ne peut devancer la liberté, pour autant que la justice et la liberté, ou la liberté et la justice coexistent ensemble...

 

Voici un extrait de la lettre de Michel Onfray à Nicolas Sarkozy, à propos de l'entrée au Panthéon des cendres d'Albert Camus :

 

... « Monsieur le Président, vous qui, depuis deux ans, avez reçu, parfois en grande pompe, des chefs d'Etat qui s'illustrent dans le meurtre, la dictature de masse, l'emprisonnement des opposants, le soutien au terrorisme international, la destruction physique de peuples minoritaires, vous qui aviez, lors de vos discours de candidat, annoncé la fin de la politique sans foi ni loi, en citant Camus d'ailleurs, comment pourrez-vous concilier votre pragmatisme insoucieux de morale avec le souci camusien de ne jamais séparer politique et morale ? En l'occurrence une morale soucieuse de principes, de vertus, de grandeur, de générosité, de fraternité, de solidarité.

Camus parlait en effet dans L'Homme révolté de la nécessité de promouvoir un "individualisme altruiste" soucieux de liberté autant que de justice. J'écris bien : "autant que". Car, pour Camus, la liberté sans la justice, c'est la sauvagerie du plus fort, le triomphe du libéralisme, la loi des bandes, des tribus et des mafias ; la justice sans la liberté, c'est le règne des camps, des barbelés et des miradors. Disons-le autrement : la liberté sans la justice, c'est l'Amérique imposant à toute la planète le capitalisme libéral sans états d'âme ; la justice sans la liberté, c'était l'URSS faisant du camp la vérité du socialisme. Camus voulait une économie libre dans une société juste. Notre société, Monsieur le Président, celle dont vous êtes l'incarnation souveraine, n'est libre que pour les forts, elle est injuste pour les plus faibles qui incarnent aussi les plus dépourvus de liberté.

Les plus humbles, pour lesquels Camus voulait que la politique fût faite, ont nom aujourd'hui ouvriers et chômeurs, sans-papiers et précaires, immigrés et réfugiés, sans-logis et stagiaires sans contrats, femmes dominées et minorités invisibles. Pour eux, il n'est guère question de liberté ou de justice... Ces filles et fils, frères et soeurs, descendants aujourd'hui des syndicalistes espagnols, des ouvriers venus d'Afrique du Nord, des miséreux de Kabylie, des travailleurs émigrés maghrébins jadis honorés, défendus et soutenus par Camus, ne sont guère à la fête sous votre règne. Vous êtes-vous demandé ce qu'aurait pensé Albert Camus de cette politique si peu altruiste et tellement individualiste ? »...

 

Les Etats Unis d'Amérique de Barack Obama en 2010 (les mêmes Etats Unis de 2010 qui auraient pu être aussi ceux de Mac Cain ou de Sarah Palin, d'ailleurs)... Avec leurs cent millions de pauvres (pauvres en dessous du seuil de pauvreté), font figure d'un pays du « tiers monde » : ponts et routes, industrie et infrastructures, et écoles, complètement délabrés...

Et la Russie d'aujourd'hui, qui se dépeuple et dont l'espérance de vie des gens diminue, la Russie des nouveaux « ultra-riches » anciens du KGB... Et tant d'autres pays qu'ils soient des républiques ou des états, dominés par les puissances d'argent et les lobbies industriels, agro-alimentaires et commerciaux... Et la Chine communiste à la pensée unique de ses dirigeants ennemis de la liberté d'expression, qui s'est très bien « pacsée » avec le libéralisme et le marché... Et la Corée du Nord seul pays du monde encore « communiste stalinien », où règne pauvreté et corruption...

Il paraît que Dieu et que la religion vont « sauver le monde »...

 

... J'ai lu avec une certaine émotion je le dis, la lettre de Michel Onfray à Nicolas Sarkozy...

 

Albert Camus (dont j'ai lu à peu près toutes les oeuvres), demeure pour moi "le plus grand philosophe, écrivain, romancier, essayiste et intellectuel de tout le 20 ème siècle"... Il y en a d'autres que lui que j'aime aussi et que je lis... Mais c'est, à quelques nuances près, Albert Camus que je préfère entre tous...

 

A présent, en tant qu'homme (homme tout court dépouillé se son "aura" de philosophe et écrivain et penseur, homme qu'il fut en tant qu'homme dans sa vie personnelle en dehors de ses combats et de ses engagements)... Là, j'aurais peut-être quelques "réserves"...

 

Mais quel être, en vérité, et en ce monde... Quel être quelque grand que soit son rayonnement, quelque "vénération" que l'on puisse avoir pour lui... Est cet "homme totalement et tellement et authentiquement homme dans le sens le plus noble du terme? » Et si cet homme existait, serait-il crédible ?

 

Cette lettre certes, est d'un style d'écriture "assez dense", et manque peut-être de fluidité dans certaines phrases...

Mais il n'en demeure pas moins qu'elle "dit des vérités" non seulement essentielles mais incontestables... (l'on ne peut qu'y souscrire alors même que l'on serait de ce « bord » qui n'est pas celui de Camus)...

Il est "très difficile" de se poser en "détracteur" lorsque "certaines vérités" sont ainsi exprimées et "portées à bout de bras" avec toute la force d'un engagement au service de la liberté, de la justice et d'une telle dimension d'humanité...

 

Ce qui fait généralement la « popularité » d'un écrivain, d'un journaliste, d'un chroniqueur, d'un « discoureur  public »... Ce n'est pas forcément le fait qu'il soit lu ou écouté par un très grand nombre de gens... Cela vient pour l'essentiel de la diversité et du nombre de réponses, commentaires qu'il reçoit : plus il est commenté (dans un sens ou dans un autre) et plus il est controversé ou décrié ou apprécié ou conforté... Plus il fait « parler de lui et de ce qu'il exprime », et plus il devient « populaire » donc...

Mais lorsqu'il s'avère « très difficile » de se poser en « détracteur »... Ou « très banal » de se poser en « admirateur », parce que ce qui est alors exprimé « lamine » la controverse et invalide l'argumentation ; parce que ne répondre ou ne commenter que pour approuver ou conforter devient trop « banal »... Alors la « popularité » de l'écrivain ou de l'auteur qui s'exprime et diffuse, cesse d'être visible... Il n'y a même plus, à proprement parler, de « popularité »... Et, tout au bout de ce silence des autres qui peut paraître long, assourdissant et désespérant, vient peu à peu une certitude : la certitude de ce qui est atteint et qui va demeurer dans les coeurs et dans les esprits...

 

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